journal* et autres écritures

... pour le regard ailleurs, le temps, la mémoire, la lecture, le silence. Et des images

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samedi 29 octobre 2011

177. encore une autre page FIN [zen]

C’est parfait la méditation. Parfaits le zen et tout le reste. Rien à ajouter. Ni pourquoi, ni comment. Et l’écriture dans tout ça ?

Dans tout ce que nous faisons, ou pas, l’écriture n’est jamais bien loin. La preuve : le mot « zen » ne serait rien d’autre que « la romanisation de la prononciation japonaise du caractère 禅 ou 禪. » Qui en mandarin [si mes sources * sont fiables], se prononcerait « chan ». Et le mot « chan » aurait été emprunté au sanskrit ou : « sans écrit » [!]. 

Et lorsqu'il est question du sans écrit, on en arrive invariablement à parler de l'écrit : les premiers maîtres zen [j’écris « maîtres zen » par défaut, car à l’heure qu’il est, je n’ai aucune idée de comment les appeler...] ont puisé une grande partie de leur enseignement dans les « soutras ».

Les soutras ? c’est quoi ça...
Le soutra [ou sûtra] est lui-même un nom masculin, mot sanskrit apparu vers 1842 [pas 1841] qui signifie : « précepte sanskrit » **. Ou recueil d’aphorismes de ce genre.

Ça tombe super bien, j’adore les aphorismes.

Et celui qui intéresse plus que les autres le sujet de ce billet, est le soutra du Lankâ, qui « insiste sur la nécessité des écritures d'une part, et sur la nécessité d'autre part de ne pas leur accorder de valeur absolue » :

Une transmission spéciale en dehors des écritures. Aucune
Sans dépendance vis-à-vis des lettres et des mots.

Révéler directement à chaque homme son esprit originel

Voir sa vraie nature et réaliser sa Nature-de-Bouddha.

Michel Proulx écrit : « On excipe souvent de ce quatrain pour soutenir que le Zen n'a rien à faire des écritures, sûtras ou autres textes et documents élaborés depuis 2500 ans par le Bouddhisme. Cette attitude est très prisée des "zénistes" français, car elle les exonère de l'effort de l'étude des bases doctrinales indispensables à une saine pratique. Lorsqu'on lit le Lanka, on a la surprise de découvrir au détour du chapitre VI un passage qui est manifestement la source de ce fameux quatrain » :

[..,] les mots dépendent des lettres mais pas le sens; le sens est séparé de l'existence et de la non-existence, il n'a pas de substrat, il est non-né. Les Tathagatas n'enseignent pas un Dharma qui dépend des lettres. Quiconque enseigne une doctrine qui dépendrait des lettres et des mots n'est qu'un bavard, parce que la Vérité est au-delà des lettres, des mots et des livres. Ceci ne signifie pas que lettres et livres ne disent jamais ce qui est en conformité avec le sens et la vérité, mais que mots et livres sont dépendants des discriminations, alors que le sens et la vérité ne sont pas; qui plus est, mots et livres sont sujets à l'interprétation des esprits individuels, cependant que le sens et la vérité ne le sont pas. Mais si la Vérité n'est pas exprimée dans les mots et les livres, les écritures qui contiennent le sens de la Vérité disparaîtraient, et sans les écritures il n'y aurait plus de disciples ni de maîtres, ni de Bodhisattvas ni de Bouddhas, et il n'y aurait plus rien à enseigner. Mais il ne faut pas s'attacher aux mots des écritures parce que même les textes canoniques dévient parfois de leur cours direct à cause du fonctionnement imparfaits des esprits sensibles.

[Extrait de La page waibe Zen de Michel Proulx, à Montpellier : Sûtra de la Descente au Lanka (4°partie), Chapitre VI, « L’intellignece transcendantale »]

Intéressant, n’est-il pas ?

En plus du mot « soutra », un autre petit nouveau s'est ajouté à mon vocabulaire, le « kōan » [celui-là n'est pas dans le dictionnaire], et se définit comme suit :

Les kōans (école Rinzai) sont des propositions le plus souvent absurdes ou paradoxales que pose le maître et que le disciple doit dissoudre (plutôt que résoudre) dans la vacuité du non-sens, et, par suite, noyer son moi dans une absence de tensions et de volonté, que l'on peut comparer à la surface parfaitement lisse d'un lac reflétant le monde comme un miroir.

Inutile d'ajouter, pour ceux qui me connaissent, [sans redonder ni ronronner], que j'adore dissoudre le sens dans la vacuité du non-sens. C'est en passe de devenir mon sport favori du samedi soir.

J'espère ne pas vous avoir trop endormis avec mon zen ce matin. Et do not zzz avant d'avoir cliqué sur le lien souligné.

2006.10.30_pouledanslamire.jpg

[Script. – Elle est pas belle, ma poule ?]

Un peu de sérieux, madame chose. J'ai relu hier « Ils étaient vivants et ils m'ont parlé » [commis par Henry Miller dans les années 50 si ma mémoire bibliographique est encore bonne].

Dans ce court, amusant et très important texte, il est principalement question de lecture.

Voici l'un des passages qui m'a touchée [je l'ai écrit sur un grand papier et je l'ai affiché sur la porte de la salle de bain pour l'apprendre par coeur et pour que tous ceux qui d'aventure passeraient par ici puissent le lire] :

Ce qu'il y a de plus difficile dans la vie, c'est d'apprendre à ne faire que ce qui vous est strictement profitable, ce qui est d'un intérêt vital.

Et j'ajouterai : incluant le ne rien faire qui vous sera « plus » strictement profitable et d'un intérêt vital que l'hyperactivité des poules pas de têtes.

Toujours sans changer de sujet, j'avais effleuré la question en septembre, annonçant mon « départ » début octobre. J'ai reporté. Laissé décanter le projet.

Le volume neuf en est arrivé à sa dernière page. Dans quelques minutes je taperai son point final.

Je ne voulais pas commencer le volume dix. Pas trop vite.

C'est fou, ça a fait onze ans le vingt-deux septembre deux mille onze, onze ans que je tiens ce journal en ligne. Le vingt-deux septembre a passé et je n'y ai même pas pensé.

Comme je ne pars pas demain matin, j'ouvrirai [demain matin] le volume dix avec un nouveau titre : « Le silence des mots ».

Ou encore avec ce titre inspirant trouvé hier et qui me tente encore plus : « Maintenant il y a des couleurs ». Avec en sous-titre : couleurs du jour, couleurs du silence, couleurs des mots ».

Lequel préférez-vous, s'enquiert furtivement Lady A ?

[ah non, pas encore elle. zzz]

J'y ai réfléchi longuement. Et il y aura des couleurs. Beaucoup. Et encore plus de fleurs dessinées. Gravées. Imaginées. Déterrées. En noir et blanc.

Et c'est ainsi que le volume neuf qui n'avait pas de titre se retrouvera mon seul : « Journal et autres écritures ».

Tu trouves que c'est une bonne idée ?

Ah et puis, bonne ou mauvaise, c'est une idée géniale et je ne vois pas ce que je peux faire d'autre avec ce titre que j'ai envie de changer pour le faire correspondre au présent sans jeter le passé aux oubliettes.

En tout cas, je sais que je ne ralentirai pas la fréquence de mes billets. Au contraire. Parce que j'ai autre chose à faire. Des centaines de milliers de choses à faire, comme toujours. Même si je donne à penser que je ne fais rien parce que je ne raconte rien à tout le monde.

J'avancerai peut-être un peu dans mes autres écritures. Autrement.

Pourquoi ne pas fermer carrément ou faire une longue pause, me suggère Script.

[ah non, pas encore elle. argh]

Parce que, chaque fois que j'ai arrêté le journal en ligne dans l'idée que j'aurais plus de temps pour écrire, ça n'a pas marché. J'en ouvrais un autre dans les jours ou les semaines qui suivaient [mais ça, c'était la faute à Script].

Parce que lorsque je commence « vraiment » à écrire, je me retrouve avec plein d'énergies et d'envies de faire n'importe quoi d'autre : [...]. C'est ça que j'aime.

Et si j'osais donner un conseil à ceux qui écrivent un journal en ligne [blog], comme Henry Miller le fait au sujet de la lecture, je dirais : écrivez le moins, et non pas le plus possible.

Quand il m'est arrivé de relire mes billets, et surtout de les réviser, l'année dernière, j'ai compris que je n'avais pas besoin d'écrire ne serait-ce que le dixième de ce que j'ai écrit.

[Script. – C'est pour ça qu'il ne reste plus qu'un cahier sur dix, alors ?]

[Moi. – Toé, tais-toé.]

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* Sources : Wikipedia, mouahah.
* * Selon le Nouveau Petit Robert (2007).

mardi 11 octobre 2011

176. méditation zen

Bonne nouvelle. Je me suis enfin trouvé un centre Zen. Et la première séance, fa-bu-leu-se-ment bénéfique. Ce n'est pas un grand centre. Il y a un petit jardin, un zendo [un zendo c’est la place où on s’assit pour méditer] avec des grands coussins carrés placés en rangs d’oignons en deux rangées qui se font face, par-dessus les grands coussins carrés il y a des plus petits coussins carrés surmontés de coussins ronds très épais [le zafu] à glisser sous les fesses, ça aide à maintenir le dos droit, il y a un beau plancher ciré en planches de pin larges de quinze pouces au moins. Et au bout du zendo, sur une longue table de réfectoire où je m'attendais à voir un gros Bouddha, il y avait une statue de Kanzeon, le bodhisattva de la compassion. 

Ce centre appartient à l'école japonaise du Rinzai, selon l'esprit et le style enseignés par Kyozan Joshu Sasaki Roshi. Le maître est très vieux [au moins 915 ans ;-)]et vit en Californie ; c'est lui qui a « transplanté » le Zen Rinzai en Occident. J’ai vu sa photo sur le mur. J'ai ressenti là-bas un bon silence pas lourd, un silence accueillant. Et un parfum d’encens, léger. Je ne dirai pas où c’est. Pour ne pas dissoudre complètement toute la joie de ma trouvaille en la diffusant aux quatre vents. C’était la première fois samedi. J’ai appris plein de choses. Et ce n’est pas fini.

(The famous Chinese Zen master Yunmen Wenyan (Jap. ''Ummon Bun'en''), 862-949. Wikipedia : Marudubshinki

vous. - Mais pourquoi tu médites pas chez-vous, me direz-vous.

moi. - Ben parce que chez-nous, j’ai essayé, et ça marche pas.

vous. - Pourquoi ?

moi. - Pour des tas de raisons : parce que je me laisse distraire par toutes sortes d’affaires, parce que la maison n’est pas organisée pour ça. Parce que le téléphone, les bébelles sur les murs, les meubles, les choses à faire, les odeurs de cuisine, l'ordi, les livres, les mouches à fruits, les contingences du quotidien, name it.

vous. - Mais encore ?

moi. - C'est une blague ou vous voulez la vérité vraie comme dans la tévéréalité ?

vous. - C'était pour rire. Mais tout de même. Pourrais-je vous te la demander [sans intentions d’intrusion ni de voyeurisme] ?

moi. - Mais certainement. Vous savez bien que je réponds toujours à toute vos questions ! C’est parce que je sais pas comment...

vous. - Vous Tu ne sais pas comment quoi ?

moi. - Je ne sais pas comment faire ce dont je vous parlais. Ça me paraît évident.

vous. - Mais tu ne me parles pas. Ni moi non plus. Tu écris. Ce n’est pas pareil.

moi. - En ce moment, si. C’est pareil. Lorsque je vous écris exactement comme je vous parlerais, l’écrit prend fonction de parole.

vous. - Si vous voulez tu veux. On va pas se mettre à chipoter sur des détails. [C'est gênant pareil de tutoyer quelqu'un qui vous vouvoit] Ma question c'était : pourquoi vous ne pouvez pas méditer toute seule chez-vous dans votre maison.

moi. - Je vous l'ai dit : je ne sais pas comment faire pour méditer.

vous. - Oui, mais pourquoi voulez-vous absolument faire de la méditation ?

moi. - Je veux méditer pour me vider l'esprit, je pense trop. J'ai trop de pensées qui me passent par la tête. Ça peut devenir polluant, à la longue. Se vider l'esprit de plein de pensées et d'émotions parasites, c'est une question d'hygiène. Sachez que je ne suis pas du tout dans une recherche de spiritualité ou d'ésotérisme. Je ne cherche pas de maître ni de gourou, j'ai juste envie d'apprendre à méditer. Et le zen, c'est la méditation. C'est pour mieux me relier à la terre et au monde, me centrer, etc. C'est pour ça que j'ai finalement décidé d'apprendre le bouddhisme zen. C'est pas pour magasiner une patente qui vous fait déstresser, maigrir ou vous sentir mieux. D'abord j'ai pas besoin de maigrir et je vais très bien dans ma tête et dans mon corps [sans vouloir séparer l'esprit du body non plus car l'un ne va pas facilement sans l'autre]. Et puis il y a une part d'inconnu dans ce désir-là. Une voie qui m'a toujours intéressée.

Ainsi donc, pour en revenir à samedi dernier, j'ai appris que le zazen, c'est la posture de méditation, oui, mais c'est aussi juste une façon de s'asseoir. Rien d'autre [pour le moment]. Sauf que aille aille aille, ça donne mal aux jambes, j'aurai besoin de faire des étirements et de reprendre le yoga.

Ce qui me plaît là-dedans c'est la notion d'unité corps esprit dans une présence totale à l’espace-temps : ici et maintenant.

Bien que je savais que le Bouddhisme Zen ne s'apprend pas en parlant mais en méditant, j'avais lu un peu sur le sujet tout de même, ce qui fait que je suis arrivée là avec mes questions.

À la question : comment arrêter de penser quand je médite ?

Le moine répond : quand une pensée s’annonce, simplement la regarder et la laisser passer doucement, doucement. La regarder très brièvement. Éviter de la contempler car alors l’esprit en pondrait une autre, puis une autre et il construirait ainsi toute une histoire. L'esprit est fort pour construire des histoires.

moi. - La chasser, alors ? La contrôler, ou alors l’accueillir ? Non. Car cela impliquerait une forme de jugement.

lui. - Méditer n'implique aucune « action », ni sur la pensée, ni autrement.

moi. - Je pense que j'ai compris.

Qu’est-ce que j’ai retenu d’autre ?

Que ce n’est pas là que je vais intellectualiser bien longtemps et c’est tant mieux.

Que si j’ai une question à poser, j’attendrai.

Le silence règle tout.

Après le silence, je n'aurai peut-être plus de questions.

Le moine a préparé et servi le thé dans de tout petits gobelets en porcelaine blanche.

Chacun des pas, chacun des gestes prenait, dans cet univers-là, une signification en relation avec soi, les autres et le monde autour, comme un coup de pinceau sur une toile blanche.