Par annie strohem le jeudi 28 décembre 2000, 09:06 - Vol.2 : le Journal de Script
On fera bien de bien la boucler. L'année, oui, mais le millénaire aussi il
faudra le boucler puisqu'il aura expiré dans quelques jours. Mais comme je
n'étais pas là...
Alors pour bien fêter l'événement, je me suis comportée en vraie paresseuse
que je suis (on arrive doucement vers un portrait) toute la journée. Pas le
choix car je n'ai rien à faire, je suis en vacances. Alors autant me liquéfier
à travers les heures qui passent sans faire de manières.
En me levant, j'ai regardé dehors. Je me suis dit qu'il faisait bien beau,
du beau soleil, mais avec la neige et le vent, l'air qui me venait de la
fenêtre était glacial, alors ça a été vite décidé : je ne mettrais pas le pied
dehors. Pas envie de geler.
Mais paresser, ce n'est pas aussi simple. Au minimum, il faut manger, donc
cuisiner. Et après, laver la vaisselle, ranger la cuisine, prévoir le prochain
repas, ensuite préparer les légumes, mettre la viande à mijoter ou la pâte à
lever pour un gâteau. Tout un art que je n'ai pas le loisir de pratiquer quand
je suis prise par le quotidien ordinaire.
Aujourd'hui, j'ai pris mon temps. Pour commencer, ce matin: des oeufs, de la
baguette grillée, des confitures de fraises de l'été dernier et du café. Pour
le dîner, une lasagne et un clafoutis aux abricots. Cela paraît facile, voire
trivial.
C'est au contraire monstrueux. En ce moment, des milliers d'enfants meurent
de faim à travers le monde. Et moi, je ne trouve rien de mieux à faire que de
manger et d'écrire ce que j'ai mangé au petit déjeuner et au dîner. Un vrai
scandale.
Je ne sais pas quoi faire pour empêcher les autres de mourir de faim alors
je reste chez moi, je tremble de peur et j'écris. J'écris que je ne meurs pas
de faim. Pour me rassurer? Non. Pour me faire chier. Je me trouve nulle de ne
rien trouver de concret pour empêcher le massacre continu des petits et des
faibles.
Comme si on était condamnés à être d'un côté ou de l'autre de la faim et de
la pauvreté et qu'il n'y avait rien entre les deux. Rien que des montagnes de
pourriture.
Par annie strohem le mercredi 27 décembre 2000, 08:42 - Vol.1 : Entrée libre...
J'ai toujours profité de la semaine entre Noël et le Nouvel An pour réfléchir et faire une sorte de bilan. Je ne m'étendrai pas ici sur les détails de ma vie personnelle, ce n'est vraiment pas l'endroit. Parce que ma vie personnelle n'est pas publique, elle est privée. Et je tiens à garder fermée la porte de mes jardins secrets. Par définition, les secrets n'existent que lorsqu'ils sont gardés cachés. Il est beaucoup plus difficile de vivre avec l'idée que l'on n'a personne à qui les confier, que de les garder pour soi. Dès qu'ils sont dits ou écrits, les secrets n'existent plus. Je sais depuis ma plus tendre enfance qu'il n'est pas facile de trouver une personne à qui faire confiance, à qui faire des confidences. C'est sans doute une des raisons qui m'ont amenée à écrire mon journal quand j'étais enfant, dans de petits carnets. Les premiers étaient codés. Si bien que je ne comprendrais plus, aujourd'hui, la signification de ce que j'y avais noté. Et puis ils ont tous disparu. Tant mieux. J'ignore ainsi moi-même une partie de mes secrets. Avec les années, mon journal papier est devenu une série de beaux cahiers noirs à couverture rigide, tous de même format : des cahiers Blueline, écrits à la main avec de l'encre bleue [de stylo bleu]. J'avais pensé le transcrire en partie dans la « mémoria », faire de l'hypertexte, mais j'ai abandonné, l'entreprise devenant à la longue trop laborieuse et douloureuse. J'ai donc appris que je n'écrirais pas ma vie sur le web. Une vie avouée, un vrai journal intime on line ce n'est pas une vie. Ça devient de la fiction. On dit, pour faire court et tout dire : « virtuel », mais ça ne veut rien dire ça non plus. Ce qualificatif ne convient pas à un être humain. Alors je mettrai le point final tout à l'heure, après avoir rédigé cette dernière entrée à mon journal on line. Malgré tout, j'ai adoré cette expérience. C'est une vraie et authentique folie que d'écrire cette sorte de journal. Folie que je ne supportais plus, enfin pas dans les conditions que je m'étais posées.
Au point où j'en suis, je sens comme une nécessité de m'expliquer. Alors, allons-y pour une autre petite tranche de vrai diarisme à chaud ! S'il est vrai que j'aime ce journal, comment mettre des mots sur mon incapacité à continuer, nommer ce que je ne peux plus supporter ? La réponse n'est pas longue à formuler : c'est une question de NOM. Ce journal sonne faux à mes propres oreilles car il n'est pas écrit sous ma véritable identité. Il y a toujours deux personnes (ou plus) qui cherchent à prendre le dessus pour écrire : conflit de moi avec moi. J'ai beau me répéter qu'Ariane [Fabre] c'est un moi, une partie de moi que je projette et qui abrite ma véritable identité, mais ça ne colle pas longtemps. J'ai toujours l'impression que je mens ou que je ne contrôle pas la réalité que je décris ; elle se met en place à mon insu. Le reste demeure dans l'ombre. Ce nom propre aura réussi à modifier ce que j'écrivais, ce que j'étais. Probablement parce qu'il traîne avec lui un trop lourd bagage de mythologie. Mais l'expérience m'aura permis de comprendre que si je veux recommencer l'exercice un jour, je le ferai sous un nom-mot neutre et inoffensif. Mais existe-t-il seulement un MOT, un pseudonyme qui m'empêcherait de m'y glisser et de fictionner ma vie toute entière comme cette Ariane Fabre? Remarquez que si j'avais choisi de m'appeler Ginette Tremblay, j'aurais pu me retrouver tout aussi indisposée et il est fort probable que je n'aurais pas tenu le coup une semaine ! Alors la seule solution à ce problème, pour aujourd'hui du moins, c'est de reprendre mon nom, que vous ne saurez pas [enfin, pas tout de suite...], et avec lui, ma liberté. point.
Par annie strohem le mardi 26 décembre 2000, 08:54 - Vol.2 : le Journal de Script
21 heures 47. J'ai déjà failli à mon intention d'écrire souvent. Trop
d'activités pour m'asseoir devant mon ordinateur ces jours-ci. Je suis plus
souvent dehors.
C'est Noël, ce qui signifie invitations à souper ici et là, occasions de me
rapprocher de ma famille, de mes amis, de jaser et de partager de bons repas.
Et les échanges de cadeaux, c'est si bon.
Et les journées de ski ou de d'après-ski devant un bon feu de bois. La
campagne. Volontairement aussi, je m'accorde davantage d'heures de sommeil, en
me levant plus tard le matin.
Hier, j'ai sorti un cahier tout neuf et j'ai écrit cinq pages de notes,
comme sous la dictée. Est-ce que le fait d'avoir délaissé un peu l'ordinateur
m'a permis de me rapprocher de mes crayons? Ou parce que le fruit était mûr?
Chose certaine, les bases d'un roman sont en place : une ébauche que j'ai relue
tout à l'heure et que je conserverai. Demain, j'ouvrirai un fichier et
j'écrirai les premières pages au propre.
Je sens qu'arrivée ici, logiquement, je devrais me présenter. Sauf que la
paresse me gagne. Peur ou hésitation à me décrire? Disons que je laisserai mon
portrait se dessiner au fil de l'écriture. Je n'ai vraiment pas envie d'exposer
de ma personne une image synthèse. Je dois être fatiguée ce soir.