Par annie strohem le mardi 28 février 2006, 22:45 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
j'écris des mots grigris pour éloigner l'hiver. je dis feu, je dis feuille,
je dis fleur
je dis feuilles de chêne et feuilles de hêtre feuilles de papier
et feuilles d'érable
feux de bois et fleurs de pommier en étoile et de givre en friselis
feux des soleils et des lunes
racines de la pluie et du beau temps
terres endormies sous la neige épaisse
je dépose mon sac et je cueille à mains nues les feux. ardeur ignition
combustible incandescence et calciné
brûlures incendies langues de feu flambées
éclats lueurs à crépiter les flammes flammèches
étincelles. Vesta. avec les braises tisons brindilles je dis
allumettes briquets et amadou cendre fumée nuage tourbillon
feu de joie feu follet grisou
salamandre et phénix. Vulcain.
je dis bûcher holocauste foyer
brasero brasier fournaise
enfer brûloir brûlerie torréfaction chauffer
échauder
bouillir boucaner fumer embraser incendier allumer tisonner attiser souffler
éventer éteindre étouffer et faire la
part du feu s'allumer prendre s'éprendre couver éclater dévorer
dévaster. mettre en cendres et réduire en cendres
consumer carboniser torréfier griller rôtir cuire calciner flamber étinceler
scintiller pétiller crépiter jaillir saillir
être la proie des flammes. je dis combustible
allumeurs et allumeuses
je dis fleurs. roses blanches roses thé roses
rouges roses trémières roses en bouton
roses du Bengale roses pompon roses moussues
gouttes de rosée roses pâles
roses des quatre saisons rosiers grimpants.
roseraies et la vie en rose
roses sauvages églantines églantiers lèvres roses
teint de roses lèvres vermeilles
roses des Alpes roses du Japon roses
d'Inde roses d'hiver
je dis roses. pivoines roses et des diamants des roses de
rubis diamants roses roses de luth roses de guitare
roses de compas roses des vents et
bois de rose
eau rose eau de rose eau de parfum eau
vive eau de source eau fraîche eau de
fleur d'oranger pot aux roses. essence de rose et
lits de roses
je dis feuilles. verdure feuillage feuillée frondaison feuillaison foliation
reverdissement ombrage tonnelle
feuilles de trèfle treille pampre thyse glycine fane pampe aiguille ascidie
phyllithe queue pétiole rachis pétiocule
foliole gaine ligule stipule limbe corps face bord côté. envers des feuilles et
dessous stomate lacune sommet pointe épiderme chlorophylle nervure sinus dent
lobe fissure partition segment aisselle noeud entrenoeud rosette coussinet
nervation décussation. préfoliaison
arbres en feuilles arbres feuillus feuilles plates vertes mortes fanées sèches
caduques persistantes simples composées articulées foliolées bifoliolées
entières découpées. les feuilles pour feuiller s'épanouir s'ouvrir verdir
reverdir se faner s'effeuiller tomber effaner
et si je veux je dis feuillée feuiller feuillet feuilleter feuilletis
feuilleton feuillette feuillu feuillure feutre feutrer feutrage fève et
fèverole. tout ça pour dire, dire que février se termine aujourd'hui. je vous
l'avais bien dit.
Par annie strohem le dimanche 26 février 2006, 22:44 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
Quelqu'un a-t-il déjà lu le Grimoire de Roland Giguère ? Je
m'organise pour mettre la main dessus de temps en temps et je me régale, pour
mieux m'éloigner de moi-même et de ce qui me taraude, et mettre l'eau à la
bouche, des mots dans la louche :
Pour avoir une idée du silence : remplir d'encre noire un aquarium, y mettre
deux ou trois grillons et placer l'aquarium devant un miroir. Dites-vous bien
qu'on cherche à atteindre le fond de la nuit.
Pour oublier : répéter indéfiniment « mémoire facile ».
Pour inonder la solitude : aborder la première île en vue, chercher les
causes du naufrage et réveiller les volcans s'il s'en trouve.
Pour abuser d'elle : se la mettre à dos.
Pour entrer dans l'intimité des choses : se faire infiniment petit.
Pour passer la fièvre : apprivoiser une nuée de griffons ; une fois
apprivoisés, les nourrir de quelques soleils.
Pour avoir le dernier mot : apprivoiser la phrase tout en la laissant courir
dans la marge.
Pour faire le vide dans une forêt : énoncer à haute voix quelques théorèmes
de géométrie plane.
Pour aller loin : ne jamais demander son chemin à qui ne sait pas
s'égarer.
Pour réfléchir : détruire ce qui nous manque.

Il y en a beaucoup d'autres, je n'ai pas tout recopié, tout de même. Et pas
à la suite non plus, j'ai pigé ici et là parmi ceux que je préfère. Découvert
Grimoire dans une petite anthologie Poésie du Québec* qui
trainait dans le bas de ma bibliothèque, livre non classé, jamais rangé parce
que je ne sais pas où le mettre et qu'il s'entête à traîner partout.
D'ordinaire je n'aime pas les anthologies à moins d'y dénicher des perles comme
celle-ci.
Oeuvres à découvrir, de Roland Giguère [1929-2003] : Temps et lieux, La
main au feu, Forêt Vierge Folle, Illuminures, Coeur par coeur, L'âge de la
parole. Plusieurs autres titres listés dans L'Île avec
bibliographie complète, c'est très pratique.
_____________
* Poésie du Québec, anthologie composée par Alain Bosquet, 1966, 1968,
Éditions Seghers, Paris et HMH Montréal.
Par annie strohem le samedi 25 février 2006, 22:42 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
J'ai raté la cuisson du pain. Compris que faire du pain est un art, celui du
boulanger.
Les courses, visites, et rencontres faites à Québec hier m'ont fait du bien,
sans plus, enfin je n'en suis pas ressortie démolie, ce qui aurait pu être le
cas, je crois que je sais mieux me protéger. L'après-midi était déjà pas mal
avancé quand je suis revenue, mais j'ai tout de même fait un détour par la
route 132 à Saint-Jean-Port-Joli, et vu l'ancienne boulangerie avec un four à
pain [il est carrément à demi enterré par la neige], la maison est jaune et son
nom, c'est : Le Vieil Âtre, si j'ai bien vu. Cette boulangerie était fermée.
Mais chez Sibuet, c'était ouvert et j'ai pu acheter des baguettes [les deux
dernières, et des vraies] et des petits pains au chocolat. À cette heure il ne
restait plus de croissants, mais ce n'est pas grave, les pains au chocolat sont
rien de moins que sublimes. Je me suis promis d'y retourner car il y a aussi un
coin avec des tables pour boire un petit café et lire les journaux, et c'est
ouvert dès 8 heures le matin. L'enseigne était tellement jolie, comme plantée
dans le gros banc de neige et noyée sous les couleurs bleues et roses du décor
au soleil couchant, que je n'ai pu m'empêcher de capturer une image qui fait un
peu carte postale, mais tant pis, c'est ce que j'ai vu.

Par annie strohem le jeudi 23 février 2006, 22:42 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
Aujourd'hui j'avais des courses à faire à Québec. Pas de chance, il neige et
certaines routes sont trop enneigées. J'ai donc décidé de faire du pain
baguette tout en écrivant des textes courts que je mets en page et imprime à
mesure.
C'est la première fois que je fais du pain depuis que j'habite ici, et c'est
mon premier essai avec la baguette qu'on appelle ici du pain français. Aye.
Tout ça parce que je n'ai pas trouvé une seule boulangerie, ouverte en hiver,
qui en fabrique, à mon goût. Il y a d'autres pains excellents, mais sans la
baguette, certains matins, c'est plus dur.
C'est un peu à cause du pain baguette aussi que Montréal me manque, pas
juste pour les trottoirs sales et les ruelles si poétiques et peuplées de chats
et de poubelles. Sauf que je ne retournerais pas pour y vivre avant quelques
années au moins. Trop de choses à faire par ici, comme apprendre à faire de
vraies bonnes baguettes de pain.
J'ai pris de la farine, du lait et de l'eau avec du sucre, juste un peu, et
du sel, et de la levure bien évidemment. J'ai tout mélangé et pétri quinze
minutes. Mis à lever dans un bol avec un linge humide par dessus, une fois que
la pâte eut doublé son volume, je l'ai fait dégonfler et remis à lever une
deuxième fois, toujours avec un linge humide par dessus, ensuite j'ai séparé le
tout en trois boules que j'ai pétries très légèrement sur une planche
enfarinée, et ensuite j'ai formé, sinon tenté de former parce que le résultat
n'est pas mirobolant, trois boudins que j'ai placés à respectueuse distance les
uns des autres sur une tôle graissée. Pris une photo. Quand les pains auront
doublé de volume, si toutefois ils daignent doubler, je prendrai une deuxième
photo et les mettrai à cuire au four préchauffé à 400 F.
Oublié de dire que j'ai fait de petites entailles au ciseau sur le dessus,
et que je les badigeonnerai avant la cuisson avec je ne me souviens plus trop
quoi mais je regarderai la recette et on me le dira, pour que la croute soit
bien croutée. Et puis si par malheur mes ficelles ne lèvent pas, il n'y aura
pas de deuxième photo. Ni de troisième avec mon pain après cuisson. Si tout va
bien, ¸je devrais obtenir un genre de trilogie qui se mange. Alors j'irai à
Québec demain matin. Et à Montréal le ou vers le 10 mars.

Presque sept heures, j'ai failli oublier le pain à lever. J'ai une photo
mais pas très belle, le batterie de la camera est à plat et je n'ai pu en faire
une meilleure, la pâte a l'air jaune mais il faut faire acte de foi et la voir
blanche. Je viens tout juste de mettre le pain au four, à cuire. Et de brancher
la batterie sur le chargeur. Dans quinze minutes il faut badigeonner avec du
blanc d'oeuf mêlé avec un peu d'eau.

Par annie strohem le mercredi 22 février 2006, 22:40 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
Pour faire changement, on pourrait parler de température. Ce matin, j'ai tué
deux mouches. Des vraies mouches comme celle de la photo 1/ trouvée sur un fort
joli site nommé concombre.com. Deux. Elles étaient un peu lentes, mais capables
de voler, et elles virevoltaient tranquillement dans les vitres sur la fenêtre
en haut de l'évier. En fait elles étaient tout juste bonnes à marcher de long
en large et de ci, de là, la mine grave et les joues blêmes, et d'effectuer un
petit envol de temps en temps. Je vais mettre une photo de cette fenêtre en 2/,
mais sans les deux mouches écrasées avec une circulaire Metro pliée en quatre.
Des mouches, déjà. Signe probable que la température commence à se réchauffer
pour vrai. Depuis novembre, pas une seule bestiole volante dans la maison. J'ai
vu quelques araignées à longues pattes dans la cave, normal c'est une cave, et
d'autres très minces sur les poutres qui traversent le plafond de la cuisine
[joli gif animé en 3/]. Il y a de minuscules fentes dans ces poutres et elles
se cachent là-dedans et tissent des toiles tout autour. Et de temps en temps
elles descendent me dire un petit bonjour. Tiens, je vais mettre aussi une
photo de la cuisine, en 4/. Je me demande bien où elles s'étaient planquées
pour passer l'hiver ces mouches-là. Elles ne viennent certainement pas de
dehors, on gèle. Mais de moins en moins. En ce moment, le thermomètre placé
dehors [au soleil] indique +6 C. En fait ça dégèle et le niveau de la neige
baisse un peu. Tiens, je crois que je vais répertorier le nombre de mouches
tuées par jour, en bas de page, avec un logo génial de mouche et un bel
encadré. Le compte risque de péter des scores salés quand ça va être l'été.
Faudra que j'achète une tapette à mouche. Tuer des mouches, ça fait passer de
la rage. Et mettre aussi une photo de la maison, prise par l'agent immobilier,
l'été dernier. Non, pas celle-là. Je vais en faire une bientôt, avec la
neige.
1/
2/
3/
4/ 
Par annie strohem le mardi 21 février 2006, 22:39 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]

Il y a des jours, je me demande ce que je fais avec ce journal, si ça vaut
la peine de continuer. Il y a des jours, je n'ai plus trop la tête à ça. Je
rêve au retour du printemps, à toutes les plantes que je veux faire pousser, au
gros soleil sur les épaules et les bras, et aux travaux dans les champs qui,
pour le moment, sont encombrés de neige partout. À part une grosse tempête de
vent qui m'a fait très peur vendredi dernier, il fait plutôt beau et le temps
est doux. J'ai ajouté ce qui manquait à ma commande de semences et je l'ai
postée à La Société des
plantes : Angélique, Céleri à côtes rouges, Nepitella, Ancolie du Canada,
Arroche Opera, Courge musquée Trombocino, Concombre Lemon, Laitue Cressonnette
du Maroc, Tomate d'Ibervile, Tomate Principe Borghese, Tomate Stupice, Pavot de
Turquie, Patrina gibbosa, Haricot d'Espagne, Haricot Flambeau, Haricot
Goldmarie, Haricot Trionfo violetto, Pois snap Cascadia, Pensée sauvage Viola.
En mars, je ferai les premiers semis à l'intérieur. C'est bientôt. Dans les
champs où je fais mes randonnées en raquettes, derrière la maison, je vois
d'innombrables pistes de petites bêtes sauvages. Le ciel est souvent bleu,
presque toujours avec beaucoup de blanc. Je n'ai pas revu le soleil rose. Et je
n'ai pas oublié une plus grande image, pour Jo. Elle a raison, les images des
champs enneigés sont plus belles en grand format, avec un point éloigné à
l'horizon quelque part où l'oeil peut s'échapper et se perdre de vue.
Par annie strohem le lundi 20 février 2006, 22:37 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
Avant de commencer, une phrase d'Augustin, pour la route : « Qu'un coeur
fraternel aime en moi ce que tu apprends à aimer, et déplore en moi ce que tu
apprends à déplorer ! » (C 10.5) *. Cela dit, quelqu'un aura-t-il le courage de
m'accompagner dans ce bref plongeon dans les états d'âme de la diariste et son
chat ? Une fois n'est pas coutume, n'est-il pas ?
Le coeur en miettes. Dans une vie, il est des lendemains de 14 février qui «
fessent » plus fort que d'autres. Février est pour moi un mois anniversaire
d'une rupture [et de quelques autres blessures par trahison ou abandon] qui
m'ont passablement raboté l'ego. Ces dernières années, je passais le mois de
février le coeur suspendu au-dessus du grand canyon, j'avais l'impression de
sautiller sur la pointe des pieds dans un champ de mines, ou sur un fil tendu
entre deux gratte-ciel, n'osant pas trop regarder en arrière – soit parce que
je me jugeais encore trop fragile pour remuer les pénibles souvenirs, soit
parce que je m'imaginais plus forte d'avoir bravement tourné la page, me
répétant que cela n'apporterait rien de neuf que de me remémorer tout cela.
Cette année, j'ai fermé les yeux et j'ai plongé par en arrière.
Non. C'est plutôt les yeux grands ouverts que j'ai sorti mon journal papier,
tous les cahiers, un matin de la semaine dernière, et que je les ai apportés
dans mon lit, du côté droit, taches noires sur les draps prune. Je me suis
réinstallée entre les couvertures encore un peu chaudes de la nuit juste après
un petit déjeuner avalé rapidement, trois gros coussins dans le dos et mes
lunettes sur le bout du nez. Et j'ai lu, me disant que si je voulais continuer
à regarder par en avant, le temps était venu de remonter le courant triste de
ce journal.
Je prenais un cahier au hasard et je feuilletais en regardant les dates et
les mots défiler. Parfois j'en refermais un sans m'arrêter pour lire. Et sur
certains mois de certaines années, j'ai lu. Lu toute la journée. Et les images
sont venues, la mémoire a fonctionné, ranimant les faits et les émotions
au-delà de ce qui était contenu dans les mots et les phrases.
Je me croyais plus forte. J'ai attendu avant de revenir écrire ici. Pris le
temps de me consoler quelque peu et d'accepter que peut-être cette grosse bulle
de tristesse va toujours m'habiter et que c'est comme ça et je n'y peux
rien.
Après je me suis laissé emporter dans une boulimie de cinéma, salvatrice. Me
suis organisé un festival du film juste pour moi, composé d'oeuvres que je
n'avais jamais eu ou pris le temps de voir comme Le Vieux fusil et
Brice de Nice, en passant par de la s.-f., des films d'horreur à la
Shining, et des vieux westerns. Après ça, j'ai relu le début de mon
manuscrit et les notes et les petits papiers, les grandes feuilles blanches
barbouillées à l'encre noire. Et j'ai réfléchi à tout cela, le contenu est là
en friche et il attend, j'attends. Le reste est une question de croyance,
méthode de travail et discipline. J'ai ouvert les livres de quelques
philosophes.
Dans un bouquin traitant de la vie et l'oeuvre de saint Augustin *, j'ai lu
que, pour ce superbe penseur obsédé par les grandes questions de la condition
humaine, les trois aspects de la mémoire-temps, composée de la prévision du
futur, de l'attention présente et de la mémoire du passé, obéissent à la
dynamique propre aux trois facultés de l'âme que sont la mémoire fondant
l'identité, l'intelligence [vue comme intellection du réel organisé], et la
volonté tournée vers l'action [une sorte de réplique intérieure de la sainte
Trinité].
Il écrit, au début des Confessions [C 11.38 *] :
Je m'apprête à chanter un air que je connais. Avant de commencer, c'est mon
attente qui se fixe sur l'ensemble de l'oeuvre ; mais dès que j'ai commencé, à
mesure que les parties prélevées sur mon attente deviennent du passé, c'est ma
mémoire qui se tend vers elles ; et ainsi les forces vives de mon activité se
trouvent distendues [distenditur] entre deux pôles : la mémoire — en
raison de ce qui est déjà proféré — et l'attente — en raison de ce qui va
l'être. Et cependant mon attention est là, présente, elle par qui
transite le futur pour se faire passé. À mesure que se
développe ce mouvement, plus s'abrège l'attente, et s'allonge la mémoire,
jusqu'à temps qu'il n'y ait plus attente, et que l'action achevée soit tout
entière passée dans la mémoire. Et ce qui se produit pour l'ensemble de
l'oeuvre s'accomplit pour chacune de ses parties, pour chacune de ses syllabes.
Il en est de même pour une action plus ample, dont ce chant n'est sans doute
qu'une parcelle, de même pour la vie humaine tout entière — dont les actes en
constituent autant de parties ; de même pour toute la succession des
générations humaines, dont toutes les vies humaines constituent les
parties.
_____________
* Garry Wills. Saint Augustin. Traduction de Richard Dubois. Éditions
Fides. Canada, 2002.
Par annie strohem le mardi 14 février 2006, 22:35 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
Les suites de ma folle journée de bidouillage d'hier ? Bonnes. Tout est à
peu près au point avec Lightbox, ce qui veut dire que je ne vois plus de
bogues, mais cela ne veut pas dire pour autant qu'ils sont tous éliminés. Et
puis je n'ai pas fait de tests avec d'autres navigateurs, ce qui réserve
haituellement son lot de surprises. Au moins, je suis rassurée, les codes sont
valides et je n'ai pas fait exploser le bidule à valider sous un nombre
incalculable d'erreurs [un cher vieux fantasme]. Voici donc une petite image,
cliquez dessus, pour voir. Et je serais reconnaissante de recevoir du feed back
si ce n'est pas trop vous demander, vous qui passez par là. Vous, qui passez
sans me voir.

Cette image ? Pas grand chose. Juste une des deux fenêtres qui éclairent mon
bureau, celle qui est en face de ma table d'écriture, devant le vieux pupitre
légué par mon ex-voisin Yehudi. Dans la vitre, un reste de givre fondu, un peu
de buée. Derrière, au loin, le fleuve avec le bleu et le blanc du ciel, et un
érable aux mille branches qui la traverse de bord en bord, un peu comme sur la
rue Hutchison, mais ici, il est encore plus majestueux et en santé. Il ne sera
pourtant jamais cet arbre auquel je m'étais attachée. Je commence à penser que
les liens affectifs, même les plus forts et ceux qui me font le plus de bien,
sont faits pour être dénoués, pour que j'apprenne à m'en détacher sinon je
n'accepterai jamais de mourir avant cent cinquante mille ans le corps ridé
comme une pomme trop mûre. Ce n'est pas un coup à faire à ses lecteurs, ça.
Et dans cet érable, je n'ai même pas encore vu de sympathique corneille avec
des plumes bleu noir nichée au creux noueux des branches. Vivement le
printemps.
Cette fenêtre, c'est la seule image que je me résigne à « exposer » de ce
nouveau bureau fraîchement redécoré par mes blanches mains, espace privé intime
que je ne partage pas. J'ai trouvé un antique plafonnier en bronze à cinq
bougies que j'ai frotté comme si ça avait été une lampe d'Aladin et je l'ai
installé moi-même, connectant les fils électriques à mains nues [facile,
j'avais coupé le courant].
C'est fabuleux de vivre dans une vieille maison de ferme construite dans les
années folles, et qui a traversé les époques les plus pauvres, et la crise, les
grosses familles, je découvre des cachettes et des oubliettes, et des objets
biscornus planqués un peu partout et je ne cesse d'explorer et la lampe était
dans la remise, au-dessus d'une petite mezzanine où je n'avais jamais grimpé,
placée là comme si elle n'attendait que moi pour la faire briller, et revivre
en éclairant les mots, les manuscrits, le journal, cet écran, et les tablettes
chargées de livres.
Par annie strohem le lundi 13 février 2006, 22:30 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]
Hier j'ai lu rapidement la page du blog huddle together
contenant toute l'information pour installer Lightbox et j'ai fait quelques
essais avec une petite image. Ça n'a pas pas marché. J'ai compris que je n'y
comprenais rien et j'ai décidé de tout mettre ça de côté et de dormir
là-dessus. Et puis ce matin j'ai relu calmement le tout et oh surprise, j'ose
croire que je comprends « vraiment ». J'ai cherché d'autres sites qui en
parlent, lu, lu, observé et scruté les codes, cherché encore, et pour finir je
suis tombée sur Lightbox_plus.
Si je peux annoncer et passer à l'acte pour cette expérimentation, et ainsi
améliorer la présentation de mes images dans ce journal [et je croise les
doigts pour que « ça » passe le test de validation], c'est grâce à la
générosité d'un lecteur très gentil qui signe Kill me Sarah.
Extrait de sa page du dimanche
12 février 2006, cette phrase étonnante : « Les vagues lancinantes de la
musique font refroidir mon thé. » Ne soyez pas jaloux, ceux que je ne cite pas.
Vous savez bien que les lecteurs de ce journal sont tous très gentils. Je sais
que je fais peu de liens, je sais que je ne laisse pas de commentaires ici et
là, je suis comme ça. Je ne sais pas comment s'opère la sélection magique du
web, mais les pas fins lecteurs et les sales types ne collent pas très
longtemps par ici... phénomène d'éviction naturelle, comme dirait Michel
Onfray.
Quoi qu'il en soit, les prochaines images seront bientôt là, [sont « déjà »
là si vous arrivez en retard], si ce n'est la page au complet, pour servir à
l'expérimentation. On la et les verra changer souvent d'aspect au cours de la
journée, il se pourrait même que demain elles aient totalement disparues,
incluant cette page 37. Attachez bien vos tuques, c'est parti.
Mon premier essai fut un échec - partiel -, mais échec tout de
même. L'essai avec Lightbox_plus n'a pas été tellement fructueux. Alors j'ai
expérimenté le Lightbox « normal ». J'ai bûché pas mal avant de trouver comment
passer d'une miniature à une image plus grande. Fallait-il nécessairement
télécharger deux images ? Je croyais que Lightbox créait automatiquement une
miniature. J'arrive au moins à afficher l'image prise samedi : « le soleil est
toujours rose et blanc sur la route 132 à Kamouraska vers 16 heures en hiver »
; j'ai mis deux images de dimensions différentes, il faut cliquer sur les
soleils pour voir le résultat :
Autre problème : Lightbox fonctionnait uniquement sur la page Index, mais
pas sur la page archivée. Je soupçonne un conflit avec dans les codes, des
erreurs dans le html, que sais-je.
Grrr. C'est toujours pareil, je veux aller trop vite et je n'intègre pas
toutes les données et ça bogue. Finalement j'ai réglé le bogue sur la page des
archives en mettant les css sur une page séparée, et non pas sur ma feuille de
style, et j'ai pris soin de la placer dans le même répertoire que les images,
c'est pour ça que le « overlay » ne s'affichait pas. Par ailleurs, en ce qui
concerne les miniatures, c'est le retour à la case départ, je crois, il va me
falloir trouver un bidule pour les redimensionner sans les déformer.
Trouvaille : au lieu de fabriquer une image plus petite, j'ai simplement
inséré manuellement des mesures plus petites à la grande image, et ça donne
quelque chose de pas trop mal.
Par annie strohem le dimanche 12 février 2006, 17:20 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]


Au lendemain d'une nuit tourmentée, passée à voyager avec les personnages de
ce qui pourrait devenir un livre, personnages que l'on dit fictifs mais que je
vois devenir jour après jour plus grands que nature, plus vivants et plus
vrais, véhéments et volubiles, occupés à me renseigner sur leurs quatre
vérités. J'aurais juré les avoir entendus se parler et discuter, s'engueuler et
solliloquer toute la nuit. Je me suis réveillée enrhumée, une narine bloquée,
l'autre qui dégouttait comme un robinet mal fermé, et je me suis levée en
prenant mille précautions pour ne pas trop m'éloigner de l'inconscience du
sommeil ni faire fuir les phrases écrites qui flottaient quelque part en moi,
et je me les répétais afin de ne pas les oublier. Je me suis assise devant la
longue table en merisier et tout ce que j'ai pu transcrire c'est une quinzaine
de lignes, un petit paragraphe, et au fur et à mesure que j'écrivais, plus je
me concentrais sur ces mots-là, plus les autres se levaient de moi et s'en
allaient ; ils se sont élevés ainsi pratiquement tous en même temps comme une
bande d'oiseaux effarouchés par le bruit. J'ai déposé le stylo, abandonné le
bout de la table et le papier pour un café au lait, un concert diffusé à la
radio, la Missa solemnis, op 123, de Ludwig van Beethoven, des
tartines de pain aux sept céréales grillées avec du nutella et le soleil
entrait à flot par les deux fenêtres, côté sud, et la neige avec des ombres
chinoises couchées dessus me donnait tout en double. Et le chat.
[Les deux images ont meilleure apparence en grand format et si on clique
dessus, ça fait pop. pop up. pop image. pop pop pi dou.]
Par annie strohem le vendredi 10 février 2006, 16:45 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]

Nom d'un chien !
[ça faisait longtemps que je voulais placer cette expression que j'adore
entendre au cinéma... mais qu'on n'entend jamais dans la vraie vie. Je ne l'ai
jamais prononcée non plus, mais au moins c'est fait. Par écrit, merci.]
Les arbres ont mis leurs plus beaux bijoux c'était lundi je crois et ils ne
les ont pas enlevés depuis.
Bagues, brillants, diamants, perles, colliers, cela étincelle et glisse sur
eux comme des rivières d'amour, précieuses et ruisselantes échappées d'une
boîte à bijoux.
Par annie strohem le lundi 06 février 2006, 14:44 - Vol. 6 : Love & Writing Project[2]

Ne dirait-on pas de mon beau sapin, roi des forêts, qu'il a la goutte au nez
?
J'ai fini mes annotations de Mort dans l'après-midi.. Samedi soir,
j'ai lu le dernier des Contes de Jacques Ferron. Incisifs,
fantaisistes, drôles, magiques, politiques, truculents. Tout sauf bienséants,
et fort à mon goût. Bref, à relire.
Lu hier soir Mort d'un personnage, de Jean Giono. Je l'avais
ouvert, vers 10 heures et demie, avec l'intention d'en traverser deux ou trois
pages avant la nuit et je n'ai pas été capable d'arrêter avant d'avoir
rencontré le point final, tout ceci à cause de la grande beauté du personnage,
mais aussi de l'étrangeté, l'absence d'âme et le renoncement à la vie de la
grand-mère, comment c'était esquissé et vu par le petit-fils, et puis la
transfiguration, le grand appétit final et la colère juste avant le glissement
dans la mort d'un seul coup comme une pluie d'été. Ça m'a menée aux petites
heures du matin, le feu mort dans la cheminée, la maison glacée et moi toute
courbaturée pour cause d'immobilité prolongée sous les deux épaisses couettes.
Tout un livre.
Je sors très peu, bien contente du prétexte facile que m'offrent les pluies,
les grands vents et le verglas, pour lire. Les routes sont mauvaises, quelques
rangs sont même inondés et fermés. Par ailleurs, j'avance aussi sûrement que
tranquillement dans la peinture de mon bureau. Mon vert « serpentine » est
parfait, il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de l'image sur la page
du 9 janvier, mais en plus chaud et avec un peu de turquoise dedans, la pièce
va être magnifique. J'écris pas beaucoup et ce n'est pas bon, c'est le doute à
se demander si ça servira à changer quelque chose ou si ça ne servira jamais à
rien ni personne. Mais je n'ai pas arrêté le processus pour autant, je prends
des notes pour les lieux et les personnages quand ça se présente, c'est très
étrange comme vivre dans une autre dimension. Je rêve d'avoir un cheval, de
rénover et habiter le grenier pour en faire mon atelier d'écriture avec la
baignoire à pattes dans un coin, mais auparavant je devrai avoir fini de
restaurer tout le reste : rafraîchir la peinture au deuxième étage dans le
couloir et les chambres, installer des plafonniers [il en manque encore trois],
une main courante dans l'escalier, changer les lustres en bas, améliorer
l'éclairage dehors et dans la remise, réparer les fenêtres, isoler le plancher
de la cuisine, et caetera et Alleluia. On a pas fini d'en entendre parler.