le samedi 26 septembre 1992,
Ce n'est pas la grande forme. Tout tourne autour de ma relation avec G. et du plan qui marche en masse, trop même. C'est encore moi qui remet tout en question. G. a téléphoné lundi soir et il est passé me voir de 11 heures à minuit à peu près. Mercredi, il m'a invitée à dîner. Les deux rencontres se sont très bien déroulées, dans un climat de légèreté, dans le plaisir et l'échange qui fait du bien. Je me sentais si proche de lui, si aimée, si complice et comprise. Une joie et un bonheur sans nuage, comme si on se faisait attention l'un à l'autre. Mais après mercredi, pas un signe. Je l'ai appelé vendredi matin, il partait pour Rivière-du-Loup. J'ai proposé de venir avec lui. Non. Je pense qu'il l'a amenée, elle. Depuis, c'est la grande détresse, la révolte; le goût de la rupture me revient comme la solution ultime.
Je suis bien consciente que ce n'est qu'une répétition du même vieux moyen que j'ai toujours pris pour régler le problème. Moyen qui ne convient probablement pas à la présente situation. Quoi qu'il en soit, je file croche et pense à tout ce qui me fait filer croche avec lui. Surtout les maudites valeurs morales que je transgresse sans arrêt. Honte et culpabilité de sortir avec un homme marié, de briser un saint couple priez-pour-nous. J'étais pourtant assez marginale, je n'avais pas besoin d'en rajouter. J'ai davantage besoin de tranquillité que de vivre une relation amoureuse pleine de difficultés, à contre courant. Paradoxe : le seul fait que G. soit marié devrait suffire à m'éloigner de lui à tout jamais. Au lieu de cela, je reste sur place à m'imposer un tas de conflits et de complications. Avec la jalousie en prime.
J'ai déjà analysé cela des centaines de fois. Je tourne en rond, je suis fatiguée. J'abandonne. Mais cette fois, je ne veux pas de rupture. Je désinvestirai simplement peu à peu. Espacer les téléphones, les rencontres. M'occuper au maximum pour ne pas avoir de temps pour le voir ou penser à lui. Lors de nos rencontres ou des conversations, éviter l'intimité. Ne plus faire l'amour ni en parler. Ne pas trop lui toucher. Ne plus parler tendresse ou le moins possible. Rester superficielle. Ne plus rien planifier avec lui. Ne pas parler de lui avec mes amis. Désengager la grande courroie tranquillement. La nausée quoi.