journal* et autres écritures

billets de avril 2009

48. oser ?

OSER. À première vue, c'est un tout petit verbe de quatre lettres. Et si ce n'était de son infinitif final, il ne resterait plus qu'un os. Un os à ronger tout petit tout petit.

Vous êtes quelques uns à m'écrire d'oser, d'oser écrire. Et moi je réponds à vos courriels pendant votre sommeil. Vous recevez les mots au petit matin. Vos lettres me font du bien. Vos paroles et vos présences de lecteurs bienveillants m'ont toujours fait du bien. Ce que vous m'écrivez, c'est important. Vital. Et privé, parce que vous n'aimez pas tous que nos échanges se fassent en public. Je respecte vos souhaits. Mais comme il s'agit d'oser écrire et puisque cela me concerne moi et ce journal, j'oserai déposer une partie de mes réactions ici. Je veux essayer, en tout cas.

Il y a des jours, j'ouvre dotclear et je clique sur « nouveau billet » dans l'interface d'édition du journal avec l'intention de faire une page et puis je referme tout ça et je repars sur la pointe des pieds. Toutes ces tentatives avortées, ces rencontres ratées, ça rime à quoi ? Je n'ose pas ? Il y a des matins, j'ai la tête en bouillie. Je deviens sauvage, comme certains d'entre vous qui se reconnaîtront. Je n'ose pas beaucoup non plus aller vers les autres, sauf mes enfants, et encore, pas trop souvent. Je fais ça pour donner tout mon temps à l'écriture du roman et parce que je ne veux pas « envahir » les autres avec mes questions sans réponses et mes légendaires angoisses. Parfois je songe que peut-être je cherche juste à me punir en me privant de contacts avec des êtres merveilleux. Que je ne vous mérite pas, tous. Peut-être.  Je m'isole, je me retire, je me retranche, je m'efface de la page dans le quotidien de ma trop grande maison de campagne, des fois je laisse passer jusqu'à trois ou quatre jours sans sortir, sans parler à qui que ce soit. Ah, vous aussi ? Je pense que finalement ce n'est pas trop bon, mais cela ne va pas durer toujours. Ça va changer quand j'aurai terminé ce roman qui me boit toute ma sève. 

Et je dois l'avouer, vous avez raison quand vous me dites d'écrire ici juste quand je ressens le besoin ; sauf qu'il se trouve que j'ai souvent besoin, envie, mais je n'ose pas. Quand vous me dites d'oser écrire, vous mettez le doigt sur le bobo. Sur ce qui me fait mal. Quand on gratte et gratte tout le temps la même gale, ça recommence tout le temps à saigner. Il faut, pour les guérir comme il faut, arrêter de gratter ses bobos. Juste écrire que c'est dur en ce moment, ça ne me tuera pas. Écrire ce roman me jette dans un état douloureux, c'est une souffrance et malgré tout je ne veux pas arrêter, je suis arrivée à un point où je ne me laisse et ne me laisserai pas le choix. Sauf que cette souffrance-là, je n'ose pas la déposer sur le web, ni trop y exposer mes véritables plaies à lécher, il en est à qui cela ferait trop plaisir. Et d'autres à qui cela ferait de la peine, ou inquiéterait. Mais tant pis. À ceux qui jouiront de mes tourments, je dis tant mieux, jouissez et réjouissez-vous pendant que c'est le temps, orgasmez tout votre soûl et tuez le veau gras pendant que la manne tombe, vous en avez le droit. Et aux autres je dis ne vous en faites pas trop pour moi, ça va aller.

En ce moment, je m'autorise et j'ose écrire ailleurs sans que cela soit lu au fur et à mesure comme avec le journal. Ce regard-là manque et c'est pourtant la voie que j'ai choisie. Il faut que je protège ce projet-là du journal, j'ai mis un mur entre les deux et je ne transgresserai pas cette ultime règle que je me suis donnée. Je travaille à un roman que je veux publier, je l'écris en pensant à ça, en m'adressant à ceux qui liront et pas seulement à moi comme première lectrice. Commencé comme une pure fiction, j'y ai mis peu à peu beaucoup d'éléments autobiographiques. C'est devenu un roman vrai, une autofiction et j'oserai poursuivre dans cette voie qui consiste à écrire « dans ce qui me fait mal » jour après jour. Je cherche à faire cracher aux mots, aux procédés littéraires et à la forme du récit lui-même tout ce qu'ils ont de meilleur afin que ce que j'ai à livrer soit compris et apprécié, que ça touche aux coeurs, aux corps et aux âmes. Il me reste cinq épisodes à travailler, les plus difficiles. J'aime les mots, l'écriture et la littérature et en même temps je les maudis. Ils mes font vivre et vibrer autant qu'ils me font peur. Alors oser écrire ? Oui. Parce que j'ose jour après jour, ça me fait peur, peur d'y laisser ma peau, de ne pas survivre à cette chirurgie dans le temps et la mémoire. Avant, sans le savoir, sans me l'avouer franchement, je fuyais ce magma intérieur, j'écrivais plein de bêtises et de banalités, pour échapper à qui ou quoi sinon moi-même.

Je ne devrais peut-être pas raconter tout cela ici. Surtout, que l'on n'ait pas peur pour moi, j'ai maintes fois rebondi à pire. Je vous aime. Chacun et chacune de vous m'êtes précieux comme lecteurs et amis. Ces jours-ci, ma soeur aînée se meurt d'un cancer alors qu'elle se croyait guérie, il y a quelques mois. Je n'ai pas encore trouvé la force d'aller la voir ni même celle de dire non, je n'irai pas. Je me sens tout à fait incapable de la voir mourir. Je sais que je fuis ça, aussi. J'ai peur. Mais j'irai. Demain je me lève, je m'habille et j'y vais. C'est loin mais je ferai l'aller retour la même journée. Et puis en revenant je mettrai le verbe OSER dans mon lexique pour journal inachevé.

47. premier bouquet

premiers crocus

Les crocus ont fleuri aujourd'hui. Je me demande qui a bien pu les affubler d'un nom aussi peu compatible à tant d'élégance, à de si belles couleurs. Crocus. Non, vraiment, je n'aime pas beaucoup ce mot un peu trop... « croquant », presque brutal.

Aux premiers balbutiements de ce journal qui marche déjà sur ses neuf ans, Marie [alias Ariane] m'avait envoyé une photo de crocus sauvage trouvé dans son jardin. C'était la page 43, du printemps 2001. On cliquera sur le titre-lien si on veut s'y rendre : « Midi. Grand ciel bleu, ensoleillé. Douceur. »

Quels doux souvenirs... Toujours aussi émue en lisant « ma » Marie.

Curieuse, j'ouvre l'encyclopédie Botanica [version papier, please] pour découvrir s'il existe un monsieur Crocus qui a baptisé mes beaux Crocus [vernus ou pas vernus ?]  en tout cas pas sauvages. Il y en a des blancs, des jaunes, des lilas et des mauves. J'ai fait plein de photos ce matin. Puisque l'an prochain je sais que je ne les verrai plus. J'aurai des provisions d'images à emporter.

J'ouvre donc Botanica et au lieu de lire et de chercher l'origine du nom je recopie. À la page 267, sous la rubrique CROCUS il est écrit :

« Ce genre de vivaces à cormes compte quelques quatre-vingts espèces, ainsi qu'un grand nombre de formes horticoles et d'hybrides, originaires d'Europe, d'Afrique du Nord et d'Asie tempérée. Bien qu'appartenant à la famille de l'iris, les crocus s'en distinguent par leurs fleurs en gobelet s'effilant à la base en un long tube prenant naissance sous terre. Leurs couleurs varient énormément, bien que le bleu lilas, le mauve, le jaune pur et le blanc soient les tons les plus fréquents. On peut diviser les espèces et les hybrides selon qu'ils fleurissent au printemps ou en automne. Les premiers fleurissent avant la feuillaison, les seconds quand la plante est en feuilles. Le feuillage, généralement pourvu d'une strie blanc argenté, ressemble à de l'herbe. CULTURE : Très rustiques, ces plantes se plaisent en région tempérée à froide. Dans les régions chaudes, les cormes peuvent fleurir pendant la première saison mais ne plus jamais refleurir par la suite. Les cultiver en pots dans un emplacement tempéré. Les cormes doivent être plantés au début de l'automne dans un sol frais, bien draîné, au soleil ou à mi-ombre. Bien arroser jsuqu'à ce que le feuillage commence à dépérir. Les plantes ne s'étalent pas très rapidement, mais on peut diviser les touffes, si celles-ci deviennent trop denses. Les graines peuvent être plantées dans le courant de l'automne, mais les plantes issues de graines ne fleurissent généralement pas avant trois ans. »

Sur la page 268, ils ont mis neuf superbes photos de crocus de différentes variétés. Ainsi que des informations sur chacune des espèces suivantes : Crocus augustifolius ou crocus d'or : originaire de Crimée et du Caucase ; Crocus boryi : de couleur ivoire légèrement teinté de jaune, originaire de Crète et de Grèce ; Crocus cartwrightianus : espèce grecque dont les couleurs des petites fleurs varient du mauve au blanc pur avec des veines plus sombres et colorées de pourpre vers la base ; Crocus chrysanthus : originaire de Turquie et de la péninsule balkanique, fleurs orangées veinées de bronze aux anthères orange vif, nombreux cultivars hybrides ; Crocus etruscus : espèce italienne, grandes fleurs lilas et lavande, striées de couleurs plus sombres, à gorge jaune ; Crocus flavus : originaire des Balkans, offre une profusion de fleurs odorantes jaune orangé à gorge orange ; Crocus gargaricus : espèce rare originaire de l'ouest de la Turquie, fleurs jaune d'or ; Crocus sativus : le safran, qui a rendu célèbre cette petite espèce de 5 cm de hauteur, est obtenu à partir de ses stigmates orange rougeâtre et est utilisé comme teinture et comme condiment alimentaire. Connue seulement en culture, l'espèce ne fait pas de graine. Elle fait voir, en automne, des fleurs lilas ou violet ; Crocus sieberi : originaire de Grèce et des Balkans, fleurs lilas rosâtre à gorge jaune ou mauve pâle ; Crocus tommasianus : espèce délicate du nord des Balkans, fleurs lavande à violet, parfois à gorge blanc pur, avec un tube blanc très mince, facile à cultiver, fait merveille en rocaille ; et finalement le Crocus vernus [ou crocus sauvage ou safran printanier]: ou crocus hollandais, nombreux hybrides dérivés de cette espèce originaire d'Europe orientale et centrale, fleurs solitaires blanches, roses ou violettes, quelques variétés striées. Ouf.

Avec tout ça, pas un mot sur l'origine du nom barbare. Wikipédia ? plein de belles photos, une liste encore plus élaborée d'espèces, mais rien sur le nom. Bon, ouvrons l'ami Robert : mot latin (1372), du grec krokos : « safran ». J'aurais donc dû m'en douter, belle cocotte, au lieu de m'inventer un monsieur Crocus.

des crocus

46. brume sucrée

recueillir l'eau sucrée

érable dans la brume

Henri David Thoreau : « La poésie n'est autre chose que la santé du discours. »