Par annie strohem le vendredi 25 février 2005, 15:34 - Vol. 5 : Palymbrosia
Extrait de Alfred de Musset à George Sand :
« Te voilà revenu dans mes nuits étoilées,
Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées,
Amour, mon bien suprême, et que j'avais perdu.
J'ai cru pendant trois ans te vaincre et te maudire —
Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,
Au chevet de mon lit te voilà revenu. »
[Fait au bain, Jeudi soir, 2 Août 1833]
J'ai fait un tour à la bibliothèque Maisonneuve, rue Ontario près de Pie XI,
un vieil édifice en pierres grises couleur Montréal, trapu et avenant comme je
les aime, et avec des colonnes à la devanture, et à l'intérieur des plafonds
très hauts, presque comme dans une église. La prochaine fois, je ferai des
photos pour le journal. Ne pas oublier de me renseigner sur l'histoire de ce
temple de la lecture. Fait étrange, à midi, j'ai vu un pigeon mort sur cette
même rue, allongé à plat sur le trottoir, ventre en bas, avec une flaque
pourpre de sang sous le bec et qui brillait au soleil. J'ai pensé au livre de
Süskind. Eu presque un peu peur. Mais non. Certains des livres, je les ai
empruntés à cette bibliothèque-là, et les autres, les Duras, Thoreau, et
quelques Woolf, je les ai achetés chez mon libraire de la rue Bernard, ou
d'occasion à L'Échange sur Mont-Royal, pour les avoir longtemps avec moi -
envie de les lire tranquillement, et de les relire cet été.
J'ai besoin de beaucoup de temps pour lire certains livres, surtout ceux des
siècles passés. C'est en partie pour cette raison que j'en lis toujours
plusieurs en même temps. Je peux passer des jours entiers à faire le pied de
grue sur une même page, dans le même chapitre, à relire les mêmes fabuleux ou
insignifiants passages, et pour finir à noter cela quelque part [pas toujours].
Et parfois sauter des chapitres complets, ou commencer par la fin, ou d'une
traite et d'une couverture à l'autre sans reprendre mon souffle, n'importe
quoi. Lire, c'est comme penser, parfois ça va en ligne droite et souvent ça
veut tourner en rond, divaguer, et se nourrir d'impressions fugitives et alors
je laisse à mon envie de lire la bride sur le cou comme à un jeune cheval
sauvage fou jamais monté par un humain. Lectrice rebelle, je constate que je
lis [trop] peu d'auteurs contemporains, et que je laisse les livres me tomber
dans les mains au hasard de mes découvertes dans les petits et vieux sentiers
peu explorés, sur les tablettes poussiéreuses de préférence et en dehors des
modes, bref je préfère les vieux livres jouissifs et tripatifs remplis de
lettres, de journaux, et d'histoires incongrues et tarabiscotées, d'essais, et
de bouquins à la narration souvent aride et dense qui n'intéressent plus
personne [almost]. Je les laisse me séduire et me courtiser jusqu'au trognon.
Il m'arrive de les bouder quelques jours. De tromper un écrivain avec un autre
et de lui re-tomber dans les bras, en amour jusqu'à la lie, au lever du soleil.
Pas de problème, ils sont tous morts depuis longtemps. Faut pas chercher à
comprendre. Elle est folle, vous-dis. Quoi qu'il en soit, je me demande bien de
quoi et comment ce pigeon est mort, il était encore tout rond, les plumes
lisses et lustrées, comme vivant, et même pas écrasé.
lectures
De Virginia Woolf :
La promenade au phare,
Mrs Dalloway,
La traversée des apparences,
La mort de la phalène,
La fascination de l'étang,
Le livre sans nom,
et Les vagues ;
de Marguerite Duras :
Les yeux bleus cheveux noirs ;
de Henry David Thoreau :
Walden ;
et de Sand et Musset :
Lettres d'amour, présentées par Françoise Sagan.
Et non, ce n'était pas un marathon, juste une petite envie de jouir pour
vrai.
Par annie strohem le lundi 21 février 2005, 15:30 - Vol. 5 : Palymbrosia
Extrait de La promenade au phare :
« C'est ainsi que régnaient ensemble le calme et la beauté, et leur union
donnait à cette même beauté l'aspect d'une forme d'où la vie s'est retirée,
forme solitaire comme un étang aperçu le soir dans le lointain de la fenêtre
d'un wagon et qui disparaît si vite dans sa pâleur vespérale que c'est à peine
si notre regard l'a dépouillé de cette solitude. » [Virginia Woolf : La
promenade au phare, chap. 2, 4 : « Le temps passe »]
La neige est enfin revenue alourdir mes pas, crissant sous mes semelles
comme de la farine mêlée à du sel, épaisse et abondante. J'ai marché longtemps
sur les trottoirs du quartier, mal déblayés [merci de nous laisser encore un
peu en profiter], et j'ai fait une longue et incontournable randonnée roulante
à moteur jusqu'à Montréal-Nord, plusieurs kilomètres à sentir les pneus valser
et le moteur ronronner dans la giboulée, à voir osciller les essui-glace comme
des fous pour dégager à peine un demi-cercle vite embrouillé de cristaux
fondants et dégoulinants. Ce que j'aime particulièrement de la neige quand elle
tombe à plein ciel comme aujourd'hui, à part sa floconneuse blancheur qui
illumine les regards, c'est qu'elle permet de ralentir la marche à pied, et
toute la circulation, et alors les moindres occupations, déplacements, ou
tâches à l'extérieur mettent beaucoup de temps à s'accomplir. Avec cette lourde
bordée de neige j'arrive presque à croire que le temps n'avance plus, qu'il se
fige pour me laisser la chance d'y goûter. Et c'est une sensation rare et
fugitive que je veux saisir à pleines mains. Au propre comme au figuré. Et
quand je rentre à la maison avec de la neige plein mes bottes, les chaussettes
mouillées, joyeuse, un peu essoufflée d'avoir respiré le nez dans les rafales,
ayant enlevé mes gants pour le plaisir de sentir le froid sur mes mains, j'ai
le bout des doigts tout engourdis comme habités par des milliers de petites
fourmis et c'est si bon. Ah, l'hiver.
Par annie strohem le samedi 12 février 2005, 15:17 - Vol. 5 : Palymbrosia

Je crois que c'est Virginia Woolf, dans Mrs Dalloway, qui aurait
écrit : «Même les cinglés aiment bien qu'on s'intéresse à eux».
Mais je ne pourrais l'affirmer sans l'ombre d'un doute puisque que j'ai
entendu la phrase sortir de « sa » bouche dans un film que je regardais hier
soir [The Hours]. Faut pas croire tout ce que l'on raconte dans les
films. La phrase sortait plutôt de la bouche de l'actrice qui jouait le
personnage de V.W., donc ça sortait tout droit du scénario, et peut-être pas de
« son » livre [Mrs Dalloway]. Ni même du roman Les heures. Je
vais relire le premier, et aller à la librairie acheter et lire le deuxième, et
vous apporter la réponse un de ces jours. Peut-être aujourd'hui.
Aujourd'hui, je retiens mon souffle. Tout le temps je retiens mon souffle
ces temps-ci. Par suite de l'inspection de la maison, les candidats acheteurs
ont demandé que j'en baisse le prix, j'ai dit non. Ils ont ensuite demandé dix
jours pour réfléchir. J'ai dit non. Alors ils devront accepter ou refuser
d'acheter et c'est un peu fou, mais je n'ai plus le choix et c'est la décision
de ces gens-là, de purs inconnus, qui va me pousser dans une direction ou dans
une autre : partir, ou rester.
Je n'ai qu'une envie : que ce suspense, cette attente, et l'éternelle
indécision - sinon mon ambivalence, se terminent. Je suis donc sur le point de
tout lâcher, de me libérer. Et respirer mieux après.
Pour patienter, ou me changer les idées, je fais comme si je ne devrais pas
déménager et j'ai entrepris de redécorer la salle de bain. Enlevé le rideau de
douche, la douche et son support, espèces de tubulures en métal qui étaient
accrochées au-dessus de la baignoire. Je ne prend jamais de douches de toutes
façons, que des bains. La pièce est devenue encore plus blanche et lumineuse.
J'ai mis d'autres plantes vertes. Aujourd'hui, je fixerai quelques étagères
pour y ranger mes crèmes, huiles et parfums. Et des livres. Des plumes et des
cailloux. Mes collections de coquillages. Et un voilage violet devant la
fenêtre.
Je n'ai pas fait de nouvelles images, sauf peut-être quelques sapins
enneigés ratés. Je préfère ce coucher de soleil sur le fleuve glacé à
Kamouraska. C'était le 3 janvier 2005. Quelqu'un se souvient-il de ce qu'il a
fait ce jour-là ?

Michael Cunningham : Les Heures.
The Hours, un film réalisé par Stephen Daldry [2002],
magnifiquement porté par la musique de Philip Glass.
Par annie strohem le vendredi 11 février 2005, 15:12 - Vol. 5 : Palymbrosia
Mais qui donc a écrit : « Même les cinglés aiment bien qu'on s'intéresse à
eux » ?
Par annie strohem le mardi 08 février 2005, 08:47 - Vol. 5 : Palymbrosia

L'hiver est court, le temps doux. Les grands froids manquent. J'ai failli
sortir en sandales aujourd'hui. Oups.
Encore aux prises avec cette mauvaise grippe. Heureusement, il me reste
quelques images de la campagne, dont cette église construite en 1779 [à
Saint-Jean-Port-Joli] et comme déposée le long du fleuve pour le regarder
couler. Sur cette photo-ci, ce que j'aime surtout, c'est la couleur du ciel et
le petit clocher. Et le bleu. Profond, identique à celui que j'ai vu avec mes
yeux. Et la couleur des vieilles pierres, ce jour-là.
Ma chère maison est presque vendue. Quelques étapes à franchir avant que
l'offre d'achat ne soit définitive [inspection et financement]. Si l'un de ces
deux points accroche : retour à la case départ. Soit ils achètent et je ferai
un deuil accéléré, lire : déménager pour le 22 avril [je ne sais toujours pas
où aller et c'est le moindre de mes soucis, arf], soit ils n'achètent pas et
cette fois je prendrai la décision de ne pas vendre jamais... et les moyens
pour rester ici même si c'est dix fois trop grand pour mes besoins [un coloc
?]
J'ai moins de temps pour le journal online ces temps-ci. C'est la faute au
journal papier. Aux lecteurs. À la grippe. Au travail. Aux livres. Au redoux.
Aux amis. À la vie. Et à tout le reste.
Par annie strohem le jeudi 03 février 2005, 22:32 - Vol. 5 : Palymbrosia

Avec la grippe, j'ai eu beau me soigner, je me suis levée ce matin et ça
s'était « compliqué » pendant que je dormais – ou essayais de – d'une bronchite
et d'une conjonctivite à l'oeil gauche. Douloureux, surtout la gorge quand je
tousse, mais cela n'a rien d'une tragédie. Et je ne me plains pas, ça va
passer. Comme c'est venu. En douce, et dans le noir. Et loin de cet écran qui
brille trop fort.
19h39. le téléphone vient de sonner, interrompant mon
inhalation de fleurs de sureau. C'était l'agent d'immeuble. Nous avons enfin
une offre d'achat pour la maison [la dame qui a visité une deuxième fois ce
midi]. Rencontre au sommet demain, donc, à 17h30 pour examiner tout ça. Demain
soir, à la même heure, j'aurai sans doute une décision importante à
prendre.
Par annie strohem le mercredi 02 février 2005, 08:51 - Vol. 5 : Palymbrosia

La dame qui a visité l'autre soir [était-ce hier ou avant-hier ?] revient
demain pour voir la maison de jour. C'est bon signe.
La grippe ne passe pas. Avec toutes les tisanes que je bois et les comprimés
que je suis contrainte d'avaler pour faire baisser la fièvre, la réalité
s'estompe, et s'embrouille.
Je n'ai pas trop la forme, l'envie d'écrire est là, mais la concentration
n'y est pas.
En échange, donc, je vous offre une photo de la neige bleue, prise la
semaine dernière.
Par annie strohem le mardi 01 février 2005, 11:10 - Vol. 5 : Palymbrosia
Extrait de La métamorphose des plantes :
« La lumière et l'esprit, qui règnent, l'une dans l'univers physique,
l'autre dans l'univers moral, sont les plus hautes énergies indivisibles qui se
puissent penser. » [Goethe]

Le Bas-du-Fleuve me manquait. Quand l'envie de partir vous prend, c'est bon
de ne pas trop attendre, et de lever les voiles avant qu'il ne soit trop tard.
Je suis rentrée hier midi, avec une provision de belles Images, de notes de
lectures, de paysages reposants, de souvenirs doux et tendres, mais aussi avec
le virus cité en titre. Bref, avec le coeur remis à l'endroit mais une bonne
grosse grippe d'hiver de bucheron accrochée aux muscles, à l'estomac, aux sinus
et autres voies aériennes.
Un peu fiévreuse, j'ai dormi douze heures d'affilées. Pris un bain aux
essences d'eucalyptus. Fait infuser une pleine théière de tisane spéciale
composée d'hysope, de thym citron, de souci et de mauve. Il faut absolument que
je sois sur pieds demain pour reprendre le travail. J'ai peut-être enfin une
acheteuse sérieuse pour la maison. J'étais là hier soir [pas le choix, j'étais
au lit avec mes mouchoirs et les miasmes encombrants de cette maudite grippe]
quand elle est venue visiter avec son agent. Elle semble avoir eu un vrai coup
de foudre, elle a fait le tour plusieurs fois, posé mille et une questions. Je
croise les doigts. Et en même temps j'ai presque plus envie de vendre.
Et parce que j'ai besoin soleil et de la chaleur de l'été, j'ai pas mal
butiné dans la Flore Laurentienne [du Frère Marie-Victorin, la troisième
édition, publiée par les Presses de l'Université de Montréal], et recopié tout
ce qui concerne l'Hélianthus [ou presque]. Si poétique :
Helianthus L. – Hélianthe.
Plantes herbacées, dressées et ramifiées. Capitules grands, pédonculés,
contenant à la fois des fleurs tubuleuses et des fleurs ligulées. Rayons
jaunes. Disque jaune, brun ou pourpre. Involucre hémisphérique, à bractées
plurisériées. Réceptacle plat, écailleux. Anthères entières ou légèrement
bidentées à la base. Branches du style appendiculées. Aigrette réduite à des
écailles.
Environ 70 espèces, propres au nouveau monde, et nombreuses dans la Prairie.
– Outre les espèces décrites ci-dessous, on trouvera encore sur le ballast des
chemins de fer plusieurs plantes constamment apportées avec les trains de blé,
mais qui ne se maintiennent que difficilement. – Plusieurs espèces sont
cultivées : H. annuus, H. tuberosus, etc. – Le nom générique
signifie : fleur-soleil ; allusion aux grands capitules et aux rayons dorés de
l'espèce la plus connue : H. annuus.
Helianthus annuus L. – Hélianthe annuel. – Soleil. – (Common
Sunflower). – Plante annuelle ; tige (long. à l'état naturalisé, 10-100
cm. ; beaucoup plus grande dans la culture) ; feuilles supérieures alternes,
largement ovées, les inférieures cordées à la base ; capitules (diam. à l'état
naturalisé. 8-15 cm. ; beaucoup plus grands dans la culture) ; disque pourpre
ou brun. Floraison estivale. Cultivé pour ses graines, et retombant parfois à
l'état sauvage.
Tout le monde connaît le grand Soleil, universellement cultivé (mais surtout
en Russie) pour ses graines et l'huile que l'on en extrait. La plante est
épuisante pour le sol et pourrait être employée pour la première récolte, dans
les terres neuves où le blé se développerait d'une manière trop luxuriante pour
bien fructifier. – La plante retournée à l'état sauvage est très différente et
montre jusqu'à quel point la culture peut développer une espèce. – Champlain et
Sagard ont tous deux vu les belles cultures de Soleil chez les Hurons de la
baie Georgienne et du lac Simcoe. Sagard écrit : « Ils font état du tourne-sol
qu'ils sèment en quantité... à cause de l'huile qu'ils retirent de la graine. »
L'H. annuus n'est pas indigène dans l'Ontario, et les Hurons
avaient dû obtenir les graines des Indiens d'au-delà du Mississipi. Il semble
que les Amérindiens avaient déjà transformé la petite plante sauvage, et obtenu
les énormes capitules que nous connaissons. Le Soleil a été introduit dans la
culture, en Europe, dès le XVIe siècle.