.L'HIVER 2000-2001
 




Nouveaux Entretiens de Script avec les deux Chenilles vert lime tachetées de noir et orangé pas poilues sur l'émergence du sublime et des états d'âmes des chenilles grises poilues dans la pratique onaniste aseptisée du diarisme virtuel non transmissible sexuellement (l'hypothèse est à vérifier).
 
 
 
 
 
 
 
 

 

1er février 2001
[09:29] Quand l'envie me prend d'illustrer ma page avec les chenilles de GF, c'est que mon bel être moderne commence à se désagréger.

Comment je le sais?  Aucune idée.  Je le sais.   Si je commençais à m'imaginer que je pense donc je suis c'est que je ne serais pas loin de conclure que la vie est une petite chose passionnante alors n'est-ce-pas, n'oublions pas de la dévorer à belles dents. 

Je me suis plongée, depuis hier après-midi, dans la rédaction de mon prochain ouvrage pour lequel j'ai obtenu une bourse de recherche du Haut Conseil des Sciences et des Lumières de l'Université Les-algues-Sushi-les-bains, grâce à la recommandation de mon vieil ami, l'éminent Professeur Llalalakalioukiss Liu.   Mon projet avance rondement.  J'ai d'abord trouvé  le titre

Nouveaux Entretiens de Script avec les deux Chenilles vert lime tachetées de noir et orangé pas poilues sur l'émergence du sublime et des états d'âmes des chenilles grises poilues dans la pratique onaniste aseptisée du diarisme virtuel non transmissible sexuellement (l'hypothèse est à vérifier)
Quelques éléments de la « Table des Matières » éclaireront mes savants lecteurs sur l'importance capitale de cette étude terrain (prendre note que ce ne sont que mes premiers balbutiements, la chose va se développer dans les prochaines semaines): 
Première Partie
1.  Les chenilles se suivent et ne se  ressemblent pas; pourquoi la plus petite est en avant; la grosse est-elle le/la mâle ; si oui, est-elle fatiguée?

2.  Petites chenilles vous venez de loin : c'est pas une raison pour finir dans mes Sushi ; ni dans ma soupe ; et puis laissez moi donc travailler.

3.  Les deux chenilles ne sont pas poilues, première partie : comment elles se sont débarrassées de leurs soies dorsales à force d'introspection : introduction et conclusion.

4.  Les deux chenilles ne sont pas poilues, deuxième partie : pourquoi, ou, l'élément déclencheur de la mue serait-il relié à une visibilité accrue dans les média?

5.  Sur les relations de causalité entre les ventouses et les taches noires affectant la longueur des soies sublinguales et sinusoïdales ; lesdites relations de causalité mettraient-il en évidence les six principaux schèmes et pictogrammes narcissiques sous-jacents? 

6.  Les Chenilles vertes développeront-elles un goût d'épinard lorsque laissées quelques jours au soleil principalement lorsqu'elles se retrouveront face à face avec les chenilles grises poilues lors des cent-trente-cinq entretiens prévus avec Script? 

Par manque de temps, je dois m'arrêter ici.  Ne pas s'inquiéter, la deuxième partie sera mise en ligne plus tard aujourd'hui.

Sondage préliminaire:    VOTER           1.J'ai oublié les questions    2. Je lis pas les réponses      3. J'ai perdu le bidule qui fait pop
 
On me reproche la longueur de mon titre.  Je ne comprends pas. 

[09:57]  Désolée de m'être laissée aller à un tel étalage de savoir.  C'est le stress.  Tout ce que j'essayais de confier à mon journal c'est que je me suis enfin placée dans l'écriture du roman commencé le 26 décembre 2000.  Le titre provisoire est : Shâhrazâd t'es pas docile.   C'est vrai.  Le cahier à reliure spirale débordait.  Alors j'ai ouvert un dossier dans l'ordi.  Page titre.  Division des chapitres, les trois parties, les fondations.  Première page et suivantes.  Next.  Je me suis mise au clavier si furieusement hier que je me suis fait une tendinite au poignet droit.  Pas grave.   L'autre, le volumineux manuscrit gribouillé en l'an 2000 a été déposé le même jour chez l'éditeur, (j'sais pas encore si j'ai bien fait, merde) entre les mains d'une  secrétaire vachement pincée qui s'en foutait et qui perlait à la fronçaise (c'est quoi l'idée, man ?) 


 
 
 
 
 

Le samedi 3 février 2001,
[08:40] Encore le méchant mal de gorge, la tête pleine de fièvre et de grippe, et finalement la tendinite qui s'est mise de la partie.

Pourquoi tous ces maux?  Je crois deviner que c'est parce que depuis quelques temps, je ne suis plus toute seule sous la couette.  Alors le corps réagirait.  Pour me faire signe avec ses mots à lui.  Le corps souffre, il essaie de me faire comprendre, avec les seuls moyens qu'il a à sa disposition que...  Que? 

Le corps essaierait de me faire comprendre quoi, au juste?  Aucune idée.  Mais il y a anguille sous roche.  Oui.  C'est le corps qui parle.  Je n'ai plus aucun doute là-dessus.  Comment je l'ai compris?  La fièvre, la chaleur en dedans.  C'est trop inhabituel.  Je ne suis jamais malade normalement.  Et aussi parce que la Script se met régulièrement en beau joualvaire depuis quelque temps.  Je ne la reconnais plus.  Je crois qu'elle est jalouse.

Oui.  Je dis bien jalouse.  Je sais, la jalousie c'est laid, mesquin, ça mène à toutes sortes de fouilles en règles chez la personne soupçonnée, mais je n'y peux rien.  Elle a fouillé partout, je le sais.  Elle lit tous mes e-mails, je le sais aussi, et parfois, elle va même jusqu'à les ouvrir avant moi.  Alors, je la laisse s'énerver toute seule.  Je me tais.

Tant qu'elle ne répondra pas à ma place.  Je la laisse s'énerver toute seule.   Je me tais.

[09:33]Bon.  Je suis allée prendre le café au lait, le pain grillé et me voilà prête à poursuivre ce cher journal. 

Envie de confier tout tout.  Avons-nous vraiment besoin de détails et de points sur les i ?  Ou préférons nous de beaucoup imaginer le plaisir, le caresser du regard.  L'inventer?  J'aime bien, moi, savourer le plaisir en silence, laisser grossir la bulle toute chaude et ronde à l'intérieur. 

 
 



Éphémère 
Le dimanche 4 février 2001
[00:18]  Le dimanche 4 février 2001 sera un dimanche froid. Très froid.  Minuit vient tout juste de sonner.  Et j'ai le coeur en mille miettes.  Comment j'arrive à me mettre dans un état pareil?   Excès de sensibilité.

 « Chimère! »  écrivait  K.M. dans son journal, le 1er juin 1907 :  « C'est une fée qui m'a trompée - mais c'est la [première et]dernière expérience que je fais dans cet ordre d'idée, la dernière.  Je ne puis en suporter davantage, c'est la mort de mon âme.  Chaque fois, je suis atteinte plus profondément, car chaque fois, c'est un nouveau coup de poignard dans la blessure, qui réveille d'anciennes souffrances. »

Une seule bonne nouvelle, la grippe perd du terrain.  Les remèdes prescrits par la sorcière se sont avérés calmants et apaisants pour le corps :  1) Infusions aux herbes, rhum cubain et miel;   2) Bains à l'huile d'eucalyptus;   3) Sommeil.  Je ne peux pas dire que j'avais vraiment envie de me soigner, de faire tout ça, mais j'ai essayé dans la soirée, et voilà, je respire mieux.  Les douleurs dans la poitrine sont moins vives.  La toux diminue.  Voilà que vous m'avez guérie Doc.  Pas vous, votre rhum.  Et votre huile d'eucalyptus.

Et la tendinite?   Je me traite toute seule.  Au début, de la glace.  Souvent, et pour de courtes périodes, juste les premières 24 heures, la glace.  Après, bandage élastique et repos.  Modifier la position de la main sur le clavier.  Taper moins fort.  Pas touche à la souris pour quelques jours.  C'est elle, la grande coupable.  Cette semaine, ajouter un machin-tiroir sous la table pour y placer le clavier et la souris.  On en parlera plus.

Bon, faudrait bien que j'avance un peu.  J'ai un chapitre à écrire avant demain matin.

[08:14]La nuit fut trop courte.  Aucune nécessité qu'elle soit plus longue non plus.  Le sommeil a pris plaisir à me fuir cette nuit.  C'est vrai que j'ai travaillé tard, ce qui n'est pas dans mes habitudes.  Mais j'avais absolument beasoin de me concentrer sur ce travail, sur quelque chose de concret.  Et je l'ai fait.  Ce ne sont pas mes meilleures pages.  Il me faudra les retravailler, peut-être qu'elles finiront au panier.  Tant pis.  Il fallait que mon écriture reprenne la première place hier soir, la seule vraie place qui lui revient.  Le reste n'étant qu'illusion, n'est-ce pas?

Le froid dimanche qui m'attend est encore plus glacial que dans mes appréhensions.  Je crois qu'il n'y a pas de signe pour m'indiquer la route.  Je me trompe.  L'absence de signe est un signe.  Sens?  Il me faut vite détourner le regard de ce qui ne signifie rien. 

J'irai marcher dans les sentiers non déneigés du parc rempli de vieux arbres tranquilles.  Le calme de cet endroit et le chant des petits oiseaux qui y vivent permettront peut-être à quelques parcelles d'âme de refaire surface. 

Au retour, je ferai une sieste.  Puis je reviendrai écrire. 

-

Weltinnenraum :
 « Espace
intérieur
du monde »
 

[10:14] Ce dimanche est beaucoup moins froid qu'il en avait l'air finalement. Quand je tourne à gauche deux fois en sortant de chez moi, je marche une quinzaine de minutes ou un peu plus et j'arrive à un parc situé tout en haut de la colline.  J'en reviens à l'instant.  L'air est sec, silencieux.  Je n'ai rencontré dehors que des gens qui promenaient leur chien, et plein d'oiseaux.  Qui chantaient, rompant le silence.  Ces chants se sont engouffrés en moi.  J'ai pensé à Rilke.  À l'âme et à cet espace qui s'est ouvert hier, un espace extérieur mauvais où je n'avais plus d'âme.  Je ne me souviens plus exactement comment R.M.R. écrit cela, mais dans un de ses livres, il exprime ce passage de l'extérieur vers l'intérieur du chant de l'oiseau.  Est-ce que je me trompe?  Mon  interprétation de ce texte est-elle déformée par la mémoire ou une mauvaise compréhension de sa pensée?  Dans le doute, rien de mieux que de retourner à la source.  Retrouver ce livre!  Non.  Ce n'est pas dans Lettres à un jeune poète, je m'en souviendrais; ce petit livre rouge me suit partout, je l'ai relu plusieurs fois, et cette histoire d'oiseau serait plus fraîche dans ma tête.  Dans les Élégies de Duino?  Je ne sais pas.  Il y a tellement de beauté dans les Élégies, ça se peut.  Alors, aller voir. 

Non, c'est dans Oeuvres III, Rilke écrit ceci le 14 février 1914, dans une lettre à Lou Andréas-Salomé :  « J'ai compris, mieux que cela ne m'était jamais apparu, cette façon dont la créature naissante est transférée de plus en plus profondément du monde extérieur dans le monde intérieur.  De là la situation fascinante de l'oiseau sur ce chemin vers le dedans : son nid est presque un corps maternel extérieur, à lui consenti par la nature, et qu'il se borne à aménager et à couvrir, au lieu d'y être entièrement contenu.  Aussi a-t-il, de tous les animaux, le rapport affectif le plus confiant avec le monde extérieur, comme s'il se savait lié à lui par le plus intime secret.  C'est pourquoi il chante au sein du monde comme s'il chantait au-dedans de lui-même, c'est pourquoi nous accueillons si aisément en nous son chant, il nous semble le traduire dans notre sensibilité sans aucune perte, il peut même transformer en nous, un instant, le monde tout entier en espace intérieur, parce que nous sentons que l'oiseau ne distingue pas entre son coeur et celui du  monde. »  (page 322)

Sauf que la réalité et la force du dehors semble s'opposer à la profondeur de l'intimité, la liberté et le silence de l'invisible.  Pourquoi n'y aurait-il pas une zone où l'espace serait en même temps l'intimité et le dehors?  Un espace qui au dehors serait déjà intimité spirituelle, une intimité qui, en nous, serait la réalité du dehors, telle que nous y serions en nous au dehors dans l'intimité et l'ampleur intime de ce dehors?   C'est ce que l'expérience mystique et poétique de Rilke le conduit à reconnaître, pressentir et exprimer.  Il appelle cet espace intérieur du monde le Weltinnenraum
[ «Le Weltinnenraum », n'est-ce pas que ça ferait un vrai beau nom pour un journal intime Online ?].  Les chants d'oiseau ont permis une transformation en moi ce matin.  Cadeau.  Et quelques vers de Rainer Maria Rilke :

« À travers tous les êtres passe l'unique espace :
espace intérieur du monde.  Silencieusement volent les oiseaux
tout à travers nous.  Ô moi qui veux croître
je regarde au dehors et c'est en moi que l'arbre croît. »
(Réflexions du dernier paragraphe et poème (août 1914) sont tirés de L'espace littéraire, Maurice Blanchot, Folio-essais, Gallimard, 1988, p. 173-174)

 
 



[15:10]Une sieste de deux longues heures m'a fait du bien.  Avant, j'ai nettoyé toute la vaisselle sale qui s'empilait depuis trois jours dans la cuisine.  Fait une lessive.  Lavé à fond la salle de bain.  La dernière corvée de la journée qui m'attend après la rédaction de ce quatrième billet (déjà?) sera de payer les factures qui s'accumulent aussi vite que la vaisselle sale.  Je me demande bien pourquoi j'écris tout ça.  Comme si le fait de consigner et noter les moindres trivialités de la vie leur redonnait un peu de dignité.  Illusione

J'ai encore besoin du chant des oiseaux pour retrouver en moi l'espace intérieur du monde.  Copier/Coller :  ils apparaissent.  Maintenant, les entendre.   Copier? Illusione.  J'ai beau mobiliser toute mon imagination, faire appel à ma mémoire, je n'y arrive pas.  Le nid est vide. 

[18:00]  Je reçois un courriel du Cercle des jours écrits et imagés.  Mon journal est accepté et inscrit au Cercle.  Déjà?  Je n'ai fait ma demande que le 13 janvier.  Au moins, ça finit la journée d'une façon sympa. 

 
 
 


- Si quelqu'un
aime une fleur
qui n'existe qu'à
un exemplaire
dans les millions
et les millions
d'étoiles,
ça suffit pour
qu'il soit heureux
quand
il les regarde.
 Il se dit :
« Ma fleur est là
quelque part. »

(Le Petit Prince)
Le lundi 5 février 2001,
[08:47] J'ai trouvé une méthode pour planifier mon temps de lecture des journaux online.  J'avais jeté quelques idées sur papier (écran) le 23 janvier.  J'avais oublié?  Mais non!

C'est que depuis ce jour, sans m'astreindre à opter pour l'une ou l'autre des deux approches, j'ai navigué en me regardant naviguer.  Je me suis observée du coin de l'oeil.  Ce que j'ai vu?   Que je perds beaucoup trop de temps à lire des journaux qui ne m'intéressent pas vraiment.  Cela ne serait pas un problème si j'avais des journées de 48 heures.  Et comme il y a de plus en plus de journaux, il devient nécessaire de sélectionner, d'éliminer.  Encore la discipline?  Oui, mais une discipline de lecture qui ne m'est nécessaire que parce que je suis boulimique.  Alors, qui j'élimine maintenant?  Je ne donnerai pas de noms ici.  Disons que je préfère les diaristes qui « écrivent », ceux qui me rejoignent, d'une façon ou d'une autre. 

Et ensuite, me fixerai-je une durée de lecture étanche?  Si la limite était trop étroite, comme je me connais, je tricherais.  Alors déterminer une durée approximative par jour ou aux deux jours me convient mieux.   C'est maintenant ce que je fais : une case insérée à mon horaire, dans l'agenda, ni plus ni moins...

Picorer au hasard?  Oui et non.  Picorer est dangereux, on se laisse prendre à n'importe quoi.  Alors je picore (puisque j'aime ça) une fois par semaine.  Le reste du temps, non.  Discipline.  J'ai remarqué que c'est en picorant que je perds du temps.  Par contre, c'est en picorant aussi que je fais de belles découvertes.  Alors je ne m'en priverai pas, mais moins souvent.  Par exemple, une petite orgie dans des tas de journaux online le samedi matin, incluant ceux que j'ai mis sur ma black list .  Smiley, ici.

Et le calendrier de lecture?  Encore là, oui et non.  J'ai besoin d'ordonner la chose, mais je n'ai pas besoin de me construire un système compliqué.  Je m'abonne (inscription sur la liste de diffusion de la CEV, ou autrement) à mes préférés, et la liste apparaît dans ma boìte de réception.  Et c'est à partir de cette liste de mises à jour que je commence à lire.  J'ai essayé, ça marche.  Avec ça, je peux respecter mon horaire.  Génial.
 

[18:50]Je ne prévoyais pas revenir écrire dans ce journal aujourd'hui.  Mais j'y reviens.  Et sachant que je serai lue, je ne sais même pas comment aborder ce qui veut s'exprimer.  Il faut pourtant que je confie cela ici, n'est-ce pas mon journal?  Et à quoi pourrait bien me servir ce journal si je ne peux pas m'enfermer toute seule avec lui quand ça va mal pour moi?  Quand je dis ça va mal, je ne dis rien.  Ce n'est même pas le commencement du bout de la queue de l'ombre de ce qui va mal.  Un cauchemar  commencé avant-hier soir.  J'ai voulu me montrer forte.  Plus forte que le début du commencement du bout...  bref, je me suis construit une carapace pour ne pas trop souffrir :  samedi soir, je me jette dans le travail; dimanche matin, recours à la poésie et à mes chers livres, au nettoyage; lundi matin, replongée dans le travail et les  rationalisations, pour durer.  Et pour rester accrochée, du côté de la vie.  Lundi soir arrive?  Je m'asseois devant mon assiette pour le dîner et les larmes jaillissent.  Je ne mangerai pas.  Quelque chose ne passe pas.  La gorge est nouée.  Ce qui se passe?   Une rupture qui m'arrache le coeur. 



Le mardi 06 février 2001,
[09:41] Voilà.  Le mot rupture vient de faire sa place dans le Lexique.  Je préférerais que ce mot n'existe pas.  Ni ses 57 synonymes d'ailleurs.  Comment on dit déjà?  Faire avec?  On verra.  Ce matin, le déjeuner refuse de se laisser avaler.  Pourquoi le café est-il devenu si amer? 

Tout à l'heure, la neige tombait à gros flocons, immenses, comme des boules de ouate.  Et maintenant, tout s'est arrêté.  Le ciel est blanc, si blanc.  Lumineux.

Ma table de travail est jonchée de paperasses de toutes sortes.  La boîte de réception d'Outlook est pleine de e-mails.  Je ne réponds plus, à personne.  J'attend pour voir jusqu'où elle peut se remplir avant d'éclater comme une grosse grenouille pleine de boucane.  Ici, Script fait la grève.  Du piquetage.  Débrayage général.  Z-entendez pas les klaxons?  Même Chartrand est dehors en train de crier.  Désagrégation.

Hier, j'ai fait la liste des mots qui attendent leur place dans le lexique; voilà ce que ça donne :  un gros retard.  J'y travaillerai donc et n'écrirai pas autre chose ici tant que je n'aurai pas fait cette mise à jour sur l'autre page. 
16.01 : homme
18.01 : scripteur, script
20.01 : temps, mélodie, mots, mort, peur, ailes, nid, cocon, désir
27.01 : mesure/censure, nudité, faim, amour
28.01 : nudité, allégorie
04.02 : espace intérieur du monde

[22:12] Le Lexique est presque à jour.  Plusieurs mots ont pu y prendre place, moyennant beaucoup de concentration et de discipline.  Je poursuivrai demain, si...
 
 

.....

Clavieris
scriptomania
focus
(c'est pas contagieux)
Le mercredi 7 février 2001,
[09:36] Un autre matin.  Comme les autres?  Non, celui-là est pire.  Pourtant, je vois du soleil s'infiltrer à travers les barreaux de ma cage.  Cette nuit, je me suis métamorphosée en oiseau.  C'est pour ça que Garf miaule comme un perdu.

Le chat a pas dû aimer que je fasse la grève hier.  Il apprécie pas tellement les synonymes non plus.  À part moi, qui est-ce qui gribouille sans arrêt, en s'accrochant sans vergogne à quelques synonymes?

Que l'on ne se méprenne pas sur le but de l'exercice.  D'abord, c'est pas un exercice. Ce n'est surtout pas une recette pour s'en sortir.  Écrire c'est ne pas avoir le choix de faire autrement.  Est-ce plus clair?  Ceux qui peuvent faire autre chose que d'écrire sont bien chanceux, qu'ils le fassent.  Mais quand on écrit qu'on est capable de se peinturer dans le coin de sa petite cage toute seule, sans pinceau, juste en tapant sur un clavier, on sait rien faire d'autre.  On sait rien, point.  On a pas besoin de savoir.  Pas besoin, les autres vont s'en charger.  Ceux de l'autre côté du pont.

Mon journal est tout sauf une forme d'écriture réparatrice comme disent les psy.  Ceux qui y croient, tant mieux.  Ce n'est pas moi qui m'opposerai à la folie ordinaire.  C'est mon pain quotidien.  Dans ce journal-ci, je n'écris pas pour guérir de quoi que ce soit.  Mais pour agraver mon cas, creuser le plus possible dans mon obsession.  Mes obsessions.  Comprendre que les souffrances que la vie m'apporte si généreusement sur un plateau d'argent, j'en ai besoin pour rester en vie.  Tout ce qui pourrait endormir le mal m'éloignerait de moi.  Et je recommencerais à faire la grève.  Script ne supporte aucune addiction sauf l'écriture.

Alors j'essaierai de faire comme hier, travailler encore dans le Lexique  parce qu'il y manque plein de mots. Avec ça, essayer de boire un peu d'eau. 

[J'ai révisé et corrigé cette entrée pleine de fautes et d'imprécisions à 13:50]

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