Par annie strohem le samedi 31 janvier 2004, 10:06 - Vol. 4 : Voyelle

Dans le livre il y a des amants qui meurent avec un coup de fusil dans le
coeur. Pas à la fin, mais juste au milieu. Plus je résiste à mettre en scène
cet acte d'une extrême violence, plus je sens bien que je ne pourrai pas faire
autrement. Un peu comme les amoureux de ce film qui avaient choisi de mourir
plutôt que de retourner à leur vie l'un sans l'autre. Et tout le long du film
il y avait cette musique. Et j'ai relu Werther et Tchekhov. Et Bataille, et
encore Nietzsche. Je n'ai pas fini de réfléchir. Et d'autres auteurs aussi.
D'autres musiques et des tableaux, et le Concerto pour piano numéro 3 de
Rachmaninov. Je repense souvent à Belle du Seigneur, ces jours-ci, à
la fin. Je me défends de relire Cohen, sinon je ne pourrai plus écrire une
seule ligne. Ma vie est devenue une véritable obsession. Une sorte d'enfer
lumieux et tragique, une immersion dans un univers, une atmosphère qui
n'existent pas et qui se créent tranquillement. Et dans lequel D. m'accompagne
en me dévorant le coeur et le corps.
J'avais entendu à la radio, vers le mois d'octobre ou novembre la musique
d'un vieux film qui m'avait charmée il y a très longtemps, avec l'idée soudaine
comme un coup de foudre, de rendre dans l'écrit cette tension/oscillation-là
venue de la musique. Et j'ai tout de suite commencé à prendre des notes en me
disant que je n'irais pas bien loin sans connaître le nom de l'oeuvre musicale
ni même le titre du vieux film. Je crois que c'était une symphonie de
Beethoven. Et le film sera plus dur à retrouver, pas eu le temps de chercher,
c'était l'histoire d'amour entre une femme mariée et un soldat qui se sauvaient
dans les bois pour être ensemble et ils finissaient par manger des racines pour
survivre et puis par mourir - y avait-il ce coup de fusil dans le coeur ? - je
ne m'en souviens plus. Mais il me semble que le soldat à la fin prenait son
fusil et Bam.
Ce projet c'est pour écrire un livre sur le courage et la lâcheté. Un livre
sur l'expérience extrême, le suicide par amour et l'angoisse. Je construis et
pourtant j'ai des envies carnassières anormalement primaires de détruire. Je me
sens opiniâtre. Féroce et déterminée. Acharnée. Il faut que je retrouve cette
musique. L'écouter, et continuer d'écrire chaque jour de ma vie pour les
prochains mois, pour la prochaine année, avec D. pour me soutenir. J'ai
découvert que j'ai terriblement besoin de son appui et de son approbation
inconditionnels. Et d'aimer, et de me laisser aimer et envahir par lui jusqu'au
bout, jusqu'au cou. Pour écrire, j'en ai besoin.
Et planifier une dizaine de jours au Mexique, peut-être à Isla Mujeres vers
la fin de février. Le soleil et la mer me manquent trop.
Par annie strohem le vendredi 30 janvier 2004, 10:04 - Vol. 4 : Voyelle
Voir sombrer
les natures tragiques
et pouvoir en rire,
malgré
la profonde compréhension,
l'émotion
et la sympathie
que l'on ressent,
cela est divin.
[Nietzsche]
Par annie strohem le jeudi 29 janvier 2004, 09:57 - Vol. 4 : Voyelle



Pour remercier le jour doux, le soir tendre, le silence et l'amour.
Par annie strohem le mercredi 28 janvier 2004, 10:53 - Vol. 4 : Voyelle

Cette page n'est rien de plus qu'un échantillon des tests de couleurs pour
la web cam. Sur la couverture du livre, le corset n'est pas lilas ou gris, il
est blanc. Distorsion à corriger. Je n'ai pas vraiment le temps d'écrire. Je
courtise d'autres mots, ceux qui sortent de la bouche, ceux qui donnent leur
poids au silence. Je courtise les mots qui se mêlent aux baisers et font en
sorte que l'on donne au corps amoureux toute la place.
Il me reste cependant une petite question à résoudre : y aura-t-il ou non un
bidule à commentaires sur ce journal ? Si je me fie au sondage [non publié], le
clan du non a pris le dessus. De mon côté, j'ai réfléchi et décidé que je
n'utiliserai pas ce mode de communications, ni on and off, ni
autrement. Ni sur aucun de mes projets en ligne.
Pour mieux comprendre la question, j'ai fait un voyage
d'exploration/recherche au travers d'une centaine de blogs/journaux
intimes/personnels, sélectionnés de façon aléatoire dans les annuaires et
répertoires du web pour constater que, au bout du compte, l'usage qui se fait
de l'espace « commentaire » est plutôt superficiel et redondant. Et
la plupart du temps pourri de flatteries qui puent. Quand ce n'est pas des
grosses crisses de vulgarités. Vous me trouvez dure ? Allez-y lire par
vous-même. On voit à peu près les mêmes noms [pseudos] surgir de partout et
nulle part : signature de ceux qui donnent à lire qu'ils sont tout seul, qu'ils
s'ennuient profondément, et qu'ils écrivent n'importe quoi pour combler leur
vide. Ou pour attirer du monde sur leur blog [vide]. Fin de l'analyse sommaire
et surtout pas exhaustive. Fin de l'épisode sondage d'opinions. L'eau coule,
j'ai un bain chaud qui m'attend. Et un être exceptionnel à aimer, en chair et
en os.
Par annie strohem le mardi 27 janvier 2004, 13:31 - Vol. 4 : Voyelle

Trop à écrire. Cruel manque de temps pour fignoler une « belle »
page. La solution serait le style télégraphique ou encore le blog, et puis non.
M'en tenir à mes choix et à ma Script-Esthétique, quitte à faire court, et
moyennant quelques aménagements incontournables : 1) relaxer ; 2) mettre un cd
dans le lecteur ; et 3) vous balancer tranquillement mes petites histoires en
vrac, sans trop y penser. Parce que sinon, après deux longues journées sans
écrire le journal, je vais prendre trop de retard et plus personne ne saura où
j'en suis [surtout moi], déjà que je fais parfois de bien curieuses ellipses, à
croire que ce malheureux inconscient flottant dans les miasmes de la pensée
collective, bref, que cet inconscient restera toujours ce qu'il est : une sorte
de bulle de forme ovoïdale, noire, et fort difficile à décrypter [surtout dans
les coins].
Alors voilà. J'avais lu dans La Steppe, que les voyageurs
mangeaient des oeufs cuits au four quand ils s'arrêtaient l'après-midi pour se
sustenter, faire une longue sieste couchés sous les chariots, et permettre aux
chevaux de se reposer. Et comme je me laisse souvent contaminer par mes
lectures en mangeant ce que les personnages mangent et en buvant ce qu'ils
boivent, c'est fou, cette histoire d'oeufs cuits au four m'était restée en tête
et donc hier midi j'ai fait cuire des oeufs au four en salivant à l'avance mais
avec plein de points d'interrogation en tête. Et puis ça marche. C'est tout
simple, et bien meilleur que des oeufs bouillis dans leur coquille.
Naturellement, Tchekhov ne donnait pas la recette. Je ne sais pas pourquoi
j'imaginais que les oeufs allaient éclater, mais pas du tout. Je les ai mis
dans le four froid et puis j'ai tourné le bouton à 400°F pour qu'ils coagulent
lentement et qu'ils soient quand même saisis par la chaleur intense et cuisent
très vite. Après dix minutes exactement, je les ai sortis du four et passés
sous l'eau froide, cassé les coquilles et puis nous avons dégusté. Conclusion :
l'oeuf cuit au four que devait manger le petit Légorouchka lors de son voyage
dans la steppe russe est délicieux, divin, savoureux, exquis, bref je manque de
mots pour le qualifier et il ne ressemble à aucun des autres oeufs que j'ai
mangés avant. Beaucoup plus tendre et moelleux que les oeufs cuits dans l'eau
avec leur coquille.
Avec tout ça, j'ai écrit l'histoire de l'oeuf en oubliant de mettre la
musique et de relaxer. Trop pressée, trop excitée. Bouleversée par le départ de
D. dans quelques semaines. Besoin de me concentrer sur la vie quotidienne, les
petites choses qui n'ont pas l'air importantes, et qui pourtant font que la vie
est ce qu'elle est avec un parfum et un goût indéfinissables. Comme un oeuf
cuit au four ?
OK, je redescends sur terre pour signaler une erreur à la page 113
: voilà une autre histoire, il faudrait changer le mot
vivarium par terrarium. C'est un peu pareil
et en même temps différent. Pas le temps d'expliquer. Je vous en prie. Je ferai
bientôt une photo de la petite maison de verre, avant d'y mettre les plantes.
Bientôt. Pas encore acheté la terre et tout ce qu'il faut. Dylan tient à s'en
occuper tout seul.
Je me sens très très triste du départ prochain de Dylan. Je sais, je me
répète, et je sais aussi que c'est une autre histoire. Une histoire que je
raconterai [peut-être] quand il sera à l'étranger. Pour le moment, j'ai besoin
de la vivre avec lui en écoutant pendant que j'écris cette page les incroyables
chansons d'amour de William Sheller.
La jacinthe a presque doublé de volume et ses fleurs s'obstinent à être
roses alors que la web cam s'obstine à les rendre rouges. Je n'aime pas
beaucoup ça. Je fais donc la grève de jacinthe cam. Tout en essayant de trouver
une solution au problème d'images. Probablement la configuration du
logiciel.
Il me reste des tas de choses à écrire. L'impression d'être écartelée entre
deux mondes - entre deux hommes serait plus juste et conforme à ma réalité,
puisque tous les deux habitent à quelques kilomètres de ma maison -. Mais oser
parler de ça publiquement ? Difficile. J'avoue que je ne sais pas comment.
L'important n'est-il pas d'aimer ? J'aime l'un. Et j'aime l'autre. Alors
savoir en parler, m'exprimer librement là-dessus sans crainte d'être jugée et
lapidée par la foule, - et peut-être même par les principaux intéressés,
puisqu'ils n'ignorent pas l'existence de ce journal -, il n'y a que moi que ça
inquiète, sans doute. Je ne sais pas pourquoi, mais j'imagine que les autres
femmes sont autrement douées que moi pour écrire et parler de leur vie
amoureuse et de leur vie sexuelle ouvertement, sans peur et sans crainte de
préjudices graves.
Et c'est sur des questions comme celles-là que j'aimerais parfois profiter
de la petite boite à commentaires sur le journal. Même si je sens bien que la
plupart de mes pages se passent fort bien de commentaires instantannés et
s'accomodent parfaitement de l'échange de mails ou de lettres en papier à cause
du temps de réflexions et de réactions que cela permet. Et je continue de
l'apprécier, tout en cherchant une ouverture vers autre chose. Ce qui fait que
je songe [peut-être] à installer une boîte à commentaires on and
off. Autrement dit, je la mettrais pour certains sujets seulement,
mais pas tout le temps. Mais est-ce que cela est faisable ? cela est une autre
histoire.
Muse : un oeuf cuit au four
Par annie strohem le dimanche 25 janvier 2004, 12:44 - Vol. 4 : Voyelle

Avec un appareil photo de bonne qualité je pourrais prendre de meilleurs
clichés de la belle jacinthe. Elle est d'un rose éclatant, plus clair que celui
de ces images. Ce que nos yeux voient dépassent toujours, en profondeur et en
détails, ce que la camera peut capter. Comme si la plante éprouvait de la
pudeur à livrer l'entièreté de son essence et de ses charmes à tout vent.

Trop froid pour rester longtemps dehors. Ici les vitres sont toujours
tapissées de givre. J'ai passé la moitié de ce dimanche rue de la Commune à
nourrir le feu et la tendresse, et à regarder le fleuve s'étirer comme un
serpent gelé, et l'autre moitié ici dans ce bureau à flâner et lire, et à
mettre en ligne quelques pages dans mes Carnets d'hiver.
Après la sieste de l'après-midi, nous avons sorti les tubes de couleur et
les pinceaux, et j'ai commencé un petit tableau abstrait avec du noir, du rouge
et des lumières. Sur de la vraie toile avec de la peinture à l'huile. Pour
l'odeur et l'onctuosité, la douceur sous les doigts. Mon cher D. repartira
bientôt en reportage au bout du monde. J'ai envie de passer plus de temps avec
lui. Avant de partir, il veut m'aider à fabriquer un vivarium dans ma petite
maison de verre. Il faudra mettre tout au fond une couche de gravier, ensuite
une couche de charbon [pour l'aération], et puis de la mousse de tourbe, et par
dessus tout ça quelques 8 à 15 centimètres de terre. Dans la maison de verre,
je veux cultiver de la fougère, du lierre, des violettes africaines et quelques
autres plantes tropicales. Et des orchidées ? Pourquoi pas.
Par annie strohem le samedi 24 janvier 2004, 22:49 - Vol. 4 : Voyelle
Jeu. Aujourd'hui, j'adopterai le style blogger :
« pondrai » une ligne ou deux en écrivant en dessous l'heure de mise
en ligne. Ça donnera un quotidien-récit hachuré, fragmenté. Plus concentré.
Pourquoi se fatiguer ?
09:12
Blog. Quelle magnifique journée. Écrire sur le bleu du ciel
ne le rendra pas plus bleu. Écrire que la vie est belle ne la rendra pas plus
belle. Pourquoi écrire ?
09:47
Le journal me manque déjà. Si la [ma] tendance se maintient, je serai
soulagée de la maladie du blogueur avant demain matin.
20:43
Un autre beau samedi de janvier s'achève, toujours avec mes écrivains
russes. Afin que cette incongrue et gratuite page de blog ne sombre pas dans
les limbes du superficiel et de l'inutilité, autant qu'elle me serve ultimement
de bloc-notes pour conserver quelques passages parmi ceux que j'ai soulignés
dans La mort d'Ivan Ilitch, avant de ranger le livre dans la
bibliothèque :
« Il pleurait sur son impuissance, sur son effroyable solitude, sur la
cruauté des hommes, sur la cruauté de Dieu, sur l'absence de Dieu. »
« L'un après l'autre, des tableaux de son passé se dressaient devant lui.
Cela commençait toujours par le plus proche de lui dans le temps, pour remonter
au plus lointain, à son enfance, et pour s'y arrêter. »
« Il sentait que la torture consistait pour lui à la fois dans le fait qu'il
s'enfonçait dans ce trou noir, et plus encore dans le fait qu'il ne pouvait pas
le franchir. »
« C'est fini ! » dit quelqu'un au-dessus de lui.
Il entendit ces mots et les répéta en lui-même.
« C'est fini la mort, se dit-il. Il n'y a plus de mort. »
Il prit une goulée d'air, s'arrêta au milieu de l'aspiration, son corps se
raidit et il mourut. [Tolstoï]
C'est ainsi que mon petit blog improvisé se mourut raide mort, comme dirait
Tolstoï.
à 22:39 [r.i.p.]
Par annie strohem le vendredi 23 janvier 2004, 10:28 - Vol. 4 : Voyelle


Une page de journal pour la jacinthe qui pousse dans la maison pendant que
dehors la terre est congelée enterrée sous la neige, la glace, le gravier, le
sel, et le reste...
Par annie strohem le jeudi 22 janvier 2004, 10:36 - Vol. 4 : Voyelle

J'ai découvert un petit songe rose et tout friponné qui a
dû apparaître durant la journée, pendant que j'étais dehors, comme pour fêter
l'arrivée de l'année du singe. Il était peut-être là ce matin, en tout cas, je
ne le saurai jamais parce que je n'ai pas pensé à regarder.
J'ai dîné avec B. dans un restaurant Thaïlandais où je n'étais encore jamais
allée, Chez Ô. N'ai pas pu m'empêcher de commenter, par devers
moi : ça ferait un hyper beau nom pour un journal intime sur le net. Quelle
obsédée des titres ne deviendrais-je pas - n'est-ce pas - si je me laissais
aller. Bref, nous avons mangé des crevettes piquantes, et le poulet du général
Tao avec du riz blanc à la vapeur ; et au dessert, j'ai trouvé ceci dans mon
biscuit de fortune : « Vous hériterez d'un peu d'argent et d'un
terrain. ». J'ai retourné le petit papier, comme je le fais toujours, et à
l'endos, du côté anglais, il y avait cette traduction : « You will
inherit of money and a small piece of land. » Bof. Et puis, qui c'est
qui va mourir, encore ?
Le singe et ses voeux. Et il y a maintenant la jacinthe qui
s'éclate sur un petit songe rose, comme si elle voulait l'offrir au singe. Il
semble que pour accueillir l'arrivée de la sino-nouvelle année, il aurait fallu
sortir cette nuit à deux heures de la nuit et marcher vers l'est jusqu'à
rencontrer le premier obstacle. L'animatrice radio qui racontait tout ça ce
matin à 100,7 FM ajoutait que l'année du singe sera semée d'obstacles, et
qu'elle ne savait pas pourquoi il fallait marcher comme ça en pleine nuit vers
l'obstacle. Mais de toutes façons, il était 9 heures du matin et donc trop tard
pour le faire. Ça aurait été sympa qu'elle se documente un peu plus. Ou sinon,
qu'elle en parle hier matin, comme ça, j'aurais su et je serais bien évidemment
sortie marcher en pleine nuit pour trouver l'obstacle. J'ai raconté cette
petite histoire à B. Il a froncé les sourcils, sceptique. Ce qui fait que j'ai
ajouté : maintenant, je sais. Je vais certainement hériter d'un terrain, c'est
obligé, un grand terrain avec des arbres et un cheval et un lac ou une rivière
dessus. Et puis j'ai changé de sujet.
Par annie strohem le mercredi 21 janvier 2004, 22:28 - Vol. 4 : Voyelle
Aphorisme : « Si vous craignez la solitude, ne vous
mariez pas. » [Tchekhov]

Quelques images de plus : Le bulbe éclate et la
jacinthe déplie sa fleur tranquillement. Tragique spectacle que celui de voir
la vie sortir de terre. J'imagine la noirceur là-dessous. Naître, ça doit être
terrifiant, exaltant, et c'est peut-être pour ça que l'on ne s'en souvient
pas.
Aujourd'hui : Je me suis contrainte à différer mon
envie irrépressible de lire Tchekhv. Travaillé comme une damnée. Rentrée à la
maison fatiguée, brulée. Pris un bain bouillant. Dylan a préparé le dîner.
Pendant ce temps-là, les mots et les pages s'écrivaient dans ma tête en
attendant que je trouve du temps et du papier.
Pour le moment, je photographie la jacinthe, et je lis comme une
affamée.


Par annie strohem le mardi 20 janvier 2004, 11:41 - Vol. 4 : Voyelle

Pas encore fini de lire les Tchekhov que j'ai rapportés de la campagne et
empilés sur le coffre en pin qui me sert de table basse au milieu du salon.
Voilà. Vous savez tout de moi. Ou presque. La suite : c'est le mardi 20 janvier
et je ne suis pas allée travailler parce que je ne me suis pas trouvée quand je
suis sortie de mon lit ce matin. Depuis quelques jours, j'ai beau me chercher
partout, je ne me trouve plus. Faudra faire enquête là-dessus. Demander aux
chats ? J'ai peut-être été avalée par les courants d'air froids et les petits
matins frileux de janvier, juste pour rire, parce que je leur avais tiré les
rouflaquettes ? Quoi qu'il en soit, je me suis levée de bonne heure et je ne me
trouvais pas et j'ai appelé JP et il m'a dit passe une bonne journée et
prends soin de toi. Faudrait d'abord que me trouve. Bref, j'ai continué à lire
et quand je lis je ne me cherche plus.
J'ai lu Tchekhov toute la nuit. Ça fait trois nuits. Adoré La
Steppe, l'ai lue comme le souhaitait son auteur : « comme un gourmet
mange les bécasses », mais j'ai ajouté un verre de vin rouge. J'ouvre les
autres livres un par un, je lis tout. J'en ai oublié de manger à midi.
Découvert que je suis passée à deux doigts d'être une héroïne tchékhovienne :
le portrait type de la femme sensible, incomprise, rêvant d'une autre vie, une
vie inaccessible. Fiou !
Les clichés de la jacinthe cam sont encore un peu flous.
C'est la vie. On peut apercevoir un truc chiffonné au milieu : c'est la fleur
en bourgeon. Quand j'arrose, ça sent déjà un peu la jacinthe.
Par annie strohem le dimanche 18 janvier 2004, 11:55 - Vol. 4 : Voyelle

« Ti proteggerò dalle paure delle ipocondrie, dai turbamenti che da oggi
incontrerai per la tua via. Dalle ingiustizie e dagli inganni del tuo tempo,
dai fallimenti che per tua natura normalmente attirerai. Ti solleverò dai
dolori e dai tuoi sbalzi d'umore, dalle ossessioni delle tue manie. Supererò le
correnti gravitazionali, lo spazio e la luce per non farti invecchiare. E
guarirai da tutte le malattie, perché sei un essere speciale, ed io, avrò cura
di te. Vagavo per i campi del Tennessee (come vi ero arrivato, chissà). Non hai
fiori bianchi per me? Più veloci di aquile i miei sogni attraversano il mare.
Ti porterò soprattutto il silenzio e la pazienza. Percorreremo assieme le vie
che portano all'essenza. I profumi d'amore inebrieranno i nostri corpi, la
bonaccia d'agosto non calmerà i nostri sensi. Tesserò i tuoi capelli come trame
di un canto. Conosco le leggi del mondo, e te ne farò dono. Supererò le
correnti gravitazionali, lo spazio e la luce per non farti invecchiare. TI
salverò da ogni malinconia, perché sei un essere speciale ed io avrò cura di
te... io sì, che avrò cura di te. » [La cura, de Franco
Battiato]
La plus belle chanson d'amour découverte sur l'album : Last Summer
Dance. Je me connais, je n'écouterai que cet album [double]
live de Battiato toute la semaine. Et pendant ce temps-là, les avions
ne s'arrêteront pas de tomber, les amants de se séparer, les kamikaze de se
faire sauter, la peine de mort d'exécuter et les envieux d'envier. Pessimiste,
moi ? Mais non. Lucide. Il n'y a pas que les fleurs, l'amour, le pain,
l'écriture et les oiseaux et la neige dans la vie. Je n'ai pas fini de lire mes
livres de ce dimanche : La Steppe, et des nouvelles regroupées dans
La Dame au petit chien, de Tchekhov. Tolstoï : La Mort d'Yvan
Ilitch. Et Apollinaire : Les Exploits d'un jeune don Juan. Je
reviendrai à Montréal très tard, le plus tard possible, au mitan de la nuit. Et
je vous protégerai : « perché sei un essere speciale ed io avrò cura
di te... io sì, che avrò cura di te. »
Par annie strohem le samedi 17 janvier 2004, 10:14 - Vol. 4 : Voyelle
Jour glacial et torride en même temps, au fond d'une petite vallée des
Appalaches. J'ai fait du ski et une longue randonnée à cheval ; du pain et une
soupe aux légumes avec un os à moelle. Il y avait bien longtemps que je n'avais
pris le temps de pétrir de la pâte à pain pour sentir la bonne odeur. Il a
fallu nourrir le feu dans les deux grandes cheminées pour se réchauffer, cuire
notre pain et ne pas laisser le froid congeler la tuyauterie et nous avec. J'ai
retrouvé quelques livres dans la bibliothèque en bois de rose, dont Marina et
quelques autres de mes écrivains russes favoris. Allumé des bougies. Ainsi, le
coeur se remplit.
« Mon frère étrange et merveilleux
Accepte de ma main cette ville
que la main d'aucun homme n'a créée
Accepte chacune des quarante fois quarante chapelles
Avec les colombes. Volant par-dessus
Et tu te dresseras plein de force magique
Et tu ne regretteras pas de m'avoir aimée... »
[Marina Tsvetaeva]
Par annie strohem le vendredi 16 janvier 2004, 13:27 - Vol. 4 : Voyelle
Entendu à la radio en fin de journée, un bout d'opéra chanté par Maria
Callas, La mamma morta. Une splendeur.
La voix chaude, intense, donne envie de courir, de foncer à toute vitesse
sur la rue Sherbrooke vers l'est pour prendre le pont Jacques Cartier et après
le monstre d'acier vert, d'enfiler la sortie vers Longueuil, puis celle vers
Sorel en faisant crisser les pneus dans les courbes.
Rouler à 140 à l'heure pour retourner tout droit vers la ferme, sans
escales. Seller la belle jument blanche, lui donner une grosse pomme, lui
caresser le museau et monter sur son dos en lui faisant signe d'avancer avec
une petite pression de la cuisse sur son flanc.
D. serait là. Il chevaucherait à mes côtés, droit comme un I. Et les chevaux
nous porteraient des heures durant dans la plaine enneigée sur leur dos large
et brûlant.
Par annie strohem le jeudi 15 janvier 2004, 23:01 - Vol. 4 : Voyelle
J'ai fait une recherche sur Google pour trouver des informations sur la
culture des jacinthes en pot. Sur le premier site visité, j'ai découvert une
liste de mots qui m'a carrément sciée. Si vous cliquez sur
« jacinthe », vous pourrez explorer le site en question. Moi, je ne
suis pas allée plus loin, pas pu regarder de quoi il s'agissait. Sans doute un
dictionnaire ; mais là n'est pas la question. La question, c'est la liste de
mots que j'ai découpée immédiatement pour la coller ici plutôt que de la garder
juste pour moi ; l'essentiel c'est que j'aie resssenti un fort et vif coup de
foudre pour ces mots-là. Élan de pure passion. Interruption du courant de la
pensée rationnelle. Envie de les avoir à moi ces mots, à proximité, pour les
lire et les relire. Et parce que recopier des mots, cela ne sert à rien dans ce
monde fou et froid comme un grand congélateur plein de cadavres découpés en
morceaux. C'est un peu comme cueillir une fleur sur un tas de fumier. Et puis
j'ai un gros mal de gorge, de la fiève, et je me soigne avec des mots découpés
qui chantent en duo avec une jacinthe en train de pousser. Tout ça pendant que
D. me masse les pieds.
ivre
ivresse
ivrogne
J
j'
jabot
JAC
jacasser
jachère
jacinthe
jack
jacquard
jacquerie
jade
jadis
jaguar
jaillir
jaillissement
jais
jalon
Quoi qu'il en soit, ce hasard qui a mis ces mots aujourd'hui sur ma route [
? ] est divin. Délicieux. Mais je n'ai toujours pas déniché d'informations sur
la culture des jacinthes en pot. Pourtant, ça pousse bien. La preuve, ces
modestes images de la web cam, prises ce soir, entre 21 et 22 heures :



Tiens, un autre petit cliché vue d'en haut ; comme ça, quand la fleur va
arriver, on pourra la voir plus vite. Un peu flou ? Sans doute la fieffée
fièvre.

Par annie strohem le mercredi 14 janvier 2004, 21:31 - Vol. 4 : Voyelle
Pas de chance, j'ai attrapé un rhume. Préparé un bol de thé vert. Baissé le
chauffage. Sorti les couvertures de laine. Il a fait encore trop froid
aujourd'hui.
Et c'est pas fini. Dans mon beau grand bureau vitré, le froid m'a congelée
toute la journée. On annonce -50 C. pour cette nuit. J'ai besoin d'un long bain
bouillant.
D'une bonne nuit de lourd sommeil. Et de quelques jours de somptueux
repos.
Courtisée par l'envie de vous recopier un bout de poème de Miron ou de
Rilke, lus en soirée. Et puis non. M'en tenir à l'eau chaude. Très chaude.
Brûlante, de mon bain. Et dormir.
Par annie strohem le mardi 13 janvier 2004, 09:40 - Vol. 4 : Voyelle
Grande journée. Un mardi de rafales de vents fous et de bourrasques et de
neige qui vole et virevolte et de courants d'air glacés, comme liquides,
presque marins. On aurait dit que la mer était dans le ciel, d'un bleu coupant
; et les nuages avaient la forme et la taille de Moby Dick. Le givre fondait et
repoussait dans les vitres de la maison aussi vite que la barbe dans le visage
d'un homme. Et puis en sortant, j'ai trouvé un petit minou perdu [ou abandonné]
dans le stationnement, à -26 C.
Pendant ce temps-là, ça brassait encore chez mes grands cousins les Mohawks
de Kanesatake. Envie de dire ce que j'en pense, sauf que... Et pendant ce
temps-là, à l'autre bout du ciel, quelqu'un a trouvé des beaux cailloux sur
Vénus. Et toujours pendant ce temps-là, les caméras de la planète étaient
braquées sur Mars. Ça fait que personne a rien vu. Quelqu'un pourrait-il
m'expliquer comment il se fait que le monde tourne à l'envers ?
Quoi qu'il en soit, j'ai reçu en cadeau une magnifique photo d'orchidées,
mes belles ténébreuses nébuleuses. Ces fleurs sont identiques à celles qui ont
fleuri mon anniversaire en décembre, cadeau de A., et qui embaument encore la
maison. Reçu aussi des textes magnifiques pour Les Carnets rouges. L'un est de la jeune Alice
Farwell, et l'autre de madame Alida d'Irouaz. À paraître d'ici la fin de cette
semaine. Merci mesdames. Comme quoi certains jours, quand c'est le 13 janvier,
tout peut arriver.
Par annie strohem le lundi 12 janvier 2004, 16:18 - Vol. 4 : Voyelle
Ça tape en bas depuis le matin. Ils ont entrepris des gros travaux de
rénovation. Bon. J'ai fait toute la lessive et le repassage des serviettes et
des nappes et des vêtements et de toute la literie. Je suis proprement éreintée
et avec le tapage, j'ai mal au crâne. Je sors m'aérer les méninges.
Terminé aussi le repiquage des textes de Voyelle. De la page un à
la page 58. Fiou. Il manque quelques images et quelques dépoussiérages dans les
coins. J'ai réinstallé le bidule pour faire de la recherche dans le journal, et
viré le formulaire pour l'envoi des emails, remis un mailto, c'est plus simple.
Et au diable le spam, il n'ira pas plus loin que dans la poubelle à spam, comme
il se doit. Ça suffit pour aujourd'hui. Pause santé, pause musique. Pause
amour.
Par annie strohem le dimanche 11 janvier 2004, 11:48 - Vol. 4 : Voyelle
Une grande douceur est en train de s'installer après le
froid quasi sibérien qui a sévi ces derniers jours. J'ai fait une longue
promenade sous la chute de neige lente avec mon ami Dylan. On a parlé de tout
et de rien. Et de ce journal. Comme bien des gens, il se demande pourquoi je
continue. Il craint surtout que l'on me fasse du mal, et il n'aime pas beaucoup
que j'écrive son nom, ou ce que nous vivons ; il ne veut pas devenir un
personnage. Je comprends très bien ses réserves. Et plus.
Quand il se fait critique, négatif, et qu'il râle, à un moment donné
j'arrête d'essayer de lui expliquer la chose, je hausse les épaules et j'éclate
de rire. Je l'embrasse. On s'en fiche de tout ça. Regarde le ciel, Dylan.
Regarde le fleuve. C'est notre force. La seule.
Et puis je lui répète les mots de Kafka, déjà cités quelque part dans ce
journal, cela ressemble à : « une personne qui n'écrit pas un journal est dans
une position fause par rapport à celle qui en écrit un ». Ou quelque chose
comme ça. On ne peut pas se faire une idée de ce que représente une entreprise
[folle] comme l'écriture d'un journal sans l'avoir expérimentée. J'ai écrit un
journal toute ma vie, et depuis 1983, j'écris presque tous les jours et je
conserve chacun de mes cahiers. À un moment donné, ce journal s'est intégré à
mes activités, il est devenu en quelque sorte un art de vivre, un acte du
quotidien - nécessaire - et aussi important que tout le reste. Ce fut aussi un
acte par lequel ce que je vivais était modifié en retour. Précieux cahier qui
m'a permis de traverser des passages difficiles, et de déposer divers matériaux
et réflexions que j'aurais perdus sinon. À moi de lui faire de la place et de
le défendre, maintenant. Un peu comme je le ferais pour tout ce que je
considère important. Et le journal sur Internet, c'est pire encore. Sur
Internet, on est pas tout seul avec son journal, et il y a aussi l'écriture des
codes html, et des logiciels et la machine avec qui et quoi on doit se battre
parfois pour accoucher d'un texte anodin et la plupart du temps imparfait et
insignifiant pour les autres, et que je veux quand même laisser vivre.
À partir du moment où j'ai ressenti la valeur de ce journal dans ma vie,
j'ai cessé de tenir compte des regards et opinions extérieurs pour savoir que
je voulais continuer. Et c'est à ce moment également que j'ai cessé d'avoir des
crises de fermer le journal ou de tout effacer. Il faudra faire pleuvoir plus
que des crapauds sur ma tête pour me décourager.
Le temps est au redoux. Je suis rentrée tôt hier soir avec
D., qui est finalement resté toute la nuit. Et au matin, les pieds au chaud
dans mes pantoufles en mouton, j'ai fini de bidouiller mes archives en prenant
le petit café noir, et vérifié toute la validation de mes codes, et je crois
bien que cette fois, j'en ai terminé pour de bon avec les apparences.
Cependant, je ne peux me défaire de ce besoin que le texte soit mis en
valeur - et comme mis au jour, ou mis en scène - par la page où je le dépose.
Il faut que cela soit visible, lisible, clair, bien disposé, organisé, et
accessible selon les standards du web. J'en ai encore long à apprendre à ce
chapitre. Comme sur le reste, d'ailleurs. C'est un peu une histoire sans
fin.
Par annie strohem le samedi 10 janvier 2004, 16:54 - Vol. 4 : Voyelle
Encore des fleurs. Ce matin, ce sont des fleurs de frimas,
des fleurs de givre toutes blanches qui tapissent les vitres de la maison, côté
nord. Elles ont laissé un seul petit coin vide en haut d'où je peux voir le
ciel plein bleu et la maison d'en face avec ses briques jaunes illuminées par
le soleil.
Ce givre fleuri m'a donné l'envie de renouer avec le blanc pur de ce
journal. Le blanc de ses origines. Aujourd'hui je n'écrirai pas. Aujourd'hui je
referai le blanc de mes pages. Et la présentation. Encore une fois. J'aime trop
le blanc. Trop envie de virer ce violet un peu violent. Je constate que je n'ai
jamais pu supporter un fond d'écran en couleur très longtemps. Vive le
changement [hum]. C'est pour fêter demain et la énième page 100.
Et je ne ferai pas d'image de la webcam, puisque la
jacinthe n'a pas vraiment grossi. Peut-être a-t-elle eu froid. Demain,
peut-être. En tout cas, si ma nouvelle page est à mon goût, demain, j'écris,
demain, promis, je journalerai pour vrai.
21 heures et des poussières : C'est à peu près ça que
j'imaginais comme page blanche ce matin. Il m'a fallu changer la feuille de
style, et j'ai passé une partie de mon après-midi à galérer et à bidouiler dans
les codes. Arghh. Reste plus qu'à valider. Et à faire les changements sur les
gabarits des archives. J'y verrai demain, peut-être. Parce que ce soir, nous
allons danser.
Par annie strohem le jeudi 08 janvier 2004, 15:51 - Vol. 4 : Voyelle

La suite. Et quelques images du bulbe de jacinthe qui a grandi un peu depuis
deux jours. Pas beaucoup. J'ai tourné le pot pour la quatrième image.
Pessimiste, je me suis demandé si la plante allait mourir ou cesser de se
développer ou ne pas fleurir, bref, j'ai imaginé le pire et que je finirai
peut-être par publier des images un peu moches. Et donc j'ai songé que je ne
pourrais pas filmer jusqu'à ce que fleur s'ensuive [titre d'hier et donc titre
de ce petit projet] si la plante décide de ne pas donner sa fleur. Ça arrive.
Je veux dire : ça arrive qu'un bulbe n'accouche pas d'une fleur. C'est comme
tomber en amour, l'amour ne fleurit pas toujours. Il arrive qu'il soit mort-né,
comme s'il sécrétait le poison qui l'empêche de vivre. J'ai déjà vécu un amour
comme ça.
J'écris peu ces jours-ci. J'ai plutôt envie de lire. Et je lis. Je lis.
C'est ainsi que j'achève la lecture de mes deux Bataille. J'ai aussi relu
Goethe : Les souffrances du jeune Werther. La littérature et le
mal est un pur bijou. Werther aussi. J'ai pris des tonnes de
notes. Je ne vous infligerai cependant pas d'autres citations, ni des résumés,
et encore moins des commentaires et critiques. Je traverse une sorte de passage
à vide où l'envie d'écrire le journal est moins présente, je vis sans
l'écriture, faisant tout ce qui est planifié, organisé, attendu par moi-même ou
par mon entourage - au quotidien. Je fonctionne et ronronne comme une petite
machine bien huilée. Et mes journées ne manquent pas de piquant et de moments
privilégiés que je pourrais capter et écrire dans ce journal, mais le déclic ne
se fait pas. Pas envie de mettre la vie en mots. Ou simple paresse, qui sait.
Cela ne m'inquiète pas. La preuve : ce soir, je voulais juste mettre une photo
de la web cam et un mot d'explication et j'ai poussé deux [trop] longs
paragraphes. Je me demande si les fleurs ont une âme.
Par annie strohem le mardi 06 janvier 2004, 10:39 - Vol. 4 : Voyelle

Pas au meilleur de ma forme. Mais pas arrivée au bout de l'ombre de la queue
du down de mes down non plus.
J'ai roulé longtemps, ça fait du bien. Faire des kilomètres de route, avec
ses propres démons pour seuls compagnons, ça lave de ceux que les autres nous
déposent insidieusement sur le dos.
Je caresse chaque fois mon vieux rêve de descendre en Californie, et ensuite
pousser jusqu'à la Nouvelle-Orléans, au Mexique, et peut-être un peu jusqu'en
Amérique centrale, et puis remonter tranquillement par la côte Est tout au long
de l'Atlantique. Parcourir le chemin de mes rêves d'un bout à l'autre. Du nord
au sud et du sud au nord. Un bon matin je vais me lever et partir. S'il y a une
seule résolution valable pour le nouvel An, si je devais toutefois un jour en
prendre une, ça serait celle-là. La seule.
J'ai rencontré quelques âmes soeurs qui ont pris racine là-bas, dans la
région de Trois-Pistoles et Cacouna. Dévoré mes dérives à belles dents, ainsi
que les conversations turbulentes et la bonne nourriture du Bas du fleuve :
poissons fumés, tourtières, gibiers, bouillis de légumes, et leurs
accompagnements. J'ai lu et j'ai écrit. Surtout réfléchi.
Hier matin, tard, j'ai délaissé le fleuve à regrets. Promis d'y retourner
bientôt. Et pour tout l'été, peut-être. Et puis ce retour à Montréal, ma belle
cité d'adoption décadente, ne s'est pas trop mal passé.

Rapporté, en plus des provisions affectives, des montagnes de boutures et de
jeunes plantules. Dont un bulbe de jacinthe qui s'est mis à s'ouvrir aussitôt
arrivé. Ce qui m'a donné l'idée d'ouvrir ma petit web cam pour observer la vie
qui pousse et prend sa place au soleil. Malgré tout. Décidé de vous montrer ça
durant les prochaines semaines, et quelques autres pensées : jusqu'à ce que
fleur s'ensuive.
Par annie strohem le dimanche 04 janvier 2004, 07:19 - Vol. 4 : Voyelle
Apporté dans mon sac quelques livres, dont ces deux-là de Bataille : La
littérature et le mal, et L'expérience intérieure.
Noté ceci :
« Les êtres particuliers comptent peu et renferment d'inavouables
points de vue, si l'on considère ce qui s'anime, passant de l'un à l'autre dans
l'amour, dans de tragiques spectacles, dans des mouvements de ferveur. Ainsi
nous ne sommes rien, ni toi ni moi, auprès des paroles brûlantes qui pourraient
aller de toi vers moi, imprimées sur un feuillet : car je n'aurai vécu que pour
les écrire, et, s'il est vrai qu'elles s'adressent à toi, tu vivras d'avoir eu
la force de les entendre. » [in L'expérience intérieure]
Côté coeur, j'ai opté pour la voie du paradoxe. Tant qu'à m'enfoncer, j'irai
jusqu'au fond. Je coupe les moteurs. J'amorce la descente. Ça va faire mal.
Et puis je rentre demain. Me rendrai faire un tour à Trois-Pistoles avant de
repartir en ville. Trop envie de la lumière venant de la mer. Je me
stationnerai sur le quai et je lirai une heure ou deux assise au soleil, avec
le vent du large pour me lécher les joues. Demain, il fera soleil.
Par annie strohem le samedi 03 janvier 2004, 14:49 - Vol. 4 : Voyelle

Hier fut un jour béni s'il en est, un jour de cure dans la ouate. Résultat :
guéri le mal de ventre, mais pas fini le rangement des papiers, pas défait le
sapin. Mais pas triste. Pas en colère, ou peut-être encore un peu. Pas fière de
moi. N'ai pourtant commis aucune faute qui mériterait l'autoflagellation. Sauf
que je crois bien m'être enlisé le coeur une fois de plus dans un petit guêpier
que je connais bien et qui ne mène nulle part sauf à d'autres souffrances ; et
tête baissée, comme il se doit.
Enlisée est bien le mot juste.
Quand essayer d'avancer ou de faire marche arrière ne fait que vous enfoncer
sur place, c'est de l'enlisement jusqu'aux caps de roue. La seule issue
possible, pour m'en sortir dignement et conserver mon intégrité sera donc le
paradoxe : accepter de rester coincée là-dedans et réfléchir à ce qui est en
train de se passer.
J'ai déjà appris que lorsque je ne peux pas changer une situation, il me
faut moi-même changer ma position par rapport à cette situation. Et c'est
moi-même que je n'arrive pas à décoder en ce moment. Ne m'en demandez pas plus,
je n'en sais pas plus.
Tout ce que je sais ce matin c'est que, comme prévu, je descends dans le Bas
du fleuve passer quelques jours paisibles loin de la ville. Pour écrire et me
reposer.
Par annie strohem le vendredi 02 janvier 2004, 10:51 - Vol. 4 : Voyelle

Fatiguée et un peu malade. Je dors mal. Pris de la teinture de Boldocynara [ingrédients : herbe d'artichaut, fruit de chardon-marie, herbe et racine de dent-de-lion sauvage, et huile de boldo]. Ça va passer. Entrepris tout de même de ranger et classer dans des cartons mes notes de cours, des articles, et des monceaux de documents qui s'accumulent en vrac dans ce bureau depuis trois ans. Quand ça va pas, autant faire du ménage. Et la sieste.
Dans la soirée, dégarnir le sapin et ranger les décorations de Noël jusqu'à l'an prochain. Demain je veux être en forme pour prendre la route et voir le fleuve, direction Kamouraska.
Par annie strohem le jeudi 01 janvier 2004, 11:48 - Vol. 4 : Voyelle
J'ai cherché des mots pour vous offrir mes voeux, à vous tous qui lisez ce journal en silence et à vous aussi qui avez osé briser la glace et m'écrire. J'ai voulu trouver les mots les plus doux et mon cerveau s'est vidé. J'ai voulu les mots justes et qui auraient du sens, les meilleurs, ceux avec des petits chevaux et qui sauraient vous aller au coeur et vous emporter loin bien emmitouflés au chaud dans une peau de castor. J'ai passé la nuit debout, marché dans la neige et bu trop de champagne et de porto et j'ai cherché des mots et les amis sont venus et il en manquait quelques uns, et le temps est devenu si doux, on a beaucoup parlé et mon coeur s'est rempli et je n'ai pas pleuré, si peu, pour que la peine se vive et j'écris pendant que le jour avance et que fleurit le plus beau soleil de l'année et ils mettent les vieux disques à jouer, à déchirer le silence. Arrive midi et c'est Bob Dylan et je cherche encore des mots pour vous en fredonnant Vigneault. Je souhaite des mots dotés de tous les pouvoirs, pour entourer, calmer, câliner, vous consoler, vous inspirer, vous attendrir, et apaiser, aimer, guérir, écouter, et vous donner encore je ne sais pas quoi, ce que vous voulez, la santé, la richesse, la vraie, la paix, la sainte paix, et le succès, vous souhaiter de grandir, de chercher et d'apprendre encore et encore plus, la sagesse, la tendresse, le bonheur, pourquoi pas, et des fleurs avec l'amour, toujours. Ce sont mes voeux pour la nouvelle année, les premiers mots doux avec Fleurs et Voeux.

Au doux milieu de vous
Que ma chanson soit belle
Et qu'elle vous rappelle
Nos premiers rendez-vous
Au doux milieu de vous
Le lac noir du silence
Aux plages que je pense
Le temps se tient debout
Venue je ne sais d'où
Une main prend la mienne
Et me guide et m'emmène
Vers ce pont d'entre nous
C'est un enfant jaloux
Qui veut toute la place
Qui sait que le temps passe
Au doux milieu de nous
L'horloge qui nous moud
Les jours comme farine
N'a rien qui me chagrine
J'entends sonner les coups
Comme le caribou
Qui s'attarde et qui traîne
Seul debout dans la plaine
Et qui connaît le loup
Au doux milieu de vous
Que ma chanson soit belle
Et qu'elle vous rappelle
Ses premiers rendez-vous
Au doux milieu de vous
Le lac noir du silence
Aux plages que je pense
Le temps se tient debout
[...une chanson de Gilles Vigneault]