journal* et autres écritures

billets de février 2009

43. en attendant

Ça peut paraître paradoxal, ou compliqué. Mais c'est pas simple non plus. Pour une fois que j'avais réussi à décorer moi-même mes pages de journal à mon image et ma ressemblance [il y avait en toile de fond une photo du Pacifique prise à Victoria BC, en septembre 2007]. Que je n'avais pas envie d'en changer. Que j'y étais à l'aise pour écrire ce que je veux, comme je veux et quand je veux. Sans me sentir obligée de me justifier et tout ça. 

Enfin tranquille. Pas dérangée de ne pas avoir des centaines de commentaires. C'était normal et c'était ok le silence après lecture, c'était pas lourd, ça me faisait pas peur, ça me faisait pas me sentir rejet, j'acceptais ça. Comme du respect. Et si c'était signe d'indifférence ou de j'aime pas je me disais ça va, nous avons tous le droit de ne pas aimer et de ne rien dire. De mon côté, pour faciliter la gestion de la patente, les commentaires se fermaient automatiquement après trois trente-trois jours de « vie » d'une page. Pourquoi trois trente-trois ? Parce que.

Pas dérangée non plus par ce que je savais : que ce journal de moins en moins intime est lu, pas seulement par des étrangers égarés dans les moteurs de recherche, il est lu par toi, toi, toi et vous ; du monde que je connais bien et qui me connaissent, que je rencontre au supermarché, dans ma famille, là où j'ai travaillé avant, et par du monde que je connais moins, que je n'ai jamais vu mais on se connaît un peu parce qu'on s'écrit, du monde bien vivant, présent. Pour une fois que les conditions idéales étaient réunies, ça y est. Je dois fermer boutique temporairement. 

Je ferme pour cause de pause. De mise à distance. Pour cause d'écriture. 

Je sais. Elle est trop longue mon introduction mais il n'y aura pas de corps ni de conclusion. J'en ai besoin de cette pause. Il faut que je travaille et ce journal me bouffe trop d'énergies, de temps et de miel. Il faut que je termine un manuscrit inachevé, commencé il y a plus de treize lunes, que je me discipline. Que je plonge, parce que je traverse « quelque chose » qui fait mal et cette « chose » va me permettre d'écrire.

Il y a trop de mots. Trop de voix à faire taire. Je reviendrai peut-être une ou deux fois par mois. Pour garder contact.

Je sais aussi que. Elle était peut-être un peu indigeste ma page d'hier, sans majuscules, sans points pis sans virgules. Mais on pourra toujours lire Gertrude Stein en attendant.

En attendant, je pense à vous. Tous. Et même à toi, vilain crapaud.



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42. volutes, bulles et morsures févrières

encore une tempête sur le bas du fleuve avec grands vents et murailles virevoltantes de fine poudrerie blanche à un point tel que le chat ne veut plus sortir avec tout ça je ne sais pas qui ou quoi m'a jeté un sort mais j'ai eu toutes les misères du monde à allumer le feu ce matin et pour comble de malchance je me suis fait une énième tendinite au poignet [gauche] mais n'allez pas me prendre en pitié trop vite je n'ai pas à bûcher mes bûches à mesure avec une hache grosse comme dans les films d'horreur vu que les bûches elles sont déjà taillées juste à la bonne longueur ça veut dire que le seul bois que je coupe c'est le bois d'allumage rien d'autre que des croûtes de cèdre que je refends avec une petite hache mais c'est quand même dur pour les poignets ahan que je me fais mal ahan que la plainte s'élève sacrante blasphémante la plainte du latin plangere pareil en grec frapper battre se frapper la poitrine son plangor à la fois lamentation ou gémissement et ahan se plaindre s'accuser ahan que je vais donque faire pitié pis qu'on va me plaindre et me traiter avec compassion ahan ahan s'effondrer s'auto flageller au public comme au privé ça paye ahan la tristesse l'apitoiement sur soi-même sentiments satisfaisants pour l'ego métaphore qui se préfère charitable et replet de bons sentiments et gentleman cambrioleur bon petit camarade avec ses semblables chienneries et litotes ça rapporte son lot de complaisances aptes à remonter le moral amoral y'a aussi la colère la rage la méchanceteé aussi la cruauté la diffamation aussi la menace bouhouhou qu'est-ce que j'ai peur ahan la peur tu m'as frappée je vais te dénoncer porter plainte t'accuser ils te puniront et tu seras bien content on parlera encore de toi ou bien je vais me taire me terrer à jamais mais ça c'est une autre histoire quand les années passent et que les heures du temps s'épuisent quel que soit le moment c'est toujours le bon moment pour écrire un poème sur un bout de papier et le glisser dans ma poche avec les petits sachets de mana magique et puis un jour elle s'enfuira et que je ne te revoie plus jamais pour vrai ni dans mes rêves ni ailleurs mais c'est pas comme ça la vie quand le monde entier entre dans un tout petit mouchoir en papier hypochloré t'es tout le temps là faut faire avec avancer pareil même si j'entends plus ta voix basse égratignée de vieux chanteur de blues triste murmurer je suis le gardien du sommeil de tes nuits je t'aime à mourir ils peuvent tout détruire mais fais quand même pas trop la guerre repose-toi de temps en temps et dors ce qui te plaira et l'amour aussi tu chanteras blanc dans les rubans pétale d'églantine que je laisse s'envoler je danse sur les toits et tu me manqueras encore dans cent ans tu bougeais trop vite pour moi faut croire et tes sourires ont coulé à pic dans les paumes ouvertes de mes mains tu me manques tout le temps depuis sept ou dix ans on ne se voit plus tu vieillis tu blanchis tu calvities je préfère ne pas compter les centenaires et les anniversaire et les neuvaines je recommence à rire aux larmes et je continue à pleurer de rire des fois tu me manques trop et je fais tout ce qu'il faut les gestes de la vie quotidienne qui glissent sur les guerres je braise sur la neige et cours derrière les couchers de soleil voir s'il y a des éclairs de lunes couleur orange brûlante et des aurores boréales éclatées à faire rouler sous la table je dresse pour minuit le couvert j'allume les bougies j'arrive à oublier les mesquineries humaines je ne vois que l'ombre de sa grandeur bouleversante sur la nappe blanche j'allume des chandelles des lampions des lampes des feux de bengale des coupes des ballons des rimes des fois je pense je ne veux plus continuer je frappe le chat qui me suit partout je vais me plaindre à cause que c'est qui l'imbécile qui a dit que les chats sont indépendants c'est pas vrai y'a pas plus dépendant que mon maudit chat qui me colle après tout le temps ça ne vaut pas la peine de l'hair à mourir pour ça fallait pas croire ce qu'on raconte sur les chats ils t'auront menti et puis se ressaisir et le caresser à mains douces essuyer les gouttes salées essayer la vie la mort la vida la muerte l'amor qui n'intéresse plus personne sauf à chipoter singer juger prêcher sermonner et se repaître des restes des retailles des charognes des cadavres des faces en sang sur des photos trafiquées par le fric puant la torture et l'indifférence

et constater chaque jour le principe de l'animal [selon murphy] : « de quelque côté de la porte que se trouve le chien ou le chat {ou l'homme aussi, selon script}, ce n’est jamais le bon »

41. mana

Le mot du jour, fraîchement extrait du Petit Robert pour charmer de mythes, rêves et mystères les parents et amis du journal* est :

mana * / mana / * nom masculin – 1864 ; mot mélanésien.

Ethnologie : Puissance surnaturelle impersonnelle et principe d'action, dans certaines religions.

Phrase scientifique fort sérieuse type où l'on peut rencontrer le mot mana [toujours en provenance du même dico ] :

« L'homme qui possède du mana est celui qui sait et qui peut faire obéir les autres » Caillois.

En outre, et conformément à mon Encycopédie des symboles, ce terme mélanésien qui qualifie la force mystérieuse et active que possèdent certains individus s'applique également à chaque être du monde animal, végétal ou minéral.

Est mana tout ce qui est puissant : une pierre qui semble renfermer une force exceptionnelle, une barque plus rapide, des cochons qui se reproduisent plus vite, un guerrier plus courageux que les autres.

Dans le dernier cas, l'homme en question tire en réalité sa force de l'âme* d'un guerrier mort.

La transmission du mana se fait par l'intermédiaire d'une amulette portée au cou, de quelques feuilles portées à la ceinture et de formules prononcées exprès.

Un missionnaire nommé Crodington, qui a séjourné en Malaisie vers la fin du XIXe siècle, rapporte que le mana n'est pas attaché à un objet déterminé et que presque n'importe quel objet peut le véhiculer. D'où les insurmontables difficultés que j'ai rencontrées lors de ma recherche d'images représentant le mana pour cette pauvre page bien triste sans image surtout si on la compare avec l'exubérante salvia divinorum d'hier.

Éliade écrit : « La création n'a été possible que par le mana de la Divinité, et les Anglais ont asservi les Maoris parce que leur mana était plus puissant... »

De plus, il note que l'on a rapproché « cette force impersonnelle de l'orenda des Iroquois, de l'oki des Hurons et du megbé des Pygmées, en pensant y retrouver la phase préanimiste de la religion, la première expérience du sacré ». Éliade insiste sur le fait qu' « il ne faut pas en conclure que le mana est la seule manifestation possible d'une telle force sacrée ». Les autres manifestations du sacré n'ayant pas forcément le caractère d'immédiateté du mana. Il explique également qu'il existe aussi « des cosmogonies primitives où les dieux ont créé le monde ex nihilo, uniquement par la pensée, en se concentrant ».

Par ailleurs, sous sa forme plurielle [manas], le mot est repris en version profane dans les philosophies hindoues et bouddhiques et désigne le moyen par lequel se forme la pensée, le « plan subtil » de l'homme, une sorte de sixième sens qui centralise les faits, appartient à la sensibilité et crée le vouloir comme représentation de ces faits. Les données de l'intelligence buddhi sont discutées, combinées, utilisées par le mental manas. Buddhi et manas sont les organes physiques de la conscience.

Au bout du compte j'aurai découvert, en plus d'une nouvelle définition du mana à concocter pour mon lexique [à lire à la page 42, demain vers midi et quart] et à défaut d'une image de mana, quatre nouveaux mots jamais lus nulle part : orenda, oki, megbé et buddhi.

Trouvaille post-deadline sur ThinkGeek :

mana junkie

40. structurer mon insoumission

salvia divinorum

« Elle se tend tout entière dans un même dessein : échapper par le haut à la fatalité du bas ; éluder, transgresser la lourde et sombre loi, se délivrer, briser l'étroite sphère, inventer ou invoquer des ailes, s'évader le plus loin possible, vaincre l'espace où le destin l'enferme, se rapprocher d'un autre règne, pénétrer dans le monde mouvant et animé... Qu'elle y parvienne n'est-ce pas aussi surprenant que si nous réussissions à vivre hors du temps qu'un autre destin nous assigne, ou à nous introduire dans un univers libéré des lois les plus pesantes de la matière ? » (Maurice Maeterlinck)


Pour un patient et fidèle retour aux sources. Retour au centre.

C'était le 5 janvier 2002 : « ...la fleur me donne un prodigieux exemple d'insoumission, de courage, de persévérance et d'ingéniosité.

Je songe à mon perpétuel besoin de mouvement, à mon appétit d'espace et de découverte, est-ce de l'insoumission ? Serait-ce, comme chez les fleurs, un besoin vital d'échapper à la fatalité du bas, celle qui me vient des racines ?

M'interroger sur mes origines, me demander pourquoi je parle cette langue-là, qui n'en est pas une, pourquoi je suis née dans ce pays-là, qui n'en est pas un, pourquoi je m'acharne à écrire et réécrire [le roman familial] l'histoire, à la limite, ce n'est pas utile autrement qu'à mettre en scène mon évasion. À structurer mon insoumission.

J'ai envie de former mes ailes et de les déployer pour voir le monde et vivre librement, n'importe où. Cela peut être ici à Montréal ou bien à Natashquan, Tokyo, Paris, Moscou, ou ailleurs sur la planète, sous un autre règne.

La semaine se termine et je me sens bonne à rien. Comme l'Ariane du roman de Cohen, je passerai des heures dans mon bain aromatisé aux huiles essentielles douces et sensuelles, à parler toute seule. Au sortir de l'eau, ma peau sera douce comme celle d'un fruit ou un pétale de Salvia divinorum. Je serai une Salvia mauve pâle.

J'ai du mal à écrire ces lignes. Cela parle trop de moi. Dès que je pense à lui, j'ai envie de pleurer. Tous les jours, il débroussaille les sapins, ça lui fait du bien, physiquement de s'occuper à quelque chose. Il écrit : « J'ai fini une deuxième pellicule pour toi, pour te montrer toutes ces choses, ces épines, ces arbres, le sol, le froid. Roulé par terre ou à la cime d'un sapin, je suis partout, partout dehors. Quand on vivra au Québec, on ira à la campagne ; j'aimerais vivre à la campagne. Pendant que tu écris, j'irai couper du bois. C'est ça la vie non ? »

Oui. C'est ça la vie ». Tu l'auras rêvé en grand, mais tu ne seras jamais venu vivre au Québec avec moi. Au fait, peut-être que tu y vis ou y a vécu, mais avec une autre. Et c'est très bien comme ça. Je vis seule et j'écris tout le temps maintenant, comme j'ai toujours voulu faire et ça me rend heureuse et plus vraie. N'ayant plus personne à fuir, je ne fuis plus, j'apprends à me laisser aimer sans me sauver. Et quand je coupe mon bois il m'arrive de penser à toi, je t'imagine heureux, je te veux heureux et entouré d'enfants avec une chérie douce aux mille couleurs à chérir dans les sapins.

39. passage

Me suis encore réveillée en fredonnant mentalement I'm Yours. Encore. Depuis vendredi soir que ça dure. J'ai eu beau virer le clip de la page du 13, ne plus écouter Mraz, essayer de me distraire. Écouter tout un opéra du Metz à la radio hier après-midi. Je souffre de la malédiction du parasite musical des méninges [MPMM]. J'ai cherché des remèdes. Une mouche de moutarde musicale, un exorcisme, quelque chose. Pensé à publier un mp.3 du concerto italien [l'interprétation de Gould] piraté. Je ne le trouve plus. Le mauvais sort s'acharne. L'obsession va s'incruster davantage. Comment oublier cet air sans le remplacer par autre chose ? Expier en ligne ou rien.

J'ai bien songé à Miron dans une émission des Souverains anonymes, en 1992 [sous l'onglet « 19 ans de rencontres - liste des émissions »]. J'ai réécouté le début de la première. Parfait.

J'avais téléchargé, il y a quelques années, les quatre enregistrements, fiévreusement, juste au cas où. Fabuleux documents, ça donne des frissons. Sauf que ça ne m'appartient pas. Et puis c'est trop lourd pour une page de journal. Le serveur va s'engorger, booster, bloquer et la bande passante exploser, bref je peux pas mettre la voix de Miron dans le journal en ligne. Par contre, ses mots, je peux les recopier. J'ouvre l'homme rapaillé. La page douze, je l'apprends par coeur.

VÉRITÉ IRRÉDUCTIBLE

Ô ton visage comme un nénuphar flottant
et le temps c'est le choeur des aulnes
à regretter continu sur des rives insensées

ton âme est quelque part
sur les collines de chair oubliée
et le temps c'est mon soulier
à creuser contre le ciel

à vivre mon angoisse poudrait
éclairait l'obscure arête de ma transparence
le temps c'est ton visage à aimer blanc

dans cette ville qui m'a jeté des mauvais sorts
ton passage dure encore creuset de feu
le temps c'est une ligne droite et mourante
de mon oeil à l'inespéré

Et puis tant pis, je le ferai, juste un peu, les Souverains ne m'en voudront pas. Je ne peux pas résister à « mon amour, la rose et l'oeillet », une chanson qui me fait penser à mon père. Elle arrive juste après le plus vieux blues québécois.

38. love love love love

Arrêter de se regarder [la langue dans le miroir]. Se taire [dans tous les sens du terme, sauf à écrire]. Grimacer [avec la langue]. Jongler [des pommes vertes]. Marcher [sur les mains]. Vivre [en plein soleil]. Aimer [jusqu'aux yeux].

Note ajoutée le samedi matin, 14 février, jour de la saint loventin : 

Ici,sur cette page, juste en bas du titre, il y avait de la musique et je l'ai enlevée. C'était I'm Yours de Jason Mraz. Pour ceux que la chose intéresse, je l'avais trouvée sur wat.tv et mise en ligne hier soir et puis je dois l'avoir écoutée trop de fois, cette folle chanson s'est gravée dans ma tête et elle n'en sort plus. La chanson est belle mais quand elle s'incruste en vous comme un parasite, j'aime pas ça. Bref, j'ai très mal dormi et je me suis levée de mauvaise humeur [genre dites-le avec des fleurs de la bile]. Ça m'a donné l'idée de faire du ménage pour enlever toutes les videos et bidules de même espèce. Vois pas pourquoi j'ai besoin de ça par ici. Vois pas pourquoi je publierais et relaierais des trucs faits par les autres à part les livres, peut-être, mais ça dépend lesquels. Grand ménage, donc. Retour aux sources, retour aux mots. Et à quelques unes de mes images, si toutefois j'en fais des pas trop pires.

37. du ménage

J'ai entrepris le énième grand ménage de ma bibliothèque [celle d'en haut - en bas, je ne garde que les livres en cours de lecture, quelques inséparables poètes, des beaux livres et ceux qui suivent mes écritures en chantier], toujours dans l'idée de me déromantiser. 

Quand j'ai défait les cartons, après mon déménagement [ça date déjà de 2005], j'avais classé les essais avec les romans et la poésie et les contes et les biographies et les journaux. Ben c'était pas une bonne idée, je perds trop de temps à chercher. J'ai donc décidé de re-séparer les genres. Les pas de genre ou les contaminés, je leur attribue tout à fait arbitrairement une majeure et ils prennent place avec les autres bouquins, en ordre alphabétique d'auteur.

Faire du ménage dans les livres, c'est aussi une bonne idée pour enlever la poussière en passant, mais ça fait éternuer beaucoup. Gain secondaire : je déniche des livres que j'ai pas encore lus. Et à l'occasion, je rencontre des perles et des trouvailles. 

C'est ainsi que tout à l'heure, en descendant l'escalier avec une brassée de livres sauvés du rangement d'en haut, il y avait Portrait d'une jeune fille anglaise de Alain de Botton. Lu ? pas lu ? Trou de mémoire. Me semble que je l'ai lu, mais si c'est le cas, j'en ai gardé aucun souvenir. Alors je l'ouvre et qu'est-ce que je trouve ? Cette citation de Lytton Strachey [me demandez pas qui c'est, j'en ai aucune idée... par contre, si vous le savez, ne vous gênez pas pour me le dire, ça m'évitera une recherche que j'ai pas beaucoup le temps de faire] : 

« Il est peut-être aussi difficile d'écrire une bonne vie que de vivre une bonne vie ». Ouep.

36. [somewhere i have never travelled]

Entendu cette phrase dans un film de Woodie Allen : « personne, pas même la pluie, n'a d'aussi petites mains ». L'ai notée. Cherché la source que voici :

somewhere i have never travelled, gladly beyond
any experience, your eyes have their silence :
in your most frail gesture are things which enclose me,
or which i cannot touch because they are too near
your slightest look easily will unclose me
though i have closed myself as fingers,
you open always petal by petal myself as Spring opens
(touching skilfully, mysteriously) her first rose
or if your wish be to close me, i and
my life will shut very beautifully, suddenly,
as when the heart of this flower imagines
the snow carefully everywhere descending ;
nothing which we are to perceive in this world equals
the power of your intense fragility : whose texture
compels me with the color of its countries,
rendering death and forever with each breathing
(i do not know what it is about you that closes
and opens ; only something in me understands
the voice of your eyes is deeper than all roses)
nobody, not even the rain, has such small hands

[e.e. cummings]

35. lexique : nouveau mot

Ceux qui commencent à me connaître, depuis le temps, m'auront peut-être vue arriver avec « le mot du jour » d'hier et mes gros sabots. Ce nouveau cahier [je sais, faudrait que j'arrête d'en ajouter pour engraisser un peu ceux qui sont déjà là] se trouve à m'ouvrir une petite porte vers la poursuite de mon lexique, – pauvre bête, que je n'alimentais plus depuis quelques bonnes années pour mille et une raisons, justifications et excuses toutes aussi poches les unes que les autres. Quoi qu'il en soit, c'est reparti. J'écris le mot et sa définition [sortie tout droit de l'imaginaire collectif avec ses inévitables et répercutantes retombées dans le mien]  ici et maintenant, et ensuite ils se transporteront dans le lexique sur un tapis volant jusqu'à la lettre d'origine. Le hasard étant toujours aussi bon pour moi, le nouveau départ se fera donc à la lettre Q.

Quark * prononcer kouark. nom à la fois masculin et féminin souvent très pluriel désignant un choeur d'oiseaux marins qui chantent la beauté, le charme, la vérité et l'étrangeté du monde. Joyce en avait engagé trois pour le concert à Muster Mark. Voilà pour la connotation plurielle. Les quarks vivent et se déplacent en bandes organisées survolant les berges, les rivières et les rizières, les bassins versants et les estuaires, les deltas, les méandres, les mascarets et les longs fleuves sinueux : la Volga, le Nil, l'Amazone, le Danube, le Yang Tsé,  l'Ob-Irtych, le Huang He, le Mississipi, l'Amour, le Congo, le Lena, le fleuve noir, le fleuve sauvage et le Saint-Laurent avec ses six affluents, trois d'un côté et trois de l'autre, j'ai nommé l'Outaouais, le Saint-Maurice et le Saguenay d'un bord, et de mon côté à moi de la carte, le Richelieu, le Saint-François et la Chaudière. J'aurais bien aimé illustrer cette page avec des oiseaux qui volent de tous bords tous côtés, mais j'en ai pas trouvés. Par ailleurs, j'ai un concert à rediffuser avant de répertorier pour le bien de cette définition le nom de nos petits et grand chanteurs un par un. J'ai trouvé un beau quark à l'adresse suivante : http://audioblog.sonatura.com, en bas du billet d'octobre 2008. Grand merci à l'auteur.

Idéalement et pour respecter l'esprit joycien, il m'aurait fallu trois quarks en mp3. Pas trouvé. Alors je mets trois fois le même qu'on pourra faire jouer en canon.

Maintenant, passons aux choses sérieuses, le générique. quark, quark, quark. Par ordre d'entrée en ciel le quark post-moderne se compose d'albatros, d'océanites, de petits pingouins, de skuas, de goélands et de pétrels, de mouettes, sternes, canards, foies gras, macareux, cormorans, pélicans, frégates, fulmars, fous de bassan, rougegorges et autres alouettes, de mergules et virgules, de pouillots et guillemots, de corneilles, de stariques, de poules et de coqs, de coucous, couscous, bernaches, fauvettes, passereaux, geais de toutes les couleurs, de rossignols, rossignols de mes amours, hérons, flamands roses, gygis, mésanges, oies, stercoraires, guifettes, butors, hirondelles, dindes et dindons avec la farce, noddis, rousseroles, plus quelques frégates, grèbes et je demande pardon à ceux que je n'ai pas nommés.

J'apprends à l'instant que dans certains pays, lorsque les quarks devenaient trop vieux ils présentaient une sorte d'aphasie très rare et le choeur s'éteignait. Alors les quarks étaient ébouillantés vivants pour ensuite être suspendus le bec par en bas sur des roues à hélices et mis à griller en tournoyant au-dessus d'énormes bûchers où achevaient de se consumer les sorcières du jour. C'était pour exorciser les démons. Après, on les mangeait pour avoir une belle voix.

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* par extension, le quark sert à désigner la plus jolie particule du physicien

34. quark

Le mot du jour, fraîchement extrait du Petit Robert pour charmer d'étrangeté, de vérité et de beauté les parents et amis du journal* est :

quark * / kwark / * nom masculin  – avant 1967 ; mot emprunté par le physicien américain M. Gell-Mann au texte de James Joyce « Finnegans Wake ».

Physique : Particule fondamentale chargée, possédant un spin, confinée dans les hadrons où se manifeste sa propriété particulière (dite « charme, étrangeté, vérité, beauté »).

Phrase scientifique fort sérieuse type où l'on peut rencontrer le mot quark [toujours en provenance du même dico ] : « Les quarks et leurs antiparticules sont liés par les gluons colorés. Le quark top. »

Question à se poser pour réflexions et cogitations interminables sur un blog : les céréales Fruit  Loops que j'ai mangées à matin pour déjeuner seraient-ils des gluons colorés avec un quark top ?

La phrase inspirante de Joyce pour monsieur Gell-Mann est : « Three quarks for Muster Mark ». Il s'agit des premiers mots d'une chanson entonnée par un choeur d'oiseaux de mer, lumineux incipit au chapitre 4, dans le livre II. Allez savoir ce que cela signifiait dans la tête de l'auteur. Ils racontent sur Wikipedia que quark signifie probablement trois acclamations (ou « trois railleries » d'après les notes de Joyce) pour Monsieur Mark.

Mais quelle était donc cette chanson me direz-vous ? D'abord en anglais, je cite [dans le livre, la chanson est en italique aussi]. Et après je recopierai fidèlement la traduction qu'en a fait Philippe Lavergne, qui a traduit la phrase par « Trois quarts à la pie pour Maître Marc ! »...

– Three quarks for Muster Mark !
Sure he hasn't got much of a bark
And Sure any he has it's all beside the mark.
But O, Wreneagle Almighty, wouldn't un be a sky of a lark
To see that old buzzard whooping about for uns shirt in the dark
And he hunting round for uns spekled trousers around by Palmerstown Park ?
Hohohoho, moulty Mark !
You're the rummest old rooster ever flopped out of a Noah's ark
And you think you're cock of the wark
Fowls, up ! Tristy's the spry young spark
That'll tread her and wed her and bed her and red her
Without ever winking the tail of a feather
And that's how that chap's going to make his money and mark !

Quel style époustouflant, quelle belle langue délirante et musicale que celle de Joyce. Mais, comme ils disent à la télé : essayez pas ça à la maison !

Je reviens plus tard avec la traduction de Lavergne. D'ici là, bises séraphines [expression volée à kali et je l'écris et je la dis et je la lis et je la rougis].


– Trois quarts à la pie pour Maître Marc !
Sûr que sa barque ne vaut pas grand-chose
Et que tout ce qu'il a, se trouve être hors de saison.
Mais O, Toute-puissance Chamaille, ne serait-ce pas alouettable
De voir ce vieux busard mener grand tapage pour nous, chemise au vent
Et chercher à la ronde des pantalons propres pour nous, près du Parc de Palmerston ?
Hohohoho, Maître Marc !
C'est toi le coq le plus rigolo jamais envolé de l'arche de Noé
Et tu crois que t'es le coq de l'arche des douleurs.
Debout volaille ! Tristy est la bouillante étincelle
Qui va la piétiner, l'épouser, la coucher, la lire
Sans jamais l'ombre de la queue d'une plume
Et c'est comme ça que not'gamin va se refaire pour plonger dans la Marc.

33. hallelujah

exercice du jour : retracer la plus belle version de l'hallelujah de Leonard Cohen chanté par un autre que lui-même.

ma préférée est celle de Rufus Wainwright dans Shrek. curieusement, elle est apparue à la radio au moment où j'arrivais au terme d'un boulot que j'aimais mais qui me fatiguait et m'empêchait d'écrire comme j'en ai envie. des fois faut faire des choix et il y a deux semaines, j'ai décidé de tout abandonner définitivement, démissionné. ainsi j'accepte enfin de vivre pour mon art. pour l'art. à moi la pauvreté choisie. promis, je ne viendrai pas m'en plaindre ici. quoique...

ainsi, je sortais en milieu d'après-midi du lieu de mon dernier boulot, au terme d'une série de courses folles pour attacher les dernières ficelles, il faisait beau soleil mais froid. je suis entrée dans la tortue et j'ai pris quelques minutes pour savourer l'instant et me dire cette fois ça y est ma toute belle, tu as terminé, tous tes dossiers sont à jour et bien écrits, classés au bon endroit dans le cartable [gris] de chacun de tes patients, yeah, tu as fini la job et reste plus qu'à passer porter les derniers papiers et les clés au bureau chef, tu pourras dans quelques heures partir le coeur en paix et rentrer à la maison, reprendre l'écriture et finir par le finir ton roman interminable qui n'en finit pas et t'occuper enfin dignement et comme il se doit de la diariste et son chat, hostietoastéedesdeuxbords. et puis j'ai allumé la radio à défaut d'une cigarette puisque je ne fume pas et là le beau Rufus s'est mis à chanter juste pour moi l'hallelujah de Cohen. j'ai une fois de plus félicité le hasard de se montrer si attentif à mon égard et de m'apporter à chaque fois que j'en ai besoin la bande sonore de mon film personnel.

j'ai beau connaître plein de mots, savoir en jouer et les assembler avec le sentiment d'arriver, la plupart du temps, à m'en servir pour exprimer ce que je ressens. mais aucun, aucun mot et aucune phrase, ce soir, à presque minuit, aucun mot, je n'en trouve aucun qui réussit mieux que cette chanson à décrire l'hallelujah qui chante en moi