journal* et autres écritures

billets de février 2001

16. p. et moi

P. et moi avons cinq (5) épineux problèmes à régler, seulement cinq (5), avant de procéder à notre bonheur, quelqu'un peut-il nous aider ?

Aujourd'hui, la situation étant assez épineuse à la maison, je me verrai contrainte de conserver mes envolées lyriques par devers moi.  J'aurai plutôt quelques questions à vous poser. Si vous le remarquez, j'ai utilisé le vous pour la première fois. Enfin ! que je pense aux paaauvres lecteurs ! Voici donc mes questions. Lisez bien attentivement. Il y a une récompense à la fin, pour qui trouvera les solutions.

1.  Script est tombée en amour avec P., mais P. préfère Lady A. Résultat : Script est folle de jalousie et veut m'empoisonner. Elle fait des choses cinglées comme mettre du sel de bain dans notre café et du poil à gratter dans notre lit. Question 1. : Que faire dans de telles circonstances ?

2.  Garfield, mon vieux chat sauvage, est tombé en amour avec P., et c'est réciproque. Question 2.a) Devrais-je être jalouse ?  2.b) Est-ce un manque de loyauté de la part de mon animal favori ? 2.c) Que puis-je faire ?

3.  P. est tombé en amour avec MA chaise longue, MA couverture de fourrure et MA terrasse. Question : 3.a) Ont-ils inventé des chaises longues à deux places ? 3.b) Ces vieilles couverture existent-elles encore sur le marché ?  3.c) Si oui, où peut-on s'en procurer ? 

4.  P. est tombé en amour avec mes chenilles.  Il insiste pour que j'écrive la suite des Nouveaux entretiens de Script avec les deux Chenilles vert lime tachetées de noir et orangé pas poilues sur l'émergence du sublime et des états d'âmes des chenilles grises poilues dans la pratique onaniste aseptisée du diarisme virtuel non transmissible sexuellement. Question 4. :  Est-ce que je risque de perdre son amour si je refuse de le satisfaire ?

5.  Les chenilles sont tombées en amour avec Garfield, Script est jalouse, Lady A. s'en fout, la chaise longue est vexée, la fourrure est à plat et P. est mort de rire.  Question 5. : Quelqu'un aurait-t-il le numéro du 911 pas loin ?

RÉCOMPENSE/REWARD
P. se fera un plaisir de vous adresser lui même une réponse personnalisée par courriel, si vous trouvez des solutions aux cinq (5) questions existentielles posées ci-haut et qui bouleversent la toute nouvelle paisible existence de Lady A avec son amoureux romantique & Cie.

La réponse de P. constitue la récompense, plus une publication possible sur notre prochaine page écrite à quatre [ou six] mains. Aucun problème si vous désirez conserver votre anonymat. On vous trouvera un autre pseudonyme.

15. cet élan du coeur

iris blanc

« Iris blanc,
la fleur
de la bonne
nouvelle... »

[dixit arbustea.com]

Cet élan du corps et du coeur qui pousse vers l'écriture quotidienne est si doux ce matin. Que se passe-t-il donc ?

Je crois rêver. Et pourtant je ne rêve pas. Non, je rêve. Je vais m'éveiller. Je n'ose y croire. Oui. Je ne sais pas si je pourrai écrire cette page. Je m'évanouirai devant l'irréalité de cette vie. J'échappe à ce qui tout récemment avait les apparences du définitif, de l'inexorable. Et je contemple une lumière merveilleuse. La lumière blanche de mon rêve blanc. Peut-on vivre ses rêves, ou découvre-t-on plutôt les mille et une façons de rêver sa vie ?

Ainsi donc, le rêve blanc. Le rêve ultime. Je suis avec P. Il est ici. Chez nous. J'ouvre la fenêtre et ferme les yeux. Tout explose dans ma tête. P. est avec moi. L'amour crée un tel élan de liberté intérieure. Le vrai jour de l'iris blanc, c'est aujourd'hui. Non, hier. Non, demain. Je dis oui. Il ne faut renier aucune parcelle de la passion qui dévore.

Ce matin, les mots sortent de moi et se déposent sur les ondes. Ils envahissent la planète. Leur souffle, plus léger que l'aile d'un papillon, m'échappe.  Je ne dors plus. Quand je dors, je reste fortement attachée à lui. Aucune attache n'est assez forte pour me coller encore plus près de lui, que ce qui adhère au nous à partir de l'intérieur. 

Je me sens si affaiblie et en même temps si forte en mon centre. Le noyau se dilue et se rompt, impuissant à contenir ma jouissance. Ma chair se fractionne en minuscules atomes qui virevoltent et s'élancent là-bas pour rejoindre l'essentiel de son essence à lui. Il est là. Nous avons retrouvé notre nid, intact. 

Cela se préparait. Je ne pouvais pas l'écrire ici [Script ne voulait pas]. Il a d'abord écrit. Disant qu'il avait été incapable de monter dans son train, à l'opposé du mien. Puis il a téléphoné. Plusieurs fois. Il a dit je réserve un avion et je vole jusqu'à toi. J'avais souffert. C'est oublié. Il a tellement souffert aussi.  La peine est effacée. Il a pris le temps. Médité. Nous avons parlé.  Parlé. Instants douloureux.  Heureux. Qui ont définitivement éloigné la peur. Le nous, plus grand que le soi, rassure. Je ne savais pas qu'un grand bonheur pouvait faire si mal.

Il est là! Notre rencontre physique s'est inscrite exactement dans le prolongement de nos lettres. Nos premiers baisers goûtaient salé. On aurait dit que la maison l'attendait, comme s'il revenait simplement d'un long voyage. Et, dans la froidure de notre première blancheur de l'aube, il a insisté pour que nous allions marcher dans le parc en haut de la montagne, celui quand je tourne deux fois à gauche en sortant de la maison. Dehors, il cherchait mes oiseaux pour ressentir, lui aussi, l'espace intérieur du monde. Je disais, viens, rentrons, on gèle. Rien à faire, quand un homme est heureux. 

Quel bonheur. Il s'amuse des bisous glacés. J'adore mes pas dans les siens sur la neige vierge. Il se couche par terre pour voler comme les anges et admirer après la trace laissée dans la neige par son corps. Il persiste à me fabriquer des couvertures de baisers avec les étoiles de neige. Il écrit. Il me relit une lettre. Ma main dans la sienne. Ses étreintes. Nos livres. Manger et boire ensemble. Nous toucher enfin. Sentir la bonne chaleur et le poids de nos corps. Surtout le poids. Et nos sourires (adieu les smileys). Je divague.

Il dort. Il récupère ses heures de l'autre continent égrenées à la surface de nos rêves éparpillés, sous la couette. Pendant ce temps, nous avons convenu que le feu ne s'arrêterait pas de brûler, dans la cheminée. Je reste là, à le contempler un moment. Je mets une autre buche. Puis je veux écrire.

Cela est si doux ce matin. Que se passe-t-il donc? La vie nous aurait-elle donné des ailes pour nous aider à réaliser notre rêve? 

14. peut-être que Script a besoin d'une pause

Klimt : Le baiser

C'est lundi. Rrendreriez-vous un petit café fort, Lady A ?  

J'ai rien de spécial à raconter.  Je sais pas trop pourquoi j'ouvre mon journal.  Par habitude ou par désoeuvrement ?  Pour garder la main ou faire mes gammes à la manière d'une pianiste ?  Un peu tout ça en même temps, je pense.  Et pour bien d'autres raisons que le lecteur trouvera oiseuses, nulles et non avenues.  

Pourquoi j'écris ces mots là ?  

L'amour du son.  

Le sens ? 

Journée ordinaire...
En principe les vies ordinaires se passent très bien de commentaires.  Mais des fois j'ai l'irrésistible envie de  pousser mon masochisme dans le coin, jusqu'à tout raconter en détail.  Pourquoi pas ?  Je pourrais facilement rendre la chose intéressante en l'enjolivant.  Lire : en trichant et en racontant n'importe quoi.  Exemple :  Je me lève.  Script a pas dormi, est en pleine déprime... pas question d'avouer ça, c'est loser.  Il faut être populaire à tout prix.  Pis y a que les winners qui pognent. Fake vite, je me dépêcherais d'écrire que tout va bien.  Héhé, le lecteur aime pas le déprimépointcom.  Faut pas lui en servir trop souvent.  Alors on réchauffera le tape à l'oeil, le clinquant.  Ou le bon vieux pâté chinois.  Comme les rêveries de ma dernière promenade, peut-être ?

Pas de chance !
Dommage.  J'ai pas de chance à matin.  Je file pas déprimée pantoute.  Je vous le jure, Votre Honneur.  C'est donc pas aujourd'hui que je deviendra célèbre. Sauf que je me suis levée pareil.  Très tôt.  Et que j'ai écrit dans le livre sans pouvoir m'arrêter.  J'arrive à midi complètement vidée, brûlée.  Le cerveau vide comme le sac brun d'un robineux (après qu'il se soit liquéfié grâce à la diva boteilla, qu'il y dissimulait, cela va sans dire).  Le pire c'est que j'ai un contrat à finir.  Vers 9h37, je lui ai adressé discrètement un léger signe d'honneur.  Il aura compris.  C'est pas encore à matin qu'on m'enchaînera comme une salariée syndiquée étouffée à l'os, pensais-je.   J'ai pas envie d'y toucher à la job quand elle me pue au nez, me dis-je.  Cultiver des fleurs ou des tomates, voilà qui me siérait.  Wow.  Première fois que j'écris le verbe « siérer »...  Je devrais arrêter d'écrire des banalités dans ce journal.  L'autre appellerait ça des platitudes.  C'est insultant pour les platitudes.  Faut pas leur faire de peine aux platitudes.  Peut-être que Script a besoin d'une pause ? Prendreriez vous un petit café fort, Lady A.? 

Donc où en étais-je ?
Ça puait.  J'pourrais même pas divaguer sur mes dernières promenades dans la ville et la nature parce que je suis pas sortie depuis samedi.  On s'en souviendra, c'était pour faire quelques provisions indispensables si je veux pas finir par mourir d'anorexie subite.  Sur ce, je m'arrête, je sais plus où j'en suis. Vivement.  Mon café.  Noir.

13. la vraie jonquille

Je sais, je sais, au Québec, les jonquilles, c'est pas pour tu'suite.  Mais, j'en ai reçu pas plus tard qu'aujourd'hui.  Elles sont en pleine floraison dans les régions méditerranéennes.  D'où elles sont originaires d'ailleurs. Là-bas, le printemps vient d'arriver, en plein mois de février! C'est pas gênant !

Je me suis renseignée sur la question. Les narcisses et les jonquilles (Narcissus) appartiennent à la famille des Amaryllidaceae (amaryllis).

Les diaristes vont-ils s'emparer de cette fleur et en faire leur emblême?  Suspense.  Tout porte à croire que la passivité ambiante est plutôt désignée comme emblême collectif par défaut (lire DEFAULT ) ici comme ailleurs.

Les narcisses sont des fleurs qui sentent très bons.  D'habitude.  Quand on en achète qui n'ont pas d'odeur, c'est la faute aux hybridations de toute sorte, au transgénique, là comme ailleurs. 

La vraie jonquille est, selon les régions, une Narcissus jonquilla - plusieurs petites fleurs par tige - ou une Narcissus pseudo-narcissus - la narcisse trompette sauvage. C'est celle-là que j'aimerais être pour de vrai.  Une seule fleur par tige.  Sauvage. 

jonquilles

Mathusalem
 
Lorsque Mathusalem
Alla dire « Je t'aime »
À la jeune fille,
Il... apporta des jonquilles.
Elle aimait les jonquilles.

Il avait huit cents ans.
Elle avait seulement
Six cent trente-quatre ans
Et... ses parents ne furent pas
D'accord, surtout Papa...

Il attendit un siècle
Et enfin, le vieux type,
Un soir, cassa sa pipe.
Mathusalem, aussi sec,
Retourna voir sa belle
Avec des asphodèles.

Il avait neuf cents ans,
Elle, maintenant,
Sept cent trente-quatre ans
Mais... paraissait sept cent... trente.
Et elle avait des... rentes.

Elle fit sa timide.
Soixante ans encore.
Elle était candide.
Lui... était fou de son... corps.
Il attendit encore.

Elle finit vieille fille.
Lui, toujours joyeux drille,
Apportait des jonquilles.
A neuf cent soixante-neuf billes,
Mathusalem, enfin,
Approcha de sa fin...

Parce qu'après tant de jours,
Il mourut d'amour.
Alors, toi tu penses
Que moi j'aurai sa pa...tience ?
Moi j'aurai sa patience,
Moi j'aurai sa patience,
Moi j'aurai sa patience...

Paroles : Jean-Loup Dabadie
Musique : Serge Reggiani
(image de Hachette Multimedia)

12. l'indifférence des fleurs

Ce matin, j'ai reçu un e-mail à propos de mon journal.  En partie, le e-mail dit ceci : « Je suis une nouvelle lectrice sur les bords de la Méditerranée... Et ce qu'elle lit dans vos pages fait tellement écho en elle même... Voilà, alors merci d'écrire et nous donner à lire ces pages. »

Cela m'a causé un petit choc.  Je suis restée là à lire et relire ce message qui m'arrivait de si loin.  Qui venait d'une femme habitant un autre monde baigné de soleil.  Je réalisais que c'était probablement la première et dernière fois que je lirais ses mots à elle.  Et que ce journal venait de voir défiler deux mois de ma vie à la vitesse d'un éclair.

Je ne pensais pas recevoir un tel commentaire aujourd'hui. Franchement. Je n'ai jamais reçu des tonnes de e-mail. J'ai quelques abonnés. Pas beaucoup. Les doigts d'une seule main suffisent à les compter. Ceux là, je les connais, je les lis aussi, on s'écrit. C'est mon mini réseau. Mais pour avoir une idée du lectorat de ce journal, juste avec le compteur, c'est embêtant. Plusieurs visiteurs ne restent que quelques secondes. Je me demande toujours ce qu'ils peuvent bien avoir le temps de lire en 12 ou 15 secondes. D'autres, c'est zéro seconde. Vrai. Des personnes qui doivent chercher autre chose, des faux numéros ? Je n'ai aucune idée. Si j'enlève les faux visiteurs, il me reste les doigts de la main et ceux de mon autre main pour des lecteurs inconnus.

La question qui se pose depuis le début est la suivante : si j'écris pour si peu de lecteurs, cela vaut-il la peine de continuer ? Écrire plus ? Plus longtemps, autrement ? Sauf que je n'ai pas plus de 24 heures dans une journée. Alors je continue, pour moi et mes « proches ».

Je l'avoue. Je suis égoïste. Intéressée. Superficielle. J'ai besoin des lecteurs. Autrement je parle toute seule. Et me parler à moi-même, je pourrais faire ça beaucoup mieux offline. Ce que j'essaie de dire c'est que je n'ai pas besoin d'écrire tout ça , si personne ne vient le lire. Si les regards extérieurs demeurent indifférents. Autrement dit, je suis convaincue que ce journal serait sans raison d'être si personne ne le lit.

En tout cas, c'est ce que je pensais, certains jours. Ça me trottait dans la tête quand j'étais assise devant l'ordi pour écrire mon journal, ou encore quand je réfléchissais, le crayon en l'air, penchée sur mon journal papier. Et je me demandais, ça sert à quoi ? Pourquoi écrire si personne ne lit jamais ce que je mets des heures et des heures à sortir de moi ?  Je sais que d'autres se posent ce genre de questions, parfois. 

Il faut dire qu'avant, quand j'écrivais dans mes cahiers, je ne me cassais pas la tête. Je savais que je n'écrivais que pour moi-même. C'était clair, il n'y avait aucun autre lecteur possible. Tout ce qu'il m'importait était d'écrire, de sortir les mots de moi et de les balancer sur le papier.

Ensuite, avec le journal online, au début, c'était un peu pareil. Je me disais, j'écris d'abord pour moi, et si j'ai des lecteurs ce sera tant mieux. Si personne ne lit ? Ce sera tripant aussi. À la limite, j'écrirai pour le cosmos. Qui sait si quelqu'un ne retrouvera pas un petit bout de mon journal dans dix ou trente ans, au Japon ? Ces idées m'amusaient, me suffisaient.  Je me disais : au moins, j'écris. Au moins, je laisse une trace de mon passage. Je dis ce que j'ai à dire.

Et puis les jours passent, et mon opinion change. À répétition. Avoir des lecteurs, c'est important. Avoir des lecteurs, ce n'est pas important. Parfois j'en ai besoin. Parfois je n'en ai pas besoin du tout. Les lecteurs, c'est le plus important. Avoir des lecteurs n'a aucune espèce d'importance. L'appartenance à une communauté fait qu'un journal online est spécial. Les interactions avec les lecteurs sont ce qui nous placent le mieux dans notre propre écriture.

Je suis là et je jongle avec toutes ces idées comme les savants examinent leurs hypothèses de recherche. Ce sont les balles avec lesquelles je jongle quotidiennement. Si une journée une théorie ne marche pas, je laisse tomber la balle. J'en prends une autre. Par exemple, si j'ai eu trois lecteurs dans toute la journée, je me dis c'est pas grave, pas besoin, j'écris pour moi. Un journée j'en ai trente ? Je pense heureusement qu'ils sont là, je les aime, je vais leur écrire quelque chose d'encore mieux demain. Et le lendemain, paf, personne... mon papier était bon pourtant. Bof. C'est pas si important, ce qui compte c'est de m'exprimer... et blablabla. 

C'est tout le temps comme ça. Et il n'y a pas de réponse. Je n'en trouverai probablement jamais.

Si une fleur tombe et meurt dans un jardin, que se passe-t-il ? Pas grand chose. Mais le jour où elle est morte, faisait-il soleil ? Était-elle encore toute belle et parfumée ou bien fanée et pourrie, malodorante ? Les gens l'avaient-ils admirée, avaient-ils humé son parfum, l'avaient-ils prise en photo ? Peut-être que personne ne l'avait vue durant toute sa vie de fleur ?  Peut-être qu'une seule personne avait pris le temps de la regarder vraiment. De l'apprécier.

Peu importe de savoir si on portera le deuil de la fleur, ou de savoir qui le portera, ce qui importe c'est de savoir que cette fleur est morte. Qu'elle a été vivante un jour. Qu'elle était belle et qu'elle sentait bon.

Le gros camion de vidange qui passe ramasser les poubelles dans ma ruelle les lundis et jeudis matins dédage des odeurs épouvantables. On le sent, on l'entend. Tout le monde le remarque. La putain affreusement fardée, qui porte des vêtements criards, tout le monde la remarque. La une du Journal de Montréal qui affiche un meurtre crapuleux en rouge et noir, tout le monde la remarque. Le beau gars que j'ai rencontré hier et qui sentait si bon que je me suis presque retournée pour suivre son odeur...  On le remarquera.

La rivière bouillonnante dans la montagne. L'arbre dans la forêt. Le chat à la fenêtre. La neige sous mes pas.  La fleur dans le jardin. Le mot sur le bout de la langue. Suis-je là pour ça ? Si ça sent bon et que c'est beau, le sentirai-je, le verrai-je ?  Si ça produit un son, l'entendrai-je ? Et si je ne suis pas là, y aura-t-il un son quand même ?

La rivière, l'arbre, la fleur, le chat, le mot n'ont pas besoin de moi pour exister. Ils n'attendent pas après moi. Je peux choisir de vivre avec eux, d'en profiter, les sentir, les regarder, les aimer. Trouver la paix, la joie, l'horreur ou l'ennui avec eux.

La montagne affiche la plus royale indifférence. Comme la rivière, et le chat. Les mots aussi sont indifférents, ils ne voient pas ce qui s'agite autour d'eux. Peu leur importe si quelqu'un s'approche et les regarde.

Cependant, si je ne les recueille pas, ils ne seront pas là, eux, pour être vus. C'est comme un livre qui ne serait pas publié, il ne serait jamais acheté et lu. Les pages resteraient dans un tiroir. Mais si on publie le livre, il faudra bien un libraire quelque part pour le placer sur son étagère. 

La fleur aura-t-elle de l'importance s'il n'y a personne pour l'admirer ? Cela n'a rien à voir avec la fleur. Cela concerne les personnes qui sont indifférentes, insensibles ou qui ne le sont pas. S'ils regardent ou s'ils ne regardent pas. Et la fleur ne pourra mourir dans le jardin que si elle s'y trouve déjà. Si elle est à sa place.  Si la fleur n'est même pas là, personne ne pourra la contempler, même si c'est la plus magnifique fleur du monde. La fleur, elle s'en fout.  Elle est indifférente. Mais tout cela n'a rien à voir avec moi.  Je suis juste une fleur.

11. où Script passe la nuit à...

Après ma nuit baroque où j'ai refait plusieurs fois le rêve blanc, je sais que la journée sera bonne avec plein de choses à faire.

Mais auparavant, établir le programme de la journée : déneiger la terrasse et y réinstaller la chaise longue. M'y assoir quelques heures pour finir la relecture de Mimésis, bien emmitouflé sous la chaude couverture de fourrure. Après, il faudra que je fasse les inévitables provisions et ensuite, back to the future roman pour écrire une page ou deux si j'ai de la chance.

Hier soir, parlé au téléphone avec Marie-Françoise. Elle reçoit sa mère ce week-end, alors mon petit voyage à Boston se fera comme prévu, il est juste reporté à la mi-mars.

J'aimerais tellement me guérir de cette triste habitude de ne parler que de moi dans ce journal. Mais pourquoi? Je ne peux quand même pas parler des autres non plus. Sauf à faire des liens vers les journaux, les livres et les images que j'aime et qui m'inspirent. Les images, tableaux, livres et journaux online que je n'aime pas, je le répète, je ne les regarde pas et je n'ai surtout pas de temps à perdre en écrivant à leur sujet. Mon écriture ne se spécialise pas dans la critique, le trash ou le bitchage.

Si je devais m'inventer un métier, ce serait celui de « Collectionneuse de moments privilégiés », je serais une manière de cueilleuse d'instants où l'étincelle se produit entre deux êtres. Et puis il faudrait aussi inventer un autre métier, celui d' « Entreteneur de flamme ». On se doutera pourquoi. Alors je persisterai et n'écrirai ici que sur ma propre vie. Et des liens qui se tissent vers les oeuvres et les auteurs de mon choix. À bien y penser, ces deux métiers que je songe à inventer ressemblent assez à l'idée que je me fais de l'art et de l'artiste. En partie.

Je suis retournée lire la page du 15 janvier. Je n'avais même pas raconté le rêve dans le journal. Par contre je l'avais écrit, je ne vous dirai pas où [Script ne veut pas que je le dise].

Dans ce rêve, il y avait de la brume qui montait du sol. Je dînais avec un bel homme dans un restaurant d'une autre époque. Des murs de pierres blanches. Des nappes blanches descendaient jusqu'au sol et se perdaient dans la brume. La conversation était douce. Les mets et les vins raffinés. 

Et du blanc partout. Des brassées de fleurs blanches, les tables en étaient inondées. Un solo de violoncelle jouait du Bach. 

Nous avons mangé, puis nous nous sommes dirigés vers la sortie, lentement. En marchant, j'ai prononcé un drôle de mot qui est en fait l'homophone d'une abréviation. Gênée, j'ai rougi. Mais l'homme n'a pas eu l'air troublé. Il avait compris le sens de cette association qui n'existe que dans son journal à lui. Il avait l'air de trouver naturel que je parle son langage à lui et non le mien.

Dans le rêve blanc, on aurait dit que nous poursuivions l'échange commencé par écrit quelques jours plus tôt. C'était bien. Et je me suis réveillée tout en douceur après. 

Ensuite j'ai écrit à l'Homme et lui ai raconté le rêve blanc. Il m'a demandé si j'avais lu Fanfan de Alexandre Jardin. Non. Je ne l'ai pas lu. Pourquoi ? Il n'a pas répondu. »

Si je lis Fanfan, y découvrirai-je un rêve qui ressemble au mien ? Un moment privilégié pour ma collection ?

10. comment apprivoiser la flamme de la vie

Il y a des matins où le soleil a beau briller, les oiseaux chanter, on dirait que la vie cherche à me déserter d'elle-même. Je ne peux rien contre ça. Pourtant, il y a énormément de beauté et de bonté autour de moi.

Je pense à une très belle lettre qui m'attendait dans mon courrier électronique. Une longue lettre écrite avec passion, avec une grande générosité. Les propos sont justes et réfléchis. Ce sont des mots qui font du bien et permettent d'avancer. Un encouragement à persévérer dans la voie de l'intégrité et de la fierté. Et à préserver l'amour, cette part de soi devenue si vulnérable.

Après le déjeuner, la lourdeur intérieure qui était présente comme un poison dès le saut du lit est revenue. Au lieu d'écrire bien sagement, je suis partie à la chasse aux images sur le web. En cherchant une nouvelle bougie pour éclairer ma page du jour, je suis tombée sur les deux La Tour que je me suis empressée de coller dans la marge. Les images étaient dans Paris Match

On pourra en savoir plus long sur le site. Quelle lumière ! Ce peintre n'a pas la réputation d'être « le maître du clair-obscur » pour rien. Mais. Hasard ou coïncidence ? Il a aussi peint des Sebastian, mais je ne réouvrirai pas ce chapitre ce matin. Tout ce que je cherche à écrire, c'est qu'aujourd'hui, si je veux retrouver le bout du fil de ma fiction, il me faudra suivre patiemment le regard de l'artiste qui, lui, a su « apprivoiser la flamme de la vie ».

En ce moment précis, la radio joue « Casta Diva ». C'est beau. J'ai envie de partir pour un long week-end, voir la mer froide à Ogunquit et Cape Cod, et passer quelques belles soirées à Boston. C'est peut-être pas une si mauvaise idée.

9. quelques heures et deux bagels plus tard.

Je n'ai pas réussi à avaler cette soupe. Alors j'ai tout jeté à la poubelle.

Puis je me suis rendue à la bibliothèque de l'UQAM. Ça m'enrage de ne pas pouvoir emprunter les meilleurs livres, les plus anciens. Toute une cérémonie, avant d'avoir le privilège de les consulter. Comme s'ils faisaient tout pour que personne ne touche jamais à certains livres. Je sais bien qu'ils ne cherchent qu'à les conserver en bon état. Mais j'aime mieux travailler chez moi.

Quand je passe deux ou trois heures là-bas, j'ai beau lire et prendre des tas de notes, je n'ai pas suffisamment de temps pour entrer en contact avec ma lecture, avec le livre. Tout me distrait. Je regarde le monde, j'ai le nez partout sauf dans mon livre. J'exagère ? Toujours cette impression de ne pas ressentir ce que je lis, et je retiens moins bien. Après, quand je retrouve mes notes de lecture, je suis toute étonnée d'avoir déjà vu le livre en question. Je l'avais oublié. 

Je me demande ce qui arrivera quand on ne pourra plus toucher aux vieux textes pour de vrai. Je veux dire, quand tout sera numérisé et qu'on pourra avoir accès à l'ensemble de ce qui s'est imprimé depuis Gutenberg sur CD-Rom ou sur Internet. Ma crainte, c'est qu'ils ne gardent pas les originaux et qu'un jour, on n'ait plus les « lecteurs » appropriés, plus rien qui ne sache décoder ces langages. On aurait l'air fin. Mais on aurait peut-être aussi oublié à ce moment-là que l'écriture et l'imprimerie ont déjà existé.

Tout à l'heure, en revenant à pied par la rue Saint-Denis, j'ai rencontré la belle Sarah, une ex-collègue [ça fait drôle de dire ex pour ça, mais je ne trouve rien d'autre... une collègue d'un ex-employeur que tu revois jamais, ça devient une ex, non?]  Quoiqu'il en soit, j'ai été très surprise et contente de la revoir comme ça, par hasard. J'aime croire que le hasard n'existe pas. Qu'il n'y a que des coïncidences. Mais des bonnes, en tout cas !

On en a profité pour s'arrêter prendre un café à la Brûlerie. Jusque là, je ne m'étais pas rendu compte mais j'avais une faim de loup ! Pendant que Sarah me racontait les derniers événements de la plus haute importance survenus au bureau [Script ne raffole pas des potins], j'ai mangé deux bagels avec saumon fumé [moi qui d'ordinaire ai de la difficulté à en manger tout un]. Je suppose que ce soir, au souper, je vais encore me demander comment ça se fait que je ne peux rien avaler ? 

8. dans la marge

Je reviens au journal par pure envie de coller une jolie fleur sur ma page. Dans la marge, je le précise, et non pas en marge de mon histoire. La tradition des fleurs et de leur nom en latin se poursuivra malgré tout. 

Mais je fais erreur, ce n'est pas mon histoire ni même une histoire que je raconte. Je « me » raconte ?Non plus. Pas certain. Je crois que j'essaie de raconter ce qui est mien, ce qui me touche (comme dans my life) davantage que de parler de moi (me ou myself). Est-ce que cela fait une différence ? Probablement. Écrire ce journal pour jeter un peu de lumière sur ce que je vis afin d'y voir plus clair. J'en reviens presque toujours à ça. 

Il faudra que je médite sur cette incapacité à manger quand ça ne va pas. Quand je suis triste, ou bouleversée par ce que je vois, ou vis. La misère, le malheur autour de moi. J'ai fait de la soupe, mais j'ai pas tellement envie d'en manger. Poulet et vermicelles. Les vermicelles longues. D'habitude j'aime bien la soupe aux vermicelles.

J'écoutais les Variations Goldberg. Cette musique, [je parle de l'enregistrement 1955 du pianiste virtuose et génial que je préfère : Glenn Gould] m'a toujours accompagnée dignement dans les grands moments, les moments privilégiés. Ou quand l'écrit s'impose et fait gonfler mon manuscrit de quelques pages, comme ce matin. Avec tout ce que j'ai « pondu », je peux bien prendre une courte pause. Pour ma fameuse soupe...

7. « je voudrais écrire une histoire inventée mais vraisemblable [...] »

J'aime écrire le matin. Comme samedi [Script dit que c'était lundi], ce mercredi est doux [sauf qu'aujourd'hui il n'y a pas d'odeurs de cigarette] et j'ai ouvert la fenêtre de cette grande pièce calme où je travaille. J'entends les oiseaux se chamailler dans le vieil érable. Les rayons du soleil n'ont pas encore commencé à chauffer très fort... ça ne fait rien, puisque cet éclairage matinal illumine chacune des branches et les moindres petits bourgeons rouge vin pointent vers le fond du ciel qui n'est déjà plus tout à fait gris. Non, il serait plutôt blanc clair. Pollution ? La luminosité extérieure provoque des éclairs à l'intérieur. Ces oiseaux qui murmurent de plaisir dans la brillance matinale me remettent une fois de plus en contact avec la paix et la joie de l'espace intérieur du monde. C'est ça le bonheur. Je n'ai même pas besoin de le chercher. Mais je n'oublie pas de le cueillir. Ainsi, la tristesse ne colle pas sur moi.

Il y a quelque temps, j'avais fait le projet d'écrire un essai sur le journal de Katherine Mansfield.  Et puis je n'ai rien fait.

Pas exactement. J'ai relu le Journal, et pris des notes.  Et puis...  Non, je ne pourrai pas raconter ça. Les mots qui me viennent ne peuvent pas rendre compte de cette réalité qui est peut-être encore trop collée à moi pour se laisser décrire. 

Nous lisions le même livre, au même moment. Un jour, P m'a écrit : « va voir Juin 1907 ». J'ai vite cherché la page. J'avais souligné ce passage la veille.

Juin

« Huit heures juste. Quelque part dans le monde, peut-être est-il en train de s'éveiller, de s'habiller, ou encore il joue, il déjeune - et moi, je suis ici. [...] Extraordinaire, de vivre si loin de son autre moi et, pourtant, de s'en sentir plus proche chaque jour. Tout ce qui le concerne me paraît plus clair. Je me le représente dans toutes les situations imaginables, et je sens que je ne me trompe pas. [...]

« Je veux fêter ce jour d'une manière positive, en commençant un livre. En moi-même, tandis que je marche, que je m'habille, que je parle, même juste avant de jouer du violoncelle, mille images délicates flottent et s'évanouissent. Je voudrais écrire une histoire inventée mais vraisemblable - parce que hors de question - qui fasse battre le coeur du lecteur, l'émeuve, d'une manière durable, le fasse verser des larmes exquises et rire d'un rire exquis. Jamais je ne donnerai dans le gros comique. Et puis il faut que ce soit ultra-moderne. »

Katherine Mansfield : Journal, p. 63

C'était exactement ce que nous vivions et ressentions. Cet événement  s'est produit le ou vers le samedi 3 février. À ce moment-là, je censurais [je préférais utiliser le mot mesurer plutôt que censurer] mon journal de ces milliers d'instants magiques que je vivais. Aujourd'hui, comme par enchantement, ma mémoire ne cesse de m'y ramener. Alors je veux l'écrire.  Sans chercher. Je noter seulement ce qui me revient, ce qui remonte tout seul. Ce sont les souvenirs heureux. Pourquoi censurer le bonheur ? Il y a tellement de méchanceté et de laideur en ce monde, il faut laisser fleurir et s'exprimer la beauté. Peut-être cela fera-t-il un jour contrepoids ?

Sur ce, les oiseaux se sont calmés. Il est grand temps que je travaille.

6. on veut savoir c'est qui

On veut savoir c'est qui P. Franchement, je ne sais même pas qui c'est. Peut-être personne. Peut-être trois ou dix personnes qui s'amusaient à jouer au lecteur amoureux qui vient te relancer jusque chez-toi, dans ton intimité. C'est le IL qui te chante qu'il t'a « reconnue » comme son âme soeur, il te fait virtuellement des regards tendres, admiratifs. 

P, c'est le lecteur amoureux transi qui a tout fait pour m'attirer vers lui. 

P, c'est l'entité virtuelle qui m'annonçait dimanche qu'il ne me regarderait plus du tout, jamais.

Je sais qu'un jour, si j'attends trop, il sera trop tard pour répondre à son message de rupture. Ça me donnerait quoi d'ajouter quelque chose, de lui écrire encore ? Après, je me demande s'il me répondrait, s'il m'écrirait une autre fois. Et s'il m'envoyait un autre message dans une semaine, ou deux, ou même dans un mois ? La même question se poserait. 

A quoi cela nous mènerait de poursuivre une correspondance ? Déjà, nous sommes si éloignés l'un de l'autre. Mais je me mets à sa place, peut-être qu'il s'attend à une réponse ? Ça doit être terrible d'écrire un « non » comme celui là, et de se retrouver sur du vide. Peut-être qu'il espère un mot pour en finir, une sorte de conclusion, un point final. Mais je dois me tromper. Il pourrait aussi avoir poussé un grand soupir en se disant finissons-en, que je lui écrive ce dernier mail et que j'en entende plus jamais parler, sans se poser toutes ces questions. 

Et si je ne pense qu'à moi, il faut bien que je me demande ce que je veux. J'espère quoi en lui répondant ? Qu'il me raconte tout le plaisir qu'il prendra à la vie « sans moi » ? Cela me rendrait jalouse. Et s'il est malade ou qu'il ne va pas bien, je pourrais m'inquiéter encore pour lui et avoir envie de tout faire pour qu'il soit heureux. Si lui-même ne croit pas au bonheur, je suis qui, moi, pour vouloir le lui servir soir après soir pour les mille et une nuits à venir et toutes les autres après ?

J'en arrive donc à la conclusion que je laisserai son message attendre sur le dessus du  cartable noir. Et dans quelques semaines, dans quelques mois, la décision se prendra toute seule. Cela ne vaudra plus la peine. D'autres messages se seront empilés par-dessus.

5. quelques questions

Quelques questions, pour essayer d'y voir plus clair.

Il est très tard.  Je bois un thé à la menthe. Sucré, et avec du miel.  J'avais oublié de dire que quand j'ai reçu les premières lettres de P. (celui que j'appelais il, lui, ou Shâhryiâr), je m'étais mise à faire de la fièvre. Et cela avait duré plusieurs jours. Il y a plus d'un mois de cela. J'ai conservé toutes ses lettres et les miennes aussi. Ce sont de très belles lettres. Nous en échangions des dizaines par jour.  Et ce soir, la fièvre a réapparu. Est-ce un signe?

Dans son dernier mail, il me faisait part de son désir de me voir prendre un train à l'opposé du sien. Il m'avait souhaité bonne route. Son plus cher désir - m'écrivait-il -, était que cela se passe bien pour moi. Merci. Avouer que je n'y croyais pas beaucoup. Pas plus qu'au reste du verbiage de circonstances : à quel point je l'avais fait réfléchir, bla bla, comment il voyait la vie autrement depuis moi, bla bla bla, en quoi et par quoi il prenait conscience depuis nos échanges que les relations virtuelles et l'amour devant un écran, ce n'est pas la vraie vie, bla bla bla et rebla. 

Je ne lui ai pas encore répondu. Son e-mail est dans ma liste de lettres à  écrire, sur le coin de ma table de nuit.  Je place mon courrier dans un cartable noir doublé de toile, avec trois petites boucles de ruban noir tout autour. Je vois ses mots quand je me couche le soir et quand je me lève le matin. Ou quand je vais dans ma chambre prendre quelque chose. Je ne suis même pas certaine que je vais lui répondre. Je ne sais pas. Peut être que je choisirai de garder le silence à tout jamais avec lui et que, moi, Lady A., je ne lui souhaiterai jamais d'être heureux, comme lui il a eu la « générosité » de le faire pour moi. Je n'ai pas encore décidé, pour demain.

4. Comment Script se remettra-t-elle de sa peine d'amour virtuelle ?

Comment ? J'ose pas lui demander. Et vous?

Je sais, la question est d'actualité ce matin. La question se pose, donc. Mais le risque que je prends en la laissant s'emparer du sujet c'est que nous écrivions trois gros chapitres là-dessus aujourd'hui et que moi, et les lecteurs aussi, bien sûr, ne soyons pas plus avancés après ces fameux trois chapitres de lamentations. 

Alors? On le sait tous qu'une peine d'amour ça fait mal. Moi, j'ai pour mon dire que plus on en parle, plus on court le risque de s'apitoyer sur son triste sort. C'est comme ne pas en parler du tout d'ailleurs, ça produit l'effet inverse, on s'imagine que ça va aller sans avoir vidé la question. Au fond, ça revient à peu près au même. 

Alors j'ai le choix. Ou bien on s'étend sur le sujet, ou bien on nen parle plus. Peut-être même existe-t-il une troisième option, que je n'ai pas encore entrevue? Oui, on peut écrire, mais sur un autre sujet. Faire diversion, momentanément et y revenir après que la chose triste soit toute ramollie comme un fruit mûr.

Franchement, cette troisième option me plaît bien. Mais de quoi on parle alors? De température? Oui. J'adore parler de température. À première vue, il fait gris. Ça grisouille à plein à matin. Je me souviens d'avoir lu dans le journal de la Scribouilleuse que : c'est pas parce que t'as des larmes sur les joues que tu sens pas la pluie, ou quelque chose comme ça.  Ou était-ce plutôt le contraire? Quelqu'un s'en souvient-il de cette phrase? C'était il y a pas longtemps, quelques jours tout au plus. Une citation du genre : c'est pas parce qu'il pleut que tu sens pas les larmes sur tes joues... cela sonne-t-il mieux?  Aucune idée. Je ne comprends même pas ce que ça veut dire, mais j'ai aimé le mélange des deux pluies et j'ai retenu l'idée et la sacripante d'idée m'est restée, sauf que toute déformée. Alors je ne pourrai rien faire avec. Rien d'autre que de casser les oreilles de tout le monde avec ça. 

Bon, ne pas extrapoler, ne pas généraliser. Tout le monde, dans cet univers de diariste, c'est pas grand monde. Une mini mini pincée de sel en proportion de la population mondiale. Même pas une pincée de sel non plus, même pas un grain de sel. Autant dire presque personne. Même moi-même, je sais très bien que je suis personne. On l'a dit récemment. Je ne suis pas une femme ordinaire. Pas une petite fille ni une jeune fille non plus. Personne.  On est personne, nous, les diaristes. Faudra mettre ces derniers propos en perspective : c'est lundi matin. Il fait grisouillet. Mais doux. 

Mon bureau étant situé dans le fond du salon double, derrière les colonnes, la pièce s'est remplie hier d'amis fumeurs et amateurs de bière importée. J'aime pas cette odeur de mouffette et de taverne. J'ai la nausée puissance 10. C'est pas l'abus d'alcool. Je n'ai pris que quelques gorgées de vin à la santé des amis. Leur présence était rassurante. Les conversations ont porté sur tout sauf sur ma petite personne qui n'en est pas une. Avons-nous réussi une fois de plus à refaire le monde à notre image et à notre ressemblance? Je nous le souhaite ardemment. Ils ne savaient pas, pour mon Shâhryiâr-Tristan "virtuel"... Si je parlais de cette déception-là, ils m'interneraient. J'exagère à peine...

Là-dessus, je vous laisse, j'ai une grosse journée d'ouvrage qui m'attend. Et je laisserai la fenêtre ouverte toute la journée.   Fait doux comme au printemps. Pleut-il? 

3. Script a lu mon journal papier

Script a lu mon journal papier, nous en avons discuté toute la journée. Finalement elle accepte de ne pas étaler ma vie sur le net. Fiou !...

Pourquoi j'ai eu si peur? Parce que j'écris encore dans mon journal papier tout ce que je ne peux pas écrire online. 

Script, on l'aura compris, c'est la partie de moi qui écrit tout le temps et qui veut s'écrire corps et âme, aller jusqu'au bout d'elle-même. Je sais que cette option n'est pas viable. Toute personne a besoin de ses jardins secrets, web ou pas. Et peut-être encore plus quand elle écrit sur le web ?

Quoi qu'il en soit, j'avais promis à un être cher de garder le silence sur son identité et sur nos échanges. J'avais promis. Et je tiendrai parole. 

Mais je me sens maintenant libre de parler de nous, sans toutefois dire qui IL est. Parce que cette personne m'a dit NON aujourd'hui, je suis redevenue libre de me confier à mon journal online, libre de tout raconter ici. Parce que le nous a été détruit. IL m'a dit aujourd'hui qu'il valait mieux que nous prenions chacun notre propre train pour la vie. Qu'il fallait « tuer l'espoir » de nous "revoir"[sic]... Je n'ai pas eu le réflexe de lui dire que nous ne nous étions jamais vus :  sauf en photo et au téléphone et en mails, mais ça...

Notre rencontre fut une rencontre que tout le monde s'entend à qualifier de virtuelle. Et, comme Tristan et Iseult, nous dormions avec une épée (l'océan) entre les deux. 

Mais je ne m'étendrai pas longtemps sur le sujet ce soir, n'étant pas sujette à faire pitié. Et je sais que mon histoire n'est pas la première du genre. Je sais. C'est là que tout s'embrouille.

J'ai plutôt envie de méditer le phénomène que de l'écrire. 

2. c'est l'enfer

C'est l'enfer, je suis sous le choc, Script a découvert mon journal papier, « quelqu'un peut-il m'aider? » comme ils disent sur le net.

Je suis fatiguée, je vous écris la suite demain...

1. pourquoi j'ai changé le titre

roses rouges

Pourquoi j'ai changé le titre de ce journal, et autres considérations triviales...

J'aimerais avouer le pourquoi, mais il n'y en a pas du tout. Il n'y a aucune raison à ce changement. J'ai beau chercher, vraiment, je ne trouve pas. J'en avais envie. Point. Prendre le désir à bras le corps et vivre avec, c'est ce qu'il y a de plus tonique et vivifiant.

Mon pied gauche, le meilleur de mes deux, prendra bientôt appui sur une terre aussi accueillante que l'était le paradis terrestre de mon arrière-arrière-grand-papa Adam.

Y en a qui m'appellent Scripto. Je ne veux pas leur faire de peine, mais je suis Script tout court. Le O, c'était juste une liaison pour le titre « Scripto_O.Mania ». C'est comme si vous appeliez une virgule Virgulo. On pourrait pas. ?

On sera facilement d'accord pour le nouveau titre, mais pourquoi une nouvelle mise en page? Ben, c'est juste parce que le verbe changer, je l'aime bien. Un verbe purement « essentiel ». Casser avec les habitudes. Construire du neuf, cela m'excite et me passionne. Voilà tout. Aussi simple que ça. C'est ça changer. Un petit détail ici et là. Le fond ne disparaît pas. J'écrirai le plus souvent possible. Je ne peux rompre avec cette habitude-là, quand même.

Que celle ou celui qui n'explose jamais et ne brasse jamais la cage de personne y compris la sienne propre me lance ma première rose rouge. Merci. Ça faisait un petit moment que je n'avais reçu d'aussi belles fleurs.

Et il y a plus. En tant qu'auteure d'un journal online, je ne peux pas me permettre de ronronner. Un journal qui commence à ronronner perd tout intérêt à mes yeux. Alors je ne veux imposer cela à personne. C'est comme la vie, le journal. J'ai-tu le temps de ronronner dans ma sainte vie? Non ? Alors, on se comprend. On ronronnera pas dans le S_O.M de Script non plus.

Shahrâzâd, elle, n'a jamais endormi son Shâhyiar. Bien au contraire. Il a veillé, et veillé. Alors ?

Alors, c'est fait. Je pense. En tout cas, je vous autorise à me couper en milliers de petits morceaux, tous aussi délicieux les uns que les autres, et à les manger, si je vous ai endormi ce soir.

l'oiseau de paradis

oiseauduparadis.jpg

[11:00]. Bien contente que la « fête des coeurs » soit derrière. Hier, j'ai passé par dessus l'événement.  Fait comme si c'était un jour comme les autres.  Pour moi, le 14 février c'est l'anniversaire d'une rupture, toute une.  Alors depuis cette année-là  je n'ai pas voulu laisser un homme m'approcher d'assez près pour me parler d'amour et me faire fluscher un lendemain de Saint-Valentin.  Voilà.  C'est dit.  Next.

Aujourd'hui, j'écris le journal d'une improductive.  Je ne suis bonne à rien faire.  Et je ne ferai rien, enfin, pas tant que je serai dans cet état-là.  J'aurais dû m'y attendre... car après avoir écrit sur mon roman hier, je n'y ai pas retouché.  Il devait en avoir assez d'entendre parler de lui, et il ne me dérange plus.  Ça va revenir, si je ne force pas l'inspiration.  Et puis moi, l'inspiration, je ne sais pas ce que c'est.  Écrire, c'est travailler avec un matériau qui s'appelle le langage.  Et prendre du plaisir à ce jeu.  Point.  Il n'y a pas d'ange ni de muse qui me dicte à l'oreille quoi écrire.  Ça, c'est de la bouillie pour les chats.  Les mots, les phrases, il faut les arracher au néant un par un et après, prendre le temps qu'il faut pour les tailler à la hache.  Après, les polir, les caresser et peut-être les contempler si la journée a été bonne.  Pas de cadeau.  Jamais.

Alors je me suis levée à l'aube et j'ai pris le chemin de la montagne.  Le soleil qui plombe sur la neige fondante a refait mes réserves de plaisir pour le coeur et pour le corps.  Je crois bien que je peux annoncer à mes lecteurs qui si la tendance se maintient, je serai pleinement heureuse avant que midi n'ait sonné.  C'est ça.  Voilà.  J'ai lâché un autre morceau d'intimité. 

En ce moment précis, je sors d'un long bain de mousse et j'écouteNorma.  Plus précisément  :  « Casta Diva », chanté par Maria Callas.  Cet opéra me bouleverse.  Je pourrais mourir en écoutant ça et ça me ferait même pas mal.  J'ai programmé le cd pour qu"il rejoue 30 fois.  Et j'en remettrai si j'en manque. 

Le bonheur avec mon métier, c'est la liberté d'horaire.  Je sais, la vie de pigiste n'a pas que des avantages, mais c'est ce qui me permet de consacrer du temps à ma propre écriture, ce que je ne pourrais pas faire sur le terrain d'un employeur.  Cela me donne aussi la chance de voir passer les instants magiques de ma vie, mes chers moments privilégiés.  Et d'être dans ma maison, de vivre dans un lieu décoré à mon goût à moi, mon nid. 

Bon, ça va faire les ma, mon, me... faut que je retourne à mon improduction.   Ah! Callas, tu me tues. 


[16:44]. C'est merveilleux, l'improduction.  J'ai encore écouté ma musique, puis mangé.  Ensuite, n'y tenant plus, je suis retournée dehors.  En marchant, la neige tombait des grands arbres et m'arrivait sur le nez.  Ça fondait en me laissant de petites flaques d'eau sur les joues.

Et tout ce soleil, aujourd'hui.  Il me semble que je le vois pour la première fois de ma vie.  En rentrant tout à l'heure, vers 14 heures 30, j'ai installé une chaise longue sur la terrasse et j'ai lu, bien emmitouffflée sous une vielle couverture de traineau, doublée de fourrure.

Qu'est-ce que je lis?  Je relis Mimésis, de Erich Auerbach, un livre sur la représentation de la réalité dans la littérature occidentale (française, pour ne pas la nommer).  L'intérêt de cette suite de textes c'est de suivre l'auteur  à travers les explications des oeuvres autant de Platon que de Stendhal, de V. Woolf que de la Bible ou de Cervantès.  En tout cas, pour qui aime la littérature, la table est mise.  Pour le grand service.  C'était comme si de grands tableaux de l'histoire littéraire défilaient devant moi, et je n'ai pas fini de déguster. 

Et puis je ne me sens même pas coupable de ne pas avoir touché à mes textes.  Pour un article, je suis au bord du deadline.  Pour le reste je peux encore négocier.  J'y arriverai.  J'aime bien produire à la dernière minute.

Je sais que ce que j'ai fait aujourd'hui, ça été de me nourrir, de refaire le plein d'énergie.  J'écrirai tout à l'heure, demain.  Je sais que mon improduction a travaillé pour moi.  Comme ceux qui mettent leur argent à la banque.  J'ai capitalisé avec les rayons du soleil et la neige fondante. 


[18:55]. D'après Littré, l'oiseau de paradis serait un oiseau des Indes à longues plumes effilées.  Il dit aussi qu'on nommait « oiseau de paradis », les plumes de cet oiseau que les femmes portaient dans leur coiffure. Mais Littré ne dit pas un mot sur la fleur.

Le Petit Robert ?  Lui aussi, il renvoie l'oiseau de paradis au paradisier, un oiseau (passereaux) de la Nouvelle-Guinée.

En attendant, on se calme, on veut juste savoir le nom latin de l'oiseau de paradis.  Et comme d'habitude, google.com a sûrement quelques mots latins dans son chapeau de magicien.

Oiseau de paradis, la fleur, est le substantif utilisé pour nommer autant le classique STRAELITZIA REGINAE d'Afrique du Sud, que pour différentes espèces de l'HELICONIA des Caraïbes.

Bon, me voilà satisfaite de ce petit sprint-recherche improvisé.  Et si nous voulons essayer d'en faire pousser, des oiseaux de paradis, j'sais pas moi, pour la Saint-Valentin prochain par exemple (ne sont-ils pas gorgeous, comme dirait l'autre) nous pouvons aller sur le site où j'ai trouvé l'image, baobabs.com, ils vendent la semence.

C'est tout ce que je sais.  Coudonc, j'pense que je pourrais faire un petit bébé Lexique latin pour mes noms de fleur. Non ?

mes oiseaux de février

[08:32]. Je me suis demandé pourquoi j'écris méticuleusement l'heure à chacune des entrées de mon journal, et aussi pourquoi je place des crochets autour de ces mêmes heures. C'est maniaque.

Et si je pousse l'enquête, je me demanderai  pourquoi j'écris les dates en gras.

Et j'ai un autre réflexe conditionné. Aurais-je des points communs avec les chiens de Pavlov? Tout le monde le sait que nous sommes en 2001, pourtant, j'écris 2001 pareil. Juste pour entendre sonner la petite cloche? C'est que la petite cloche va probablement faire sortir les petits mots sagement alignés les uns à la suite des autres. Une sorte de rituel qui s'est installé entre le langage écrit et moi. Mais pourquoi c'est comme ça ?

Je n'ai pas la réponse à ce douloureux questionnement existentiel. Pourquoi ? Mais parce qu'il n'y en a pas ! On préfèrera un gentil : « Je ne sais pas ». C'est beaucoup plus cool. L'aveu d'humilité et d'ignorance permet toutes les bassesses, c'est bien connu. Et cela dissimule aussi les plus savants en-fur-wrap-ages (orthographie personnelle d'un dérivé du néologisme "enfirouaper")... savoir ça, et ouvrir l'oeil. Quelqu'un se souvient-il du commerce des fourrures ?


Quel magnifique soleil, ce matin, si bien caché derrière les nuages, mais moi, je pouvais le voir. Il fait encore noir, passé 9 heures. Merveilleux, je pourrai paresser au lit plus longtemps. Prendre un deuxième café au lait et un autre croissant tartiné au Nutella. Le mercure est à la hausse. La neige est presque toute fondue sur la terrasse. Ça sent déjà le printemps.

C'est que les oiseaux de février ont ouvert la porte de l'espace intérieur du monde, rien que pour moi.


[14:54]. Cette journée est de celles où j'ai envie d'écrire tout le temps, et partout. On en sera quitte pour trois ou quatre mises à jour. On sera envahi par l'imprévisible inondation. Aimera-t-on ce nouveau foisonnement? Ou s'ennuira-t-on de la retenue des mots, de l'avarice verbale ? Parfois le verbiage du journal frôle le verbatim, et pourquoi pas.

Ma plage du Sud d'hier s'est envolée comme sur un tapis volant. Une fine bordée de neige s'est mise à tomber. On dirait que le printemps va attendre à demain. Il peut bien se faire désirer encore quelques jours, il n'en sera que mieux accueilli. L'homme est comme le printemps. Il se fait attendre, désirer. Il aime bien susciter et entretenir la lente montée du désir, faire durer la flambée de l'étincelle. Pour me charmer encore mieux. Pour m'ensorceler, et le pire, c'est que ça marche. Tant mieux. Il fera plus chaud sous la couverture.

Je me demande tout le temps si je devrais parler de mon roman sur le net. Je n'ose pas. Ça serait un peu comme l'écrire deux fois. Je raconterais ce que j'écris et le jour viendrait où j'en citerais de petits extraits, pour illustrer, puis un autre jour j'ajouterais un lien vers quelques pages, puis pas longtemps après le fichu roman sauterait dans mon journal à pieds joints. C'est que c'est envahissant un livre quand ça veut que tu l'écrives. Dévorant. Ça cherche à attirer l'attention, à prendre toute la place. Ça me ressemble un peu, tiens. Alors je n'en parlerai pas.

Si. Quand même un peu, juste pour dire que j'ai mijoté un gros changement au niveau de la forme. Quand le récit commençe, c'est dans les années du « Refus global », ensuite la narration revient dans le présent mais un présent vague et imprécis (pas daté, n'importe quand dans les cinq dernières années) et après, il y a des flash back : le premier, dans les années 70, le deuxième, en 1999, et je n'étais pas encore arrivée au troisième. J'utilisais amplement l'imparfait et toutes les troisièmes personnes : il, elle et bien des ils et pas de je. Hier, j'ai révisé l'ensemble. Trop de passé. Ça ne marchait plus à mon goût. Je sais pas si ça va tenir la route longtemps, mais je veux placer le présent en premier, le présent d'un jour X que j'inventerai.  Par contre, je ne veux pas reprendre du début comme si l'histoire commençait le 14 février 2001. Stupide comme idée. Et puis j'en ai trop long d'écrit pour tout rentrer ça dans une même journée.  e dois trouver une solution. J'ai pensé mettre décembre 2000 au début puis rattrapper le temps, mais ça me paraît encore trop vague.

D'un autre côté, cela ne doit pas être comme dans un journal non plus. Non, je veux faire comme si, un bon matin, je décidais d'écrire la première page d'un livre et que le lecteur embarque exactement dans l'histoire cette journée là. Pour que la lecture se fasse instantanément quand ça s'écrit. Est-ce que ça se tient? Je ne sais pas, mais je me comprends.  Donc, le temps présent et toutes ses ressources et le je qui refait surface en partie. Pas le choix ? Oui et non. Ne suis-je pas le Deus es machina [le gars des vues] de ce roman ? Oui, en tant qu'auteure, narratrice, et scripteure; ce qui me donne tous les droits d'en faire ce que je veux [bon, voilà Script qui se roule à terre à cause de la féminisation des termes].

Sauf qu'il faut que ce soit lisible. Je ne vais pas faire un double du journal, non, je veux simplement doubler l'écriture du journal d'une fiction romanesque parallèle qui se passe le même jour, mais qui ne sera pas diffusée sur internet jamais. Et dans ces pages quotidiennes seront insérés les flashback du récit. Me semble que ça a du bon sens. Je sais que ça a probablement déjà été fait, mais moi, je vais le faire autrement, à ma façon...

Voilà, le plus gros du changement va se faire comme ça, c'est décidé. Après, restera plus qu'à pondre la reste. Si j'ai été obligée de réorienter la façon de raconter l'histoire, c'est aussi parce que j'ai un personnage qui se retrouvait régulièrement coincé avec l'imparfait et son truc ne coulait pas, il n'était pas à sa place. Au présent, là, il sera content. Depuis tout à l'heure, il me fait un large sourire. Exactement comme un Smiley. J'ai bien envie de lui en mettre un ici, mais il arrêterait de sourire. Il n'aime pas ça, dit-il, des petites faces ilares.

J'aurais peut-être pas dû parler du livre. Non ? En tout cas, ça m'a éclairci les idées. Merci à mes oiseaux de février.

un coin de ciel bleu

plage_fotolia

 

[14:51]. On se demande où je passerai mon après-midi ? Juste en haut de la page, dans l'image. Je serai sur le bout de plage qui n'apparaît pas sur la photo.  Je serai allongée là, à même le sable, le portable ouvert à mes côtés, en train d'écrire mon journal, ou encore mon interminable roman. En alternance. À moins que quelques phrases ne surgissent pour un autre texte, que je me dépêcherai de consigner dans le bloc notes, pour ne pas les oublier, avant d'ouvrir un livre et de lire jusqu'à la brunante.

Non, je ne suis pas rendue sur une plage de la Martinique. Sauf que oui, mais virtuellement. On peut tout faire « virtuellement », n'est-ce pas? Alors autant prendre le meilleur. Pour moi, aujourd'hui, ce sera la mer et le soleil, et la plage, rien de moins. 

Tout d'abord, j'aurai besoin d'orienter mon regard vers le rectangle formé par la fenêtre de mon bureau. Ce que je verrai ? Un coin de ciel bleu, et du soleil partout. Bon, pour ajouter un peu de concentré au bleu, il me faudra ouvrir Paint Shop. Ça, c'est un détail. Déjà fait. Et tant qu'à y être, je changerai tout le reste : l'érable aux branches nues deviendra un magnifique bouquet de palmiers, les maisons d'en face reculeront et se transformeront en horizon bleu jonché de petits voiliers. Ne restera plus qu'à transformer la rue en bas en une mer bleu corail couchée sur du sable blanc.

Merde, j'ai oublié de changer mon pyjama en pilou pour un bikini, pi j'ai pas de crème solaire. Fake, j'pourrai pas rester à la plage.

boire à la mélancolie

[00:32]. Hier, dimanche et encore une fois demain matin, je referai le trajet. C'était trop beau. Marcher sur l'avenue du Parc du sud au nord, puis du nord au sud en me laissant inonder de toute cette lumière glaciale, c'était trop beau. Vraiment.

Porte ouverte sur la poésie des mots proscrits, des mots interdits prononcés un par un. Dans le silence du froid immense qui piquait chacun de mes doigts de ses minuscules aiguilles aimantées. J'ajoutais ainsi des milliers de perles à la débordante rosée matinale, plus belle parce que montréale. 

Ainsi, je ne serai plus qu'une trace de neige blanche sur la chaussée asphaltée de Parkavenioue. Les pigeons s'envoleront en se cognant le bout du bec sur le bord du feu de mes copiés-collés trop clean. Je m'effacerai de la page, elle-même arrachée au plus grand des grands livres.

J'avais rien prémédité. Script vient de se réveiller.  Elle écrase une larme sur le bord de sa prunelle lilas.  Elle dit :  « b . . s. i..e li...  »   Pardon?  Je n'ai rien compris à sa jargonaphasie.  Elle n'a pas voulu parler plus fort, ni articuler.  Désolée, je n'ai rien compris.   Faut pas faire attention, Sript parle souvent en dormant.

[09:24] Découverte du site de Renaud Camus, Vaisseaux brûlés. J'ouvre son journal, je le lis. J'ai là des journées, des semaines entières de lecture à l'écran. Je prendrai mon temps. Les P.A. (petites annonces) si bien classées ne vont pas s'envoler. J'avais vu le livre hier à la librairie et c'est par la filière du livre que je suis remontée jusqu'au site. Pli sur pli. Malheureuse, je n'ai pas noté l'édition, on la trouvera sur le site  http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus/.

Je me pose cette question : si j'aime trop un autre journal, cesserai-je d'aimer le mien?  le délaisserai-je?  C'est une chance à prendre. Je lirai le philosophe, le littéraire, le solitaire, le journal. Je ne m'intéresse pas le moins du monde à « l'Affaire Camus ».  Ce genre d'histoires me tue. Je veux juste lire. 

Après quelques pages, découverte de similitudes. 

À côté de ce journal-là, le mien ressemble à un cahier d'écolière. 

Il faut que je relise Tristan et Iseult. Par Bédier. Récemment, j'ai lu, dans la section« Livres » du journal Le Monde [le 9 février], un court article sur Madeleine Gagnon. Sujet : en poésie, l'écriture opère une rupture. Rupture de la manière de dire, de penser. C'est comme parler ou lire une autre langue dite par des sujets sans parole, des femmes blessées et bâillonnées, les victimes des guerres extérieures autant qu'intérieures (corps, pensée, sensibilité). Cette autre langue ne saurait exister que dans le peu de mots d'un poème, faits pour une bonne part de silences éloquents. Comme en musique : les pauses ne sont-elles pas tout aussi importantes que les notes? 

Lu aussi que le spleen est nécessaire à l'émergence d'un désir. Oui? Mais aussi, que si le spleen devient obsédant, il aboutit à une destruction. Au sujet d'un livre récent de Pierre Fédida. Il y serait question du paradoxe de la nécessité mélancolique que l'on aurait par erreur qualifiée de maladie (dépressions et Cie). La mélancolie serait une nécessité négative inscrite au coeur de l'âme humaine et génératrice à la fois des forces de la vie  et des forces de la mort. Fédida redonnerait ainsi ses lettres de noblesse à la mélancolie. Parfait.

et les chats

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Voici ma nouvelle Webcam des chats au galop.

[00:26]. Cette page est dédiée au lancement de l'oeuvre de Scribouilleuse :  «  AU NOM DE TOUS LES NÔTRES ».  Scrib n'a pas ménagé son talent pour nous faire honneur à tous, une fois de plus.  Voyez, dans la marge, ne sont-ils pas magnifiques?  Infatiguables?

Pauvres minous. Y a des méchants qui ont dénigré votre omniprésente présence dans nos pages, alors on leur répond par la bouche de nos chatons. 

Moi, le mien de chat, il s'appelle Garf, on le sait déjà. Rien contre ça. Mais, hier, j'ai dévalisé la CatS page de Scrib où je nous ai déniché ce petit Shahlâ :

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Ce Shahlâ, c'est la représentation de mon Garf la nuit. Ou plutôt vers les cinq heures du matin. Il arrive dans ma chambre et fait des tas de bêtises. Ce que je fais? Je me lève et allume mon ordi. Voilà, vous savez tout, c'est pour ça [almost] que des fois, j'écris dès les cinq heures du matin. Mon vieil ordi des fois il est plutôt lent au démarrage, alors pendant que ça cuit, je me dirige vers la cuisine avec Garf qui me court entre les pattes et me fait faire mes exercices de survie pour la journée. Quand j'arrive au garde-manger, j'ai déjà deux fractures ouvertes et une comminutive du tibia et du radius, un oeil au beurre noir, trois dents cassées et cinq côtes de fêlées. Mais ça, c'est les bonnes journées. Faut que je lui prépare son bol de bouffe à minou avec ce qui me reste de membres sanguinolents. Lui? Il s'empiffre en ronronnant de plaisir. Il me reste plus qu'à me faire poser des bras et des jambes bioniques. J'ai pensé à me faire cloner. L'Autre moi pourrait s'en occuper. Mais j'ai peur de le vexer. 

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Après? Après rien. Garf passera la journée à stresser les poissons rouges ou encore à dormir. C'est un vrai monstre ce Shalâ. Mais voilà. C'est mon monstre à moi, ce monstre-là. Et je l'aime.

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J'en voudrai à personne de zapper avant d'arriver en bas de cette page, arf. 

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valium

[10:00]. J'ai lu jusqu'à trois heures du matin. Fini Valium. Y ai retrouvé des phrases étonnantes, des passages entiers que j'avais l'impression d'avoir déjà lu quelque part. Et puis d'autre phrases. Une tonalité familière. Des mots percutants. J'ai souligné, souligné. Et quand Script trouve quelque chose à souligner dans un livre, tassez-vous de d'là. Après ça, elle se met à noter, ça finit plus. Ces mots m'ont donc trotté dans les méninges jusqu'au matin, comme des parasites. Mistral publierait-il son journal en ligne sous second ou triple pseudonymat, comme le chef de l'opposition? N'étaient-ce que des citations? Mais où avais-je donc lu ces phrases-là ?

Ah! quelle contamination. Avec ça, le reste de la nuit je me suis fait réveiller à tout bout de champ par le vent qui brassait les grands arbres autour de la maison, qui repoussait l'air par en bas dans la cheminée, brr. 

Et Sebastian? Plus envie. O.K. un petit effort. Pour finir la partie bio du gars qui est derrière le modèle des peintres, j'ajouterai que Sébastien est le troisième patron de Rome, après Pierre et Paul. Je sais, on s'en fout. Mais il est aussi le patron des armuriers. Oui. Et en plus, on l'invoque contre la peste (prenez, pas plus tard qu'hier...) et contre l'épilepsie (voilà qui pourrait se révéler fort intéressant, ma foi...)

Pour en revenir aux images, c'est l'évocation et le jeu qui me plaît là-dedans. Le fait que rien ne soit « dit ». Les jeux d'ombres, de lumières et de couleurs sont intenses, puissants. Il y a beaucoup de mouvement dans les corps, même attachés. Plus je les regarde ainsi disposés plus j'y vois une sorte de ballet, de danse baroque : l'anatomie est si parfaite. Et toute la provocation du savant drapé (lui aussi lumineux) des maillots. Ils dissimulaient quoi au juste ces petits chiffons noués avec grâce sous la taille? 

Que de beauté! Aucune idée de torture ni de victime. La lumière paraît jaillir du corps pour traverser et éclairer le tableau, comme une lampe allumée. Le reste, ciel, terre, arbres, en deviennent encore plus obscurs. C'est difficilie de voir là de pauvres saints martyres qui se font « martyriser ». Ce sont des hommes ordinaires. Dans le plaisir de la méditation.


Retour à Valium. Dans sa dernière lettre avant de s'effacer de la page, Jo Genêt avait écrit :

« J'ai le goût de grimper sur toi. J'ai le goût de m'accrocher à tes épaules. J'ai le goût de remonter mes genoux jusqu'à tes aisselles. Que tu l'enfonces, que tu m'enfonces, que tu me l'enfonces, qu'on touche enfin le fond pour émerger rageusement ruisselant d'éclaboussures mortellement vitales au delà, bien au-delà, encore plus loin que ça.

« Je t'aime jusqu'à la fin de mes jours et de mes nuits. Jusqu'à la fin de MOi. »

C'est samedi. J'ai beaucoup de ménage à faire ici.


[19:49]. La tempête a fait rage une bonne partie de la journée. Oui, j'avais du ménage à faire, mais j'ai dormi presque tout l'après-midi. Ces vents violents me fatiguent. Alors la méditation a porté fruit.  J'ai mal à la tête.

Je refuse de perdre mes illusions une par une. Je ne veux plus voir de fiction là où il y a tant de beauté. Vers 18h00 j'ai cherché à renouer avec cette beauté. J'ai exposé mes démons intérieurs. Avoué que le grand couteau de la rupture n'était rien d'autre que la peur de souffrir. La peur de l'abandon. Comme si toute la partie d'échec était jouée d'avance et que j'avais déjà perdu ma reine. J'ai honte. Mais le jugement moral n'a pas sa place ici. Retour du balancier, a-t-il dit. J'ai manqué de douceur. Par peur. J'affronterai désormais cette peur. Il existe des êtres à qui il m'est impossible de tourner le dos. J'insisterai s'il le faut. Je dirai tout. La tempête est presque finie dehors. 

Ce que j'ai pleuré toute la semaine, j'en retrouve une description assez frappante en lisant la « lettre de Mary-Raspberry » :

«... je suis sortie de mon corps, je suis sortie du fil linéaire qui détermine temps et époque, et toi aussi tu en es sorti, nous n’étions plus que deux êtres, ayant tous nos âges en même temps et aucun à la fois, nous possédions cette sagesse calme, tranquille et heureuse que tous les poètes ont toujours inlassablement cherchée, cette béatitude intouchable, ce que peu atteignent, ce que je n’aurais jamais pu atteindre seule ou avec un autre. »

Cet état de « béatitude intouchable », je l'avais découvert, déjà.. Je n'osais pas le reconnaître comme une réalité. Et c'est moi seule qui ai cherché à y mettre fin, en tremblant de peur, comme si je n'y avais pas droit. Mais c'est là et vivant. Insistant. Alors je ferais mieux de dire oui, autrement cette vie-là n'a plus aucun sens. 

Et maintenant, faire ma lessive.

les san sebastian

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[09:04]. Ça, c'est seulement l'heure où j'écris mon premier mot.  J'ignore toujours quand je vais écrire le dernier. Je commencerai par aller me laver les cheveux. On regardera les Sebastian en attendant.

[09:58]. C'est fait. Avec les cheveux propres, peut-être serai-je un peu moins down? [elle est pas down, mais triste]. J'ai hâte d'arrêter de me sentir aussi triste. Je n'y peux rien. Mais à la différence d'hier, j'ai plein de choses à écrire ce matin. Triste peut-être, mais pas vide. Bon, par où commencer, comme dirait ce cher vieux Barthes. Mais tout doucement, par le commencemant, voyons Lady A, par le commencement. Pigé Sir, Yes Sir!  (Ça c'est l'influence du jeu « Worms Armageddon », les petits vers, en combattant, disent toujours ça. 

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Alors hier, au plus bas de mes downs, j'ai mis la main sur trois, je dis bien trois e-mails des plus talentueux cyberdiaristes [sic] [ce mot me donne le hoquet] que je connais. 

Je retiens de L. de ne jamais lâcher le plaisir pour l'ombre, de S. la recette d'une soupe aux cui-cui servie avec salade de coquelicots sous un coulis de chenilles façon GF. 

Quand à R., je m'accroche à l'idée de ne pas réduire en bouillie les magnifiques parties du corps avec lesquelles je pourrai encore jouer quand la nuit va finir par tomber sur Montréal. 

Et je lirai Valium tout à l'heure. 

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Me suis-je éloignée de mon sujet? Ça se peut. Je voulais parler de Saint-Sébastien. Je suis pas trop partie dans cette direction-là. Pas grave. Il y a les images que je suis allée chercher sur le site mis en lien hier, SEBASTIAN. Ils ont presque l'iconographie complète de Sebastian plus une bibliographie et de tas de trucs intéressants. C'est là que j'ai repiqué les tableaux, puis  modifié le format pour les faire entrer dans la marge. En descendant la page un peu vite, on dirait que ce sont des danseurs de ballet. Étrange. Ces gars-là sont attachés pour être, en principe, torturés mais leur visage n'exprime aucune souffrance, bien au contraire. Ils ont l'air en contemplation ou fascinés par quelque chose. En extase. On dirait qu'ils ont pris la pose. Ça, c'est l'idée du baroque.D'où je pars et où je m'en vais? D'hier. 

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Je me suis demandé pourquoi cette comparaison avec Saint Sébastien m'est venue et assez forte en plus pour que je l'écrive et que j'aille chercher le tableau pour bien montrer les plaies saignantes. Je voulais illustrer ma propre douleur? Pas sûr. 

L'inconscient est très très ratoureux. Je ne saurai probablement jamais comment ce petit lien s'est fait dans ma tête. Et cela n'a aucune importance que je le sache (ou que nous le sachions). Nous ne sommes pas en séance d'analyse, non? 

Donc, si je ne cherche pas le pourquoi, je vais peut-être comprendre le comment. Oui.

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[10:35]. Je quitte pour quelques minutes. J'ai envie d'un café au lait. Je vous en rapporte un? Après, je continuerai avec ces peintures du XVIIe siècle qui sont venues me relancer hier. 

Il y a là matière à méditation. Et je méditerai, je méditerai.

[14:10]. De retour. Cette fine pluie qui tombe sur Montréal brouille pas mal les pistes de ce satané hiver. S'il n'en tenait qu'à moi, on pourrait bien annoncer l'arrivée du printemps, pour demain!

Retour à Sébastian : Après brève consultation du guide iconographique de La Bible et les saints, deux types principaux de représentations du saint se seraient succédé chronologiquement.

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 Les premiers (et jusqu'au XVe s.) étaient des hommes d'âge mûr ou vieux et barbus, des soldats, chevaliers ou personnages de romans courtois, ils étaient habillés de tuniques, armures ou toges. Puis le type juvénile est apparu vers le XIIIe, pour triompher vers le XVe; où l'on a commencé à peindre S. presque nu et criblé de flèches, attaché à une colonne.

La première fois que j'ai entendu parler de Saint Sébastien c'est en lisant le roman de Yukio Mishima, Confession d'un masque. L'écrivain japonais y raconte avoir vécu un choc qui l'a profondément troublé en regardant cette image pour la première fois. C'était le plus grassouillet des Sebastian de Guido Reni, le dernier en bas, et Mishima écrit à ce sujet : « à l'instant même où je jetai les yeux sur cette image, tout mon corps se mit à trembler d'une joie païenne », il raconte avoir eu sa première éjaculation tout de suite après. Cette réaction de son corps aurait grandement troublé l'enfant qu'il était encore à ce moment-là, et il l'a expliqué en citant Hirschfeld qui place « les images de saint Sébastien au premier rang des oeuvres d'art qui procurent aux invertis un plaisir particulier ». J'ai même lu, je ne sais plus exactement où, que Mishima se serait fait photographier en Sébastien, le "saint" des homosexuels. J'avais oublié ces détails que je viens de retrouver dans mon journal papier d'il y a quelques années. Faut pas trop se fier à la mémoire.

Mais c'était qui, ce fameux Sebastian qui a réussi à exciter autant l'imaginaire des peintres et autres artistes? Là, on doit se fier à l'Histoire, et tenir compte de sa part de légende... On dit que l'homme naît probablement vers le milieu du IIIe s. à Milan. Vers l'an 283, on le retrouve à Rome, comme soldat sous Dioclétien qui le nomme commandant de la garde prétorienne.  D. ne savait pas que Sebastian était chrétien... C'est là que l'histoire va se corser. Sebastian se met à visiter et consoler les chrétiens emprisonnés.  Il convertit plusieurs Romains et fait tout ça sans se cacher le moindrement. On l'arrête, on le condamne à mourir percé de flèches, par deux soldats. On dit deux? Mais, il n'en mourra pas. Des femmes, dont Irène (la sainte) relèvent S. encore vivant et soignent ses blessures. Une fois guéri, S. s'en va reprocher à l'Empereur de persécuter des chrétiens... ce n'est qu'après qu'il se fera bâtonner à mort, vers l'an 288. Puis, on aurait jeté son corps dans les égoûts de Rome. Pas trop glorieux, non? Pauvre S., jeté comme un étron dans le Cloaca Maxima. L'Histoire ajoute... « d'où il fut retiré par une matrone chrétienne » qui l'a enseveli dans une catacombe sur la Via Appia, près de la basilique qui porte son nom. Quelle histoire!

Le temps passe, je reviendrai plus tard ajouter quelques commentaires autour de ce que « me disent » ces tableaux dans la marge.


[19:25]. Je remets à demain la suite sur Sebastian. Je n'ai plus tellement le coeur à ça pour le moment.  Mais c'est pas parce que ça va mal. 

C'est que j'ai commencé à lire Valium, à défaut d'en prendre. C'est ce qu'il me fallait. Bien évidemment. La preuve? j'ai fait du pâté chinois, comme le protagoniste, au premier chapitre.

Moi qui n'ai pas cuisiné ni presque mangé de toute la semaine, ce soir, je me suis fait un pâté chinois pour quatre et je suis toute seule. Je n'attends personne. Par choix. Je sais pas si je vais en manger.  Je sais pas. Mais j'en ai fait, et ça va sentir le gratiné qui cuit au four. Les romans me font toujours cet effet-là : ils me donnent l'envie de manger ce qu'ils mangent. Il va me rester à expliquer à mes amis français c'est quoi du pâté chinois. Ce sera avec plaisir. Et puis j'ai ouvert une bonne bouteille de rouge, une bonne.

Pour le moment je suis bien accrochée à ce livre. J'ai lu les cinquante premières pages d'un seul coup. J'pense que j'avais faim.  Alors je sais que je vais passer au travers aujourd'hui. Pis demain, je devrais être capable de reprendre ma propre écriture, la vraie. Le journal aussi. Fiou!

D'autres e-mails d'encouragement sont arrivés. Dont celui de C., si lumineux d'optimisme avec sa belle couleur vert espoir.  Tout cela me touche, me fait tellement chaud au coeur.

un inconscient ratoureux

Comme un rituel, je m'asseois devant cet écran pour écrire une page de journal.  Je me dis o.k., le coeur n'y est pas, mais je veux au moins rester accrochée à cette réalité-là. Quitte à avouer la misère qui me ronge, avouer que je ne sais pas quoi écrire aujourd'hui. Pourquoi ? Il n'y a rien qui m'oblige à écrire. Personne ne me demande de le faire. Aucun lecteur ne m'a écrit pour me dire qu'il attendait ma page avec impatience.

Je me suis assise, j'ai écrit la date et vérifié les liens. Collé un beau coquelicot pour me faire plaisir. Et puis, en commençant sur une page toute neuve et propre je me dis que les idées vont arriver. Mais rien. Pas une goutte. Le robinet est fermé. Ce n'est pas l'angoisse de la page blanche. C'est la peine.

Je n'ai pas réussi à toucher au Lexique. Pas envie. Encore avant hier, cette écriture m'apaisait un peu, et le seul fait de me concentrer là-dessus dissipait les nuages. Il devait me rester des mots. Ils sont tous partis. Pourquoi continuer ? Quelle utilité ? Ce n'est peut-être qu'une sorte de jeu futile.

Et puis j'ai eu mal en lisant les commentaires d'une diariste qui tourne en ridicule les « pseudo-auteurs », je me suis sentie visée. Oui, j'ai dit que j'écrivais ailleurs que dans ce journal. Mais une personne qui a la « prétention » [dit-on] d'écrire devient une proie facile. Avec l'obligation du style parfait et du texte intéressant, génial à tous les coups. Sinon, on va la ranger chez les « pseudo-auteurs », les miteux, les écrivains ratés. Pourtant, les autres qui écrivent leur journal en ligne, « les pas-auteurs », ne sont pas toujours intéressants non plus. Pourquoi ceux des « vrais-auteurs » devraient péter des scores quotidiens ? Ce n'est que mon journal et je revendique mon droit d'auteur d'écrire moi ausssi des platitudes si ça me chante. C'est pas un livre ni un article dans Le Devoir et ça n'en sera jamais un. Je ne revendique pas le poste de poète officiel du Parlement non plus... Le sien de journal à cette diariste il n'est pas toujours fort fort non plus, loin s'en faut ; mais elle aurait le droit de voler bas sous prétexte qu'elle ne « prétend » pas écrire ? Elle fait quoi d'abord dans son journal si elle ne l'écrit pas ? Elle barbouille ? Facile de jeter la pierre. Plusieurs auteurs de journaux intimes travaillent en informatique et ils n'ont pas les sites les plus high-tech, il leur arrive d'avoir des erreurs 404, des liens morts et des messages d'erreur, des trucs qui marchent pas en informatique. Est-ce qu'on les crucifie pour autant ? Je sais, je sais, je paranoÏe. Elle devait pas viser la pauvre petite Script, elle doit même pas la connaître. Mais Script est comme un Saint-Sébastien, la plaie ouverte attendant la pointe acérée de la flèche empoisonnée. J'oublierai ça vite, n'en ferai pas tout un plat.

Une amie m'a écrit : - Te souviens-tu de ce que disait notre ami Musset ?

« Il faut souffrir encore après avoir souffert, il faut aimer sans cesse après avoir aimé... ».

J'ai beau lire et relire ces mots, les « Il faut » me semblent les pires bourreaux. C'est quoi le verbe falloir ?

J'ai pensé suspendre le journal pour quelques jours. J'y ai pensé. Je devrais le faire ? Oui, puisque je ne sais pas quoi écrire aujourd'hui. Mais je ne peux pas m'y résigner. Comme si c'était un dernier petit lien que je n'ose pas couper. J'ai déjà trop coupé, beaucoup trop. Qu'est-ce que j'ai fait ?

et mes obsessions

Un autre matin. Comme les autres? Non, pire. Pourtant, je vois du soleil s'infiltrer à travers les barreaux de ma cage. Cette nuit, je me suis métamorphosée en oiseau. C'est pour ça que Garf miaule comme un perdu.

Le chat a pas dû aimer que je fasse la grève hier. Il apprécie pas tellement les synonymes non plus. À part moi, qui est-ce qui gribouille sans arrêt, en s'accrochant sans vergogne à quelques synonymes ?

Que l'on ne se méprenne pas sur le but de l'exercice. D'abord, c'est pas un exercice. Ce n'est surtout pas une recette pour s'en sortir. Écrire c'est ne pas avoir le choix de faire autrement. Ceux qui peuvent faire autre chose que d'écrire sont bien chanceux, qu'ils le fassent. Mais quand on écrit qu'on est capable de se peinturer dans le coin de sa petite cage toute seule, sans pinceau, juste en tapant sur un clavier, on sait rien faire d'autre. On sait rien, point. On a pas besoin de savoir. Pas besoin, les autres vont s'en charger. Ceux de l'autre côté du pont.

Mon journal est tout sauf une forme d'écriture réparatrice comme disent les psy. Ceux qui y croient, tant mieux. Ce n'est pas moi qui m'opposerai à la folie ordinaire. C'est mon pain quotidien. Dans ce journal-ci, je n'écris pas pour guérir de quoi que ce soit. Mais pour agraver mon cas, creuser le plus possible dans mon obsession. Mes obsessions. Comprendre que les souffrances que la vie m'apporte si généreusement sur un plateau d'argent, j'en ai besoin pour rester en vie. Tout ce qui pourrait endormir le mal m'éloignerait de moi. Et je recommencerais à faire la grève. Script ne supporte aucune addiction sauf l'écriture.

Alors j'essaierai de faire comme hier, travailler encore dans le Lexique parce qu'il y manque plein de mots. Avec ça, essayer de boire un peu d'eau.

[J'ai révisé et corrigé cette entrée pleine de fautes et d'imprécisions vers 13:50]

mots en attente

cahiers

Le mot rupture vient de se faire une place dans le Lexique. Je préférerais que ce mot n'existe pas. Ni ses 57 synonymes d'ailleurs. Comment on dit déjà ? Faire avec ? On verra. Ce matin, le déjeuner refuse de se laisser avaler. Pourquoi le café est-il devenu si amer ?

Tout à l'heure, la neige tombait à gros flocons, immenses, comme des boules de ouate. Et maintenant, tout s'est arrêté. Le ciel est blanc, si blanc. Lumineux.

Ma table de travail est jonchée de paperasses de toutes sortes. La boîte de réception d'Outlook est pleine de e-mails. Je ne réponds plus, à personne. J'attends pour voir jusqu'où elle peut se remplir avant d'éclater comme une grosse grenouille pleine de boucane. Script fait la grève. Du piquetage. Débrayage général. Z-entendez pas les klaxons ? Même Chartrand est dehors en train de crier. Désagrégation.

Hier, j'ai fait la liste des mots qui attendent leur place dans le lexique; voilà ce que ça donne : un gros retard. J'y travaillerai donc et n'écrirai pas autre chose ici tant que je n'aurai pas fait cette mise à jour sur l'autre page. 

16 janvier : homme

18 janvier : scripteur, script

20 janvier : temps, mélodie, mots, mort, peur, ailes, nid, cocon, désir

27 janvier : mesure/censure, nudité, faim, amour

28 janvier : nudité, allégorie

4 février : espace intérieur du monde


[22:12] Le Lexique est presque à jour. Plusieurs mots ont pu y prendre place, moyennant beaucoup de concentration et de discipline. Je poursuivrai demain, si...

pour une rose

J'ai trouvé une méthode pour planifier mon temps de lecture des journaux online. J'avais noté quelques idées le 23 janvier. Je continue.

Voilà que depuis ce jour, sans m'astreindre à opter pour l'une ou l'autre des deux approches, j'ai navigué en me regardant naviguer. Je me suis observée du coin de l'oeil. Ce que j'ai vu ? Que je perds beaucoup trop de temps à lire des journaux qui ne m'intéressent pas vraiment. Cela ne serait pas un problème si j'avais des journées de 48 heures. Et comme il y a de plus en plus de journaux, il devient nécessaire de sélectionner, d'éliminer. Encore la discipline ? Oui, mais une discipline de lecture qui ne m'est nécessaire que parce que je suis boulimique. Alors, qui j'élimine maintenant ? Je ne donnerai pas de noms ici. Disons que je préfère les diaristes qui « écrivent », ceux qui me touchent, d'une façon ou d'une autre. 

Et ensuite, me fixerai-je une durée de lecture étanche ? Si la limite était trop étroite, comme je me connais, je tricherais. Alors déterminer une durée approximative par jour ou aux deux jours me convient mieux. C'est maintenant ce que je fais : une case insérée à mon horaire, dans l'agenda, ni plus ni moins...

Picorer au hasard ? Oui et non. Picorer est dangereux, on se laisse prendre à n'importe quoi. Alors je picore (puisque j'aime ça) une fois par semaine. Le reste du temps, non. Discipline. J'ai remarqué que c'est en picorant que je perds du temps. Par contre, c'est en picorant aussi que je fais de belles découvertes. Je ne m'en priverai pas, mais moins souvent. Par exemple, je m'autorise une petite orgie de lecture dans mes journaux online le samedi matin, incluant ceux que j'ai mis sur ma black list, héhé.

Et ce calendrier de lecture ? Encore là, oui et non. J'ai besoin d'ordonner, mais je n'ai pas besoin de me construire un système compliqué. Je m'abonne (inscription sur la liste de diffusion de la CEV, ou autrement) à mes préférés, et la liste apparaît dans ma boìte de réception. Et c'est à partir de cette liste de mises à jour que je commence à lire. J'ai essayé, ça marche. Avec ça, je peux respecter mon horaire. Génial.

rose rose pâle

Si quelqu'un aime une fleur qui n'existe qu'à un exemplaire dans les millions et les millions d'étoiles, ça suffit pour qu'il soit heureux quand il les regarde. Il se dit : « Ma fleur est là quelque part. » [Saint-Ex.|

[18:50] Je ne prévoyais pas revenir écrire dans ce journal aujourd'hui. Mais j'y reviens. Et sachant qu'elle sera lue, je ne sais même pas comment aborder la chose qui veut s'exprimer. Il faut pourtant que je confie cela ici, n'est-ce pas mon journal? Et à quoi pourrait bien me servir un journal digne de ce nom si je ne peux pas m'enfermer toute seule avec lui quand ça va mal pour moi ? Quand je dis ça va mal, je ne dis rien. Ce n'est même pas le commencement du bout de la queue de l'ombre de ce qui va mal. Un cauchemar commencé avant-hier soir. J'ai voulu me montrer forte. Plus forte que le début du commencement du bout... bref, je me suis construit une carapace pour ne pas trop souffrir : samedi soir, je me jette dans le travail; dimanche matin, recours à la poésie et à mes chers livres, au nettoyage; lundi matin, replongée dans le travail et les rationalisations, pour durer. Et pour rester accrochée, du côté de la vie. Lundi soir arrive ? Je m'asseois devant mon assiette et les larmes jaillissent. Je ne mangerai pas. Quelque chose ne passe pas. La gorge est nouée. Ce qui se passe ? Retours vers une rupture qui m'arrache encore une fois le coeur. 

weltinnenraum

tradescantia

Le dimanche 4 février 2001 sera un dimanche froid. Très froid. Minuit vient tout juste de sonner. Et j'ai le coeur en mille miettes. Comment j'arrive à me mettre dans un état pareil ? Excès de sensibilité.

« Chimère ! » écrivait K.M. dans son journal, le 1er juin 1907 : « C'est une fée qui m'a trompée - mais c'est la [première et] dernière expérience que je fais dans cet ordre d'idée, la dernière. Je ne puis en supporter davantage, c'est la mort de mon âme. Chaque fois, je suis atteinte plus profondément, car chaque fois, c'est un nouveau coup de poignard dans la blessure, qui réveille d'anciennes souffrances. »

Une seule bonne nouvelle, la grippe perd du terrain. Les remèdes prescrits par la sorcière se sont avérés calmants et apaisants pour le corps : 1) Infusions aux herbes, rhum cubain et miel ; 2) Bains à l'huile d'eucalyptus ; 3) Sommeil. Je ne peux pas dire que j'avais vraiment envie de me soigner, de faire tout ça, mais j'ai essayé dans la soirée, et voilà, je respire mieux. Les douleurs dans la poitrine sont moins vives. La toux diminue. Voilà que vous m'avez guérie Doc. Pas vous, votre rhum. Et votre huile d'eucalyptus.

Et la tendinite? Je la soigne. Au début, de la glace. Souvent, et pour de courtes périodes, juste les premières 24 heures, la glace. Après, bandage élastique et repos. Modifier la position de la main sur le clavier. Taper moins fort. Pas touche à la souris pour quelques jours. C'est elle, la grande coupable. Cette semaine, ajouter une tablette-tiroir sous la table pour y placer le clavier et la souris. On en parlera plus.

Bon, faudrait bien que j'avance un peu. J'ai un chapitre à écrire avant demain matin.


[08:14] La nuit fut trop courte. Aucune nécessité qu'elle soit plus longue non plus. Le sommeil a pris plaisir à me fuir. Faut dire que j'ai travaillé tard, ce qui n'est pas dans mes habitudes. Mais j'avais absolument beasoin de me concentrer sur ce travail, sur quelque chose de concret. Et je l'ai fait. Ce ne sont pas mes meilleures pages. Il me faudra les retravailler, peut-être qu'elles finiront au panier. Tant pis. Il fallait que mon écriture reprenne la première place hier soir, la seule vraie place qui lui revient. Le reste n'étant qu'illusion, n'est-ce pas?

Le froid dimanche qui m'attend est encore plus glacial que dans mes appréhensions. Je crois qu'il n'y a pas de signe pour m'indiquer la route. Je me trompe. L'absence de signe est un signe. Il me faut vite détourner le regard de ce qui ne signifie rien. 

J'irai marcher dans les sentiers non déneigés du parc rempli de vieux arbres tranquilles. Le calme de cet endroit et le chant des petits oiseaux qui y vivent permettront peut-être à quelques parcelles d'âme de refaire surface. 

Au retour, je ferai une sieste. Puis je reviendrai écrire. 

les oiseaux de Rilke

Weltinnenraum :
« Espace
intérieur
du monde »

[10:14] Ce dimanche est beaucoup moins froid qu'il en avait l'air finalement. Quand je tourne à gauche deux fois en sortant de chez moi, je marche une quinzaine de minutes ou un peu plus et j'arrive à un parc situé tout en haut de la colline. J'en reviens à l'instant. L'air est sec, silencieux. Je n'ai rencontré dehors que des gens qui promenaient leur chien, et plein d'oiseaux. Qui chantaient, rompant le silence. Ces chants se sont engouffrés en moi. J'ai pensé à Rilke. À l'âme et à cet espace qui s'est ouvert hier, un espace extérieur mauvais où je n'avais plus d'âme. Je ne me souviens plus exactement comment R.M.R. écrit cela, mais dans un de ses livres, il exprime ce passage de l'extérieur vers l'intérieur du chant de l'oiseau. Est-ce que je me trompe? Mon interprétation de ce texte est-elle déformée par la mémoire ou une mauvaise compréhension de sa pensée?  Dans le doute, rien de mieux que de retourner à la source. Retrouver ce livre ! Non. Ce n'est pas dans Lettres à un jeune poète, je m'en souviendrais; ce petit livre rouge me suit partout, je l'ai relu plusieurs fois, et cette histoire d'oiseau serait plus fraîche dans ma tête. Dans les Élégies de Duino?  Je ne sais pas. Il y a tellement de beauté dans les Élégies, ça se peut. Alors, aller voir. 

Non, c'est dans les Oeuvres III, Rilke écrit ceci le 14 février 1914, dans une lettre à Lou Andréas-Salomé : 

« J'ai compris, mieux que cela ne m'était jamais apparu, cette façon dont la créature naissante est transférée de plus en plus profondément du monde extérieur dans le monde intérieur. De là la situation fascinante de l'oiseau sur ce chemin vers le dedans : son nid est presque un corps maternel extérieur, à lui consenti par la nature, et qu'il se borne à aménager et à couvrir, au lieu d'y être entièrement contenu. Aussi a-t-il, de tous les animaux, le rapport affectif le plus confiant avec le monde extérieur, comme s'il se savait lié à lui par le plus intime secret. C'est pourquoi il chante au sein du monde comme s'il chantait au-dedans de lui-même, c'est pourquoi nous accueillons si aisément en nous son chant, il nous semble le traduire dans notre sensibilité sans aucune perte, il peut même transformer en nous, un instant, le monde tout entier en espace intérieur, parce que nous sentons que l'oiseau ne distingue pas entre son coeur et celui du  monde. »  (page 322)

« Sauf que la réalité et la force du dehors semble s'opposer à la profondeur de l'intimité, la liberté et le silence de l'invisible.  Pourquoi n'y aurait-il pas une zone où l'espace serait en même temps l'intimité et le dehors? Un espace qui au dehors serait déjà intimité spirituelle, une intimité qui, en nous, serait la réalité du dehors, telle que nous y serions en nous au dehors dans l'intimité et l'ampleur intime de ce dehors ? C'est ce que l'expérience mystique et poétique de Rilke le conduit à reconnaître, pressentir et exprimer. Il appelle cet espace intérieur du monde le Weltinnenraum. [Maurice Blanchot : L'espace littéraire]

« Weltinnenraum », n'est-ce pas que ça ferait un vrai beau nom pour un journal intime online ? Les chants d'oiseau ont permis une belle transformation ce matin. Cadeau, quelques vers de Rainer Maria Rilke :

« À travers tous les êtres passe l'unique espace :
espace intérieur du monde. Silencieusement volent les oiseaux
tout à travers nous. Ô moi qui veux croître
je regarde au dehors et c'est en moi que l'arbre croît. »


Une sieste de deux longues heures m'a fait du bien. Avant, j'ai nettoyé toute la vaisselle sale qui s'empilait depuis trois jours dans la cuisine. Fait une lessive. Lavé à fond la salle de bain. La dernière corvée de la journée qui m'attend après la rédaction de ce quatrième billet (déjà?) sera de payer les factures qui s'accumulent aussi vite que la vaisselle sale. Je me demande bien pourquoi j'écris tout ça. Comme si le fait de consigner et noter les moindres trivialités leur redonnait un peu de dignité. Illusione

J'ai encore besoin du chant des oiseaux pour retrouver en moi l'espace intérieur du monde. Copier/Coller l'image : ils apparaissent. Maintenant, les entendre. Copier/Coller le chant/son ? Illusione. J'ai beau mobiliser toute mon imagination, faire appel à ma mémoire, je n'y arrive pas. Le nid s'est vidé. 

il y a anguille sous roche

campanule cochle

Encore le méchant mal de gorge, la tête pleine de fièvre et de grippe, et finalement la tendinite qui s'est mise de la partie.

Pourquoi tous ces maux ? Je crois deviner que c'est parce que depuis quelques temps, je ne suis plus toute seule sous la couette. Alors le corps réagirait. Pour me faire signe avec ses mots à lui. Le corps souffre, il essaie de me faire comprendre, avec les seuls moyens qu'il a à sa disposition que...  Que ? 

Le corps essaierait de me faire comprendre quoi, au juste ? Aucune idée. Mais il y a anguille sous roche. Oui. C'est le corps qui parle. Je n'ai plus aucun doute là-dessus. Comment je l'ai compris ? La fièvre, la chaleur en dedans. C'est trop inhabituel. Je ne suis jamais malade normalement. Et aussi parce que la Script se met régulièrement en beau joualvaire depuis quelque temps. Je ne la reconnais plus. Je crois qu'elle est jalouse.

Oui. Je dis bien jalouse. Je sais, la jalousie c'est laid, mesquin, ça mène à toutes sortes de fouilles en règles chez la personne soupçonnée, mais je n'y peux rien. Elle a fouillé partout, je le sais. Elle lit tous mes e-mails, je le sais aussi, et parfois, elle va même jusqu'à les ouvrir avant moi. Alors, je la laisse s'énerver toute seule. Je me tais.

Tant qu'elle ne répondra pas à ma place. Je la laisse s'énerver toute seule. Je me tais.


[09:33] Bon. Je suis allée prendre un café au lait, du pain grillé et me voilà prête à poursuivre ce cher journal. 

Envie de confier tout tout. Avons-nous vraiment besoin de détails et de points sur les i ? Ou préférons nous de beaucoup imaginer le plaisir, le caresser du regard. L'inventer? J'aime bien, moi, savourer le plaisir en silence, laisser grossir la bulle toute chaude et ronde à l'intérieur. 

Shâhrazâd t'es pas docile

les chenilles de Grosse fatigue

Quand l'envie me prend d'illustrer ma page avec les chenilles de Grosse Fatigue, c'est que mon bel être moderne commence à se désagréger.

Comment je le sais ? Aucune idée.  Je le sais. Si je commençais à m'imaginer que je pense donc je suis c'est que je ne serais pas loin de conclure que la vie est une petite chose passionnante alors n'est-ce-pas, n'oublions pas de la dévorer à belles dents.

Je me suis plongée, depuis hier après-midi, dans la rédaction de mon prochain ouvrage pour lequel j'ai obtenu une bourse de recherche du Haut Conseil des Sciences et des Lumières de l'Université Les-algues-Sushi-les-bains, grâce à la recommandation de mon vieil ami, l'éminent Professeur Llalalakalioukiss Liu. Mon projet avance rondement.  J'ai d'abord trouvé  le titre:

Nouveaux Entretiens de Script avec les deux Chenilles vert lime tachetées de noir et orangé pas poilues sur l'émergence du sublime et des états d'âmes des chenilles grises poilues dans la pratique onaniste aseptisée du diarisme virtuel non transmissible sexuellement (l'hypothèse est à vérifier)

Quelques éléments de la « Table des Matières » éclaireront mes savants lecteurs sur l'importance capitale de cette étude terrain (prendre note que ce ne sont que mes premiers balbutiements, la chose va se développer dans les prochaines semaines) : 

Première partie

1. Les chenilles se suivent et ne se ressemblent pas ; pourquoi la plus petite est en avant ; la grosse est-elle le/la mâle ; si oui, est-elle fatiguée ?

2. Petites chenilles vous venez de loin : c'est pas une raison pour finir dans mes sushis ; ni dans ma soupe ; et puis laissez moi donc travailler.

3. Les deux chenilles ne sont pas poilues, première partie : comment elles se sont débarrassées de leurs soies dorsales à force d'introspection : introduction et conclusion.

4. Les deux chenilles ne sont pas poilues, deuxième partie : pourquoi, et, ou l'élément déclencheur de la mue serait-il relié à une visibilité accrue dans les médias ?

5. Sur les relations de causalité entre les ventouses et les taches noires affectant la longueur des soies sublinguales et sinusoïdales ; lesdites relations de causalité mettraient-elles en évidence les six principaux schèmes et pictogrammes narcissiques sous-jacents ?

6. Les Chenilles vertes développeront-elles un goût d'épinard lorsque laissées quelques jours au soleil principalement lorsqu'elles se retrouveront face à face avec les chenilles grises poilues lors des cent-trente-cinq entretiens prévus avec Script ?

Par manque de temps, je dois m'arrêter ici. Ne pas s'inquiéter, la deuxième partie sera mise en ligne plus tard aujourd'hui.

Sondage préliminaire : VOTER !

1. J'ai oublié les questions

2. Je lis pas les réponses

3. J'ai perdu le bidule qui fait pop

On me reproche la longueur de mon titre.  Je ne comprends pas. 


[09:57] Désolée de m'être laissée aller à un tel étalage de savoir. C'est le stress. Tout ce que j'essayais de confier à mon journal c'est que j'ai enfin repris l'écriture du roman commencé le 26 décembre 2000. Le titre provisoire est : Shâhrazâd t'es pas docile. Le cahier à reliure spirale débordait. Alors j'ai ouvert un dossier dans l'ordi : page titre, division des chapitres, les trois parties, les fondations, première page, next. Je me suis mise au clavier si furieusement hier que je me suis fait une tendinite au poignet droit. Pas grave. L'autre, le volumineux manuscrit gribouillé en l'an 2000 a été déposé le même jour chez l'éditeur, (j'sais pas encore si j'ai bien fait, merde) entre les mains d'une secrétaire sévèrement pincée du bec qui s'en foutait et qui perlait à la fronçaise (c'est quoi l'idée, man ?)