journal* et autres écritures

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Mot-clé - la honte

« Si vous voulez savoir pourquoi je n'ai rien dit, il vous suffira de chercher ce qui m'a forcé à me taire. Les circonstances de l'événement et les réactions de l'entourage sont coauteurs de mon silence. Si je vous dis ce qui m'est arrivé, vous n'allez pas me croire, vous allez rire, vous allez prendre parti de l'agresseur, vous allez me poser des questions obscènes ou, pire même, vous aurez pitié de moi. Quelle que soit votre réaction, il m'aura suffi de dire pour me sentir mal sous votre regard.

« Je vais donc me taire pour me protéger, je ne mettrai en façade que la part de mon histoire que vous êtes capable de supporter. L'autre part, la ténébreuse, vivra sans un mot dans les souterrains de ma personnalité. Cette histoire sans paroles gouvernera notre relation parce que des mots non partagés, des récits silencieux, je m'en suis raconté dans mon fort intérieur, interminablement. »

Boris Cyrulnik, Mourir de dire : la honte, Odile Jacob, 2010.

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par fragments, pas souvent, un peu décousu, mais retour à l’écriture tout de même

j’ai appris il n’y a pas longtemps que la honte est une émotion mixte [l’avais-je écrit dans ce journal ? m’en souviens plus] : un mélange de colère et de peur, paraît-il

la honte concerne souvent l’argent et le sexe ; difficile de ne pas rougir de honte, de cultiver des silences coupables

même quand on est tout seul avec soi-même

j'ai appris hier que les fourmis ne sont pas végétariennes. ni végétaliennes [des végé italiennes, arf], c'est toujours ça de pris

et pendant que j'en parle, je cherche inlassablement des raisons d’exprimer verbalement de la colère face à la société pis j’en trouve pas

j’en trouve pas des raisons de me fâcher, j'en ai pas, malgré la grève des Postes qui s’éternise, l’immonde quantité de suiveux qui ont élu des presque analphabètes aux dernières élections et qui ont même pas été fichus de garder monsieur Duceppe [une vraie honte], les nids de poule plein les rues de mtl, les rues [de mtl] bloquées en permanence par la construction et les interminables bouchons de circulation qui s’ensuivent, la bouffe trop cher et insipide qui provient massivement des usa, les guénilles trop minces et toutes pareilles fabriquées en chine, les livres de + en + chers et mal écrits [imprimés en chine], les éditeurs qui refusent mes manuscrits, ceux qui répondent même pas [salauds], les milliers de cyclistes à l’envers dans les sens uniques ou qui te coupent à dix cm de la roue avant droite mais c’est pas eux autres les tarlas, c’est toi, c’est toujours la faute aux automobilistes qui crachent le fioule à pleine rue et qui empestent mon bureau quand j’ai le malheur d’ouvrir la fenêtre. en plus ils grignotent la glace des banquises et la planète se réchauffe, honte sur moi. pis en plus, on aura bientôt plus de ponts assez solides pour sortir de l’île [de mtl], on fera quoi s’il faut évacuer d’urgence ? s’empiler pêle-mêle au fond des nids de poule ? crever dans les bouchons ? argh

à bien y penser, j’en ai plein de raisons de chiquer la guénille [encore elle], de ronchonner, de critiquer, de râler, de gueuler, de chicaner jour et nuit, de ruer dans les brancards, de maudire la terre entière et sa mère en public comme en privé. mais je le fais pas

c’est ça le problème

je me dis que ça sert à rien de s'énerver, que ça changera rien, je me laisse endormir par la torpeur ambiante, je ravale la colère pis après je meurs de honte au fond de mon lit parce que tout ce qui arrive de pas bon autour de moi, c'est par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute

mais donnez moi un peu de temps et je vais apprendre à la lire ma colère, apprendre à lire l'ire...

et en faire quelque chose de magnifiquement beau et bon

sur ce, merci à ceux qui s'aventurent à écrire un commentaire. des mots et des bisous, j'adore ça. on en fera des tartines pour Alice, pour quand elle va retourner au pays des merveilles

les tartines, ça fait grandir

« Une voix intérieure m'ordonne : approche-toi le plus possible des sources de la honte. »

W. Gombrowicz : Souvenirs de Pologne

2011.05.16 : barrière avec bourgeons de vigne vierge

derrière la barrière, la ruelle mouillée, le flou

Je pose les mots. Et je pèse mes mots.

J'arpente un terrain miné, compliqué. Entre découvertes issues de mes rêves et questions du jour, toute neuves.

Pluie toute la journée d'hier. Avant-hier aussi. Ce matin, ciel gris et froid. 

J'en profite pour photographier le pommier mouillé avant que les pétales rose pâle pourrissent et retournent à la terre [c'était hier].

2011.05.16 : pommier sous la pluie

pommier d'à côté sous la pluie

La honte est une souffrance d'autant plus forte que par nature on en parle peu.

Il y a l'humiliation qui amène à taire les violences subies, à se replier sur soi-même, à cultiver un sentiment d'illégitimité, à se vivre comme « un moins que rien ». Il y a la gêne éprouvée face à la honte d'autrui, qui conduit, le plus souvent, à une mise à distance, à un refus d'entendre ce qui dérange. L'écoute de celui ou celle qui a honte est difficile. Ces deux attitudes se complètent et se renforcent. La gêne des uns contribue au rejet des autres et au silence de tous.

Vincent de Gaulejac : Les sources de la honte

2011.05.16 : barrière avec vigne

la vigne neuve s'effiloche sur la barrière

Je revisite la définition [dictionnaire] de l'abnégation. 

Dans le Petit Robert  2007, le mot apparaît en 1488, [comment peuvent-ils être aussi précis ? c'est fou]. « Abnégation : Sacrifice volontaire de soi-même, de son intérêt. » [sacrifice volontaire, donc pas inconscient du tout]. Origines : « abjuration » 1377 et du latin abnegatio : « refus ». 

Mon vieux Littré, pour sa part, ne mentionne pas l'abjuration. Il se contente de abnegatio : « renoncement, faire abnégation de ses intérêts, l'abnégation chrétienne ». Je m'en doutais. 

Mais l'abjuration ? 

C'est la surprise que me réservait la question.

2011.05.16 : pommier fleuri

pommier en fleurs, prise 2

Je n'abjure pas la foi, au sens de renier ou de renoncer solennellement. Je l'ai juste perdue.

C'est une question sérieuse. En tout cas, qui me torture un peu des fois. Mais je n'en meurs pas.

Et je ne nie pas que un ou des dieux puissent exister pour ceux qui y croient. Je dis juste que je ne crois pas à leur existence. 

C'est ça perdre la foi ?

Si c'est ça, c'est quoi avoir la foi ?

Si c'est croire à un dogme à la religion [catholique], j'ai perdu cette foi-là. Définitivement, je le sais.

J'ai aussi perdu la foi en l'existence du dieu omniprésent, omnipotent et omni-tout-le-reste adoré par les chrétiens.

Je n'ai plus la foi ni au créateur, que je crois inventé par des hommes en besoin de se raconter « la » belle histoire, ni aux dogmes des différentes religions [chrétiennes et catholiques] qui se sont déployées et multipliées comme des fleurs de pommier.

Pourquoi j'ai besoin de l'écrire dans ce journal, public ? Ça, c'est une autre histoire. 

Serait-ce l'histoire de la honte qui commence à vouloir s'échapper du secret ?

2011.05.16 : poirier en fleurs

poirier en fleurs chez mes voisins de ruelle, d'en face

La honte n'est ni sociale ni psychique, elle prend sa source dans ce double registre. On ne peut donc parler ici « d'autre scène » puisque ce qui se joue dans l'inconscient se noue avec des humiliations qui n'ont rien de fantasmatique. Si elle s'enracine dans les couches les plus profondes de la psyché (narcissisme, identification primaire, incorporation de l'objet perdu...), elle n'est pas pour autant « inconsciente », comme la culpabilité. Elle est plutôt de l'ordre du déni conscient que du refoulement inconscient.

Vincent de Gaulejac : Les sources de la honte

2011.05.16 : laurier-sauce ou laurier nobilis en attente de rempotage

laurier nobilis [laurier-sauce ou laurier d'Apollon] en attente de rempotage

Je ne fabriquerai pas de plan formel pour mes prochains doutes et questions. Pas de Plan Nord personnel non plus, mes communautés autochtones intérieures n'entendent pas collaborer...

Je me suis octroyé le droit de laisser flotter bien que ça m'angoisse pas mal par bout[e]s

Je me consens à me laisser vivre la reconstruction post tabula rasa dans la plus complète anarchie

Il reste quelques torrents de larmes

Isolées

Les jours de pluie sur le Québec

Rien de grave. Rien qui m'empêche de lire, à volonté