journal* et autres écritures

billets de février 2008

9. 1640

Le bleu du ciel a pris couleur de neige. Les cristaux blancs fleuris et farineux s'empilent si haut que je ne vois plus la maison de ma vieille voisine [morte à la mi-janvier]. Mais ce n'est pas une raison pour me priver de lire La frontière en pyjama un samedi matin. L'incipit, fabuleux, ne cesse de m'obséder : « En 1979, j'ai écrit que j'espérais être lu en 1640. »

Dans le dossier « Pascal Quignard » paru dans la Revue des sciences humaines (no 260, oct.-déc. 2000, Lille), Francis Marcoin écrit :

Ce vœu, « J'espère être lu en 1640 », il l'avait formé dans le XIVe de ses Petits Traités, « Noésis », mais l' Avertissement de la seconde édition de Carus nous dit quelque chose du même ordre : « Chaque roman a le saint qui le protège, le lecteur ancien qu'il rêve... »

Et ce journal ? Il a aussi le lecteur ancien qu'il rêve. Le saint qui le protège, je n'en ai jamais douté. Si j'ose imiter Quignard j'écrirai que j'espère être lue en 1582. Et j'ajouterai, non pas en incipit mais au bas de la page 9, celle du 16 février 2008 :

J'espère être lue en 1582, pendant les 10 jours omis lors du passage du calendrier Julien au calendrier Grégorien.

8. oui je le veux

Pour le meilleur et pour le pire. Je vous présente mon nouvel ordi.

La chanson. Le coup de l'enveloppe de courrier interne brune avec la cordelette rouge que j'entortille cinquante fois alentour des petits cercles, et les centaines de noms que j'ai mille fois graffitiés dessus. belles trouvailles. beau flash. Toutes ces enveloppes quand elles sont pleines de noms et vides de littérature grise à transporter, on en fait quoi ? Toujours rêvé de les collectionner pour en faire une sculpture géante plate et légère qui j'irais coller avec de la colle faite d'eau et de farine cuite sur des rochers en Gaspésie, aux Îles de la Madeleine, au Îles Caïmans et aux Îles Galapagos et sur toutes les autres Îsles avec des rochers escarpés et de oiseaux qui pondent des petits oeufs bleus picotés rose.

Sans chercher à me justifier, j'explique et justifie par le fait même et à mon insu ma folle dépense.

Argument 1. J'ai un deuil de bottines mallarméennes à faire et ce n'est pas rien ;
Argument 2. Je travaille bien. beaucoup. trop. souffert. Je l'ai mérité. le meilleur ;
Argument 3. J'en ai be.soin ;
Argument 4. Y'est beau. bon. capab. on le sait ;
Argument 5. La chanson. Fait craquer, mais c'est pas pour cette raison que... lui... et la la la la la la la... ;
Argument 6. Il est mince et je l'aime ;
Argument 7. Il n'est pas lourd. ne pèse pas. j'épouse sa légèreté qui m'apesantira. j'abolirai le mal au dos de traîner mon vieux portable de trois mille briques ;
Argument 8. Ça fait cent trois ans que j'en veux un.
Argument 9. Je l'aime. il sait qu'il me plaît. avec lui je peux faire. dire ce que je veux.
Argument 10. Mon mac c'est lui. pour le meilleur et pour le pire.
Argument 11. Je sais compter jusqu'à onze.

Emma Bovary, ne sortez pas de ce corps.


commentaires :

le 8 février 2008 à 17h15, jo a écrit :

bravo, et bienvenue au royaume des pommes… oui la chanson est affreusement sympa, marketing quand tu nous tiens… j'aime le mien d'amour tout pareil… dommage pour les bottines mallarméennes, mais nul doute que ce nouvel instrument ne te permette également de franchir des sept lieues et plus…
à te lire,
jo


le 8 février 2008 à 23h38, annie a répondu :

very interesting, douce dr jo.

en consentant au « deuil » [j'ai une réaction allergico-épidermique blanche et froide chaque fois que j'écris ce mot-là] de mes bottines mallarméennes j'ai gagné des bottes de sept lieues, le grand prix du marketing à la chanson affreusement sympa des pommes déjà mangées. e-stupéfiant. merci jo. merci aux lecteurs de ce journal. merci pa. merci man.

n.b. : penser à dire merci au chat botté la prochaine fois que j'irai acheter de la farine.

p.s. : et comme le disait mononcticoun : « gagner, c'est winner ».

7. mes bottines mallarméennes, la suite

Je rêvais de recevoir bientôt par la poste les bottes de mes rêves. À défaut de recevoir une grosse boîte anglaise, j'ai bêtement reçu un email ce matin from The Raw Shoe Company Ltd :

I regret to inform you that your order couldn't be processed because the item you've ordered has sold out since we received your order.

Apologies for any inconvenience or disappointment caused by this.

You have been refunded back through WorldPay. Depending on your bank clearing times and the type of card used, it may take up to five working days for the funds to show back at your account. Customers who's native currency is not Great British Pounds Sterling, may notice a very slight difference between the amount taken and the amount refunded. Unfortunately, this would be due to a difference in exchange rates between when the order was placed and when it was refunded. Sadly, these are circumstances beyond our control.

It may take a little while for the site to register this as being out of stock.

Raw Mail Order Customer Services
Raw - The home of Art 2 U
www.rawshoe.co.uk/Art2UHome.asp

Pas la peine de perdre mon temps à traduire. Ils n'ont plus l'article, le site n'était pas à jour. Désappointée n'est pas le mot. Je m'en remettrai, vaillamment. Fait soleil.

La bonne nouvelle c'est que j'ai déjà été remboursée, même montant. Faudra peut-être que j'aille acheter mes bottes en France, finalement.


commentaires

le 4 février 2008 à 16h36, Telle a écrit :

En France, les soldes d'hiver se terminent, il y a donc très peu d'espoir... Cela dit, je sais que ma soeur en a vu des noires en décembre près de chez nous. Si tu t'en sens la force, tu peux chercher les mails des boutiques qui font cette marque (en passant par le site neosens par exemple) et leur écrire. Les frais de port ne seront pas plus élevés que ceux que tu prévoyais...

A bientôt

6. le jour où j'ai trouvé mes bottines mallarméennes

Longtemps, je me suis [lu des blogs] de bonne heure. Sans vouloir et c'est voulu paraphraser maladroitement l'inoubliable incipit de vous savez qui, voici ma petite histoire de bottines en moins de mille mots, ma presque légende du jour de la marmotte 2008.

Ainsi donc, le jour où je constatais tristement que mon unique paire de bottes avait pris l'eau et que par conséquent elles ne traverseraient pas la saison, sans compter les jours de pluies torrentielles et verglaçantes, passés et à venir, de mes trop longs et follement froids et anarchiques hivers québécois, je lisais de blogs en me disant qu'au lieu de m'adonner à cette solitaire et improductive et masturbatoire activité je ferais mieux de remonter dans ma toyota noire et de me rendre à l'une ou l'autre des deux villes les plus proches [Québec ou Rivière-du-Loup] magasiner [pour] des bottes.

Cela m'est arrivé tout à l'heure, un beau samedi en début d'après-midi. Je lisais en mangeant mon sandwich au jambon et en buvant un verre de Rioja, traînant par devers moi une culpabilité fatigante ; n'aurait-il pas mieux valu que je m'adonnasse à la lecture ou au ménage ? Ou à du magasinage, chercher de nouvelles bottes ? J'ai néanmoins continué mon odyssée bloguienne jusqu'à ce que je mette le pied, via la liste de liens de l'alter et ego, sur le blog de la très talentueuse telle [lire son billet du 23 janvier]. Miracle : elle avait les bottes de mes rêves. Des bottines « mallarméennes », pratiquement introuvables en France. Jamais rien vu de semblable par ici. Telle disait ne pas en avoir trouvé dans Internet. J'ai cherché.

Il y en avait bien quelques rares paires, mais jamais la bonne pointure ni la bonne couleur. J'en voulais des noires, je n'ai jamais porté que des bottes noires, pourquoi changer ?

bottines neosens

Une bonne heure de googlage plus tard, j'en ai trouvé en Angleterre (chez Raw Shoes). J'ai commandé et payé en ligne. J'attends maintenant mes bottines neuves qui feront depuis l'Angleterre jusque dans le Bas-du-fleuve un voyage pour le moins poétique.

J'aime que mes futures bottines aient l'air rococo, l'air d'avoir marché la Via Tolosana, depuis Arles jusqu'à Santiago de Compostela, ou d'avoir trotté dix ans dans les magasins. Ou dansé la gigue sur le Titanic avant de tomber dans la mer et d'avoir été repêchées par Huckleberry Finn. Je les adore. Et je les aurai aux pieds bientôt. Photo à l'appui. Promis.

C'est peut-être une folie. Ça va me coûter cher [£104.99 = $223.18, plus les frais de poste]. Tant pis. Tant et aussi longtemps que je n'aurai qu'une seule paire de bottes, je mériterai d'avoir les pieds poético philosophiquement chaussés.

Mes futures bottines Art Neosens sont espagnoles, de la Rioja, comme le grand vin. Du grunge philosophique ? Belle idée. Mais pas de hasard. Lire des blogs mène loin parfois, et dans cet univers-là, je vois émerger de temps en temps, traversant toute la mélasse polluante qui me sert à rien, des beaux flashs, des découvertes inattendues et des coups foudre.

Commentaires :


le 3 février 2008 à 17h18 [UTC-5], Telle a écrit :

Que tu les aies acheté grâce à mon billet m'émeut beaucoup, d'autant plus que je les avais achetées grâce au billet de Frieda. Même quête quasi désespérée...

Tu ne regretteras pas ton achat, aucun risque. Elles sont très confortables. Le talon s'abîme un peu si tu conduis beaucoup mais pour le reste, elles sont parfaites, en noir comme en brun !

J'aime ton paragraphe sur leurs pérégrinations imaginaires.

A bientôt !


le 3 février 2008 à 22h51 [UTC-5], annie a répondu :

Oups. Tu as trouvé ma page avant que je n'aie le temps de t'envoyer un mot pour te dire que j'avais mis un lien vers ton journal et pour te remercier, je croyais avoir le temps ce soir mais je vois que j'arrive un peu tard...

Je suis ravie de ma découverte, et c'est grâce à toi. Sourires et gratitude. Merci aussi à Frieda.

Et puis d'avoir trouvé ces bottes, cette longue route d'une page à l'autre, et d'un pays à l'autre, c'est un peu fou et tout à fait magique. Mais bourré de vie et de sens. En tout cas, ça me fait rêver.

Eh oui, je conduis beaucoup et je ferai attention aux talons : tu as bien fait de me prévenir.

A+