Je continue ma lecture du Journal de E. H., Une vie bouleversée. J'aimerais comprendre le Néanlerdais pour lire ce livre dans sa version originale. Quand je déchiffre un livre traduit d'une autre langue, j'ai toujours des tas de questions sans réponses et une curiosité insatisfaite à propos des mots précis utilisés par l'écrivain, ceux qui l'obsédaient et qu'il a choisi de tracer sur le papier. Je reste sur ma faim...
J'ai heureusement retrouvé le Journal de Witold Gombrowicz sur une de mes piles de livres aimés. Il me semblait bien que quelques mots magiques m'y attendaient, l'oeil en coin. Tome I, 1953-1958, première partie :
« Lundi.
Moi.
Mardi.
Moi.
Mercredi.
Moi.
Jeudi.
Moi.
Vendredi.
Magnanime, J. Radzyminska m'a fourni une quinzaine de numéros de [...]. La présence du Temps sur ces pages est tellement poignante qu'elle réveille en nous une soif d'immédiat, une volonté de vie et de réalisation, fut-elle imparfaite. Mais la vie, elle, passe comme derrière une vitre - au loin, et tout paraît déjà ne plus nous appartenir, comme si l'on regardait le réel depuis un train en marche. »
On me suit ? J'ai envie de relire encore une fois tout Gombrowicz, vu qu'il me semble que j'ai la mémoire un peu trop courte.
La vie m'a appris qu’on a besoin de se brûler vif parfois pour naître à soi-même, s’enfoncer en soi vers le cristal, vers la fissure. Et soudain, de ce grand lac sombre, s’envole un oiseau de feu. Tenir le fil. Labyrinthe. Au bout du fil, je pends. Fille de la mer, soeur des étoiles, je vole dans le bleu du ciel.
J'ai besoin d'être libre pour crier mon cri de liberté. Gratitude. Autour de moi, amour. L'amour me donne la force. Mes cheveux noirs se rebellent sous le soleil, je réserve quelques mèches pour les natter en deux muniscules tresses. Au bout, je pends. Deux petits rubans sang de boeuf. Accroche-toi, Jack.
Maria Callas a eu sur moi la plus grande influence, de même que les Ballets Russes. Scandale. La pudeur consisterait-elle à ne pas être agressive ? Le scandale est du domaine public. Ce journal est du domaine de l'intime. De l'intime partageable. Le public aime les récits, les histoires qui éclaboussent, les blagues faciles, les petites chicanes et les petits scandales. Je ne raconte rien de tout cela dans ces pages. Moi.
Je veux plutôt utiliser mes énergies et mes mots à raconter le charme des objets, et les objets que je charme, les objets qui me charment, ceux qui font de moi ce qu'ils veulent. Ceux que j'emmène où je veux. Ceux que je donne.
J'aime surtout trouver les mots et chercher ensuite ce qu'ils ont voulu me dire. Je poursuis l'obsession des Carnets. Devant moi il y a des Carnets Rouges qui cherchent à venir au monde. Ils poussent. Fort. Je ne peux plus attendre.
Le paradoxe est que je suis ici, je veux être ici et je voudrais au même moment être ailleurs. J'ai enlevé ma robe noire. J'ai oublié où je l'ai mise. Cette robe que j'ai usée jusqu'à la corde au point que j'ai failli me pendre avec ses fils noués bout à bout. C'est indécent, dire ça. Je le dis.
Je sais que je saute d’un sujet à l’autre sans vergogne. Sursaute. La gestion de l'information, ce n’est pas mon fort. Pas de mon ressort. Je préfère suivre les petits chemins, ceux qui vont dans la même direction. En essayant d'éviter les nids de poules. L'école buisonnière.
Demain, je me coucherai au soleil, sans un vêtement pour m'isoler de sa chaleur, je ferai la planche sur la mer du Temps.
Le soleil est mon plus vieil amant. Je dors à plat ventre sur le bord du lac de la nuit. Les paniers de pommes de terre. Les images de fleur de mes pages de journal vont se syndiquer. Elles demanderont ma tête à couper ? Pitié. J'appellerai à la rescousse mes animaux en voie de disparition. Tout le monde a du rouge dans le sang et une pigmentation qui va du blanc au noir. Brune. Pas noire. Noir, ça n'existe pas, on devrait avoir le courage de parler du brun. Pourquoi pas ? Voilà que Script devient indécente. Métaphore. Métamorphose. K ? OK. Changeons de couleur et d'odeur juste pour un soir. Comme tu changes la vie en fleur, fais chanter la cigale dans l'amélanchier et que je me change à mon tour en lapin d'Alice au pays des Malices.
Ouf ! J’ai chaud ! Il est minuit. Je ne sais plus ce que je dis.