« Une voix intérieure m'ordonne : approche-toi le
plus possible des sources de la honte. »
W. Gombrowicz : Souvenirs de Pologne
derrière la barrière, la ruelle mouillée, le flou
Je pose les mots. Et je pèse mes mots.
J'arpente un terrain miné, compliqué. Entre découvertes issues de mes rêves
et questions du jour, toute neuves.
Pluie toute la journée d'hier. Avant-hier aussi. Ce matin, ciel gris et
froid.
J'en profite pour photographier le pommier mouillé avant que les pétales
rose pâle pourrissent et retournent à la terre [c'était hier].
pommier d'à côté sous la pluie
La honte est une souffrance d'autant plus forte que par nature on en parle
peu.
Il y a l'humiliation qui amène à taire les violences subies, à se replier
sur soi-même, à cultiver un sentiment d'illégitimité, à se vivre comme « un
moins que rien ». Il y a la gêne éprouvée face à la honte d'autrui, qui
conduit, le plus souvent, à une mise à distance, à un refus d'entendre ce qui
dérange. L'écoute de celui ou celle qui a honte est difficile. Ces deux
attitudes se complètent et se renforcent. La gêne des uns contribue au rejet
des autres et au silence de tous.
Vincent de Gaulejac : Les sources de la
honte
la vigne neuve s'effiloche sur la barrière
Je revisite la définition [dictionnaire] de l'abnégation.
Dans le Petit Robert 2007, le mot apparaît en 1488, [comment
peuvent-ils être aussi précis ? c'est fou]. « Abnégation : Sacrifice volontaire
de soi-même, de son intérêt. » [sacrifice volontaire, donc pas inconscient
du tout]. Origines : « abjuration » 1377 et du
latin abnegatio : « refus ».
Mon vieux Littré, pour sa part, ne mentionne pas l'abjuration. Il se
contente de abnegatio : « renoncement, faire abnégation de ses
intérêts, l'abnégation chrétienne ». Je m'en doutais.
Mais l'abjuration ?
C'est la surprise que me réservait la question.
pommier en fleurs, prise 2
Je n'abjure pas la foi, au sens de renier ou de renoncer solennellement. Je
l'ai juste perdue.
C'est une question sérieuse. En tout cas, qui me torture un peu des fois.
Mais je n'en meurs pas.
Et je ne nie pas que un ou des dieux puissent exister pour ceux qui y
croient. Je dis juste que je ne crois pas à leur existence.
C'est ça perdre la foi ?
Si c'est ça, c'est quoi avoir la foi ?
Si c'est croire à un dogme à la religion [catholique], j'ai perdu cette
foi-là. Définitivement, je le sais.
J'ai aussi perdu la foi en l'existence du dieu omniprésent, omnipotent et
omni-tout-le-reste adoré par les chrétiens.
Je n'ai plus la foi ni au créateur, que je crois inventé par des hommes en
besoin de se raconter « la » belle histoire, ni aux dogmes des différentes
religions [chrétiennes et catholiques] qui se sont déployées et multipliées
comme des fleurs de pommier.
Pourquoi j'ai besoin de l'écrire dans ce journal, public ? Ça, c'est une
autre histoire.
Serait-ce l'histoire de la honte qui commence à vouloir s'échapper du secret
?
poirier en fleurs chez mes voisins de ruelle, d'en face
La honte n'est ni sociale ni psychique, elle prend sa source dans ce double
registre. On ne peut donc parler ici « d'autre scène » puisque ce qui se joue
dans l'inconscient se noue avec des humiliations qui n'ont rien de
fantasmatique. Si elle s'enracine dans les couches les plus profondes de la
psyché (narcissisme, identification primaire, incorporation de l'objet
perdu...), elle n'est pas pour autant « inconsciente », comme la culpabilité.
Elle est plutôt de l'ordre du déni conscient que du refoulement
inconscient.
Vincent de Gaulejac : Les sources de la
honte
laurier nobilis [laurier-sauce ou laurier d'Apollon] en attente de
rempotage
Je ne fabriquerai pas de plan formel pour mes prochains doutes et questions.
Pas de Plan Nord personnel non plus, mes communautés autochtones intérieures
n'entendent pas collaborer...
Je me suis octroyé le droit de laisser flotter bien que ça m'angoisse pas
mal par bout[e]s
Je me consens à me laisser vivre la reconstruction post tabula rasa
dans la plus complète anarchie
Il reste quelques torrents de larmes
Isolées
Les jours de pluie sur le Québec
Rien de grave. Rien qui m'empêche de lire, à volonté