Un
Lexique? mais pourquoi? Peut-être
un simple besoin de déposer quelques mots importants. Des
mots qui reviennent souvent quand j'écris. Les redondants, les fatigants.
Ceux qui m'obsèdent. Ou encore juste les mots que j'aime prononcer.
Ceux que je déteste ou qui me font horreur, qui me font
pleurer, qui me jettent dans un trouble terrible. Ceux qui créent
une tension à l'intérieur.
Le
Lexique est venuau monde pour recevoir tout cela : la liste
des mots, dans la marge, et sur la page, leur définition. Pas celle
du dictionnaire. Cela ferait un trop gros dictionnaire. Non, je veux simplement
noter la charge, ou le poids de ces mots dans ma vie. Pour dissiper
les malentendus que j'entretiens avec moi-même. Et bien sûr,
les mots ne sortent que du journal; le lien sera sur la page quand le mot
y atterrit, de gré ou de force[sic].
Un
ordre alphabétique? Non. Ici, l'ordre se fait plutôt chronologique,
selon les entrées du journal. Par exemple, je commence à
la première entrée, celle du 18 décembre
2000, et je fais un lien sur un ou des mots. En cliquant sur
le mot, on se transporte dans Le Lexique pour connaître la suite.
Et
caetera. Et à partir du 30 janvier 2001, date de création
du Lexique, et pour la suite du journal, les mots seront automatiquement
reliés ici.
INDESCRIPTIBLE DISJONCTION DE CÉRAMIQUE
«
Nom Féminin avec des adjectifs autour qui l'aiment bien. Une indescriptible
disjonction de céramique c'est quand deux choses sont séparées
mais que le vide n'y suffirait pas. On a donc décidé d'y
construire quelque chose entre les deux, quelque chose de solide et de
pas poreux. Alors on a mis de la céramique. Parce que c'est le matériau
de la nuit des temps et que ça donne pas un mauvais goût aux
aliments. Les deux choses se regardent, l'oeil en coin, séparées
par la céramique qui se tord le ventre tellement ça la fait
marrer de se rendre indescriptible. Et puis, finalement, si elle était
descriptible cette disjonction on ne parlerait que d'elle ce qui, il faut
bien le reconnaître, est en train de se passer dans cette définition.
Ce n'est pas tant la disjonction qui est importante mais les deux choses
qui se trouvent disjointes. On croit toujours que l'important est ce qui
sépare ou ce qui rasssemble. Mais ce sont les choses qui sont séparées
ou assemblées qui comportent le sens. » (Jack dixit)
ÉPHÉMÈRE
Je
rattache le mot éphémère à tout ce qui
est fragile et volatile. Papillons, fleurs. Enfant, j'essayais
de conserver de l'eau dans une petite cavité creusée dans
la terre. L'eau s'enfuyait tout le temps. Peut-être ma
première découverte du sens de l'éphémère.
Tout ce qui par essence ne dure pas. Un certain attrait ou une passion
soudaine et intense. Quelques coups de foudre que j'ai eus.
Ce que j'ai toujours pris pour de l'amour. La vie humaine est éphémère.
Mon reflet dans une glace est éphémère. La notion
de beauté l'est aussi. L'éphémère me
tue. Ce mot me remplit l'estomac de papillons et de fleurs.
Je l'aime et je le déteste en même temps.
Ce
qui fait l'intime dans l'écriture du journal, c'est probablement
le va-et-vient entre les détails futiles et ce qui surgit des profondeurs
de soi. Je perçois l'intime comme un constant apprivoisement
de ce qui est à moi, « le mien », plutôt que de
ce qui est moi. Je sais, l'intime, ça va chercher plus loin...
j'y reviendrai plus tard.
JOURNAL INTIME
Un
journal intime, je vois ça un peu comme un miroir pour le Moi.
Mais je pense que c'est un miroir très dangereux, parce qu'il ne
reflète pas la réalité du moi. Il me renvoi
plutôt une image brisée en milliers de petits morceaux : je
peux devenir plusieurs facettes de la même personne.
J'explore
seulement cette zone de l'intime partageable : ce qui est mien et qui se
donnerait volontiers. J'aime l'idée que cet intime-là
soit publiquement dévoilé. Et qu'il le soit avec tout
ce qu'il peut contenir d'ambiguïtés : franchement.
RUPTURE
Le
mot Rupture se passe de définition.
J'ai donc cherché des synonymes (57). De quoi fragmenter la
peine.
.............................
abandon
destruction
désagrégation
orage
abrogation
discorde
désunion
percée
annulation
dispute
détérioration
point mort
antagonisme
dissension
explosion
rompement
arrachement
dissentiment
écart
résiliation
arrêt
dissidence
éclatement
révocation
bris
dissolution
fraction
section
brisement
divergence
fracture
solution de
continuité
brisure
division
froid
suspension
brouille
divorce
infraction
séparation
brouillerie
décalage
interruption
tension
cassage
déchirement
lâchage
zizanie
cassure
déchirure
mésentente
cessation
dénonciation
mésintelligence
craqûre
désaccord
nuage
J'ai
souligné en gras les mots qui portent ma réalité du
06.02.2001 et des jours avant. Les autres ne concordent pas ou si
peu avec moi. Tout cela contient une telle violence...
HOMME
Âme
soeur. L'homme est un être passionné et tendre.
Il est vivant. Il éternue dans les courants d'air. Il
voudrait voler. Il se tait parfois. Ancré dans l'univers.
Maître de « la blancheur de l'aube ».
TEMPS
Ce
qui se perd le mieux. Les heures composent le temps et me
font toujours défaut. Le décalage horaire. Les
mille milliards d'années lumière entre lui et moi.
Un souffle.
MÉLODIE
Son
ensorcelant, la mélodie a le pouvoir de m'arracher l'oreille ou
de me rassurer.
MOT
Signe.
Convention. Le mot est un balbutiement. Un lien.
Une grosse malle. Une boîte de Pandore. Bisou.
Sourire.
MORT
La
mort
ne m'intéresse pas. La mienne en tout cas. Ce mot
est là. Et il n'est pas là. Quand je suis trop
triste, je peux sentir avancer l'ombre de la mort. Elle est en moi
depuis le premier souffle. Et je n'aime pas ça. Je ne
suis pas de son côté à elle. Je suis trop vivante.
NUDITÉ
La
nudité
ce n'est pas le fait d'être nu. Mais celui d'être dénudé,
ce qui n'a rien à voir. Se mettre tout nu et s'exhiber ne
concerne pas la nudité non plus. Seule la véritable
mise à nu, en autant qu'elle puisse exister peut révéler
la nudité.
FAIM
La
faim
c'est
ne pas manger jamais. Ou manquer régulièrement de nourriture.
J'entends par nourriture : les aliments, l'affection, les caresses, le
regard, la poésie...
ALLÉGORIE
«
L'allégorie
consiste à tenir un discours sur des sujets abstraits (intellectuels,
moraux, psychologiques, sentimentaux, théoriques), en représentant
ce thème mental par des termes qui désignent des réalités
physiques ou animées (animaux ou humains), liés entre eux
par l'organisation de tropes continués. »(Georges
Molinié, Dictionnaire de rhétorique, LGF 1992)