journal* et autres écritures

... pour le regard ailleurs, le temps, la mémoire, la lecture, le silence. Et des images

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Mot-clé - lecture

C’est parfait la méditation. Parfaits le zen et tout le reste. Rien à ajouter. Ni pourquoi, ni comment. Et l’écriture dans tout ça ?

Dans tout ce que nous faisons, ou pas, l’écriture n’est jamais bien loin. La preuve : le mot « zen » ne serait rien d’autre que « la romanisation de la prononciation japonaise du caractère 禅 ou 禪. » Qui en mandarin [si mes sources * sont fiables], se prononcerait « chan ». Et le mot « chan » aurait été emprunté au sanskrit ou : « sans écrit » [!]. 

Et lorsqu'il est question du sans écrit, on en arrive invariablement à parler de l'écrit : les premiers maîtres zen [j’écris « maîtres zen » par défaut, car à l’heure qu’il est, je n’ai aucune idée de comment les appeler...] ont puisé une grande partie de leur enseignement dans les « soutras ».

Les soutras ? c’est quoi ça...
Le soutra [ou sûtra] est lui-même un nom masculin, mot sanskrit apparu vers 1842 [pas 1841] qui signifie : « précepte sanskrit » **. Ou recueil d’aphorismes de ce genre.

Ça tombe super bien, j’adore les aphorismes.

Et celui qui intéresse plus que les autres le sujet de ce billet, est le soutra du Lankâ, qui « insiste sur la nécessité des écritures d'une part, et sur la nécessité d'autre part de ne pas leur accorder de valeur absolue » :

Une transmission spéciale en dehors des écritures. Aucune
Sans dépendance vis-à-vis des lettres et des mots.

Révéler directement à chaque homme son esprit originel

Voir sa vraie nature et réaliser sa Nature-de-Bouddha.

Michel Proulx écrit : « On excipe souvent de ce quatrain pour soutenir que le Zen n'a rien à faire des écritures, sûtras ou autres textes et documents élaborés depuis 2500 ans par le Bouddhisme. Cette attitude est très prisée des "zénistes" français, car elle les exonère de l'effort de l'étude des bases doctrinales indispensables à une saine pratique. Lorsqu'on lit le Lanka, on a la surprise de découvrir au détour du chapitre VI un passage qui est manifestement la source de ce fameux quatrain » :

[..,] les mots dépendent des lettres mais pas le sens; le sens est séparé de l'existence et de la non-existence, il n'a pas de substrat, il est non-né. Les Tathagatas n'enseignent pas un Dharma qui dépend des lettres. Quiconque enseigne une doctrine qui dépendrait des lettres et des mots n'est qu'un bavard, parce que la Vérité est au-delà des lettres, des mots et des livres. Ceci ne signifie pas que lettres et livres ne disent jamais ce qui est en conformité avec le sens et la vérité, mais que mots et livres sont dépendants des discriminations, alors que le sens et la vérité ne sont pas; qui plus est, mots et livres sont sujets à l'interprétation des esprits individuels, cependant que le sens et la vérité ne le sont pas. Mais si la Vérité n'est pas exprimée dans les mots et les livres, les écritures qui contiennent le sens de la Vérité disparaîtraient, et sans les écritures il n'y aurait plus de disciples ni de maîtres, ni de Bodhisattvas ni de Bouddhas, et il n'y aurait plus rien à enseigner. Mais il ne faut pas s'attacher aux mots des écritures parce que même les textes canoniques dévient parfois de leur cours direct à cause du fonctionnement imparfaits des esprits sensibles.

[Extrait de La page waibe Zen de Michel Proulx, à Montpellier : Sûtra de la Descente au Lanka (4°partie), Chapitre VI, « L’intellignece transcendantale »]

Intéressant, n’est-il pas ?

En plus du mot « soutra », un autre petit nouveau s'est ajouté à mon vocabulaire, le « kōan » [celui-là n'est pas dans le dictionnaire], et se définit comme suit :

Les kōans (école Rinzai) sont des propositions le plus souvent absurdes ou paradoxales que pose le maître et que le disciple doit dissoudre (plutôt que résoudre) dans la vacuité du non-sens, et, par suite, noyer son moi dans une absence de tensions et de volonté, que l'on peut comparer à la surface parfaitement lisse d'un lac reflétant le monde comme un miroir.

Inutile d'ajouter, pour ceux qui me connaissent, [sans redonder ni ronronner], que j'adore dissoudre le sens dans la vacuité du non-sens. C'est en passe de devenir mon sport favori du samedi soir.

J'espère ne pas vous avoir trop endormis avec mon zen ce matin. Et do not zzz avant d'avoir cliqué sur le lien souligné.

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[Script. – Elle est pas belle, ma poule ?]

Un peu de sérieux, madame chose. J'ai relu hier « Ils étaient vivants et ils m'ont parlé » [commis par Henry Miller dans les années 50 si ma mémoire bibliographique est encore bonne].

Dans ce court, amusant et très important texte, il est principalement question de lecture.

Voici l'un des passages qui m'a touchée [je l'ai écrit sur un grand papier et je l'ai affiché sur la porte de la salle de bain pour l'apprendre par coeur et pour que tous ceux qui d'aventure passeraient par ici puissent le lire] :

Ce qu'il y a de plus difficile dans la vie, c'est d'apprendre à ne faire que ce qui vous est strictement profitable, ce qui est d'un intérêt vital.

Et j'ajouterai : incluant le ne rien faire qui vous sera « plus » strictement profitable et d'un intérêt vital que l'hyperactivité des poules pas de têtes.

Toujours sans changer de sujet, j'avais effleuré la question en septembre, annonçant mon « départ » début octobre. J'ai reporté. Laissé décanter le projet.

Le volume neuf en est arrivé à sa dernière page. Dans quelques minutes je taperai son point final.

Je ne voulais pas commencer le volume dix. Pas trop vite.

C'est fou, ça a fait onze ans le vingt-deux septembre deux mille onze, onze ans que je tiens ce journal en ligne. Le vingt-deux septembre a passé et je n'y ai même pas pensé.

Comme je ne pars pas demain matin, j'ouvrirai [demain matin] le volume dix avec un nouveau titre : « Le silence des mots ».

Ou encore avec ce titre inspirant trouvé hier et qui me tente encore plus : « Maintenant il y a des couleurs ». Avec en sous-titre : couleurs du jour, couleurs du silence, couleurs des mots ».

Lequel préférez-vous, s'enquiert furtivement Lady A ?

[ah non, pas encore elle. zzz]

J'y ai réfléchi longuement. Et il y aura des couleurs. Beaucoup. Et encore plus de fleurs dessinées. Gravées. Imaginées. Déterrées. En noir et blanc.

Et c'est ainsi que le volume neuf qui n'avait pas de titre se retrouvera mon seul : « Journal et autres écritures ».

Tu trouves que c'est une bonne idée ?

Ah et puis, bonne ou mauvaise, c'est une idée géniale et je ne vois pas ce que je peux faire d'autre avec ce titre que j'ai envie de changer pour le faire correspondre au présent sans jeter le passé aux oubliettes.

En tout cas, je sais que je ne ralentirai pas la fréquence de mes billets. Au contraire. Parce que j'ai autre chose à faire. Des centaines de milliers de choses à faire, comme toujours. Même si je donne à penser que je ne fais rien parce que je ne raconte rien à tout le monde.

J'avancerai peut-être un peu dans mes autres écritures. Autrement.

Pourquoi ne pas fermer carrément ou faire une longue pause, me suggère Script.

[ah non, pas encore elle. argh]

Parce que, chaque fois que j'ai arrêté le journal en ligne dans l'idée que j'aurais plus de temps pour écrire, ça n'a pas marché. J'en ouvrais un autre dans les jours ou les semaines qui suivaient [mais ça, c'était la faute à Script].

Parce que lorsque je commence « vraiment » à écrire, je me retrouve avec plein d'énergies et d'envies de faire n'importe quoi d'autre : [...]. C'est ça que j'aime.

Et si j'osais donner un conseil à ceux qui écrivent un journal en ligne [blog], comme Henry Miller le fait au sujet de la lecture, je dirais : écrivez le moins, et non pas le plus possible.

Quand il m'est arrivé de relire mes billets, et surtout de les réviser, l'année dernière, j'ai compris que je n'avais pas besoin d'écrire ne serait-ce que le dixième de ce que j'ai écrit.

[Script. – C'est pour ça qu'il ne reste plus qu'un cahier sur dix, alors ?]

[Moi. – Toé, tais-toé.]

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* Sources : Wikipedia, mouahah.
* * Selon le Nouveau Petit Robert (2007).

Les mots on tendance à sortir des livres. De plus en plus, ils s'échappent et s'accrochent où ils peuvent.

Depuis l'arrivée d'internet, et encore maintenant, plein de gens s'inquiètent. Principalement ceux pour qui la fabrication des livres est un métier. Ça tremble de peur. De peur que les gens ne lisent plus. Ou qu'ils n'achètent plus de livres.

Bizarre. Dans mon coin de la toile, dans mon petit espace de survie dans la ville, j'ai toujours été convaincue du contraire. 

J'ai longtemps pensé que les livres papiers ne disparaîtraient jamais, mais je commence à en douter sérieusement. Et ça ne veut pas dire que nous ne lirons plus. Nous lirons ailleurs et autrement. La vie des mots a changé.

Ça m'a sauté aux yeux l'autre soir. Dans le métro, dans les rues de Montréal, j'ai vu des mots partout. Je ne parle pas de ceux qui participent aux illustrations et slogans des affiches publicitaires. Je parle de citations ou même de longs extraits de textes peints à même les murs de briques. 

Les mots sont entrés dans les images. Ils ont envahi la ville. Ceux du métro, juste derrière la banquette étroite où j'étais assise étaient, en caractères blancs sur fond noir : « Mon métier et mon art, c'est vivre. » Montaigne. J'ai pensé qu'ils avaient été mis là pour moi. Je les ai cueillis. Pour le journal. Comme une devise. Un aide mémoire pour ne pas oublier que écrire, c'est choisir de vivre en face à face avec soi et ses multiples doublures.

Ces temps-ci, je lis tellement que cela pourrait ressembler de loin à une tentative de fuite. Ou d'évasion.

Je lis goulûment. Je lis passionnément les livres que j'emprunte à la bibliothèque. À défaut d'en acheter, faute de blé.

Elle dit que je suis entrée en lecture comme on entre en religion. 

Je dis je ne sais pas. Je dis que peut-être tu as raison. Qui suis-je pour te contredire. Je dis que je lis pour lire. Je lis ce que je rencontre par hasard soit sur un rayon de la bibliothèque, soit par un titre ou un nom d'auteur dont il a été question dans une lecture aimée. Ce n'est pas vraiment un choix. Mais c'est une certaine façon de choisir - pas meilleure ni pire qu'une autre. Je me tiens loin des lectures imposées. Pas envie d'avoir dans les mains les derniers livres publiés non plus. Je serais bien incapable de lire sur commande. Ça me couperait le plaisir. Je ne lis pas pour commenter. Ni analyser, ni résumer. Ni critiquer. Je lis juste pour aimer. Vagabonder.

Quand je lis, je ne cherche pas. Je lis comme je marche sur la rue. Parfois je fais des rencontres, parfois il n'y a personne que des ombres ou des gens qui regardent à terre.

C'est comme ça que j'ai lu à quelques jours d'intervalle, Pan de Knut Hamsun et Le joueur de flûte de Louis Hamelin. Deux rencontres qui se sont croisées par pure coïncidence.

J'ai aimé ces livres qui font vivre leur vie « de papier » à des personnages « de papier » dans des univers compliqués de récits et d'histoires souterraines, touffus, riches d'images et de sons, bourrés d'intertextualité. Plus que jouissifs.

Lire, ça donne un grand sentiment de liberté sur soi, les autres, sur le temps. De légèreté. 

Sans les livres que je lis en cette longue et neigeuse fin d'hiver, je ne sais pas ce que je deviendrais.

Lire peut être aussi éprouvant que réconfortant. Déconcertant, épuisant. 

Lire, c'est aimer, s'aimer assez. Ça n'appartient qu'à soi. Ça fait partie de ce qui n'appartient qu'à soi. Une expérience intime, pratiquement impartageable.

J'ai renoué avec mon habitude de noter les titres des livres lus, au jour le jour, sur une page spéciale. Parfois j'ajoute quelques mots, copie quelques extraits avant que les livres ne retournent à la bibli. pour y être lus par d'autres. 

Hier, j'ai écrit ce billet et je n'ai pas eu le temps de le relire et de le poster. Dans la journée, j'ai commencé à lire La perte de l'image de Peter Handke, un roman qui commence d'une manière très étrange et contient autant, sinon plus, de parenthèses que mes billets [cela dit sans aucune intention d'établir la moindre comparaison, je note]. J'avais beaucoup aimé son Essai sur la fatigue, un véritable essai. Et à la page 18 [du roman de 634 pages, miam], je suis tombée sur ce début de paragraphe où il est indiqué comment la banquière a trouvé l'auteur qu'elle lisait pour lui demander d'écrire son livre :

« Autrefois, elle avait été une lectrice. (Elle lisait bien encore aujourd'hui, mais il ne s'agissait plus de lecture à ses yeux. Elle ne lisait plus comme il faut. Et en même temps, sans la lecture, elle se sentait orpheline. ) »

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Peter Handke. La perte de l'image ou Par la Sierra de Gredos, titre original : Der Bildverlust oder Durch die Sierra de Gredos [2002], traduit de l'allemand par Olivier Le Lay, Paris, Gallimard, 2004.

La jolie lettrine provient du grenier de From old books : Decorative initial “L” with wild flowers and weeds The River Dee: Its Aspect and History (1875).