journal* et autres écritures

billets de septembre 2000

portrait mimétique d'un triangle amoureux

rechute
Et je pense aussi à mon très cher G., pas trop. Sur le web, l'insecte connaît son heure de gloire.  J'ai trouvé plusieurs sites qui en parlent. J'y retournerai. J'ai longtemps conservé précieusement le lien hypertexte conduisant vers une image de l'isopode cloporte, mais j'ai fini par me résigner à l'enlever car le site en question a disparu. C'était l'ultime souvenir de la naissance de ce journal - http://www.oricom.ca/nathyves/isopode.htm -. Il y avait aussi cet extrait du dictionnaire Le Petit Robert : Cloporte : « Nom masculin. Petit animal anthropode qui vit près de habitations sous les pierres, dans les lieux humides et sombres », « fourmillant de cloportes et d'insectes dégoûtants » (Gauthier). Au figuré : « Vivre comme un cloporte, confiné chez soi. » Péjoratif : « individu répugnant, servile. » Sans vouloir contrarier Monsieur Gauthier, je ne vois pas en quoi les insectes seraient plus dégoûtants que l'homme et fiancée.

Première infidélité à mon écran hier soir.  Vers 22 heures, je m'installais dans mon lit selon mon set up préféré:  le corps enfoui sous la couette en duvet, cramoisie géante, le dos supporté par une montagne d'oreillers bleus rouges jaunes et verts, les yeux à demi fermés par la lumière dorée et tamisée de la vieille lampe de chevet, je respirais enfin un peu mieux, le nez déjà glacé par l'air coulant sur moi depuis la fenêtre ouverte; je n'avais pas oublié l'assiette de gros raisins rouges et le verre d'eau froide, placés à distance et position ergonomiques afin de pouvoir m'y ravitailler à volonté sans me fatiguer.

C'est dans ces conditions que j'ai succombé à la dernière des voluptés que je ne saurais jamais me refuser.  Lentement, j'ai ouvert mon cahier noirBlueline et j'ai écrit mon vrai journal du 23 septembre avec un stylo Bic à pointe moyenne.

J'ai rechuté !  Shame on me qui me voyais déjà diariste virtuelle du mois avec ma photo affichée au MacDo des webjournaux.  Je regrette, mais jamais au grand jamais je ne pourrais me retrouver aussi paresseusement et confortablement bien devant mon PC. Pas question que j'abandonne mon cher cahier.

C'est décidé, je garde les deux. Coudonc, avec moi, ça fait trois? Quel beau triangle amoureux ! Mais quelle expérience magnifique, cette relation double avec le journal ! Bien évidemment, c'est une toute autre relation avec les mots que je vivais là, seule avec moi-même et avec ma fiction intime quand je trace les lettres sur le papier. Ça va au-delà du dicible.

J'avais pensé faire ici la transcription de cette entrée manuscrite, en italique pour la mémoire, et pour essayer d'y voir un peu plus clair, mais je n'en ferai rien, chaque écriture devant rester à sa place, celle de sa genèse.

Aujourd'hui dimanche, Dieu et moi nous vîmes que cela était bon et nous décidâmes de nous reposer. Par nostalgie des temps anciens, chaque dimanche, j'allume des chandelles et je ne fous rien (sauf écrire et manger et...) de ma journée d'athée un peu désuète. Va pour le passé simple, mais je ne suis pas encore tombée dans le plus-que-parfait du subjonctif.  Des fois, j'aimerais ça que les cloportes de ma terrasse n'eussent pas tous fui loin de moi.

sur les origines d'une rivalité

Un à zéro.

Dur dur, la vie d'une web-diariste inexpérimentée. J'ai perdu, i.e. j'ai malencontreusement « effacé » les deux premières pages de mon journal. Adieu mes entrées du 20 et 21 septembre. Ça m'enrage, je n'avais pas de copies. J'en suis donc à un-zéro pour le journal papier qui rit dans sa barbe... Il me manque déjà. Au moins avec lui, je n'ai jamais rien perdu ! Mais ce n'est pas si grave, j'apprends.

Autre petit problème, je ne sauvegarde pas assez souvent et j'écris vite. Alors, comme je suis très maladroite, je tape parfois ailleurs que sur les touches lettres. Conséquence ? Parfois rien, parfois, je perds une demi page. Vraiment, de plus en plus charmant. Il me faut dorénavant prendre mon temps pour aller vite et avec la meilleure précision possible.

Et pour le reste ? Jour de pluie; donc, je n'ai pu jouer à l'écureuille planteuse de tulipes dans mon jardin.

Je n'ai pas été au Marché Jean-Talon non plus, pour faire provision des fruits et légumes de saison.

Et pour compléter le tableau, je ne pense qu'au sexe depuis hier soir, comme si mon corps était en ébullition. Je ne sais pas ce qui a déclenché cette soudaine libido. J'essaie de me changer les idées, de sublimer. Pas facile. Je lis. Tant et aussi longtemps que mon chum sera coincé chez lui, rester calme, ne pas manger mes bas.

Bonne fille, je me suis couchée de bonne heure et levée tôt. Après le café noir, je me suis rendue à l'U de M et j'ai passé l'avant-midi entière couchée sur un test de français écrit. J'pense que j'ai coulé. Pas grave, j'ai donné le maximum. J'aurais aimé cent fois mieux passer ma matinée couchée sur quelqu'un de plus excitant.

Non, je ne suis pas une obsédée de la « chose » Et même si je l'étais, je peux me permettre de tout dire à mon cher journal et sans aucune retenue, n'est-ce-pas ? Sinon, si je commence à me censurer à l'écran, et comme je me connais, je vais vite retourner à mon petit cahier.

d'où viennent-ils ?

Tout à l'heure en soulevant les plantes, j'ai découvert des tas de cloportes en-dessous, ils se sauvaient dans toutes les directions.

Comme il n'y a plus de pots et donc plus de terre où ils peuvent se cacher, vont-ils redescendre au sol ?

Je me le demande. J'aime les journées fraîches et ensoleillées comme aujourd'hui. Le froid me stimule. L'automne est vraiment là. J'avais le goût de bouger et j'ai rentré les plantes (les trois géraniums rouges, un plant d'Euchera sanguinaria, mon vieux pamplemoussier, le Fuchsia et les autres...) qui ont passé l'été dehors, sauf les deux vignes. Autant la maison se remplit de verdure qui devra se réacclimater à la température intérieure, autant ma petite terrasse s'est toute vidée pour se faire une beauté - je vais la repeindre - et faire de la place à la neige.

J'ai pensé installer un ou deux conifères de 5 à 6 pieds (je ne sais pas: if, sapin ou cèdre ?) dans des pots, peut-être qu'ils passeraient l'hiver dehors, et j'aurais mon petit coin vert de campagne en ville. Ça serait beau pour Noël aussi. C'est simple, je vais essayer. Si c'est comme les vignes ça va fonctionner. J'avais l'air excentrique l'an dernier d'installer une vigne vierge et une vigne à raisin au troisième étage... tout ça est mort à l'automne, mais au printemps, quand la terre des pots géants dans lesquels je les avais installées a dégelé, le mur de pierres grises de la maison s'est couvert de feuilles. C'était magnifique. Là, les feuilles sont de toutes les teintes de rouge. Mes voisins n'en reviennent pas. C'est un vieux jardinier du Marché Jean Talon qui m'avait expliqué comment faire. Je vais retourner le voir et le remercier, peut-être qu'il est au courant aussi pour les conifères ? Je vais aussi faire des provisions de pommes, de poireaux et de tomates. Alors, demain après-midi : un tour au Marché.

J'allais oublier qu'il reste une boîte à fleurs dehors, c'est une plantation de tournesols nains que j'ai semés quand l'été a commencé au mois de juillet ! Ils commencent juste à fleurir. Décidément...

Ne pas oublier non plus de planter mes bulbes de tulipe, demain, sur le terrain devant la maison. J'en ai reçu 25 en cadeau d'une voisine qui arrivait de Hollande. J'aurai l'impression d'être un écureuil, je n'ai jamais encore enterré des bulbes comme ça à l'automne dans le plaisir de voir les petites pousses vertes traverser la neige d'avril.

Bon, relaxe ma belle, c'est vendredi soir, l'heure d'ouvrir une bonne bouteille de vin blanc glacé et d'en boire un verre à la santé de G., qui ne me donne plus signe de vie depuis trois semaines. Au téléphone, on me dit qu'il dort. Tout le temps. Je ne téléphonerai plus. Des fois que je tomberais encore sur «sa femme». Je lui envoie des e-mails de temps en temps [à lui]. J'ai tellement besoin de le réconforter et je suis inquiète. Pourquoi un homme qui est malade s'isole-t-il donc ainsi dans son coin tout seul ? Je sais la réponse à cette question, cloportes, mais ça me tue.

Note ajoutée le lundi 3 mai 2004 : Cette page est la toute première page de mon journal on line perdu il y a bien longtemps dans le crash de mon vieil ordinateur. Du fond du coeur, je remercie Mongolo pour avoir conservé mes fichiers tout ce temps-là dans son « Orphelinat des journaux intimes », et Téhu pour me les avoir si gentiment capturés et expédiés.

Je me devais de remettre toutes les pages d'Entrée libre,,, le journal d'Ariane Fabre, en ligne, et je le ferai, par petits paquets de deux ou trois, vu qu'il y a beaucoup de nettoyage à faire dans les codes.

Annie Strohem