journal* et autres écritures

billets de juillet 2009

54. nausée

Même si j'avance, même si chacune de mes journées est très « productive » et même si je suis remplie à ras bord d'espoir quand mon coeur se tourne vers Montréal, je rencontre de temps en temps des vagues de nausées qui m'immobilisent. Alors s'il fait beau je prépare un sandwich que je sors manger dehors au soleil [quand y'en a] accompagné d'un bon verre de rouge, ou deux ; après et pendant ce moment de gracieuse paix, les yeux perdus dans la verdure et les fleurs, je chasse les moustiques, fais un tour dans le jardin soigner quelques beaux légumes et cueillir les plus généreux pour le repas du soir et ensuite je rentre et monte m'allonger dans le grand lit pour faire une sieste bienheureuse et après quand je me lève la besogne à venir semble moins lourde. Je compte les jours qui restent [15]. Je sors un chiffon et nettoie, dépoussière, mets des choses en boîte, ferme les boîtes avec du papier collant [celui large et transparent qui colle sur les doigts, les cheveux, sur les ciseaux et sur lui-même et s'entortille, si mince que si on le perd, il faut gratter quinze minutes pour retrouver le bout, grrr].

Enfin bref, c'est encore dimanche et j'ai 52 boîtes de faites. Les trois quarts sont des boîtes de livres. Ça fait bizarre de vivre sans livres mais j'ai eu envie de l'éprouver, savoir ce que je pouvais ressentir sans bouquins autour de moi. Eh bien je ne connais rien d'aussi triste et d'aussi déprimant. Sauf que j'en ai mis deux de côté, car j'avais promis de les prêter à C. [les 2e et 3e du « cycle de Manawaka », de Margaret Laurence, - références notées sur ma page de lectures 2009 et je les lui apporterai la semaine prochaine]. Et puis je m'en suis gardé un pour moi, jamais fini. On joue à deviner lequel ? 

53. entropie

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Écrire 100 fois : « aplomb » ne prend qu'un seul P. Voir le commentaire de l'Idiot du village, à page 52.

Je redeviens peu à peu Montréalaise. Je parcours les rues et ruelles à grandes enjambées et à petits pas, parfois lents, errants, parfois pressés, affamés. Je me sens excitée comme une biche devant les premiers bourgeons du printemps, je regarde partout, il y a tant de choses à voir, à redécouvrir. Mon île a beaucoup changé depuis novembre 2005. L'impression qu'il y a davantage de fleurs et de verdures. Que les arbres sont plus grands, plus beaux sous la pluie et j'aime voir les feuilles se balancer en dégoulinant sur la tête des passants.

J'ai eu beaucoup de chance car j'ai trouvé un très bel appartement, un peu petit mais c'est un rez-de-chaussée avec un sous-sol tout à moi où il y a plein d'espace pour ranger les meubles dont je n'aurai pas besoin, un coin atelier avec un établi et des étagères et aussi une grande pièce toute blanche avec un plancher en chêne et des poutres au plafond où je projette d'installer une manière de loft décoré de coquelicots [penser à écrire la « chronique du loft », arf, en temps et lieux]. J'ai même déniché un espace pour aménager une chambre froide, une chambre pour les légumes et les confitures. J'ai les clés depuis le 1er juillet, j'y vais de temps en temps passer quelques jours, prendre des mesures, faire des plans et du ménage, installer des rideaux tout ça et puis je reviens ici pour la suite, entre le déjà heureuse de retrouver mon île et le déjà triste de laisser mon Saint-Laurent. Mais que de travail. Que de sentiments petits et grands, que de butin à butiner, à trier, à donner, à nettoyer, à emballer avant de partir. Et puis me séparer de ma belle maison, du jardin, de la brume, des couchers de soleil roses et mauves, ça me fait un peu saigner le coeur. J'espère avoir le temps de cueillir le maximum de légumes, fleurs et fruits.

52. mousson

 Je n'ai pas abandonné le monde, ni le journal. Tout ce que je peux écrire ce matin c'est que je reviens bientôt. J'ai commencé une page le 14 juin et je ne l'ai pas encore terminée. Elle commençait avec ceci :  

« Sur ma table, depuis des mois, un gros marteau : symbole de quoi ? je ne sais pas, mais sa présence m'est bénéfique et me donne par instants cet applomb aplomb que doivent connaître tous ceux qui s'abritent derrière une certitude quelconque. »

Et puis il y avait le mot du jour, c'était « mousson ». J'avais inventé une définition plus douce que nature. Enfin, bref... à bientôt.