mardi 28 juillet 2015

9. distance et solitude

Extrait qui me touche et décrit un phénomène que je connais trop bien. Troublant. De Walden ou la vie dans les bois, au chapitre de la solitude, vers la quatrième page :

« Grâce à la pensée nous pouvons être à côté de nous-mêmes dans un sens absolument sain. Par un effort conscient de l'esprit nous pouvons nous tenir à distance des actions et de leurs conséquences ; sur quoi toutes choses, bonnes et mauvaises, passent près de nous comme un torrent. Nous ne sommes pas tout entier confondus dans la nature. Je peux être ou le bois flottant du torrent, ou Indra dans le ciel les yeux abaissés dessus. Je peux être touché par une représentation théâtrale ; d'autre part je peux ne pas être touché par un événement réel qui paraît me concerner beaucoup plus. Je ne me connais que comme une entité humaine ; la scène, pour ainsi dire, de pensées et passions ; et je suis convaincu d'un certain dédoublement grâce auquel je peux rester aussi éloigné de moi-même que d'autrui. Quelque opiniâtreté que je mette à mon expérience, je suis conscient de la présence et de la critique d'une partie de moi, que l'on dirait n'être pas une partie de moi, mais un spectateur, qui ne partage aucune expérience et se contente d'en prendre note, et qui n'est pas plus moi qu'il n'est vous. Lorsque la comédie, ce peut être la tragédie de la vie, est terminée, le spectateur passe son chemin. Il s'agissait d'une sorte de fiction, d'un simple travail de l'imagination, autant que sa personne était en jeu. Ce dédoublement peut facilement faire de nous parfois de pauvres voisins, de pauvres amis. » [Henry David Thoreau]

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