
lhasa de sela [1972 - 2010]
Par annie strohem le dimanche 16 juin 2013, 23:47 - Vol. 10 : l'année du violet
c'est toujours le même film qui passe
Par annie strohem le mercredi 17 avril 2013, 01:17 - Vol. 10 : l'année du violet
[faudrait que t'arrives à en parler au passé / faudrait que t'arrives à ne plus penser à ça / faudrait que tu l'oublies à longueur de journée / dis-toi qu'il est de l'autre côté du pôle / dis-toi surtout qu'il ne reviendra pas]
« Et ça fait marrer les oiseaux qui s'envolent » [Francis Cabrel]
in courge we trust
Par annie strohem le dimanche 14 avril 2013, 23:46 - Vol. 10 : l'année du violet
Joli dimanche qui a fait disparaître la dernière bordée de neige. J'ai hâte d'aller me coucher. Mais ce fut une bonne journée, sous le signe de la courge et autres trivialités d'usage.
Le titre de ce billet pourra sembler complètement débile. Pourquoi pas ? Du moment que ça se trouve à être pour moi l'amorce de quelque chose, c'est tout ce qui m'importe.
Réminiscences. Quand j'étais petite, ma mère faisait du savon. Ça mijotait plusieurs heures. Dehors, dans une grosse marmite en fonte épaisse et très noire suspendue au-dessus d'un feu de bois. Il fallait attiser les braises et nourrir le feu, et brasser la bouillonnante [et puante] mixture. Qu'ils versaient ensuite sur une plaque. Je ne me souviens pas de ce qui arrivait après. Jamais vu, jamais cherché à le savoir non plus. Mais ces souvenirs sont tout ce qu'il me reste de l'histoire de la fabrication du savon maison. Que ma mère appelait « savon du pays ». Elle s'en servait pour faire la lessive, elle le râpait dans de l'eau chaude qu'elle ajoutait dans la machine à laver, ou encore elle le passait sur le linge très sale et taché avant de frotter le vêtement sur la planche à laver. Ce qu'elle mettait dans la marmite (ça sentait joliment fort), c'était de la graisse ou de la panne (de porc ou de je ne sais quel animal), de l'eau et des cristaux fabriqués avec les cendres du poêle à bois.
L'été prochain, j'aurais bien envie d'essayer d'en faire moi aussi. Sauf que je n'ai aucune idée des proportions. J'ai récolté et réservé la cendre tout l'hiver. Je trouverai bien une recette quelque part. Sinon je ferai des expériences.
Quoi qu'il en soit, j'ai encore traîné au lit ce matin. Cela ne me ressemble pas. Ce qui fait que j'ai commencé la journée tard. Après mon traditionnel bol de café au lait et quelques toasts au pain de blé germé tartinées avec du beurre doux, j'ai farfouillé dans mes livres à la recherche de renseignements sur la culture des courges et autres cucurbitacées, histoire de rafraîchir mes connaissances, avancer mon cahier de charges et revoir le calendrier du jardin.
Ensuite j'ai inventorié ma grande boîte de semences en métal [celle que les « maudits voleurs » avaient ouverte et répandue sur la table l'été passé]. Bonne nouvelle. Il me reste tout plein de semences de courges, plusieurs variétés. Je n'aurai donc pas besoin d'en acheter. Ferai les semis vers la fin avril. Ou dans ces eaux là. Noté le principal.
Descendue à la pharmacie du village. Je ne sais trop par quel miracle j'y ai trouvé mon éponge loofa préférée, que j'utilise depuis des années pour nettoyer la peau [pas la même loofa, je la change quand elle devient trop racornie ou si je l'oublie toute mouillée dans un coin et qu'elle se met à sentir mauvais]. Après avoir jeté la dernière, j'oubliais toujours d'en racheter une quand j'allais à Montréal. La loofa en question est végétale, c'est le dedans d'une courge séchée au soleil [Luffa aegyptiaca, ou Luffa cylindrica], une sorte de longe courge pointue, la courge éponge, grimpante et dont les graines sont comestibles.
J'aimerais bien en cultiver ici. Y penser. Ça me ferait une autre recherche à mettre en chantier.
La faim m'est revenue un peu avant l'heure du souper. J'ai coupé mes deux dernières courges pour en faire un potage. Avec un poireau, de l'ail, trois échalotes grises et du gingembre. Servi avec des herbes salées et un petit nuage de crème.
Avec tout ça, j'ai appris la victoire de Justin Trudeau, devenu grand chef du parti libéral. Discours et ovations, photos avec les enfants. L'histoire se répète. Je me sens encore un peu malade. Passé ma journée dans les courges. Un deuxième Trudeau est « élu ». La Commission Charbonneau va recommencer demain matin, pi ça me fait rien.
Quasiment rien. D'où la paraphrase titre de circonstance, peut-être. Servie avec le smiley que vous voulez.
le sourire du printemps
Par annie strohem le samedi 13 avril 2013, 13:08 - Vol. 10 : l'année du violet
Je me demande si ce printemps 2013, moins bruyant mais presque aussi étrange que le printemps « érable » 2012, aura bientôt fini de m'en faire voir de toutes les couleurs.
En plus de mes rencontres avec trois ratons laveurs [je n'ai noté ici que la dernière, mais les deux autres furent tout aussi étrangement fortuites et bizarres], bien des événements bousculent les actualités [ainsi que ma modeste vie] dans toutes sortes de folles directions.
Avec tout ça, je fais régime, légumes, riz, repos et autres douceurs pour me remettre des inconforts d'une gastro qui ne m'a pas beaucoup fait sourire cette semaine.
Quoi qu'il en soit, je suis sortie renifler un peu d'air [assez frais merci] tous les jours. Et c'est ainsi qu'hier matin, j'ai découvert avec plaisir que l'ail avait poussé. Je devrais plutôt dire qu'il tentait vaillamment de traverser le paillis de feuilles mortes que j'avais placé sur cette petite parcelle du jardin. J'ai doucement tassé l'épaisse couverture protectrice et dégagé les pousses toutes vertes et bien vigoureuses. Que voici.
Yeah ! Nous aurons du bon ail bio à manger cet été. Avoir su que ça pousserait aussi bien, j'en aurais planté davantage.
J'avais déposé les bulbilles en terre par une journée grise et de grands vents. C'était en octobre ou peut-être même en novembre [au meilleur de mon souvenir madame la présidente, pourrais-je affirmer nonchalamment devant la commission Charbonneau, arf], en tout cas, j'avais les doigts gelés et la goutte au nez, mes cheveux s'étaient détachés et ils volaient dans tous les sens. Peut-êre pour ça que le rang n'est pas très droit.
Je sais pas chez-vous, mais ces folles journées de printemps sont pleines de surprises. Hier en fin d'après-midi c'était tempête de neige. Il en a tombé longtemps. Épais. À mon réveil, la boîte aux lettres avait été fauchée par je ne sais quel zombie qui déneige la route à vive allure [à 70 km/hre au moins dans une zone de 50, une courbe en plus !]. La pauvre vieille toute rouillée gisait au sol. Et, déception, y'avait plus une seule pousse d'ail dans le jardin.
Mais ça fond vite. Vers les onze heures, j'ai vu apparaître ma petite troupe verte échevelée :
L'ail va survivre, sauf quelques plants qui ont viré au jaune. J'aurais pas dû enlever le paillis. Tant pis. J'en planterai d'autre la semaine prochaine, pour une récolte d'automne.
Mais ce qui est bien avec cette plante, c'est que toutes ses parties sont comestibles : les jeunes feuilles, la fleur [divine], les cheveux [ou racines] et les gousses ou caïeux, bien évidemment. En plus d'être délicieux, l'ail de son vrai nom Allium sativum, bourré de valeurs nutritives et médicinales, peut être apprêté et conservé de multiples façons.
J'aurais bien envie de recopier ici quelques unes de mes recettes favorites, mais ça serait trop long, sans compter que mon dos fait encore mal, surtout quand je reste assise longtemps devant l'ordinateur.
revenir aux robustes outrances
Par annie strohem le samedi 06 avril 2013, 13:24 - Vol. 10 : l'année du violet
Hier soir, lecture au lit. Je me suis accrochée, sans l'avoir cherché, sur ce passage concluant la préface des Carnets 1975-1992 de André Major, Le sourire d'Anton ou l'adieu au roman, publié par Les Presses de l'Université de Montréal en 2001.
On trouvera peut-être l'extrait un peu long, et sans rapports aucuns avec la rencontre nocturne d'un raton laveur. Mais ce n'est que du bon miel. Pour moi, le blog est un journal, et toute question touchant l'écriture d'un journal peut concerner l'écriture d'un blog. Parce qu'il y a des réflexions, dans ce texte de Major au sujet de son journal, qui semblent avoir été écrites pour moi et que je veux conserver pour y revenir. Et les partager aussi, parce que la fin m'a fait sourire. Il n'y a pas de hasard, juste des coïncidences heureuses, dit-on ?
Bien qu'il m'ait d'abord servi à jalonner un parcours souvent imprévisible et parfois chaotique, ce journal a peu à peu pris le relais des autres formes d'écriture, jusqu'à devenir le centre à la fois douloureux et lumineux de mon existence, en même temps que l'instrument d'une lente libération. Libération que je préfère appeler détachement et grâce à laquelle j'ai pu faire le vide en moi pour que le monde y afflue avec « sa beauté et son épouvante », pour reprendre l'expression de Robert Louis Stevenson. En relisant les pages qui suivent, celui que je suis aujourd'hui ne se reconnaît pas toujours ni entièrement dans celui dont il a fait le portrait, un peu à son insu et par petites touches. Un portrait qu'il était tentant de retoucher, moins pour l'améliorer que pour le rendre plus ressemblant à celui que je suis devenu. Parce que, forcément, les années passant, les décennies même, je regarde celui que je croyais être ou que je m'efforçais d'être comme s'il était, dans une certaine mesure, un étranger, quelqu'un à qui je pourrais reprocher une tendance à l'exagération, par exemple, et une intransigeance qui m'ont fait raturer un passage ici et là. Guère différent en cela des autres genres littéraires, le journal est d'abord un brouillon qu'on n'en finit pas de mettre au propre en préservant une manière personnelle de dire des choses parfois difficiles. Flaubert écrivait à Louise Collet, le 16 novembre 1852, qu'il fallait « revenir aux robustes outrances » et que « la littérature, comme la société, a besoin d'une étrille pour faire tomber les galles qui la dévorent ». Mais de nos jours, pour paraître outrancier, il suffit de ne pas user du langage formaté des lobbies et de ne dorer la pilules ni à soi ni aux autres.
On dirait qu'il y a des nuits où tout peut arriver. J'en ai passé une bonne partie [entre 2 et 3h30] à regarder un raton laveur prendre un bon repas dans un cul de poule rempli de boulettes de graines mélangées à du suif et du saindoux, fabriquées la semaine passée, et déposé sur la table de la terrasse [au deuxième étage], en attendant de placer lesdites boulettes dans des filets que j'aurais accrochés aux arbres pour nourrir les oiseaux.
Je venais à peine d'entrer dans un état à la fois lourd et vaporeux, juste avant de sombrer dans le sommeil, quand j'ai entendu un gros boum sourd qui semblait venir de quelque part dans la maison. J'ai senti mon coeur battre un peu plus fort, comme pour m'annoncer un danger potentiel. J'ai pris mon téléphone et mon courage à deux mains [c'est pratique le courage, on peut toujours le prendre à deux mains, même quand l'une ou même les deux sont déjà occupées à faire autre chose]. Je me suis donc levée sans attendre, pour entreprendre une tournée furtive de la maison, dans le noir. Sur le bout des pieds, nus. J'ai vite compris que le bruit ne pouvait venir que de la terrasse. J'ai entrouvert le rideau et vu une forme noire bouger. C'était le bol de bouffe aux zoiseaux qui était tombé part terre. Et la boule de poil qui avait la tête dans le bol ne pouvait être que le derrière rebondi d'un gros chat. D'une marmotte ou... ? Je n'osais y croire.
Pas un raton, me dis-je ? Ça serait trop beau. Qu'un raton monte se faire un banquet de nuit chez-moi alors que je n'arrête pas de répéter qu'il ne faut pas nourrir la faune, c'est fou. Oui, je dis faut pas nourrir la faune, exception faite pour les oiseaux parce qu'il fait encore très froid, que leurs réserves commencent à baisser, qu'ils doivent avoir très faim. Et qu'il est trop tard pour la migration, anyway !
J'ai allumé les lanternes extérieures et tadam, j'avais devant moi un beau gros raton laveur. Il m'a regardée et puis il s'est remis à manger comme si de rien n'était.
J'ai couru chercher mon appareil photo. Mais comme je ne suis pas experte avec les photos de nuit prises à travers vitre et moustiquaire, je n'ai qu'une séris de photos floues. Une seule est plus claire que les autres mais comme le raton a bougé, elle est un peu floue elle aussi.
À un moment donné, le raton laveur est venu vers moi, il me regardait fixement. Son regard était très très noir. Je ne le « sentais » pas agressif. Il s'est même mis debout derrière la porte, comme pour dire laissez-moi donc entrer, madame s'il-vous-plaît. Comme je suis un peu froussarde et pas très téméraire, je n'ai pas osé ouvrir ni même sortir. C'est tout de même une bête sauvage, et je ne connais absolument rien aux bêtes. Ou presque.
Plus tard, « mon raton » a monté sur une chaise, les deux pattes de devant sur la table, comme un humain. Il a tendu le cou et a regardé au loin. J'imagine qu'un autre animal devait se trouver là, ou peut-être l'attendre, ou attendre son tour pour monter manger, qui sait. Puis le raton est descendu de la chaise, il est parti.
J'étais très détendue. Avec un sentiment indéfinissable, doux, celui d'avoir vécu quelque chose de rare.
J'ai regardé mes meilleures images, floues. Et je suis retournée dormir.
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