journal* et autres écritures

billets de janvier 2004

118. rough outline [en bref]

l'ange

Dans le livre il y a des amants qui meurent avec un coup de fusil dans le coeur. Pas à la fin, mais juste au milieu. Plus je résiste à mettre en scène cet acte d'une extrême violence, plus je sens bien que je ne pourrai pas faire autrement. Un peu comme les amoureux de ce film qui avaient choisi de mourir plutôt que de retourner à leur vie l'un sans l'autre. Et tout le long du film il y avait cette musique. Et j'ai relu Werther et Tchekhov. Et Bataille, et encore Nietzsche. Je n'ai pas fini de réfléchir. Et d'autres auteurs aussi. D'autres musiques et des tableaux, et le Concerto pour piano numéro 3 de Rachmaninov. Je repense souvent à Belle du Seigneur, ces jours-ci, à la fin. Je me défends de relire Cohen, sinon je ne pourrai plus écrire une seule ligne. Ma vie est devenue une véritable obsession. Une sorte d'enfer lumieux et tragique, une immersion dans un univers, une atmosphère qui n'existent pas et qui se créent tranquillement. Et dans lequel D. m'accompagne en me dévorant le coeur et le corps.

J'avais entendu à la radio, vers le mois d'octobre ou novembre la musique d'un vieux film qui m'avait charmée il y a très longtemps, avec l'idée soudaine comme un coup de foudre, de rendre dans l'écrit cette tension/oscillation-là venue de la musique. Et j'ai tout de suite commencé à prendre des notes en me disant que je n'irais pas bien loin sans connaître le nom de l'oeuvre musicale ni même le titre du vieux film. Je crois que c'était une symphonie de Beethoven. Et le film sera plus dur à retrouver, pas eu le temps de chercher, c'était l'histoire d'amour entre une femme mariée et un soldat qui se sauvaient dans les bois pour être ensemble et ils finissaient par manger des racines pour survivre et puis par mourir - y avait-il ce coup de fusil dans le coeur ? - je ne m'en souviens plus. Mais il me semble que le soldat à la fin prenait son fusil et Bam.

Ce projet c'est pour écrire un livre sur le courage et la lâcheté. Un livre sur l'expérience extrême, le suicide par amour et l'angoisse. Je construis et pourtant j'ai des envies carnassières anormalement primaires de détruire. Je me sens opiniâtre. Féroce et déterminée. Acharnée. Il faut que je retrouve cette musique. L'écouter, et continuer d'écrire chaque jour de ma vie pour les prochains mois, pour la prochaine année, avec D. pour me soutenir. J'ai découvert que j'ai terriblement besoin de son appui et de son approbation inconditionnels. Et d'aimer, et de me laisser aimer et envahir par lui jusqu'au bout, jusqu'au cou. Pour écrire, j'en ai besoin.

Et planifier une dizaine de jours au Mexique, peut-être à Isla Mujeres vers la fin de février. Le soleil et la mer me manquent trop.

117. je note que...

Voir sombrer
les natures tragiques
et pouvoir en rire,
malgré
la profonde compréhension,
l'émotion
et la sympathie
que l'on ressent,
cela est divin.

[Nietzsche]

116. des images, seulement des images

2004.01.29_jacinthe

2004.01.29_jacinthe1

2004.01.29_jacinthe2

Pour remercier le jour doux, le soir tendre, le silence et l'amour.

115. test

test avec roman d'Apollinaire

Cette page n'est rien de plus qu'un échantillon des tests de couleurs pour la web cam. Sur la couverture du livre, le corset n'est pas lilas ou gris, il est blanc. Distorsion à corriger. Je n'ai pas vraiment le temps d'écrire. Je courtise d'autres mots, ceux qui sortent de la bouche, ceux qui donnent leur poids au silence. Je courtise les mots qui se mêlent aux baisers et font en sorte que l'on donne au corps amoureux toute la place.


Il me reste cependant une petite question à résoudre : y aura-t-il ou non un bidule à commentaires sur ce journal ? Si je me fie au sondage [non publié], le clan du non a pris le dessus. De mon côté, j'ai réfléchi et décidé que je n'utiliserai pas ce mode de communications, ni on and off, ni autrement. Ni sur aucun de mes projets en ligne.

Pour mieux comprendre la question, j'ai fait un voyage d'exploration/recherche au travers d'une centaine de blogs/journaux intimes/personnels, sélectionnés de façon aléatoire dans les annuaires et répertoires du web pour constater que, au bout du compte, l'usage qui se fait de l'espace « commentaire » est plutôt superficiel et redondant. Et la plupart du temps pourri de flatteries qui puent. Quand ce n'est pas des grosses crisses de vulgarités. Vous me trouvez dure ? Allez-y lire par vous-même. On voit à peu près les mêmes noms [pseudos] surgir de partout et nulle part : signature de ceux qui donnent à lire qu'ils sont tout seul, qu'ils s'ennuient profondément, et qu'ils écrivent n'importe quoi pour combler leur vide. Ou pour attirer du monde sur leur blog [vide]. Fin de l'analyse sommaire et surtout pas exhaustive. Fin de l'épisode sondage d'opinions. L'eau coule, j'ai un bain chaud qui m'attend. Et un être exceptionnel à aimer, en chair et en os.

114. petites histoires avec une muse [ou un oeuf cuit au four]

oeuf

Trop à écrire. Cruel manque de temps pour fignoler une « belle » page. La solution serait le style télégraphique ou encore le blog, et puis non. M'en tenir à mes choix et à ma Script-Esthétique, quitte à faire court, et moyennant quelques aménagements incontournables : 1) relaxer ; 2) mettre un cd dans le lecteur ; et 3) vous balancer tranquillement mes petites histoires en vrac, sans trop y penser. Parce que sinon, après deux longues journées sans écrire le journal, je vais prendre trop de retard et plus personne ne saura où j'en suis [surtout moi], déjà que je fais parfois de bien curieuses ellipses, à croire que ce malheureux inconscient flottant dans les miasmes de la pensée collective, bref, que cet inconscient restera toujours ce qu'il est : une sorte de bulle de forme ovoïdale, noire, et fort difficile à décrypter [surtout dans les coins].

Alors voilà. J'avais lu dans La Steppe, que les voyageurs mangeaient des oeufs cuits au four quand ils s'arrêtaient l'après-midi pour se sustenter, faire une longue sieste couchés sous les chariots, et permettre aux chevaux de se reposer. Et comme je me laisse souvent contaminer par mes lectures en mangeant ce que les personnages mangent et en buvant ce qu'ils boivent, c'est fou, cette histoire d'oeufs cuits au four m'était restée en tête et donc hier midi j'ai fait cuire des oeufs au four en salivant à l'avance mais avec plein de points d'interrogation en tête. Et puis ça marche. C'est tout simple, et bien meilleur que des oeufs bouillis dans leur coquille. Naturellement, Tchekhov ne donnait pas la recette. Je ne sais pas pourquoi j'imaginais que les oeufs allaient éclater, mais pas du tout. Je les ai mis dans le four froid et puis j'ai tourné le bouton à 400°F pour qu'ils coagulent lentement et qu'ils soient quand même saisis par la chaleur intense et cuisent très vite. Après dix minutes exactement, je les ai sortis du four et passés sous l'eau froide, cassé les coquilles et puis nous avons dégusté. Conclusion : l'oeuf cuit au four que devait manger le petit Légorouchka lors de son voyage dans la steppe russe est délicieux, divin, savoureux, exquis, bref je manque de mots pour le qualifier et il ne ressemble à aucun des autres oeufs que j'ai mangés avant. Beaucoup plus tendre et moelleux que les oeufs cuits dans l'eau avec leur coquille.

Avec tout ça, j'ai écrit l'histoire de l'oeuf en oubliant de mettre la musique et de relaxer. Trop pressée, trop excitée. Bouleversée par le départ de D. dans quelques semaines. Besoin de me concentrer sur la vie quotidienne, les petites choses qui n'ont pas l'air importantes, et qui pourtant font que la vie est ce qu'elle est avec un parfum et un goût indéfinissables. Comme un oeuf cuit au four ?

OK, je redescends sur terre pour signaler une erreur à la page 113 : voilà une autre histoire, il faudrait changer le mot vivarium par terrarium. C'est un peu pareil et en même temps différent. Pas le temps d'expliquer. Je vous en prie. Je ferai bientôt une photo de la petite maison de verre, avant d'y mettre les plantes. Bientôt. Pas encore acheté la terre et tout ce qu'il faut. Dylan tient à s'en occuper tout seul.

Je me sens très très triste du départ prochain de Dylan. Je sais, je me répète, et je sais aussi que c'est une autre histoire. Une histoire que je raconterai [peut-être] quand il sera à l'étranger. Pour le moment, j'ai besoin de la vivre avec lui en écoutant pendant que j'écris cette page les incroyables chansons d'amour de William Sheller.

La jacinthe a presque doublé de volume et ses fleurs s'obstinent à être roses alors que la web cam s'obstine à les rendre rouges. Je n'aime pas beaucoup ça. Je fais donc la grève de jacinthe cam. Tout en essayant de trouver une solution au problème d'images. Probablement la configuration du logiciel.

Il me reste des tas de choses à écrire. L'impression d'être écartelée entre deux mondes - entre deux hommes serait plus juste et conforme à ma réalité, puisque tous les deux habitent à quelques kilomètres de ma maison -. Mais oser parler de ça publiquement ? Difficile. J'avoue que je ne sais pas comment.

L'important n'est-il pas d'aimer ? J'aime l'un. Et j'aime l'autre. Alors savoir en parler, m'exprimer librement là-dessus sans crainte d'être jugée et lapidée par la foule, - et peut-être même par les principaux intéressés, puisqu'ils n'ignorent pas l'existence de ce journal -, il n'y a que moi que ça inquiète, sans doute. Je ne sais pas pourquoi, mais j'imagine que les autres femmes sont autrement douées que moi pour écrire et parler de leur vie amoureuse et de leur vie sexuelle ouvertement, sans peur et sans crainte de préjudices graves.

Et c'est sur des questions comme celles-là que j'aimerais parfois profiter de la petite boite à commentaires sur le journal. Même si je sens bien que la plupart de mes pages se passent fort bien de commentaires instantannés et s'accomodent parfaitement de l'échange de mails ou de lettres en papier à cause du temps de réflexions et de réactions que cela permet. Et je continue de l'apprécier, tout en cherchant une ouverture vers autre chose. Ce qui fait que je songe [peut-être] à installer une boîte à commentaires on and off. Autrement dit, je la mettrais pour certains sujets seulement, mais pas tout le temps. Mais est-ce que cela est faisable ? cela est une autre histoire.

Muse : un oeuf cuit au four

113. comme dans une maison de verre

2004.01.25_jacinthe

Avec un appareil photo de bonne qualité je pourrais prendre de meilleurs clichés de la belle jacinthe. Elle est d'un rose éclatant, plus clair que celui de ces images. Ce que nos yeux voient dépassent toujours, en profondeur et en détails, ce que la camera peut capter. Comme si la plante éprouvait de la pudeur à livrer l'entièreté de son essence et de ses charmes à tout vent.

2004.01.25_jacinthe

Trop froid pour rester longtemps dehors. Ici les vitres sont toujours tapissées de givre. J'ai passé la moitié de ce dimanche rue de la Commune à nourrir le feu et la tendresse, et à regarder le fleuve s'étirer comme un serpent gelé, et l'autre moitié ici dans ce bureau à flâner et lire, et à mettre en ligne quelques pages dans mes Carnets d'hiver.

Après la sieste de l'après-midi, nous avons sorti les tubes de couleur et les pinceaux, et j'ai commencé un petit tableau abstrait avec du noir, du rouge et des lumières. Sur de la vraie toile avec de la peinture à l'huile. Pour l'odeur et l'onctuosité, la douceur sous les doigts. Mon cher D. repartira bientôt en reportage au bout du monde. J'ai envie de passer plus de temps avec lui. Avant de partir, il veut m'aider à fabriquer un vivarium dans ma petite maison de verre. Il faudra mettre tout au fond une couche de gravier, ensuite une couche de charbon [pour l'aération], et puis de la mousse de tourbe, et par dessus tout ça quelques 8 à 15 centimètres de terre. Dans la maison de verre, je veux cultiver de la fougère, du lierre, des violettes africaines et quelques autres plantes tropicales. Et des orchidées ? Pourquoi pas.

112. blog d'un jour

Jeu. Aujourd'hui, j'adopterai le style blogger : « pondrai » une ligne ou deux en écrivant en dessous l'heure de mise en ligne. Ça donnera un quotidien-récit hachuré, fragmenté. Plus concentré. Pourquoi se fatiguer ?
09:12


Blog. Quelle magnifique journée. Écrire sur le bleu du ciel ne le rendra pas plus bleu. Écrire que la vie est belle ne la rendra pas plus belle. Pourquoi écrire ?
09:47


Le journal me manque déjà. Si la [ma] tendance se maintient, je serai soulagée de la maladie du blogueur avant demain matin.
20:43


Un autre beau samedi de janvier s'achève, toujours avec mes écrivains russes. Afin que cette incongrue et gratuite page de blog ne sombre pas dans les limbes du superficiel et de l'inutilité, autant qu'elle me serve ultimement de bloc-notes pour conserver quelques passages parmi ceux que j'ai soulignés dans La mort d'Ivan Ilitch, avant de ranger le livre dans la bibliothèque :

« Il pleurait sur son impuissance, sur son effroyable solitude, sur la cruauté des hommes, sur la cruauté de Dieu, sur l'absence de Dieu. »

« L'un après l'autre, des tableaux de son passé se dressaient devant lui. Cela commençait toujours par le plus proche de lui dans le temps, pour remonter au plus lointain, à son enfance, et pour s'y arrêter. »

« Il sentait que la torture consistait pour lui à la fois dans le fait qu'il s'enfonçait dans ce trou noir, et plus encore dans le fait qu'il ne pouvait pas le franchir. »

« C'est fini ! » dit quelqu'un au-dessus de lui.
Il entendit ces mots et les répéta en lui-même.
« C'est fini la mort, se dit-il. Il n'y a plus de mort. »
Il prit une goulée d'air, s'arrêta au milieu de l'aspiration, son corps se raidit et il mourut.   [Tolstoï]

C'est ainsi que mon petit blog improvisé se mourut raide mort, comme dirait Tolstoï.
à 22:39 [r.i.p.]

111.réality show

2004.01.22_jacinthe webcam1
2004.01.22_jacinthe webcam2

Une page de journal pour la jacinthe qui pousse dans la maison pendant que dehors la terre est congelée enterrée sous la neige, la glace, le gravier, le sel, et le reste...

110. un petit songe rose

22.01.2004_jacinthe web cam

J'ai découvert un petit songe rose et tout friponné qui a dû apparaître durant la journée, pendant que j'étais dehors, comme pour fêter l'arrivée de l'année du singe. Il était peut-être là ce matin, en tout cas, je ne le saurai jamais parce que je n'ai pas pensé à regarder.

J'ai dîné avec B. dans un restaurant Thaïlandais où je n'étais encore jamais allée, Chez Ô. N'ai pas pu m'empêcher de commenter, par devers moi : ça ferait un hyper beau nom pour un journal intime sur le net. Quelle obsédée des titres ne deviendrais-je pas - n'est-ce pas - si je me laissais aller. Bref, nous avons mangé des crevettes piquantes, et le poulet du général Tao avec du riz blanc à la vapeur ; et au dessert, j'ai trouvé ceci dans mon biscuit de fortune : « Vous hériterez d'un peu d'argent et d'un terrain. ». J'ai retourné le petit papier, comme je le fais toujours, et à l'endos, du côté anglais, il y avait cette traduction : « You will inherit of money and a small piece of land. » Bof. Et puis, qui c'est qui va mourir, encore ?

Le singe et ses voeux. Et il y a maintenant la jacinthe qui s'éclate sur un petit songe rose, comme si elle voulait l'offrir au singe. Il semble que pour accueillir l'arrivée de la sino-nouvelle année, il aurait fallu sortir cette nuit à deux heures de la nuit et marcher vers l'est jusqu'à rencontrer le premier obstacle. L'animatrice radio qui racontait tout ça ce matin à 100,7 FM ajoutait que l'année du singe sera semée d'obstacles, et qu'elle ne savait pas pourquoi il fallait marcher comme ça en pleine nuit vers l'obstacle. Mais de toutes façons, il était 9 heures du matin et donc trop tard pour le faire. Ça aurait été sympa qu'elle se documente un peu plus. Ou sinon, qu'elle en parle hier matin, comme ça, j'aurais su et je serais bien évidemment sortie marcher en pleine nuit pour trouver l'obstacle. J'ai raconté cette petite histoire à B. Il a froncé les sourcils, sceptique. Ce qui fait que j'ai ajouté : maintenant, je sais. Je vais certainement hériter d'un terrain, c'est obligé, un grand terrain avec des arbres et un cheval et un lac ou une rivière dessus. Et puis j'ai changé de sujet.

109. naître tranquillement

Aphorisme : « Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas. » [Tchekhov]

jacinthe_1

Quelques images de plus : Le bulbe éclate et la jacinthe déplie sa fleur tranquillement. Tragique spectacle que celui de voir la vie sortir de terre. J'imagine la noirceur là-dessous. Naître, ça doit être terrifiant, exaltant, et c'est peut-être pour ça que l'on ne s'en souvient pas.

Aujourd'hui : Je me suis contrainte à différer mon envie irrépressible de lire Tchekhv. Travaillé comme une damnée. Rentrée à la maison fatiguée, brulée. Pris un bain bouillant. Dylan a préparé le dîner. Pendant ce temps-là, les mots et les pages s'écrivaient dans ma tête en attendant que je trouve du temps et du papier. 

Pour le moment, je photographie la jacinthe, et je lis comme une affamée.

jacinthe2jacinthe3

108. comme un gourmet mange les bécasses

2004.01.20_jacinthe webcam

Pas encore fini de lire les Tchekhov que j'ai rapportés de la campagne et empilés sur le coffre en pin qui me sert de table basse au milieu du salon. Voilà. Vous savez tout de moi. Ou presque. La suite : c'est le mardi 20 janvier et je ne suis pas allée travailler parce que je ne me suis pas trouvée quand je suis sortie de mon lit ce matin. Depuis quelques jours, j'ai beau me chercher partout, je ne me trouve plus. Faudra faire enquête là-dessus. Demander aux chats ? J'ai peut-être été avalée par les courants d'air froids et les petits matins frileux de janvier, juste pour rire, parce que je leur avais tiré les rouflaquettes ? Quoi qu'il en soit, je me suis levée de bonne heure et je ne me trouvais pas et j'ai appelé JP et il m'a dit passe une bonne journée et prends soin de toi. Faudrait d'abord que me trouve. Bref, j'ai continué à lire et quand je lis je ne me cherche plus.

J'ai lu Tchekhov toute la nuit. Ça fait trois nuits. Adoré La Steppe, l'ai lue comme le souhaitait son auteur : « comme un gourmet mange les bécasses », mais j'ai ajouté un verre de vin rouge. J'ouvre les autres livres un par un, je lis tout. J'en ai oublié de manger à midi. Découvert que je suis passée à deux doigts d'être une héroïne tchékhovienne : le portrait type de la femme sensible, incomprise, rêvant d'une autre vie, une vie inaccessible. Fiou !

Les clichés de la jacinthe cam sont encore un peu flous. C'est la vie. On peut apercevoir un truc chiffonné au milieu : c'est la fleur en bourgeon. Quand j'arrose, ça sent déjà un peu la jacinthe.

107. avrò cura di te

Battiato : Last Summer Dance

« Ti proteggerò dalle paure delle ipocondrie, dai turbamenti che da oggi incontrerai per la tua via. Dalle ingiustizie e dagli inganni del tuo tempo, dai fallimenti che per tua natura normalmente attirerai. Ti solleverò dai dolori e dai tuoi sbalzi d'umore, dalle ossessioni delle tue manie. Supererò le correnti gravitazionali, lo spazio e la luce per non farti invecchiare. E guarirai da tutte le malattie, perché sei un essere speciale, ed io, avrò cura di te. Vagavo per i campi del Tennessee (come vi ero arrivato, chissà). Non hai fiori bianchi per me? Più veloci di aquile i miei sogni attraversano il mare. Ti porterò soprattutto il silenzio e la pazienza. Percorreremo assieme le vie che portano all'essenza. I profumi d'amore inebrieranno i nostri corpi, la bonaccia d'agosto non calmerà i nostri sensi. Tesserò i tuoi capelli come trame di un canto. Conosco le leggi del mondo, e te ne farò dono. Supererò le correnti gravitazionali, lo spazio e la luce per non farti invecchiare. TI salverò da ogni malinconia, perché sei un essere speciale ed io avrò cura di te... io sì, che avrò cura di te. » [La cura, de Franco Battiato]

La plus belle chanson d'amour découverte sur l'album : Last Summer Dance. Je me connais, je n'écouterai que cet album [double] live de Battiato toute la semaine. Et pendant ce temps-là, les avions ne s'arrêteront pas de tomber, les amants de se séparer, les kamikaze de se faire sauter, la peine de mort d'exécuter et les envieux d'envier. Pessimiste, moi ? Mais non. Lucide. Il n'y a pas que les fleurs, l'amour, le pain, l'écriture et les oiseaux et la neige dans la vie. Je n'ai pas fini de lire mes livres de ce dimanche : La Steppe, et des nouvelles regroupées dans La Dame au petit chien, de Tchekhov. Tolstoï : La Mort d'Yvan Ilitch. Et Apollinaire : Les Exploits d'un jeune don Juan. Je reviendrai à Montréal très tard, le plus tard possible, au mitan de la nuit. Et je vous protégerai : « perché sei un essere speciale ed io avrò cura di te... io sì, che avrò cura di te. »

106. nourrir le feu

Jour glacial et torride en même temps, au fond d'une petite vallée des Appalaches. J'ai fait du ski et une longue randonnée à cheval ; du pain et une soupe aux légumes avec un os à moelle. Il y avait bien longtemps que je n'avais pris le temps de pétrir de la pâte à pain pour sentir la bonne odeur. Il a fallu nourrir le feu dans les deux grandes cheminées pour se réchauffer, cuire notre pain et ne pas laisser le froid congeler la tuyauterie et nous avec. J'ai retrouvé quelques livres dans la bibliothèque en bois de rose, dont Marina et quelques autres de mes écrivains russes favoris. Allumé des bougies. Ainsi, le coeur se remplit.

« Mon frère étrange et merveilleux
Accepte de ma main cette ville
   que la main d'aucun homme n'a créée
Accepte chacune des quarante fois quarante chapelles
Avec les colombes. Volant par-dessus
Et tu te dresseras plein de force magique
Et tu ne regretteras pas de m'avoir aimée... »
[Marina Tsvetaeva]

105. la mamma morta

Entendu à la radio en fin de journée, un bout d'opéra chanté par Maria Callas, La mamma morta. Une splendeur.

La voix chaude, intense, donne envie de courir, de foncer à toute vitesse sur la rue Sherbrooke vers l'est pour prendre le pont Jacques Cartier et après le monstre d'acier vert, d'enfiler la sortie vers Longueuil, puis celle vers Sorel en faisant crisser les pneus dans les courbes.

Rouler à 140 à l'heure pour retourner tout droit vers la ferme, sans escales. Seller la belle jument blanche, lui donner une grosse pomme, lui caresser le museau et monter sur son dos en lui faisant signe d'avancer avec une petite pression de la cuisse sur son flanc.

D. serait là. Il chevaucherait à mes côtés, droit comme un I. Et les chevaux nous porteraient des heures durant dans la plaine enneigée sur leur dos large et brûlant.

104. jacinthe webcam rides again

J'ai fait une recherche sur Google pour trouver des informations sur la culture des jacinthes en pot. Sur le premier site visité, j'ai découvert une liste de mots qui m'a carrément sciée. Si vous cliquez sur « jacinthe », vous pourrez explorer le site en question. Moi, je ne suis pas allée plus loin, pas pu regarder de quoi il s'agissait. Sans doute un dictionnaire ; mais là n'est pas la question. La question, c'est la liste de mots que j'ai découpée immédiatement pour la coller ici plutôt que de la garder juste pour moi ; l'essentiel c'est que j'aie resssenti un fort et vif coup de foudre pour ces mots-là. Élan de pure passion. Interruption du courant de la pensée rationnelle. Envie de les avoir à moi ces mots, à proximité, pour les lire et les relire. Et parce que recopier des mots, cela ne sert à rien dans ce monde fou et froid comme un grand congélateur plein de cadavres découpés en morceaux. C'est un peu comme cueillir une fleur sur un tas de fumier. Et puis j'ai un gros mal de gorge, de la fiève, et je me soigne avec des mots découpés qui chantent en duo avec une jacinthe en train de pousser. Tout ça pendant que D. me masse les pieds.

ivre
ivresse
ivrogne
J
j'
jabot
JAC
jacasser
jachère
jacinthe
jack
jacquard
jacquerie
jade
jadis
jaguar
jaillir
jaillissement
jais
jalon

Quoi qu'il en soit, ce hasard qui a mis ces mots aujourd'hui sur ma route [ ? ] est divin. Délicieux. Mais je n'ai toujours pas déniché d'informations sur la culture des jacinthes en pot. Pourtant, ça pousse bien. La preuve, ces modestes images de la web cam, prises ce soir, entre 21 et 22 heures :

jacinthe_15janvier_2004 049.jpgjacinthe_15janvier_2004 051.jpgjacinthe_15janvier_2004 052.jpg

Tiens, un autre petit cliché vue d'en haut ; comme ça, quand la fleur va arriver, on pourra la voir plus vite. Un peu flou ? Sans doute la fieffée fièvre.

jacinthe_15janvier_2004-1 046.jpg

103. médecine

Pas de chance, j'ai attrapé un rhume. Préparé un bol de thé vert. Baissé le chauffage. Sorti les couvertures de laine. Il a fait encore trop froid aujourd'hui.

Et c'est pas fini. Dans mon beau grand bureau vitré, le froid m'a congelée toute la journée. On annonce -50 C. pour cette nuit. J'ai besoin d'un long bain bouillant.

D'une bonne nuit de lourd sommeil. Et de quelques jours de somptueux repos.

Courtisée par l'envie de vous recopier un bout de poème de Miron ou de Rilke, lus en soirée. Et puis non. M'en tenir à l'eau chaude. Très chaude. Brûlante, de mon bain. Et dormir.

102. le monde à l'envers ?

Grande journée. Un mardi de rafales de vents fous et de bourrasques et de neige qui vole et virevolte et de courants d'air glacés, comme liquides, presque marins. On aurait dit que la mer était dans le ciel, d'un bleu coupant ; et les nuages avaient la forme et la taille de Moby Dick. Le givre fondait et repoussait dans les vitres de la maison aussi vite que la barbe dans le visage d'un homme. Et puis en sortant, j'ai trouvé un petit minou perdu [ou abandonné] dans le stationnement, à -26 C.

Pendant ce temps-là, ça brassait encore chez mes grands cousins les Mohawks de Kanesatake. Envie de dire ce que j'en pense, sauf que... Et pendant ce temps-là, à l'autre bout du ciel, quelqu'un a trouvé des beaux cailloux sur Vénus. Et toujours pendant ce temps-là, les caméras de la planète étaient braquées sur Mars. Ça fait que personne a rien vu. Quelqu'un pourrait-il m'expliquer comment il se fait que le monde tourne à l'envers ?

Quoi qu'il en soit, j'ai reçu en cadeau une magnifique photo d'orchidées, mes belles ténébreuses nébuleuses. Ces fleurs sont identiques à celles qui ont fleuri mon anniversaire en décembre, cadeau de A., et qui embaument encore la maison. Reçu aussi des textes magnifiques pour Les Carnets rouges. L'un est de la jeune Alice Farwell, et l'autre de madame Alida d'Irouaz. À paraître d'ici la fin de cette semaine. Merci mesdames. Comme quoi certains jours, quand c'est le 13 janvier, tout peut arriver.

101. pauses

Ça tape en bas depuis le matin. Ils ont entrepris des gros travaux de rénovation. Bon. J'ai fait toute la lessive et le repassage des serviettes et des nappes et des vêtements et de toute la literie. Je suis proprement éreintée et avec le tapage, j'ai mal au crâne. Je sors m'aérer les méninges.

Terminé aussi le repiquage des textes de Voyelle. De la page un à la page 58. Fiou. Il manque quelques images et quelques dépoussiérages dans les coins. J'ai réinstallé le bidule pour faire de la recherche dans le journal, et viré le formulaire pour l'envoi des emails, remis un mailto, c'est plus simple. Et au diable le spam, il n'ira pas plus loin que dans la poubelle à spam, comme il se doit. Ça suffit pour aujourd'hui. Pause santé, pause musique. Pause amour.

100. redoux

Une grande douceur est en train de s'installer après le froid quasi sibérien qui a sévi ces derniers jours. J'ai fait une longue promenade sous la chute de neige lente avec mon ami Dylan. On a parlé de tout et de rien. Et de ce journal. Comme bien des gens, il se demande pourquoi je continue. Il craint surtout que l'on me fasse du mal, et il n'aime pas beaucoup que j'écrive son nom, ou ce que nous vivons ; il ne veut pas devenir un personnage. Je comprends très bien ses réserves. Et plus.

Quand il se fait critique, négatif, et qu'il râle, à un moment donné j'arrête d'essayer de lui expliquer la chose, je hausse les épaules et j'éclate de rire. Je l'embrasse. On s'en fiche de tout ça. Regarde le ciel, Dylan. Regarde le fleuve. C'est notre force. La seule.

Et puis je lui répète les mots de Kafka, déjà cités quelque part dans ce journal, cela ressemble à : « une personne qui n'écrit pas un journal est dans une position fause par rapport à celle qui en écrit un ». Ou quelque chose comme ça. On ne peut pas se faire une idée de ce que représente une entreprise [folle] comme l'écriture d'un journal sans l'avoir expérimentée. J'ai écrit un journal toute ma vie, et depuis 1983, j'écris presque tous les jours et je conserve chacun de mes cahiers. À un moment donné, ce journal s'est intégré à mes activités, il est devenu en quelque sorte un art de vivre, un acte du quotidien - nécessaire - et aussi important que tout le reste. Ce fut aussi un acte par lequel ce que je vivais était modifié en retour. Précieux cahier qui m'a permis de traverser des passages difficiles, et de déposer divers matériaux et réflexions que j'aurais perdus sinon. À moi de lui faire de la place et de le défendre, maintenant. Un peu comme je le ferais pour tout ce que je considère important. Et le journal sur Internet, c'est pire encore. Sur Internet, on est pas tout seul avec son journal, et il y a aussi l'écriture des codes html, et des logiciels et la machine avec qui et quoi on doit se battre parfois pour accoucher d'un texte anodin et la plupart du temps imparfait et insignifiant pour les autres, et que je veux quand même laisser vivre.

À partir du moment où j'ai ressenti la valeur de ce journal dans ma vie, j'ai cessé de tenir compte des regards et opinions extérieurs pour savoir que je voulais continuer. Et c'est à ce moment également que j'ai cessé d'avoir des crises de fermer le journal ou de tout effacer. Il faudra faire pleuvoir plus que des crapauds sur ma tête pour me décourager.

Le temps est au redoux. Je suis rentrée tôt hier soir avec D., qui est finalement resté toute la nuit. Et au matin, les pieds au chaud dans mes pantoufles en mouton, j'ai fini de bidouiller mes archives en prenant le petit café noir, et vérifié toute la validation de mes codes, et je crois bien que cette fois, j'en ai terminé pour de bon avec les apparences.

Cependant, je ne peux me défaire de ce besoin que le texte soit mis en valeur - et comme mis au jour, ou mis en scène - par la page où je le dépose. Il faut que cela soit visible, lisible, clair, bien disposé, organisé, et accessible selon les standards du web. J'en ai encore long à apprendre à ce chapitre. Comme sur le reste, d'ailleurs. C'est un peu une histoire sans fin.

99. frimas

Encore des fleurs. Ce matin, ce sont des fleurs de frimas, des fleurs de givre toutes blanches qui tapissent les vitres de la maison, côté nord. Elles ont laissé un seul petit coin vide en haut d'où je peux voir le ciel plein bleu et la maison d'en face avec ses briques jaunes illuminées par le soleil.

Ce givre fleuri m'a donné l'envie de renouer avec le blanc pur de ce journal. Le blanc de ses origines. Aujourd'hui je n'écrirai pas. Aujourd'hui je referai le blanc de mes pages. Et la présentation. Encore une fois. J'aime trop le blanc. Trop envie de virer ce violet un peu violent. Je constate que je n'ai jamais pu supporter un fond d'écran en couleur très longtemps. Vive le changement [hum]. C'est pour fêter demain et la énième page 100.

Et je ne ferai pas d'image de la webcam, puisque la jacinthe n'a pas vraiment grossi. Peut-être a-t-elle eu froid. Demain, peut-être. En tout cas, si ma nouvelle page est à mon goût, demain, j'écris, demain, promis, je journalerai pour vrai.


21 heures et des poussières : C'est à peu près ça que j'imaginais comme page blanche ce matin. Il m'a fallu changer la feuille de style, et j'ai passé une partie de mon après-midi à galérer et à bidouiler dans les codes. Arghh. Reste plus qu'à valider. Et à faire les changements sur les gabarits des archives. J'y verrai demain, peut-être. Parce que ce soir, nous allons danser.

98. les fleurs ont-elles une âme

2004.01.08_jacinthecam

La suite. Et quelques images du bulbe de jacinthe qui a grandi un peu depuis deux jours. Pas beaucoup. J'ai tourné le pot pour la quatrième image. Pessimiste, je me suis demandé si la plante allait mourir ou cesser de se développer ou ne pas fleurir, bref, j'ai imaginé le pire et que je finirai peut-être par publier des images un peu moches. Et donc j'ai songé que je ne pourrais pas filmer jusqu'à ce que fleur s'ensuive [titre d'hier et donc titre de ce petit projet] si la plante décide de ne pas donner sa fleur. Ça arrive. Je veux dire : ça arrive qu'un bulbe n'accouche pas d'une fleur. C'est comme tomber en amour, l'amour ne fleurit pas toujours. Il arrive qu'il soit mort-né, comme s'il sécrétait le poison qui l'empêche de vivre. J'ai déjà vécu un amour comme ça.

J'écris peu ces jours-ci. J'ai plutôt envie de lire. Et je lis. Je lis. C'est ainsi que j'achève la lecture de mes deux Bataille. J'ai aussi relu Goethe : Les souffrances du jeune Werther. La littérature et le mal est un pur bijou. Werther aussi. J'ai pris des tonnes de notes. Je ne vous infligerai cependant pas d'autres citations, ni des résumés, et encore moins des commentaires et critiques. Je traverse une sorte de passage à vide où l'envie d'écrire le journal est moins présente, je vis sans l'écriture, faisant tout ce qui est planifié, organisé, attendu par moi-même ou par mon entourage - au quotidien. Je fonctionne et ronronne comme une petite machine bien huilée. Et mes journées ne manquent pas de piquant et de moments privilégiés que je pourrais capter et écrire dans ce journal, mais le déclic ne se fait pas. Pas envie de mettre la vie en mots. Ou simple paresse, qui sait. Cela ne m'inquiète pas. La preuve : ce soir, je voulais juste mettre une photo de la web cam et un mot d'explication et j'ai poussé deux [trop] longs paragraphes. Je me demande si les fleurs ont une âme.

97. jusqu'à ce que fleur s'ensuive

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Pas au meilleur de ma forme. Mais pas arrivée au bout de l'ombre de la queue du down de mes down non plus.

J'ai roulé longtemps, ça fait du bien. Faire des kilomètres de route, avec ses propres démons pour seuls compagnons, ça lave de ceux que les autres nous déposent insidieusement sur le dos.

Je caresse chaque fois mon vieux rêve de descendre en Californie, et ensuite pousser jusqu'à la Nouvelle-Orléans, au Mexique, et peut-être un peu jusqu'en Amérique centrale, et puis remonter tranquillement par la côte Est tout au long de l'Atlantique. Parcourir le chemin de mes rêves d'un bout à l'autre. Du nord au sud et du sud au nord. Un bon matin je vais me lever et partir. S'il y a une seule résolution valable pour le nouvel An, si je devais toutefois un jour en prendre une, ça serait celle-là. La seule.

J'ai rencontré quelques âmes soeurs qui ont pris racine là-bas, dans la région de Trois-Pistoles et Cacouna. Dévoré mes dérives à belles dents, ainsi que les conversations turbulentes et la bonne nourriture du Bas du fleuve : poissons fumés, tourtières, gibiers, bouillis de légumes, et leurs accompagnements. J'ai lu et j'ai écrit. Surtout réfléchi.

Hier matin, tard, j'ai délaissé le fleuve à regrets. Promis d'y retourner bientôt. Et pour tout l'été, peut-être. Et puis ce retour à Montréal, ma belle cité d'adoption décadente, ne s'est pas trop mal passé.

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Rapporté, en plus des provisions affectives, des montagnes de boutures et de jeunes plantules. Dont un bulbe de jacinthe qui s'est mis à s'ouvrir aussitôt arrivé. Ce qui m'a donné l'idée d'ouvrir ma petit web cam pour observer la vie qui pousse et prend sa place au soleil. Malgré tout. Décidé de vous montrer ça durant les prochaines semaines, et quelques autres pensées : jusqu'à ce que fleur s'ensuive.

96. itinéraire

Apporté dans mon sac quelques livres, dont ces deux-là de Bataille : La littérature et le mal, et L'expérience intérieure.

Noté ceci :

« Les êtres particuliers comptent peu et renferment d'inavouables points de vue, si l'on considère ce qui s'anime, passant de l'un à l'autre dans l'amour, dans de tragiques spectacles, dans des mouvements de ferveur. Ainsi nous ne sommes rien, ni toi ni moi, auprès des paroles brûlantes qui pourraient aller de toi vers moi, imprimées sur un feuillet : car je n'aurai vécu que pour les écrire, et, s'il est vrai qu'elles s'adressent à toi, tu vivras d'avoir eu la force de les entendre. » [in L'expérience intérieure]

Côté coeur, j'ai opté pour la voie du paradoxe. Tant qu'à m'enfoncer, j'irai jusqu'au fond. Je coupe les moteurs. J'amorce la descente. Ça va faire mal.

Et puis je rentre demain. Me rendrai faire un tour à Trois-Pistoles avant de repartir en ville. Trop envie de la lumière venant de la mer. Je me stationnerai sur le quai et je lirai une heure ou deux assise au soleil, avec le vent du large pour me lécher les joues. Demain, il fera soleil.

95. cure et immobilité

arbreenhiver

Hier fut un jour béni s'il en est, un jour de cure dans la ouate. Résultat : guéri le mal de ventre, mais pas fini le rangement des papiers, pas défait le sapin. Mais pas triste. Pas en colère, ou peut-être encore un peu. Pas fière de moi. N'ai pourtant commis aucune faute qui mériterait l'autoflagellation. Sauf que je crois bien m'être enlisé le coeur une fois de plus dans un petit guêpier que je connais bien et qui ne mène nulle part sauf à d'autres souffrances ; et tête baissée, comme il se doit.

Enlisée est bien le mot juste.

Quand essayer d'avancer ou de faire marche arrière ne fait que vous enfoncer sur place, c'est de l'enlisement jusqu'aux caps de roue. La seule issue possible, pour m'en sortir dignement et conserver mon intégrité sera donc le paradoxe : accepter de rester coincée là-dedans et réfléchir à ce qui est en train de se passer.

J'ai déjà appris que lorsque je ne peux pas changer une situation, il me faut moi-même changer ma position par rapport à cette situation. Et c'est moi-même que je n'arrive pas à décoder en ce moment. Ne m'en demandez pas plus, je n'en sais pas plus.

Tout ce que je sais ce matin c'est que, comme prévu, je descends dans le Bas du fleuve passer quelques jours paisibles loin de la ville. Pour écrire et me reposer.

94. malaise

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Fatiguée et un peu malade. Je dors mal. Pris de la teinture de Boldocynara [ingrédients : herbe d'artichaut, fruit de chardon-marie, herbe et racine de dent-de-lion sauvage, et huile de boldo]. Ça va passer. Entrepris tout de même de ranger et classer dans des cartons mes notes de cours, des articles, et des monceaux de documents qui s'accumulent en vrac dans ce bureau depuis trois ans. Quand ça va pas, autant faire du ménage. Et la sieste.

Dans la soirée, dégarnir le sapin et ranger les décorations de Noël jusqu'à l'an prochain. Demain je veux être en forme pour prendre la route et voir le fleuve, direction Kamouraska.

93. mots doux avec fleurs et voeux

J'ai cherché des mots pour vous offrir mes voeux, à vous tous qui lisez ce journal en silence et à vous aussi qui avez osé briser la glace et m'écrire. J'ai voulu trouver les mots les plus doux et mon cerveau s'est vidé. J'ai voulu les mots justes et qui auraient du sens, les meilleurs, ceux avec des petits chevaux et qui sauraient vous aller au coeur et vous emporter loin bien emmitouflés au chaud dans une peau de castor. J'ai passé la nuit debout, marché dans la neige et bu trop de champagne et de porto et j'ai cherché des mots et les amis sont venus et il en manquait quelques uns, et le temps est devenu si doux, on a beaucoup parlé et mon coeur s'est rempli et je n'ai pas pleuré, si peu, pour que la peine se vive et j'écris pendant que le jour avance et que fleurit le plus beau soleil de l'année et ils mettent les vieux disques à jouer, à déchirer le silence. Arrive midi et c'est Bob Dylan et je cherche encore des mots pour vous en fredonnant Vigneault. Je souhaite des mots dotés de tous les pouvoirs, pour entourer, calmer, câliner, vous consoler, vous inspirer, vous attendrir, et apaiser, aimer, guérir, écouter, et vous donner encore je ne sais pas quoi, ce que vous voulez, la santé, la richesse, la vraie, la paix, la sainte paix, et le succès, vous souhaiter de grandir, de chercher et d'apprendre encore et encore plus, la sagesse, la tendresse, le bonheur, pourquoi pas, et des fleurs avec l'amour, toujours. Ce sont mes voeux pour la nouvelle année, les premiers mots doux avec Fleurs et Voeux.

Krieghoff

Au doux milieu de vous
Que ma chanson soit belle
Et qu'elle vous rappelle
Nos premiers rendez-vous
Au doux milieu de vous
Le lac noir du silence
Aux plages que je pense
Le temps se tient debout

Venue je ne sais d'où
Une main prend la mienne
Et me guide et m'emmène
Vers ce pont d'entre nous
C'est un enfant jaloux
Qui veut toute la place
Qui sait que le temps passe
Au doux milieu de nous

L'horloge qui nous moud
Les jours comme farine
N'a rien qui me chagrine
J'entends sonner les coups
Comme le caribou
Qui s'attarde et qui traîne
Seul debout dans la plaine
Et qui connaît le loup

Au doux milieu de vous
Que ma chanson soit belle
Et qu'elle vous rappelle
Ses premiers rendez-vous
Au doux milieu de vous
Le lac noir du silence
Aux plages que je pense
Le temps se tient debout
[...une chanson de Gilles Vigneault]