Puisque je n'arrive pas, aujourd'hui, à sortir avant qu'il fasse noir, je continuerai à feuilleter les livres de Colette, à relire des pages déjà soulignées, à piocher et délirer dans ses plus inspirantes phrases.
D'abord celle-ci, dans La naissance du jour, que l'on dirait écrite par la femme-chat : « Je n'ai plus envie de me marier avec personne, mais je rêve encore que j'épouse un très grand chat. »
De
Mes apprentissages, je lis et relis ce passage qui me
rappelle un peu ma Julia [personnage principal de mon dernier manuscrit, qui
n'existe pas ailleurs que dans ces liasses de papier blanc abandonnées sur
l'étagère du bas de ma bibliothèque ; elle me manque] :
« Je chantais au fond de moi, je battais des rythmes avec mes orteils et les muscles de mes mâchoires. [...] Le dessin musical et la phrase naissent du même couple évasif et immortel : la note, le rythme. Écrire, au lieu de composer, c'est connaître la même recherche, mais avec une transe moins illuminée, et une récompense plus petite. Si j'avais composé au lieu d'écrire, j'aurais pris en dédain ce que je fais depuis quarante ans. Car le mot est rebattu, et l'arabesque de musique éternellement vierge... consentir, comme je le fis enfin, à ce que chaque orage de musique - de musique aimée - fut une défaite heureuse, fermer les paupières sur deux larmes faciles et imminentes, je ne comptai pas, d'abord, ce desserrement comme un progrès. »
Je ne sais pas comment faire le deuil d'un roman sur lequel j'ai travaillé durant trois ans et qui ne sera jamais publié. Je ne sais pas comment oublier des personnages attachants à qui j'ai donné vie en écriture, à qui je m'étais attachée. Et qui vivent maintenant dans des limbes ou un espace innommable de non-vie que je ne supporte pas. Je ne sais pas comment faire pour recommencer à zéro, pour en créer d'autres qui connaîtront sans doute le même destin avorté. Je pourrais reprendre ce manuscrit et le transformer, le retravailler comme ils disent. Je n'arrive pas à défaire ce que j'avais construit avec autant d'amour et souvent dans des états de « transe illuminée ». Mais le pire c'est que je n'arrive pas à « consentir » à la défaite, à transformer cet échec en « défaite heureuse », pour reprendre les mots de Colette. Alors je me débats. Je me débats mais je ne perds pas courage et je regarde les étoiles. Je lis Colette.
Avec tout ça j'ai voulu finir ma traversée de la
première nuit de l'année en réécoutant « La chambre d'Orphée », de Philip
Glass, pièce musicale qui m'a passablement hantée pendant l'écriture de mon
dernier manuscrit [sans doute un navet comme les précédents, refusé par huit
éditeurs sur treize à qui je l'avais posté début janvier 2010 ; le cas des cinq
maisons d'édition - et pas les plus « petites » - qui n'ont même pas pris la
peine de me pondre leur lettre de refus me laisse songeuse et triste aussi,
très triste. Mais ce jour n'en est pas un où j'ai envie de me répandre en
regrets et jérémiades, alors je fermerai définitivement cette parenthèse parce
que j'ai presque totalement perdu espoir et que je n'écris plus; - pour le
moment]. Ainsi donc, ne retrouvant plus le cd acheté sur Itunes [endormi dans
la mémoire du macbook air que je n'utilise plus beaucoup non plus], j'ai tapé
Phillip Glass dans le ITunes Store et j'ai découvert le superbe album
Book of Longing, composé des dessins et poèmes de
Leonard Cohen mis en musique par Philip Glass. J'ai choisi le premier morceau :
« I Can't Make the Hills ». C'est moi aujourd'hui. Pour vous. Avec
tous mes voeux pour une bonne et heureuse année. Et comme j'ai eu de la chance,
il y a ce video déniché sur You Tube. Cadeau. Merci aux auteurs.