| .L'HIVER 2000-2001 |
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Le jeudi 8 février 2001, |
Jusepe de Ribera (1636) Museo del Prado (Madrid)
Jusepe de Ribera (1651) Museo Nazionale di San Martino (Napoli)
Guido Reni Pinacoteca Capitolina (Roma)
Guido Reni Pinacoteca Nazionale (Bologna)
Guido Reni (1611) Museo del Prado (Madrid)
Guido Reni (1615-1616) Palazzo Rosso (Genova) |
Le
vendredi 9 février 2001,
[09:04]
Ça, c'est seulement l'heure où j'écris mon premier
mot. J'ignore toujours quand je vais écrire le dernier.
Je commencerai par aller me laver les cheveux. Je reviens.
On regardera les Sebastian en attendant.
[09:58]
C'est
fait. Avec les cheveux propres, peut-être serai-je un peu moins
down? [elle est pas down, mais triste]. C'est vrai. J'ai
hâte d'arrêter de me sentir aussi triste. Je n'y peux
rien. Mais à la différence d'hier, j'ai plein de choses
à écrire ce matin. Triste peut-être, mais pas
vide. Bon, par où commencer, comme dirait ce cher vieux Barthes?
Mais tout doucement, par le commencemant, voyons Lady A., par le
commencement. Pigé Sir, Yes Sir! (Ça
c'est l'influence du jeu « Worms Armageddon », les petits vers,
en combattant, disent toujours Sir, Yes Sir)
Alors hier, au plus bas de mes downs, j'ai mis la main sur trois, je dis bien trois e-mails des plus talentueux cyberdiaristes [sic] [ce mot me donne le hoquet] que je connais. Je retiens de L. de ne jamais lâcher le plaisir pour l'ombre, de S. la recette d'une soupe aux cui-cui servie avec salade de coquelicots sous un coulis de chenilles façon GF. Quand à R., je m'accroche à l'idée de ne pas réduire en bouillie les magnifiques parties du corps avec lesquelles je pourrai encore jouer quand la nuit va finir par tomber sur Montréal et ses putes. Et je lirai Valium tout à l'heure. Toujours hier, en fin d'après-midi, un de mes dossiers a trouvé un écho plus que favorable dans la grande jungle médiatique. Ce qui veut dire que Script a reçu une proposition fort intéressante d'une revue qu'elle tient en haute estime, ben évidemment. Rien pour me rendre millionnaire, mais du beau travail qui tombe en plein dans ce qui me tente d'écrire dessus (cute aussi la syntaxe à matin, héhé, j'écris comme ça parle dans les livres de Victor-Lévy Beaulieu). Me suis-je éloignée de mon sujet? Ça se peut. Je voulais parler de Saint-Sébastien. Je suis pas trop partie dans cette direction-là. Pas grave. Il y a les images que je suis allée chercher sur le site mis en lien hier : http://bode.diee.unica.it/~giua/SEBASTIAN/ . Ils ont presque l'iconographie complète de Sebastian plus une bibliographie et de tas de trucs intéressants. C'est là que j'ai repiqué les tableaux, puis modifié le format pour les faire entrer dans la marge. En descendant la page un peu vite, on dirait que ce sont des danseurs de ballet. Étrange. Ces gars-là sont attachés pour être en principe torturés mais leur visage n'exprime aucune souffrance, bien au contraire. Ils ont l'air en contemplation ou fascinés par quelque chose. En extase. On dirait qu'ils ont pris la pose. Ça, c'est l'idée du baroque. D'où je pars et où je m'en vais? D'hier. Je me suis demandé pourquoi cette comparaison avec Saint Sébastien m'est venue et assez forte en plus pour que je l'écrive et que j'aille chercher le tableau pour bien montrer les plaies saignantes. Je voulais illustrer ma propre douleur? Pas sûr. L'inconscient est très très ratoureux. Je ne saurai probablement jamais comment ce petit lien s'est fait dans ma tête. Et cela n'a aucune importance que je le sache (ou que nous le sachions). Nous ne sommes pas en séance d'analyse, non? Donc, si je ne cherche pas le pourquoi, je vais peut-être comprendre le comment. Oui. [10:35]
Je
quitte pour quelques minutes. J'ai envie d'un café au lait.
Je vous en rapporte un? Après, je continue avec ces peintures
du XVIIe siècle qui sont venues me relancer hier. Il y a là
matière à méditation. Et je méditerai,
je méditerai.
[14:10] Coucou. Cette fine pluie qui tombe sur Montréal brouille pas mal les pistes de ce satané hiver. S'il n'en tenait qu'à moi, on pourrait bien annoncer l'arrivée du printemps, pour demain! Retour à Sébastian. Après brève consultation du guide iconographique de La Bible et les saints, deux types principaux de représentations du saint se seraient succédé chronologiquement. Les premiers (et jusqu'au XVe s.) étaient des hommes d'âge mûr ou vieux et barbus, des soldats, chevaliers ou personnages de romans courtois, ils étaient habillés de tuniques, armures ou toges. Puis le type juvénile est apparu vers le XIIIe, pour triompher vers le XVe; on s'est mis à peindre S. presque nu et criblé de flèches, attaché à une colonne. La première fois que j'ai entendu parler de Saint Sébastien c'est en lisant le roman de Yukio Mishima, Confession d'un masque. L'écrivain japonais y raconte avoir vécu un choc qui l'a profondément troublé en regardant cette image pour la première fois. C'était le plus grassouillet des Sebastian de Guido Reni, le dernier en bas, et Mishima écrit à ce sujet : « à l'instant même où je jetai les yeux sur cette image, tout mon corps se mit à trembler d'une joie païenne » , il raconte avoir eu sa première éjaculation tout de suite après. Cette réaction de son corps aurait grandement troublé l'enfant qu'il était encore à ce moment-là, et il l'a expliqué en citant Hirschfeld qui place les images de saint Sébastien au premier rang des oeuvres d'art qui procurent aux invertis un plaisir particulier. J'ai même lu je ne sais plus exactement où que Mishima se serait fait photographier en Sébastien... le "saint" des homosexuels. J'avais oublié ces détails que je viens de retrouver dans mon journal papier d'il y a quelques années. Faut pas trop se fier à la mémoire. Mais c'était qui, ce fameux Sebastian qui a réussi à exciter autant l'imaginaire des peintres et autres artistes? Là, on doit se fier à l'Histoire, et tenir compte de sa part de légende... On dit que l'homme naît probablement vers le milieu du IIIe s. à Milan. Vers l'an 283, on le retrouve à Rome, comme soldat sous Dioclétien qui le nomme commandant de la garde prétorienne. D. ne savait pas que Sebastian était chrétien... C'est là que l'histoire va se corser. Sebastian se met à visiter et consoler les chrétiens emprisonnés. Il convertit plusieurs Romains et fait tout ça sans se cacher le moindrement. On l'arrête, on le condamne à mourir percé de flèches, par deux soldats. On dit deux? Mais, il n'en mourra pas. Des femmes, dont Irène (la sainte) relèvent S. encore vivant et soignent ses blessures. Une fois guéri, S. s'en va reprocher à l'Empereur de persécuter des chrétiens... ce n'est qu'après qu'il se fera bâtonner à mort, vers l'an 288. Puis, on aurait jeté son corps dans les égoûts de Rome. Pas trop glorieux, non? Pauvre S., jeté comme un étron dans le Cloaca Maxima. L'Histoire ajoute... « d'où il fut retiré par une matrone chrétienne » qui l'a enseveli dans une catacombe sur la Via Appia, près de la basilique qui porte son nom. Quelle histoire! Le temps passe, je reviens plus tard pour noter quelques commentaires sur ce que « me disent » ces tableaux dans la marge.
[19:25] Je remets à demain la suite sur Sebastian. Je n'ai plus tellement le coeur à ça pour maintenant. Mais c'est pas parce que ça va mal. C'est que j'ai commencé à lire Valium, à défaut d'en prendre. C'est ce qu'il me fallait. Bien évidemment. La preuve? j'ai fait du pâté chinois, comme C.M. en fait au premier chapitre. Moi qui n'ai pas cuisiné ni presque mangé de toute la semaine, ce soir, je me suis fait un pâté chinois pour quatre et je suis toute seule. Je n'attends personne. Par choix. Je sais pas si je vais en manger. Je sais pas. Mais j'en ai fait, et ça va sentir le gratiné qui cuit au four. Les romans me font toujours cet effet-là : l'envie de manger ce qu'ils mangent. Il va me rester à expliquer à mes amis français c'est quoi du pâté chinois. Ce sera avec plaisir. Et puis j'ai ouvert une bonne bouteille de rouge, une bonne. Pour le moment je suis bien accrochée à ce livre. J'ai lu les cinquante premières pages d'un seul coup. J'pense que j'avais faim. Alors je sais que je vais passer au travers aujourd'hui. Pis demain, je devrais être capable de reprendre ma propre écriture, la vraie. Le journal aussi. Fiou! D'autres e-mails d'encouragement sont arrivés. Dont celui de C., si lumineux d'optimisme avec sa belle couleur vert espoir. Tout cela me touche, me fait tellement chaud. Je suis tombée dans une maudite belle gang de fous, comme ils disent au Cercle. Fous, j'vous dis. |
La Webcam
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Le dimanche 11 février 2001, [00:26]
Cette
page est dédiée au lancement de l'oeuvre de Scribouilleuse
: « AU NOM DE TOUS LES NÔTRES ». Scrib
n'a pas ménagé son talent pour nous faire honneur à
tous, une fois de plus. Voyez, dans la marge, ne sont-ils pas magnifiques?
Infatiguables?
Pauvres
minous. Y a des méchants qui ont dénigré votre omniprésente
présence dans nos pages, alors on leur répond par la bouche
de nos chatons.
Moi, le mien, il s'appelle Garf, on le sait déjà. Rien contre ça. Mais, hier, j'ai dévalisé la CatS page de Scrib où je nous ai déniché ce petit Shahlâ :
Shahlâ,
c'est la représentation de mon Garf la nuit. Ou plutôt
vers les cinq heures du matin. Il arrive dans ma chambre et se couvre
de ridicule. Ce que je fais? Je me lève et allume mon
ordi. Voilà, vous savez tout, c'est pour ça [almost]
que des fois, j'écris dès les cinq heures du mat. Pendant
que ça cuit à l'ordi, je me dirige vers la cuisine avec Garf
qui me court entre les pattes et me fait faire mes exercices de survie
pour la journée. Quand j'arrive au garde-manger, j'ai
déjà deux fractures ouvertes et comminutives du tibia et
du radius, un oeil au beurre noir, trois dents cassées et cinq côtes
de fêlées. Mais ça, c'est les bonnes journées.
Et je lui prépare son bol de bouffe à minou avec ce qui me
reste de membres sanguinolents. Lui? Il s'empiffre en ronronnant
de plaisir. Il me reste plus qu'à me faire poser des bras
et des jambes bioniques. J'ai pensé à me faire cloner.
Mais j'ai peur de le vexer.
Après?
Après rien. Garf passera la journée à stresser
les poissons rouges ou encore à dormir. C'est un vrai monstre.
Mais c'est mon monstre à moi, ce monstre-là, et je l'aime.
Voilà.
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J'en
voudrais à personne de zapper avant d'arriver en bas de cette
page.
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