journal* et autres écritures

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Mot-clé - Maeterlinck

J’ai recommencé à dessiner des fleurs et des plantes. Ça faisait longtemps. 

Le premier projet de la série fleurs d’été a pour titre : « mes fleurs du mal aux coeurs » [4 et 5 juillet 2011].

Récemment, j’ai relu « L’intelligence des fleurs » de Maurice Maeterlinck. J’en avais grand besoin.

Méditant quelques phrases inspirantes, j'eus l'idée d'en inscrire une sur « mes fleurs du mal aux coeurs » représentant deux fleurs jumelles, des racines se frayant tout plein de sinueux chemins entre les cailloux, et des tiges entremêlées terminées par des épis et des cabochons en forme de coeur projetant leur pollen au loin. L’un d’eux ayant réussi à rejoindre une sorte d'insecte-poisson-oiseau avec des ailes de corneille, j’ai estimé que le dessin était terminé.

L'extrait choisi est la phrase terminant le chapitre XXX. La première partie s'appuie sur la ligne d’horizon, et l’autre sur le sol :

« Est-il vraisemblable, quand nous trouvons éparse dans la vie une telle somme d’intelligence, que cette vie ne fasse pas oeuvre d’intelligence, c’est-à-dire ne poursuive une fin de bonheur, de perfection, de victoire sur ce que nous appelons le mal, la mort, les ténèbres, le néant, qui n’est probablement que l’ombre de sa face ou son propre sommeil ? »

mes fleurs du mal aux coeurs

On peut lire aussi en cliquant sur le dessin et voir de plus près mon écriture un peu fiévreuse et bizarre car ce papier à aquarelle est rugueux et plein de petites bosses [il s'agit du papier aquarelle Strathmore fabriqué à l'énergie éolienne apprêté à froid sans acide]. Et le crayon n'était pas tellement approprié à ce papier non plus : un Pilot 05 VBall grip, pointe extra fine. Voilà, vous savez tout de moi [espèce de cordonnière pas mieux chaussée pour peindre que pour dessiner, arf].

Je rencontre parfois de fort jolies histoires dans les livres, incluant celles que je m'écris moi-même.

Que je vous raconte celle de la vieille semelle de botte.

Maeterlinck l'a lui-même découverte dans un livre de Sir Dietrich Brandis [1824-1907], célèbre botaniste, père de la sylviculture. M. la cite comme l'exemple d’un acte d’intelligence des plantes, dans une note en bas de page [chapitre V].

C’est l’histoire ingénieuse d’une grosse racine qui, en se frayant un chemin dans la terre a rencontré une vieille semelle de botte. Incapable de poursuivre sa descente dans les profondeurs du sol pour puiser eau et nourriture, elle choisit néanmoins de traverser cet obstacle qui était fort probablement le premier de son espèce, et se subdivisa en autant de parties qu’il y avait de trous laissés par les points de couture, puis, la semelle franchie, elle réunit et souda toutes ses radicelles divisées de manière à reformer le pivot unique et homogène.

Mais vous qui savez tant de choses, dites-moi si les fleurs, elles s'aiment, elles ?

mon soleil noir du soir

« mon soleil noir du soir »
( 3e fragment d'une aquarelle /gauche/, - /le centre/ - barbouillée [avec la main /gauche/]
un soir d'orage /rouge/ {mes préférés}
en débroussaillant la petite forêt sauvage )

Toute le poésie, toutes les délices des environs, tous les mystères du firmament, toutes les pensées confuses de la futaie qui garde la fraîcheur que lui confia la nuit comme un trésor sacré, toute l'intensité bienheureuse et tremblante des champs de froment, des plaines, des collines livrées sans défense à la dévorante magnificence de la lumière, toute l'indolence du ruisseau qui coule entre ses rives tendres, et le sommeil de l'étang qui se couvre des gouttes de sueur que forment les lentilles d'eau, et la satisfaction de la maison qui ouvre en sa façade blanche ses fenêtres avides d'aspirer l'horizon, et le parfum des fleurs qui se hâtent de finir une journée de beauté embrasée, et les oiseaux qui chantent selon l'ordre des heures pour leur tresser des guirlandes d'allégresse dans le ciel, – tout cela, avec des milliers de choses et des milliers de vies qui ne sont pas visibles, se donne rendez-vous et prend conscience de sa durée autour de ce miroir du temps où le soleil, qui n'est qu'un des rouages de l'immense machine qui subdivise en vain l'éternité, vient marquer d'un rayon complaisant le trajet que la terre, et tout ce qu'elle porte, accomplit chaque jour sur la route des étoiles.

Maurice Maeterlinck : « L'intelligence des fleurs »,
in La vie de la Nature [1907]

Sur cette page, troisième et dernière photo d'une aquarelle ratée, que je n’aime pas beaucoup, parce que le centre est mal rendu et pas comme je le voulais, pour cause de pinceau trop gros. J’avais dessiné des tiges et des feuillages dans le cercle du milieu avec un crayon à mine noire et c'était super. Mais en appliquant le rouge colère par dessus, plusieurs traits et petits détails ont disparu, c’est pourquoi j’ai essayé de les refaire avec un pinceau et de la peinture noire mais les lignes sont trop grosses et j’ai tout gâché. Mais ce n’est pas grave. Je le garde comme ça pour le moment parce que j'aime bien les visions que j'ai eues et les émotions subtiles ressenties quand je l'ai imaginée et exécutée. Avec l'idée de recommencer le tableau une fois que j'aurai acheté des pinceaux super fins. Et un bout de toile.

D'ici là, pourquoi ne pas simplement dessiner ?