Par annie strohem le mardi 30 janvier 2001, 09:22 - Vol.2 : le Journal de Script

Shhiitt ! Je ne reconnais plus Script ! Où suis-je passée
? Je me sens toute bizarre, fondante. Triste ? Je ne sais
trop. Cette maudite grippe me tue. Passerai-je encore une
interminable journée à ramper entre mon lit et l'immense causeuse blanche
rembourrée de duvet ? Pas question ! Que je secoue un peu la Script
qui cherche à fuir dans les somatisations. Ce n'est pas un peu [beaucoup]
de fièvre et un petit [non, un gros] mal de gorge qui va me couper les
ailes. Décidément, entre Script et moi aujourd'hui, c'est la
bagarre.
O.K. Je réagis. Je peux plus écrire ? Aller me chercher une fleur au plus
vite. Voilà, une belle Astilbe. C'est quoi une Astilbe ? Aucune idée. Rien
trouvé à ce nom dans le dictionnaire. M'en fous. C'est pas le genre de mot qui
a des chances de se retrouver un jour dans mon Lexique. Je
vois l'astilbe comme une sorte de fleur sauvage géante à l'allure un peu poilue
[comme le corps de son chum, tiens! héhé], un peu aérienne [comme sa tête à
elle...] ah ! Elle me cherche la Script ce matin. J'aime la couleur et la
fierté de cette belle grande fleur qui s'élance vers le soleil. Qui cherche à
capter la lumière. Je ferai comme elle.
Aujourd'hui, la grippe aidant, au lieu d'écrire une page de journal comme je
commence à en avoir l'habitude (presque un mois et demi que j'écris, déjà), je
ferai un peu d'améliorations ici :
1) Le Calendrier______ Lui, il disparaît aujourd'hui. Je
l'ai fait sauter ! Hop ! Que je te coupe la tête, petit calendrier. Eh
oui! rien de trop beau quand on est maître chez soi. Après réflexion, je
préfère diviser le temps de ce journal en Saisons. Rien
de plus qu'une manière de classer les entrées quotidiennes. Comme je commence,
il n'y a qu'un début de saison, mon hiver 2000-2001. Mais tout un hiver ! Et si
je suis un peu cohérente et persévérante, je vais finir par me retrouver avec
quatre saisons [Non ! elle va pas oser dire qu'elle a inventé ça toute seule...
je vais porter plainte]. O.K. Script, tu gênes le lecteur. Alors, tu la
fermes, ou bien je te censure ! Pour ma premiere année, c'est simple, je
suivrai les jours et les mois. Mais rendu à la deuxième année, faudra que
je me trouve une méthode pour fondre les mêmes saisons ensemble. J'ai le temps
d'y penser. Il me reste quelques lunes. Voilà pour mon système
temps. [j'espère juste qu'elle se comprend]
2) Le Lexique_______ Le voilà qui arrive. Il sera en
ligne un peu plus tard aujourd'hui. Mais il est tout petit, tout petit. Inutile
d'en parler davantage, il est quand même assez grand pour se présenter tout
seul. [Depuis le temps qu'on l'attend]
Et maintenant, c'est assez. J'arrête. Plus de développement dans ce journal,
ni de nouvelles niches. Y en a assez. On finira par dire qu'il y a trop de
choses à lire et on ne remettra plus les pieds chez moi. Je vais
consolider mes fondations, écrire le plus souvent possible. Que j'exploite la
forme que je me suis donnée jusqu'à l'os, que dis-je, jusqu'à trépanation vers
sa substantifique moelle. [quoi ?]
Par annie strohem le lundi 29 janvier 2001, 09:13 - Vol.2 : le Journal de Script

Comme si j'avais trop courtisé la nudité, j'ai bêtement pris froid. Ou
bien tout simplement attrapé un méchant virus. Alors me voilà coincée
chez-moi. En temps normal la chose ne serait pas pour me
déplaire. Mais voilà, lire ne me dit rien, j'ai la gorge en feu et la tête
comme un astre rougeoyant sur le point d'exploser. Le thermomètre ne cesse
de monter. Bain tiède ? Brrr, je déteste ça.
Je m'allonge et somnole dans mon lit ou bien m'endors devant la télévision.
L'ensemble de la production élévisuelle (textes, images, musiques,
graphisme,...) a si bien réussi à amalgamer ou fondre les « genres » que je ne
sais jamais si je suis devant une pub, une fiction, ou un documentaire. Un
truc pour pas qu'on se lève pour chercher une tasse de thé pendant le cher
commanditaire ? Ou un truc pour que la fiction captive autant qu'une bonne pub
? Je renonce à y voir autre chose que le manipulation du grand troupeau
bêlant qui consent à tout gober sans se plaindre. Pas surprenant que les
vaches soient devenues folles et que les moutons aient la tremblote. Comme
moi aujourd'hui d'ailleurs.
Vivement, que je retourne sous la couette.
Par annie strohem le dimanche 28 janvier 2001, 10:26 - Vol.2 : le Journal de Script

[09:37] Nudité. Dès le réveil, je poursuis la méditation
d'hier et d'avant hier. S'ajoute à cela l'évidence que je ne posséderai
jamais qu'une seule vérité, celle du bonheur d'écrire.
La nudité rend vulnérable. Nous n'aurions pas dû sacrifier notre
fourrure. J'écris cela sans savoir l'écrire. Je n'effacerai
pas. Besoin de tracer ces mots. Nous n'aurions jamais dû sacrifier
notre fourrure. À ce chapitre, les animaux sont plus intelligents que
nous. Je dis eux et nous, je ne devrais pas. Cela
nous différencie trop.
Définition : « L'humanité est la seule espèce animale pour qui la
nudité est denudatio. »
Avoir besoin du regard des autres, oui. Mais ne pas prendre ce regard à
témoin. Pourquoi avons-nous donc autant besoin de nous rassurer sur notre
propre existence? Sous les multiples regards, il se pourrait bien que je
perde au change en devenant moins inquiète, moins avide ou affamée de vivre ma
propre vie avec passion.
Et en montrant ma nudité, je prendrais la pose ; en perdant mon secret,
je deviendrais comédienne ou menteuse. Si je me dévoile, je m'organise et
donc je risque de me rendre plus théâtrale qu'invisible. Comme une femme
qui se met en scène derrière un écran froid. Me confondra-t-on avec une
sculpture?
Je deviendrais une allégorie ? Alors, soit je me
placerai de profil à côté de la dame de pierre, soit je me cacherai carrément
sous un bout d'étoffe pour être seulement douce et odorante. Aucun peintre
génial n'a encore fait de tableau juste avec des odeurs.
« ...on ne peut pas éclairer l'amour ; c'est même trop parler que de
prétendre qu'il peut luire. L'amour ne peut que s'éteindre, écrasant la
vision dans l'étreinte. Tout ce qui le soumet à la distance le désunit.
»
Pascal Quignard : Vie secrète.
Par annie strohem le samedi 27 janvier 2001, 12:24 - Vol.2 : le Journal de Script

Script se relève souvent en pleine nuit pour écrire son journal. J'aime bien
écrire la nuit. Mais ce que j'écris ne prend pas toujours le chemin de la
grande Toile. Il y a tout l'illisible, les ratures, taches et biffures qui
seront soit effacées à jamais (delete), soit classées ailleurs.
Couper, rayer ce qui n'est pas le Journal Online tel que je le
conçois, tel qu'il me va.
C'est le tri, la sélection, dans le dévoilement de l'intime. Les pourquoi,
les comment. L'ai-je déjà écrit ? ce n'est pas ici que je raconterai ma vie par
le foisonnement des menus détails. Sauf parfois un seul fragment, un morceau
qui se délivre. Ou deux. Pour cela, une part d'écriture demeurera cachée,
secrète. L'autre, je la publierai online. J'apprends. À peser, mesurer
mes propos. Ou bien à perdre toute mesure quand l'envie de hurler l'emporte.
Cette civilisation ne me laisse pas le choix. Laisser aller l'écrit.
Certains jours, on veut mordre. Certaines nuits, on fait l'amour. C'est la
vie. Nécessité de départager ce qui appartient à l'ombre et à la lumière. Il ne
s'agit pas de censurer : établir sa propre tonalité, allumer sa brillance.
Comme prendre son souffle. Comme respirer avec les mots, les phrases. La
respiration est indispensable à la survie. Aucune censure, donc. Je préfère le
mot « mesure » qui ne limite pas, il délimite.
– Il est pour quand, ce Lexique ?
– Pour bientôt, soupire-t-elle, très bientôt.
Quand on porte le nom de Script, il arrive que l'on se sente investi de
drôles de pouvoirs. Pouvoir d'écrire. Vu comme un pouvoir de transformer le
monde, transposer la réalité. Faire de l'amour un langage, le vivre sous
plusieurs formes. Elle n'est pas exhibitionniste. Non. Sauf à séduire. Come
on.
J'ai passé quelques nuits à lire et à écrire des textes qui me parlent de
l'amour. Principalement de l'état de nudité qui accompagne l'éclosion de
l'amour.
Toute littérature sur le sujet étant plus que suspecte, j'effectuais un
nécessaire retour aux textes Anciens qui s'accumulent dans l'étagère des non
encore lus. Chercher loin, remonter le temps. Et revenir. Ce n'est que dans le
va et vient que le sens peut surgir. Mais trop peu. Si peu.
On a écrit ceci (je traduis) : dès qu'un amour s'affiche au monde, il perd
la faim de l'autre. Même si je suis heureuse lorsque je découvre cette équation
entre la faim et l'amour, je me demande si l'homme et la femme ne sont qu'un
garde-manger l'un pour l'autre. Avec tous les oignons en train de germer dans
le mien, je ne peux que tirer les plus joyeuses conclusions. Mais encore ? Les
amants se hument, ils se goûtent. Et alors ? Cela signe souvent la
faim ou à la fin de l'attrait. Ce qui fera
baisser, se détourner le regard.
Dira-t-on aussi « j'ai faim » quand ce désir de la présence de l'Autre se
fera lancinant, insistant ? Cette faim porte-t-elle le nom d'amour ? Je ne sais
pas. On ne peut reconnaître l'amour, savoir que l'amour existe, que lorsque
l'on sait se faire humble devant lui. Nous ne sommes pas humbles. Affamés
seulement. Je lis fascination. Tendres regards. Dénudation
progressive.
La nudité des femmes dans le vestiaire du gymnase et dans
le sauna où je me suis si voluptueusement glissée hier était émouvante. Les
corps paraissaient fragiles, la peau humaine est si mince. On aurait dit que
ces femmes étaient transparentes. J'aurais pu lire sur leur chair humide comme
dans un livre ouvert. Alors j'ai baissé les yeux.
Par annie strohem le jeudi 25 janvier 2001, 09:57 - Vol.2 : le Journal de Script
L'effet du miroir. Chercher le sens caché sous [dans] le signe et son
reflet.
Un homme pense à une femme, tendrement. Il marche dans la ville. Il se rend
à son travail. Il marche toujours ainsi, un moment à l'air libre, pour éviter
d'être sous terre. C'est quelque chose qu'il fait systématiquement. Il pense à
un chapeau haut de forme. J'aimerais bien en avoir un, se dit-il, mais je ne
saurais où le porter. Si, je sais, sourit-il, sur la tête, c'est l'endroit rêvé
mais le vent l'emporterait rapidement au loin.
Un bel objet le haut de forme. C'est ce genre de chapeau qu'il y avait dans
L'insoutenable légèreté de l'être. La première nuit qu'ils avaient
dormi ensemble, Térésa avait tenu la main de Tomas si fort dans la sienne que
le matin, quand il s'était levé du lit, il ne pouvait pas se dégager. Alors il
lui avait mis un livre dans la main, et elle ne s'était pas réveillée.
Elle avait la fièvre aussi, comme Térésa. Et un livre dans la main. Elle lui
fit remarquer qu'ils aimeraient sans doute porter le chapeau comme dans le
livre. Simple frivolité, ne fais pas attention, murmura-t-elle, de peur de
s'être trompée d'histoire ou de chapeau.
Dans L'insoutenable légèreté... , le chapeau en question était un
chapeau melon que Sabina, une des maîtresses de Tomas avait reçu de son
grand-père.
Pour raconter le reste du récit qu'elle lui fit, vu que je n'étais pas
présente à ce moment-là de leur histoire, je citerai M.K., vu que je n'en suis
pas à une citation près. Voilà :
« Quand Tomas, voici des années, était venu chez elle, le melon l'avait
captivé. Il l'avait mis et s'était contemplé dans le grand miroir qui était
alors appuyé comme ici contre un mur du studio pragois de Sabina. Il voulait
voir quelle figure il aurait eue en maire d'une petite ville du siècle dernier.
»
« Puis, quand Sabina commença à se déshabiller lentement, il lui posa le
chapeau melon sur la tête. Ils étaient debout devant le miroir. C'était
toujours là qu'ils se déshabillaient et ils épiaient leurs images. »
« Elle était en sous-vêtements et elle était coiffée du chapeau melon. Puis
elle comprit que ce chapeau les excitait tous les deux. »
Je ne peux pas continuer, tout recopier. Simplement ajouter que le chapeau
melon était un accessoire érotique pour les deux amants, devant leur miroir.
Pour tous les autres, ce n'était qu'un simple chapeau melon. Un mot.
Dans les pages d'un journal, on est irrémédiablement seul. L'autre est
absent. Seulement moi, je. L'autre ne réussissant jamais qu'à s'y refléter. En
creux.
On voit surgir un chapeau, une rose. Clic. On tourne la page.
Par annie strohem le mardi 23 janvier 2001, 10:44 - Vol.2 : le Journal de Script

Hier soir, j'ai pris le temps de faire le tour de chacun de mes journaux
Online préférés. La liste s'allonge. Je n'arrive plus à suivre
le rythme, me tenir à jour. Parce qu'il y en a trop que je veux lire et relire,
parfois. Alors dois-je sélectionner ? Qui éliminer ? Qui favoriser ? Faut
trouver une méthode. Je pourrais :
1) déterminer une durée de lecture « étanche » et picorer au hasard ; ou
2) construire un calendrier de lecture avec la liste des journaux d'un côté,
les cases de l'autre. Puis synchroniser les dates de mises à jour avec les
temps et espaces vacants dans les cases.
L'une ou l'autre alternative représente soit une amélioration, soit une
restriction. J'y réfléchirai.
Il reste que je passe encore le plus clair de mon temps de lecture quotidien
(en dehors de la lecture écran) avec un un livre entre les mains.
Depuis les premières lueurs de l'aube, ce matin, je lisais Des nouvelles
d'amis très chers, de Robert Lalonde. Quel titre !
[jalouse]
Chaque fois que, pour une raison ou pour une autre, je devais placer un
signet et refermer le livre quelques moments, je me retrouvais, comme l'écrit
R.L., « dans un présent absolument personnel et inimitable, où m'attendaient
des occupations de revenant, pour lesquelles il me semblait que je n'étais pas
né[e]. » (p. 4 de couverture)
[17:46] Comment ? Grosse Fatigue, le Désagrégé
de l'être moderne a récidivé le 22 janvier 2001 et c'est juste maintenant
que je l'apprends ? Horreur. On me dit jamais rien. Le « site des
petites frustrations et amertumes quotidiennes », une Seconde
vie ? Oui.
Une chance que je suis allée fureter par là sous le coup de la plus pure
nostalgie, sinon j'aurais pu croupir dans mon ignorance pendant des semaines,
voire des mois. Ce fut le bonheur total de le lire, une fois de plus.
GF explique qu'il voulait arrêter (dernière écriture le 19.12.00) mais qu'il
n'a pas « tenu le coup » loin de la cour à scrappe. Tant mieux !
[23:59] Quel est le dernier mot, le seul ? Le plus beau ?
(Vite, mon Lexique)
Par annie strohem le lundi 22 janvier 2001, 09:38 - Vol.2 : le Journal de Script

Ça fait beauf de mettre des paroles de chansons dans son journal ?
Vous z'en voulez pas ? Non ? Alors oui ! Z'allez en avoir.
Jack, mon premier lecteur, a semé pour moi les petits cailloux blancs du
petit Poucet et je l'ai suivi, et puis découvert Berfaz.com, le e-zine
anticonformiste, un must, mais les inspecteurs de la moralité
littéraire trouveront probablement ma phrase un peu longue. Coudonc, me semble
que Proust a fait plus long [orgueil].
Et sur quoi je tombe, en cliquant sur Berfaz ? Noir Silence : « Vous pouvez pas
m'aimer » en musique d'intro, rien de moins ! Capotant. Le clavier en a
perdu trois dents. Pas grave, c'est les touches pour faire des
smileys, arf. Le bon Shâhriyâr m'envoya alors par e-mail son plus
large sourire. C'est peut-être cette année qu'on va pouvoir assister à
« la vengeance des Smileys » (serait-ce le titre de son prochain
roman ? mais chut ! faut pas en parler).
Vous pouvez pas m'aimer
Premier et deuxième refrain :
Vous pouvez pas m'aimer
C'est impossible
Ça s'voit bien que j'suis pas aimable
C'est évident qu'suis pas docile
Ça fait quinze ans qu'on me ramène ça
Comme un grand coup d'marteau dans l'front
Alors ne vous surprenez pas
Ce soir j'serai plus
à la maison.
Dernier refrain :
Si vous pouviez m'aimer
Ce serait possible
J'pourrais essayer d'être aimable
C'est sûr que ça serait pas facile
J'pourrais tenter d'oublier ça
Ranger mon passé pour de bon
Et si vous voulez toujours de moi
Ce soir j'serai avec vous
à la maison.
Sans la musique, il manque un gros morceau à cette poésie. Prendre note que
je n'ai pas recopié des paroles trouvées quelque part sur le web. Je les ai
juste décodées en écoutant comme il faut la chanson, plusieurs fois. Alors je
serais franchement désolée pour son auteur si mon oreille avait déformé ses
motsà lui. J'aurais peut-être dû me taire et faire jouer
le mp3 [repiqué sur Berfaz].
Par annie strohem le dimanche 21 janvier 2001, 21:30 - Vol.2 : le Journal de Script

[10:15]Dimanche matin. Diary time.
Réveil à 9 heures. Pleurs. Réveil à 4 heures du matin. Fous rires. Avant le
sommeil il y avait eu le bain. La détente. Après il avait dormi.
En pleine nuit, vers 2 heures, il fait tout pour ne pas la réveiller. Il se
relève. Il écrit. Elle va le rejoindre à son bureau. Il croit que c'est de
l'avoir dérangée dans le lit, démêlé son corps du sien.
Ce n'était que le bruissement de ses ailes, dit-elle, juste les
ailes.
Toujours après 9 heures, marche et café. Tout va de travers, sans aucun
désir. Retour. Misère. Une seule petite enveloppe. Elle n'est pas de
Shâhriyâr.
Il me manquait un couple : Sand et Musset. L'absence est
insupportable. Les états d'âme, éphémères.
Par annie strohem le samedi 20 janvier 2001, 10:56 - Vol.2 : le Journal de Script

[22:39]Script est de retour. Elle est là. N'ayez crainte,
elle ne va pas s'effondrer. Si, un peu. Peut-être. Non, je ne sais pas. Je ne
sais plus rien. Que feraient-ils ceux qui liront, s'ils étaient à ma place
?
Erreur, Script. Erreur de croire que tu as une place. Un coin. Un
recoin. Une oubliette. Une cave. Le fond d'un cachot humide. Un bûcher. Tu n'as
rien d'autre que l'espace que tu occupes. On ne te donne rien. On ne te
reconnaît rien. On ne te regarde même pas. Comme depuis ton premier cri en
venant au monde, tu te fais une place par la force de tes bras ou bien on te
jette. On te croira déjà morte et on s'en fout royalement. On a d'autres chats
à fouetter, n'est-il pas? Papa et maman ont du travail. Ils ont pas le temps.
Ils t'écoeurent avec leurs « je t'aime » qu'ils te sirotent et te bavent dans
les oreilles quand ils sont saouls. Tu leur casses les pieds. Ils te le disent
pas, sauf que tu le sais d'un savoir que tu portes en toi. Que tu écriras pour
dénoncer ces hypocrites.
À quoi s'attendait-elle ? Orgueilleuse. Indomptable rivière
bouillonnante et glacée. Sa pudeur l'empêchera de se confesser. La solution de
se déboutonner privément ou publiquement sinon onlinement n'en est
peut-être pas une. Je ne sais pas. Je doute. Lancerai-je des sondes dans
l'univers sidéral pour en savoir plus long ? Je me contenterai plutôt de
l'alphabet et du dictionnaire, des mots.
Mots - ont tous fui loin de moi, insultés que je ne
leur aie pas offert de place dans mon Lexique les premiers.
Vos gueules, les mots ! Je n'ai même pas eu le temps de le bâtir, le
Lexique. Vous l'aurez votre place. Donnez-moi juste
quelques nuits de plus. J'ai besoin de vivre moi aussi, je ne peux pas
passer tout mon temps à écrire.
Temps - j'en ai parlé l'autre jour. Temps me retient
en esclavage. J'ai un boulet aux pieds. Il m'a cousu un numéro dans le
dos. (Coudonc, j'vas tu me mettre à me prendre pour Jean Genet?) Il me reste un
espoir, c'est qu'il m'ait cousu le no 1001. Quelle chance ! Je traduis
dans ma langue : 1000+1, 1000 et 1, mille et un. Contes merveilleux. C'est
Noël. J'ai gagné à la loterie : je suis Shahrâzâd. Je passe ma vie à
écrire et raconter des contes à Shâhriyâr. Trop tard, on saura son
nom.
Mélodie - de mon enfance, je te reconnais. Ne te sauve
pas. Tu joues trop bien. Tu devrais avoir la première place dans le
Lexique. Je ne te remercierai jamais assez pour ce que tu
viens de dénouer. Une métamorphose se prépare. J'embarque. Du moment que je ne
me transforme pas en bibitte dégueulasse et pleine de bave comme le Grégoire
Samsa de Kafka. Mais la vie de Shahrâzâd que je vis avec Shâhriyâr est la
mienne en propre. Shâhriyâr a su capter mon regard. J'ai capté le sien. Ne me
demandez pas comment.
[23:24] Bilan. Elle a eu sa montée de lait
universelle. C'est fait. Elle n'y reviendra plus [pas tu'suite
tu'suite]. Elle a bien droit à ses malaises hormonaux, c'est même
écrit dans tous les bouquins de médecine pas trop cons. C'est bien elle la
femme, la mère, après tout? Ce qu'il lui réclame est en même temps ce
qu'il lui refuse. Le corps du délit. Elle n'en peut plus d'être vierge muse
mère adolescente impubère et putain pour les satisfaire les hommes ses
contemporains. Rien d'autre. La multiplication des pains (on se souviendra des
sainteZévangiles) ne lui va pas comme leur gant de la main gauche non plus. Et
moi, je suis aussi faible que lui. Il s'imagine qu'il meurt en moi quand il
jouit. C'est tout le contraire. C'est là qu'il prend toute sa force et nourrit
la mienne qui devient la nôtre. Secret. C'est qui les imbéciles qui lui ont
enfoncé ça dans le crâne? C'est pas vrai. PAS vrai. Asteure, il a peur des
femmes. Pas de toutes. Pas de toutes. Il a raison. Pardon. Moi,
femme ordinaire, je ne sais plus ce que tu veux. De quoi tu as peur. Le sais-tu
?
Peur, c'est peur de la même maudite affaire. La
mort.
Mort, tu es l'ennemi à combattre pour lui comme pour moi et
tu n'es pas humaine et je te hais et je ne veux pas te voir la figure. Et
déguerpis, sinon, le bras d'honneur, je te le promets, tu
l'auras, maintenant que je sais le faire grâce à on sait qui et je ne me
répéterai pas ici. Nous nous liguerons contre toi et ce n'est qu'ensemble que
nous te vaincrons. Notre force est ensemble. Ne sommes nous pas frère et soeur
? Amant et maîtresse ?
Lui et moi, nous survivrons. Nous avons nos ailes. Nos mots
et notre nid. Notre cocon. Nous avons pris
les plus beaux mots pour nous défendre. Et il en reste encore plusieurs autres
qu'il me tarde de consigner dans le Lexique, ces mots de l'ile déserte, avec la
tente bleue brodée d'or au milieu. Ce n'est pas loin de l'île de mon
Seul Désir.
Décidément. Ça va devenir une Encyclopédie, ce
Lexique. Elle sera portée à se prendre pour Diderot, ou Balzac ou un autre
cadavre poussiéreux de la bibliothèque de ses parents. Déjà qu'elle se promène
parmi les fleurs, comme Rousseau. Laissons là donc à ses désirs et
délires littéraires de la nuit. Elle est encore loin de la milléunième.
Shâhriyâr aime bien qu'elle dorme parfois, afin qu'elle se réveille les joues
fraîches et roses en lui offrant son premier regard, les tout premiers mots de
l'aube naissante, les pieds nus dans la rosée.
Les délires, quand ils sont aussi doux, sont des rêves qui
appartiennent à la mythologie et ne font de mal à personne. Ils l'aident à
cracher le morceau, le méchant qui fut enfoncé en elle malgré elle. Lui est si
patient et si doux, mais avec sa brutalité virile, il la secoue et
l'anime. Elle s'agenouillera. Lui racontera. Ainsi, elle ne perdra pas la
vie. Comme dans le merveilleux du conte qui commençait par « il était une
fois... »
Par annie strohem le vendredi 19 janvier 2001, 10:55 - Vol.2 : le Journal de Script

Est-ce bien le 19 janvier?
[09:10] Un seul mot, discipline. Un autre? Tristesse. Les autres mots? Ils
se reposeront la tête.
Aujourd'hui, je prends congé de journal. Congé de tout. Raison? Baiser. Et.
Bricoler mes pages encore en friche sur ce journal minuscule qui n'est pas
encore certain d'en être un.
Plusieurs liens ne fonctionnent pas. Pas un seul lecteur n'écrit pour me le
signaler, mais c'est pas leur job non plus. On attend trop des lecteurs. On
leur chie trop dessus aussi. Je lis régulièrement le journal de Réal (quand il
écrit) ; cette semaine, il a fait/écrit un bras d'honneur aux lecteurs
apathiques en guise de phrase de salutation. Je l'ai d'abord pris personnel. Au
premier degré. Puis j'ai compris. Merci, Amèriq.
Prenant exemple sur mon valeureux collègue diariste, j'ai levé mon petit
bras moi aussi, je ne dirai pas devant quelle foule démagogique encore au
pouvoir. Qu'on le croit ou non, je respire maintenant beaucoup mieux. Un peu
mal au bras. Pas grave. Rester digne, rester soi-même, vaut bien le geste
qu'une jeune femme douce ne s'était jamais permis de poser.
Par annie strohem le jeudi 18 janvier 2001, 11:14 - Vol.2 : le Journal de Script

Déjà jeudi. [05h01] C'est encore la nuit. Je devrais dormir. Qu'est-ce
que je fais dans ce journal ? Il fait encore noir. J'écris toute seule. Mes
mots ne seront qu'une trace, le Script sur la page. Tant que le lecteur ne se
les aura pas mis dans l'oeil. Une tache d'encre. Je suis une tache d'encre
noire. La seule couleur avec laquelle se forment et se colorent mes écrits. Je
rêve que l'encre noire réussisse ce tour de force d'illuminer la page, la
rendre plus blanche. Je ne suis pas peintre. Parfois je rêve en plein jour de
reprendre mes pinceaux et d'étaler de la pâte sur la toile. Frivolité comme une
autre. Rien n'existe dans ce moment si présent [05h18]. C'est pourtant le seul
espace dans lequel mon corps peut exister : ce coin noir de mon bureau
éclairé par l'écran. Un diariste a placé des Webcam sur quelques
grandes villes dans son journal. J'ai pu aller voir Paris, les ponts de la
Seine, il y a un instant. Je suis retournée là-bas. J'y étais, en silence.
Entière. J'ai capté la vie. Ici, les dernières bougies sont éteintes depuis
longtemps. La lumière artificielle me brouille la vue. M'accusera-t-on de
racisme si j'écris que je préfère le café noir? Ou de plagiat
si j'écris que je mange une tartine au miel ? Ce ne sont
que des mots. Ma tartine, elle est bien au miel. Mon café noir, je l'ai bu.
J'ai négligé ce journal. Pas d'excuses. Retard dans la
Librairie. Elle changera bientôt de nom car avec cette
identité-là, ça cloche. L'écrit refuse d'y entrer depuis K.M. Le
Lexique qui veut naître me fatigue. Parce que j'ai trop de
Script. Un deuxième sujet attend à la porte : la nudité. J'ouvrirai
peut-être une page Jardin secret, c'est à voir. Je manque de
Temps pour tout organiser. Temps est précieux. Et je n'ai pas encore parlé de
lui ici. Est-ce à dire qu'il ne peut avoir lui non plus son existence propre en
dehors des mots?[05h32]. Il file [05h45].
[09h46] J'ai réussi à sortir mon auto de dessous la neige. Je me suis donc
fait un peu de musculation gratos. Le soleil brille fort. Mon compte
en banque vient de se gonfler comme à chaque quinzaine, d'un merveilleux
salaire en échange de mon merveilleux labeur. J'ai envie de nouveaux vêtements
et ne m'en priverai pas. Être belle. Séduisante. J'en ai besoin. Ferai
peut-être un peu couper mes cheveux. Pas encore fait mon portrait ici. Allons-y
donc !
Je m'entête à porter les cheveux longs. Ma force est là-dedans : je crois
encore à ça... Ce qui m'amène à concéder que je suis un peu désuète (ce qui
devrait apparaître dans le portrait psy, O.K., je m'en tiendrai au portrait
phy.) Longs et brun foncé, presque noirs. Très abondants. Quoi d'autre
? Les jambes longues. Yeux noirs ou presque. Quelques ancêtres m'ont
laissé des traits qui révèlent... Quoi ? Plus moyen de me cacher ? Non, c'est
ma fierté. Mais encore ? Peut-être un peu maigre. Mais c'est pas un problème
?
[12h36] Lunch time. Minutes précieuses pour avaler mon sandwich et
consacrer quelques octets à la rédaction de ce journal. Aujourd'hui, on
remarquera que j'aime bien parler de Script. Qui me représente
moi. Diminutif que j'ai forgé à partir de scripteur (on
l'avait déjà deviné). Mon choix vient de sa racine latine :
scriptor. Le Dictionnaire dit que
scripteur signifie : « Officier de la chancellerie romaine, qui écrit les
bulles expédiées en original gothique ». Merde ! (Scusez) J'aurais dû regarder
le dico avant ce jour béni. J'ai l'air de quoi, moi, là ? Calmons-nous ! À part
« l'officier de la chancellerie romaine » avec qui je n'ai aucun trait commun
(cela reste à voir, car je pourrais bien me tromper encore une misérable fois,
s'pas ?), j'expédie vraiment des manières de « bulles » online, et en
caractères « Century Gothic ». Et je jure que c'était pas prémédité, Votre
Honneur.
[14h24] Cette journée de travail est beaucoup trop longue. Je me sens si
loin de mon nid. Comme si toute la douceur du monde m'avait abandonnée d'un
seul coup. Que se passe-t-il donc en moi? L'absence et l'éloignement sont sans
doute un mal qui me tue à petit feu. Si triste je suis. Je n'écrirai plus un
seul mot aujourd'hui. Écouterai le Stabat Mater.
Par annie strohem le mercredi 17 janvier 2001, 09:42 - Vol.2 : le Journal de Script

Ouf! Il me faut arracher quelques pauvres minutes à mon quotidien pour
revenir à ce journal. Je sais, ce n'est pas une personne, ce n'est qu'un
journal. Oui, mais le lecteur, lui, il est une personne. Des personnes même.
Alors? Alors j'écris pour le journal, et des personnes lisent. Tant que la
question du destinataire ne sera pas explorée à fond, scientifiquement, je
resterai sur ma faim. Faux. Il ne faudrait surtout pas que les scientifiques
s'en mêlent. Quoique...
Grosse journée de travail en chantier ce mercredi. J'y retourne tout de
suite après.
Contente d'avoir pu sortir et marcher dehors. La fièvre me laisse et
revient. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Sinus? Virus?
La marche m'a permis de faire provision de sensations. Quand je sors de la
maison, j'emprunte une rue, n'importe laquelle et je suis la pente. Si je
tourne à gauche, ça monte et je me retrouve dans un grand parc rempli de neige
et de vieux arbres aux essences variées et rares. Ce que j'ai fait. Pas un chat
ce matin. La neige tombait. Un seul petit sentier traversait le parc. Je devais
mettre mes pas dans les autres pas qui étaient passés là avant moi. À certains
endroits, la neige était si épaisse qu'il m'aurait presque fallu des
raquettes.
Entendu des oiseaux, les camions affairés au déneigement,
leurs cris stridents lorsqu'ils font marche arrière, le crissement des semelles
dans la schloche (n.f.: étrange dilution de neige fondue sale et de
calcium plus un peu de fin gravier qui passe l'hiver dans les rues des villes
du Québec - ceci est ma définition du mot, mais est-il dans le
dictionnaire?).
Vu des bébés joufflus dans des poussettes aux roues
coincées par la glace, une camionnette avec un logo finissant par Tech
sous-titré : « Bâtisseur de réseaux ». Me suis demandé si j'étais moi aussi un
peu bâtisseur de réseau avec mon journal.
Du nouveau : Inscrite officiellement, depuis quelques
nuits, sur les listes de à la Chaîne littéraire et à la CEV.
Quoi d'autre? J'ai collé les logos d'usage.
Chuchoté avec lui jusqu'à l'aube. Pour la première fois, il a dormi un peu
avec moi. Et à son réveil, il était tellement, tellement content d'imaginer la
neige, qu'il voulait transformer chacun des flocons en baiser.
Par annie strohem le mardi 16 janvier 2001, 12:47 - Vol.2 : le Journal de Script

[10h28] La fièvre d'hier soir m'a fait sombrer dans un sommeil étrange et
troublant. Le ciel est demeuré très lumineux toute la nuit. (Pleine lune?)
L'intense lumière blanche explosait à travers le moindre espace laissé libre
entre les lourdes tentures de velours bleu nuit de ma fenêtre. J'ai peu
dormi. J'en lui en parlerai ? Lui, je ne l'inventerai pas ici dans ce
journal. Il est trop vivant. Et parce que devant lui, j'aime souvent
me taire. Écrire. Lire. Je n'ai pas d'arguments. Argument
est un mot très ancien. On dit que le mot signifie : « blancheur de
l'aube ».
Ce journal? On dirait qu'il adopte un rythme quotidien. Septième
entrée depuis le 10 janvier. Qui l'eut cru? Serait-ce que je poursuis
l'engagement? Ou est-ce le reflet du miroir qui m'encourage? J'y
verrais donc d'autres lectures plus riches et plus intenses, d'autres images
qui remplissent et garnissent peu à peu mon nid. Que s'est-il déclenché en
moi à mon insu? Insu : je méditerai sur ce mot.
Tout à l'heure, aller m'inscrire à mes cours de russe avant qu'il ne soit
trop tard.
[15h47] Je songe à développer une section « Lexique » pour noter le
(les) sens dont se chargent pour moi certains mots. Le premier inscrit
sera Homme. Bientôt.

Je suis restée à l'intérieur, en dedans. Encore un peu de
fièvre. Rester en dedans, c'est rester plus proche encore des sensations
et des mots. Nommer l'arbre, le fruit. Dire le mot pour que la chose
soit rassurée sur sa propre existence. Laisser cela se vivre ne serait-ce
qu'une fois.
Notre appartenance à ce continent des mots serait-elle réellement
éphémère? Parfois, j'entrevois très clairement que nous écrivons surtout
pour célébrer l'éphémère, le transitoire. Contradiction? non :
le sens s'élargit. Mais la clarté se sauve chaque fois. Rilke l'a
chanté dans la neuvième Élégie :
« Mais parce qu'être ici est beaucoup,
qu'apparemment tout ici a besoin de nous ; ces choses
éphémères,
étrangement, nous concernent,
Nous, les plus éphémères.
Une fois chaque chose, seulement une fois.
Une fois et jamais plus Et nous aussi
une fois. Jamais plus.
Mais ceci, avoir été une fois - même si ce ne fut qu'une
fois -
avoir été de cette terre, cela semble irrévocable. »
Rainer Maria Rilke : Élégies de Duino.
Évitons les malentendus : fiévreuse, peut-être. Mais légère et heureuse.
Par annie strohem le lundi 15 janvier 2001, 11:35 - Vol.2 : le Journal de Script

[07h30] J'ai plein de fleurs blanches dans les pensées ce matin à cause
d'un rêve que j'ai fait cette nuit. Un rêve aussi tendre que la sève qui
monte dans les branches rouges et sinueuses d'un érable au printemps.
Je manque encore de discipline. Les pages d'écriture griffonnées
s'accumulent, s'empilent et vont même jusqu'à s'éparpiller et se battre pour
avoir la meilleure place sur la grande table de travail en pin au milieu de
laquelle trône l'ordi. Quel vilain nom pour mon écran magique, ma vitrine
pleine de rêves. Je me mettrai à la recherche d'un pseudonyme pour
lui. J'entends un solo de violoncelles.
Hier soir, j'ai commencé une relecture complète du journal de Katherine
Mansfield, dans le but de rédiger un court essai. Lire aussi les livres et
articles (mémoires, thèses?) concernant cette oeuvre. Si je ne peux rien y
ajouter, je garderai mes notes par devers moi. Si par contre je découvrais
que je peux développer par ma propre lecture des aspects qui sont demeurés dans
l'ombre, j'oserai peut-être proposer le texte à quelque revue s'intéressant au
journal d'écrivain. Nouveau projet, donc.
[14h50] De retour dans la chaleur de mon nid après une course qui a
exigé une longue marche dans les rues glacées de la ville. Mon auto est
enlisée dans le banc de neige depuis la dernière tempête. Trop paresseuse
pour la dégager. Et aujourd'hui, je déteste l'autobus. Je marche, je
marche. Quelques rares passants pressés. J'entends le bruit des
voitures. Respire une odeur de gingembre à la porte d'un restaurant
chinois. Des ouvriers transportent des matériaux énormes. Ailleurs,
un parfum de cèdre. Une fine neige blanchit le ciel de ses milliers de
petites étoiles floconneuses. J'ai les joues rouges et brûlantes. Il
faut que j'écrive. Je reviendrai au journal dans la
soirée. Promis.
[19h28] Encore brûlante. J'ai dû prendre froid. Ou bien j'ai
trop chaud, ou bien je frissonne. Il fait nuit et le ciel est étrangement
blanc, comme nacré. Dormir.
Par annie strohem le dimanche 14 janvier 2001, 21:17 - Vol.2 : le Journal de Script

J'installe mon image de la journée. Je choisis un iris blanc en pensant à S.
La naissance est proche. Silence.
Je pense à cette naissance imminente et je n'ai plus l'âme à
babiller. Comme si je ressentais la nécessité de marquer une pause
: un petit morceau de glace fond, à l'intérieur. Réminiscences.
Pendant ce temps, à l'extérieur, le temps va s'arrêter (un peu, juste un
petit moment) devant le mystère et la beauté d'une nouvelle vie.
Il y a un émerveillement si énorme et si plein de sagesse dans le regard du
bébé qui ouvre les yeux et les plonge dans ceux de sa mère pour la première
fois. Personne ne devrait avoir le droit de troubler cela par des guili
guili ou des compliments. Se taire et laisser les regards se
nouer. Se confondre. On « tombe » en amour. La mère place
l'enfant dans les bras du père et le même miracle se produit : le miracle
du premier regard.
Dans ses premières heures de vie, si un tout petit bébé n'est pas regardé
par le père et la mère aussi fort et aussi longtemps qu'il en a besoin, il
arrive qu'il ferme les yeux, ou qu'il cesse de regarder à son tour. En
fait, il va regarder quand même, mais ailleurs. Ou alors il cherchera
durant toute sa misérable vie à capter le regard de l'autre pour être bien sûr
qu'il existe. Je me demande parfois si c'est pour ça que
j'écris. Entre autres choses.
[12h24] Le soleil perce l'épaisse couleur gris bleu du ciel. Ce
sera un beau dimanche.
Par annie strohem le samedi 13 janvier 2001, 09:02 - Vol.2 : le Journal de Script

Quand il fait gris toute la journée, que je le veuille ou non, je ressens un
peu plus de gris en dedans.
Savoir que demain, le soleil brillera.
C'était jour de lessive. Jour de courses ici et là pour renouveler mes
provisions. Le lait, le pain. Un peu de viande. Beaucoup de
fruits et de légumes. Verts, si possible. À la fruiterie du coin,
j'ai vu une vieille chinoise acheter quatre gros sacs d'oranges de la Floride,
les mêmes que moi. Ey rien d'autre. Vrai qu'elles ne coûtaient qu'un
dollar la douzaine, mais je n'ai pu m'empêcher de me demander comment elle
arriverait à manger tout ça. À moins qu'elle ne mange justement « que » ça
! Possible.
Tout est possible. Sur l'autre coin de la même rue, il y avait une
femme d'environ 50 ans, pas plus, qui était assise par terre dans la neige,
assise en tailleur. On gèle. Il fait gris. Elle tend une
vieille casquette du bout de ses mains recouvertes de vieilles mitaines noires
de crasse. Il y a quelques sous au fond de la casquette. Elle passera
sa journée à se geler les fesses pour recueillir un peu d'argent dans la
casquette. Il y en a d'autres aussi : des hommes. Eux, ils
s'installent à la porte de la saq et vous tendent des gobelets en
carton. Ironie ?
On est pas au Bangladesh, non, mais dans un vieux quartier de l'ouest de
Montréal avec des cottages, des intellectuels, des politiciens, leurs familles,
et des beaux parcs. La qualité de vie [comme on dit].
J'avalerai de travers, une fois de plus.
Par annie strohem le vendredi 12 janvier 2001, 15:40 - Vol.2 : le Journal de Script

Journée à marquer d'une pierre blanche : j'ai mis mon journal en ligne
et envoyé une demande d'inscription à la CEV [Communauté des Écrits
Virtuels].
– Félicitations, madame Script. Vous ne faites pas les choses à
moitié.
– Merci.
– Vous savez, il vous suffisait de plonger.
– Oui. Contente que ce soit fait. Je n'ai plus ni craintes
ni hésitations, maintenant. Je sais que j'aime déjà et que je vais
aimer écrire ce journal jour après jour. C'est mon petit coin à moi sur le
net où je peux être moi-même.
Au début, je me demandais tout le temps quoi écrire et
tout. Maintenant, c'est plus simple. Je m'asseois et
j'écris. Faut pas trop chercher à censurer.
Mais il faut vraiment que je me discipline pour écrire régulièrement.
Je reviens plus tard.
18h30. Si je dis discipline, je dis discipline. Pas de quoi se
réjouir, ça sonne mal mon truc. Pour le sens ça va, mais pour le son, on
s'on passerait comme diraient les fronçais.
O.K. j'suis pas revenue écrire ici pour déconner. Sauf que je me sens
bien. J'arrive de dehors. Rien de très emballant. Je reviens
d'acheter de la bouffe pour mon beau minou et des pâtes pour mon dîner à
moi. Je sais. Je devrais mettre sa photo sur ma page, mais il est
pas photogénique. Pas vrai. J'ai juste pas de photo récente et il
serait sans doute vexé si je mettais ici une de ses photos de bébé. On
peut l'imaginer. Il ressemble à Garfield comme deux gouttes d'eau.
Pas compliqué : « c'est » Garfield. Alors son nickname ici, ça va
être Garf. Pour pas que personne le reconnaisse.
Bon. Voilà une bonne chose de faite. Le chat vient de faire son
entrée online. Mon beau gros Garf, je ne saurais vivre sans
lui. Il est ma muse, mon gardien, mon chat de Baudelaire. Mon
poème vivant et ronronnant.
Une fois, dans une BD, Garfield (le vrai) se réveille le matin et qu'est-ce
qu'il aperçoit? Son maître qui sort du lit et qui enfile une paire de
pantoufles en peluche, décorées avec des têtes de Garfield toutes neuves, qu'il
venait de recevoir en cadeau. En un instant, les regards se sont croisés,
l'homme s'est senti ridicule et Garfield faisait la tête : le chat était
vexé ! Inoubliable, cette image.
Par annie strohem le jeudi 11 janvier 2001, 10:46 - Vol.2 : le Journal de Script
J'ai enfin trouvé des images d'éphémères, tel que promis le 18
décembre 2000.
J'ai longtemps cherché sans grands résultats intéressants dans les
encyclopédies [en papier]. Décevant, car impossible de transférer les
images [faute d'équipement]. Bref, c'est Google qui m'a tirée d'affaires. En
voici une :

Mignonne, hein? Son vrai nom c'est : ephemera
danica. J'aime beaucoup apprendre à identifier les plantes
et les insectes par leur nom latin (ou grec). C'est tellement plus
poétique et plus précis, et ça permet de faire quelques liens avec la
langue. J'ai découvert un tas de sites au nom d'« éphémère » qui ne
parlent pas du tout de l'insecte ni de la fleur, ils s'intéressent plutôt
à la symbolique ou aux autres sens dérivés. L'adresse et le lien où j'ai
cueilli cette belle mouche sont indiqués dans mon
lexique, mais ils ne mènent plus nulle part.
Je retiendrai donc deux belles images pour mes archives personnelles et ceux
que ça intéresse. [Étaient ou n'étaient-elles pas libre de droit ? c'est
ce que l'histoire ne dit pas]. Si elles « appartiennent » à quelqu'un qui ne
veut pas les « prêter » pour qu'elles soit citées ici [en hommage à leur
beauté], prière de m'en informer...
Par contre, je n'ai plus vraiment envie d'illustrer ma page d'accueil
avec... c'est un peu gros, et un peu trop mouche ! Sauf que je n'arrête
pas de trouver ça beau.

Note : la larve de l'éphémère est aussi appelée « mouche de
mai ».
Par annie strohem le mercredi 10 janvier 2001, 16:47 - Vol.2 : le Journal de Script

Je pense que je vais finalement mettre mon journal en ligne aujourd'hui. Si
j'arrive à me trouver un serveur gratuit qui fonctionne, et pas trop lent ou
compliqué. Non. Je vais attendre pour voir si je pourrais trouver
le temps et l'énergie d'écrire plus souvent. Au moins être capable de
faire trois jours de suite. Si je relève le défi, j'irai sur les
ondes.
J'ai fait pas mal de lectures pour trouver un texte qui me plaît
suffisamment pour le recopier dans ma page Librairie. « Et in Arcadia
Ego », de Katherine Mansfield, date de 1915 : c'est un texte sublime,
dommage que j'aie dû l'amputer au milieu, et de presque la moitié.
Je pense que je ne pouvais trouver mieux que Katherine
Mansfield pour insuffler en quelque sorte une âme à mon
journal. J'en ai relu une partie cet après-midi. Je ne me souvenais
pas (ou bien cela ne m'avait pas frappée à ce point avant) du fait que cette
femme était profondément souffrante. Malaises et maladies physiques,
grosses peines d'amour, dépressions... Mais tellement sensible aussi et
capable de capter et de s'émouvoir d'une gamme de sensations tellement nuancées
que cela me coupe le souffle. Et elle a réussi à l'écrire, à décrire son
monde intérieur - et extérieur - avec tant de doigté et de précision
qu'on peut presque se croire sur place et ressentir avec elle. Quel
talent elle avait.
Par annie strohem le vendredi 05 janvier 2001, 05:13 - Vol.2 : le Journal de Script

Nouvelle année, nouveau millénaire. Le meter du grand calendrier de
la planète avance. Avançons-nous ? Je nous le souhaite. Pas le temps de noircir
du papier avec des pensées sombres.
Le plaisir n'était pas beaucoup au rendez-vous ces derniers jours. Le calme,
oui.
Certains jours, la nausée. Mal dans ma peau. Sais pas pourquoi.
Je mûris l'idée de m'inscrire à des cours de russe. La sonorité de cette
langue m'ensorcelle depuis que j'en ai entendu les premiers mots. Ne pas
chercher à comprendre. Alors cet hiver, une nouvelle langue s'ajoutera au menu,
j'espère.
J'ai besoin de dormir. De partir. Un peu tannée de cette sensation d'être en
stand by dans une drôle de vie sans autre assaisonnement que l'argent
et ce qu'il achète. Le monde avec.
Et je refuse de jouer au jeu de la Nouvelle année. Résolutions & Cie.
Pas envie de jouer à rien ce soir. À rien d'autre que dormir. Bienheureuse
sagesse.