2. et alors ?

et alors on voudra savoir comment tu vas. ce que tu fais. ce que tu dis, mange, lis, regarde. et tu répondras à toute les questions. tu diras même les détails du qui je suis, tout. et tu diras aussi où tu vas, si et comment tu le fais et avec qui. ça fait beaucoup de questions et il est déjà tard. disons que je vais dormir maintenant et me lever tôt demain matin et que je répondrai. avec des mots. et avec des images. d'autres photos avec de la neige dessus et j'écrirai un blog, comme tout le monde. avec des commentaires tout plein. pas tout de suite. on se méfiera, on n'osera pas. des fois qu'elle nous effacerait nos mots dans la face. mais non. n'allez pas croire que. après tout, on a encore le droit de jouer, de jouir. alors demain je réponds à la première question. on verra, et j'en répondrai à une par jour. patience, et à bien d'autres. il y aura des questions pour tout. et des réponses, des centaines de milliers de réponses. et dix, quinze billets sur la même page, pourquoi se priver, pourquoi lésiner avec la braoule* : quand on la tient bien dans la main, autant s'en servir généreusement.

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* braoule : québécisme d'un goût douteux ~ nom savant désignant la cuillère spécialement destinée à brasser de la marde.

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8. applaudissamainencore

Ça n'a pas été trop difficile de mettre la main sur le Finnegans Wake en français. Il était juste à côté de l'autre. Mais je n'avais pas envie de remonter le chercher. J'ai de ces moments de paresse, ou de grande fatigue. Ça m'angoisse.

Pour fin d'éclairer les lanternes, je dois ajouter que, cet hiver, je travaille en bas, à un bout de la longue table en merisier, dans un coin salle à manger, à droite du foyer. C'est plus pratique pour le fournir en bois. Quand je travaillais en haut, j'oubliais de descendre et le feu mourait, la maison gelait. Tout cela pour dire que tous mes livres, sauf ceux sur lesquels je travaille, sont au deuxième, dans mon bureau. Je comprends que ce n'est pas facile à suivre, ce que j'écris ici. Je ferai un effort pour mieux, disons, situer l'action et les personnages.

Le paragraphe en anglais lu [savoir aussi que dans ce blog je ne cite pas, je fais la lecture...] hier avait l'air plein de fautes de frappe, n'est-ce pas ? Eh bien non, il a été écrit comme ça par le grand James Joyce. Et ce qui fait le merveilleux de ce texte c'est qu'un sens s'en dégage, un sens qui flotte et qui ne saurait s'expliquer de manière rationnelle. Et c'est tant mieux. D'où la difficulté et le défi énorme de la traduction :

Et Babel n'habitera-t-il pas avec Lebab ? Et il en fut ainsi. Et il ouvrira la bouche pour répondre : Entends, O Ismaël, le seigneur notre dieu est le seul dieu. Si Nekulon tombe sûrement que Makal gagnera le ciel à bon port. Va, exalte Makal, oui, excelle-le. Par ce que bien que fus étranger couché sur ton passeport parmi les brebis de la bergerie, mon excellence surpasse celle d'Ismaël. Grand est celui qui surpasse Ismaël car il sera Roi de Mak Nakulon. Et il en fut ainsi.

Applaudissamainencore !


Voilà pour la version française de l'extrait d'hier, la traduction est de Philippe Lavergne. J'adore l'applaudissamainencore. Hier je préférais l'uplouderamainagain. Puis-je préférer les deux ?

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20. et cette marmotte ?

Eh bien, il semblerait qu'elle soit retournée dans son ombre sans avoir vu son trou...

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25. que du vent

Une autre semaine achève de se découdre du grand calendrier. J'ai fini hier soir les livres commencés vendredi et dimanche et que j'avais soigneusement inscrits d'avance sur la liste de lectures. Les deux je les ai aimés, et pour des raisons fort différentes. J'ai laissé les deux exercer leur pouvoir de me transporter dans des mondes situés aux antipodes de ce qu'a été et de ce que sera toujours le mien.

La maison est à vendre et ça fait même pas mal. Une seule visite lundi : aucune suite. Et si ma belle casa avec sa vue sur le fleuve, les arbres et les fleurs n'intéressaient aucun acheteur, et qu'elle ne se vendait pas ? On m'a dit que cela pouvait être long. Qu'une maison à la campagne ce n'est pas comme une maison à la ville : moins de gens, moins de visites, moins de cash. On m'a dit aussi que la louer ne serait pas une solution valable et un paquet de problèmes, alors je n'y pense pas. Je ne cherche pas de travail. Je ne cherche pas d'appartement ni une autre maison, ni une autre ville. Rien, je ne cherche rien. Aucun projet concret de départ. Je ne bouge pas. Toujours pas de grand amour non plus, celui qui vous saute dessus quand on s'y attend le moins, d'après la légende. Urbaine. J'ai beau le lire dans les livres et avoir l'impression que c'est vrai, je suis au bord de ne plus y croire. Possible que je n'y croie plus du tout. L'amour que l'on dit avec un grand a serait une invention de l'esprit, un jeu cruel et dépassé qui ne mène nulle part ailleurs qu'à la perte du meilleur de soi, et l'autre. Quelque chose comme une publicité mensongère. Un tas d'illusions. Du vent.

Je nourris le feu, le seul et le vrai, celui de la cheminée pour éviter que la glace ne s'infiltre sous les portes et autour des fenêtres, et pour le réconfort que les chaudes flammes m'apportent en tout temps, parfois même au milieu de la nuit quand je me lève toute endormie pour boire un grand verre d'eau. J'aimerais nourrir mes amitiés mais je suis gauche et maladroite, je ne sais pas. J'ai parlé toute une nuit au téléphone avec une amie à l'autre bout du monde. Je n'ai pas grand chose à dire, qu'est-ce qu'elle va penser de moi.

Je ne suis pas triste et abattue par ce qui m'arrive. J'ai eu de la peine la semaine dernière, et j'avais choisi de vivre toutes les émotions pénibles qui venaient avec cette énième rupture. Mais elles n'ont pas duré longtemps. Et les jours après, je n'ai pas refusé d'y croire – et je sais que ce n'est pas un rêve, il y a une pancarte avec du rouge et du bleu devant la maison. Quand je la regarde, je ne ressens rien. Et à chaque fois que je vois l'idée de mon déménagement traverser mon esprit, elle est remplacée immédiatement par une autre plus intéressante, ce qui fait que je réussis toujours sans aucun effort à penser à autre chose.

J'ai même consenti à envisager froidement la solution ultime qui me permettrait de garder la maison : arrêter d'écrire et trouver du travail. Travailler. Ça n'a pas fait mal ça non plus. Mais je ne réussis pas à y penser très longtemps. Comme si j'étais devenue incapable d'approfondir quoi que ce soit qui appartienne à la réalité dure et froide. Comme si tout ce qui aurait le pouvoir de me faire mal s'était logé quelque part dans une petite maison au fond de mon esprit et que mon coeur serait vite venu poser un cadenas sur la porte.

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29. histoire de larmes, de morve et de mouchoirs

Lundi matin, entre huit heures et huit heures et demie. Assise à un bout de la table de la salle à manger, un bol de café noir bien sucré à ma droite, je mets à jour ma liste de lectures.

Par la fenêtre qui s'ouvre sur ma gauche, quand je déplace les yeux hors de l'écran, je vois la route et les rares voitures qui passent. En voilà une qui ralentit, je vois la tête d'une femme, jolie, posée sur un mince cou qui se dévisse, et qui regarde la maison.

La voiture est bleue marine. Je regarde la femme dans la voiture qui regarde ma maison. Je suis assise devant mon portable, à quelques mètres de cette fenêtre, et je la vois. Je pense qu'elle me voit aussi. Une armée de larmes lourdes et chaudes me sort des yeux. Deux minutes avant je n'étais même pas triste.

La femme immobilise sa voiture sur le bas-côté et elle regarde encore puis elle note l'adresse ou ce qui est écrit sur la pancarte rouge et bleue. Elle regarde encore comme si elle venait de trouver la maison de ses rêves [avec une femme assise dedans et qui écrit].

Ensuite elle repart, elle se rend chez mon voisin, s'engage dans son entrée puis elle fait marche arrière et ensuite elle repasse devant la maison en roulant à une vitesse de tortue. Enfin elle s'en va. Je l'imagine qui jette un dernier coup d'oeil par le rétroviseur, se voyant déjà dans la maison, assise derrière cette fenêtre en face d'un écran. Si elle savait que ce n'est pas un rêve qui se vit ici mais la fin de presque tous les miens, elle s'enfuirait bien vite. En moi, c'est le déluge, la mer de pleurs.

Je veux me reprendre, me ressaisir. Ce qu'il y a de bien avec la solitude, c'est d'apprendre à se consoler toute seule. N'avoir personne à qui cacher ses larmes, personne qui te dira de ne pas pleurer, personne qui ne supportera pas de te voir pleurer, personne pour s'inquiéter.

mouchoirs

Je récupère ce qu'il me reste de bon sens et attrape une boîte de papiers-mouchoirs. N'est-ce pas ce qu'aurait fait la meilleure des psy., me donner des kleenex ? Non, ce ne sont pas des kleenex mais des scotties supreme, mouchoirs blancs, super épais, super doux, à trois épaisseurs, et bilingues. C'est doux ça madame, il suffisait de lire, il faut toujours lire ce qui est marqué sur les boîtes, il y a ça aussi juste en bas de la marque : « Fiers partisans de la Fondation canadienne du cancer du sein ». C'est bon la lecture, ça vous distrait de vos malheurs et ça rassure, tout le temps. Alors me voilà rassurée. Et en plus je viens d'apprendre que je pleure au moins pour une bonne cause, wow.

Je me lève, éponge la morve et l'eau salée. Me mouche dans les mouchoirs en papier super épais, super doux. Mmmm. Il reste du café ? Ce matin je le bois noir, il n'y a plus une goutte de lait dans cette maison depuis hier, j'ai mis le reste dans la béchamel de mon plat d'endives au jambon. Mais qu'est-ce qui me prend de vous raconter ma vie ?

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40. après la tempête

Qu'est-ce que c'est un journal, si ce n'est pas pour se confier. Certains jours, certains matins, la tentation est forte. Très forte. L'envie de se raconter soi-même au monde entier pour le prendre à témoin de toute cette vie-là qui vous marche sur les os, qui nettoie les montagnes et le fleuve et vos plus beaux arbres avec des nuages de poudre blanche pendant trois jours et trois nuits, cette vie qui farine et souffle et brasse des nuées de lait en poudre sur vos trois vieux érables, vos trois jeunes érables, vos sept pins gris, vos deux sapins et les pommiers, les pieds de vigne et les cerisiers et la haie de merisiers, la remise et la maison et la route, et en même temps votre coeur fragile.

La tempête a tout enseveli dans la neige blanche. J'ai souvent mis le nez dehors et ça sentait fort, il y avait une forte odeur de teinture d'iode, froide et glacée. Ça sentait fort et si bon. Le vent hurlait. J'ai survécu en nourrissant le feu. J'ai regardé l'orage faire son ouvrage. J'ai lu. Je lis tout le temps. Je survis tout le temps. Et ce matin je suis sortie faire les courses. Il neigeait encore un peu, les routes sont à moitié déblayées. Il faisait doux. Il y avait un mètre de neige par-dessus la petite Toyota. Je l'ai déseneigée avec un petit balai violet. Pelleté les marches de la galerie avec une pelle bleue. Le temps revient si doux, si vite après les vents glacés.

Des gens se sont annoncés pour visiter la maison à 10h30, ce matin. Je suis partie. La jeune femme qui fait visiter d'habitude ne pouvait être là, envolée vers les chaudes îles du sud avec sa petite famille. Une autre femme est venue. Il y aura tout de même des visites en son absence, une autre femme de l'agence la remplace. Ils seront dans ma maison, dans mes affaires et, contrairement à la maison de la rue Hutchison, je me dis que ça ne fait même pas mal. Mais si, un peu. J'essaie d'ériger aux alentours des châteaux forts avec des palissades, des tourelles avec des dents de scie carrées et des gros ponts levis avec des dragons qui crachent du feu pour me défendre, et des grosses tortues de mille ans avec des carapaces vertes et des têtes dodues avec des gros yeux ronds, et des alligators aux crocs aiguisés et pointus qui me protégeraient, mais cela ne fonctionne pas ; pas les trois quart du temps.

Quoi qu'il en soit, je ne travaille toujours pas. Je n'ai rien cherché d'autre que ce boulot pour lequel j'ai posté un cv et passé une entrevue l'autre jour. Toujours pas de réponse. Téléphoné jeudi ; ils ont dit : nous prendrons une décision la semaine prochaine. Je reste là à attendre. Si j'ai la job, avec un contrat d'un an, je reste pour toujours. Si j'ai un acheteur pour la maison, je vends. Je laisserai le hasard décider. Je fais comme si j'étais détachée de tout, sans désir. La vérité c'est que je ne veux pas décider, pas travailler non plus. Mais j'aimerais bien garder cette maison. Alors je fais comme si je n'y étais pas attachée, pas trop. Pour ne pas souffrir si je la perds. Je fais ça aussi avec ceux que j'aime.

Et si cette maison voulait, attendait que je me batte pour elle, que je m'attache à elle, franchement. J'ai déménagé combien de fois dans ma vie ? Je n'ose pas compter. Chaque fois je me dis c'est la dernière. Et puis je repars. Ving-cinq, trente fois ? Je ne compte plus. La fatigue.

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41. brûler

Enfin, la vie commence à bouger. J'ai eu des nouvelles de l'entrevue, et de la seule démarche que j'ai faite pour trouver du travail. On m'a offert un poste temporaire pour un remplacement à deux jours par semaine, tout près d'ici. Quelques mois seulement, enfin, quelque chose comme six ou huit mois, peut-être davantage.

Et je n'ai pas accepté, mais il y a plus d'une raison à cela. Trop long de tout expliquer en long et en large et dans tous les détails. Bref je veux demeurer travailleur autonome et ils s'obstinent à vouloir me mettre sur leur liste d'employés. J'avais dit plus jamais, je vais demeurer cohérente au moins dans cet aspect-là de mes choix.

La côté intéressant de la chose c'est que j'aurais eu beaucoup de temps pour moi, du temps pour écrire, lire, cultiver mon jardin. Cependant, le revenu aurait été insuffisant pour payer les factures de l'impôt, mais au moins j'aurais pu en payer une bonne partie. Même dans mes plus extravagants scénarios, je n'avais pas prévu ce dénouement qui me déroute.

Moi qui ne voulais pas décider, la situation me met au pied du mur. Évidemment, ça flatte l'égo et j'avais peut-être besoin de ça. Même si c'est tout à fait débile d'attacher quelque valeur au fait de décrocher un emploi quand on ne veut plus travailler, je me suis sentie soulagée et même contente d'avoir pu trouver du travail si vite, bien sûr. Rassurée aussi qu'un employeur veuille bien de moi. Par moments, à force de me voir à l'extérieur du monde du travail, je me considérais presque comme incompétente, et pas utile à grand chose. Ce qui n'est pas vrai. Pas besoin d'être un rouage dans le monde du travail pour se sentir exister, pour être quelqu'un.

Je m'étais pourtant convaincue que je pourrais facilement sacrifier une autre année et retourner travailler à Montréal, tout faire pour garder la maison. Mais j'avais laissé courir le contrat de courtage, la maison était toujours à vendre. J'attendais sans bouger. Pourquoi cet entêtement à ne pas décider ?

Heureusement qu'il a fallu attendre la réponse de cet employeur de par ici. Heureusement qu'ils ont mis du temps avec leurs comités de sélection et leur procédures compliquées, et une chance qu'ils n'étaient pas pressés, parce que sinon, il y a deux semaines, j'aurais eu cette réponse et j'aurais dit non et j'aurais vite couru à Montréal, décroché un contrat à quatre jours par semaine et je serais peut-être déjà en train de faire un travail qui me brûle corps et âme. Ce n'est pas de ce travail dont j'ai besoin pour réaliser ce que je veux réaliser et me réaliser moi-même, c'est d'argent. Triste à dire, triste à regarder en face, mais c'est la vérité.

Je découvre que j'étais encore une fois en mode fuite. J'ai réagi en me cachant. Et si je me suis cachée, si j'ai fui en disant « je ne décide pas, je laisse le hasard décider pour moi et blablabla », je suppose que c'était parce que je voulais reculer l'échéance le plus loin possible devant moi. Reculer le deuil de la maison, reculer l'échec de mon projet de vivre à la campagne entourée de mes livres et d'écrire en étant totalement libérée de toute préoccupation matérielle, affranchie des contingences du quotidien qui m'ont toujours empêchée de consacrer tout mon temps et mes énergies au seul travail que je veux désormais accepter et c'est de loin le moins facile.

Bon ok, ce projet-là a échoué, mon projet de vivre près du fleuve sur la terre de mes ancêtres a échoué, mais je pourrai en construire un autre. Me trouver un autre refuge aussi inspirant que celui-ci. Une maison plus petite, plus modeste, moins confortable. Sans savoir où. Sans savoir quand. Le point de départ étant la vente de ma maison en bois toute blanche. Et il n'y a toujours pas d'acheteur. Les quelques rares visiteurs l'adorent, mais ils ont tous une bonne raison de ne pas la vouloir à eux : trop chère, trop loin de la ville et des magasins, trop grande, etc.

Ce que je fuyais le plus, c'est le ne pas savoir, l'incertitude. Faut-il à ce point abandonner tout besoin de contrôle sur sa propre vie ?

Et si cet employeur me rappelait et me disait qu'il accepte de me confier ce boulot à titre de travailleur autonome, je dirais quoi ? Cela peut paraître fort contradictoire, mais là, ce matin, je crois que j'accepterais. Et la raison est simple : je suis fatiguée de déménager tout le temps. Fatiguée de partir. Fatiguée de fuir. Alors fatigue pour fatigue, autant se brûler un peu plus.

Non.

Il faut au contraire prier qu'ils refusent cette histoire de contrat et qu'ils ne me rappellent jamais. Prier pour ça. Sauf que je ne prie plus depuis belle lurette. Alors que faire ?

Je commence seulement à comprendre que ce que je fuis, c'est l'affirmation de ce que je suis. De qui je suis. Mon identité. L'identité c'est l'idée que l'on a de soi-même, de qui l'on est. C'est ce que l'on dit et fait en son propre nom.

Ne pas décider, c'est ça, c'est lâche, c'est refuser d'être soi. Refuser de dire je veux. Ou je ne veux pas. Ai-je le droit d'être lâche ?

Non.

Et puis assumer qui je suis avec dignité et intégrité, cela veut dire accepter ce qui va avec cette réalité-là de l'indépendance intellectuelle. Faire des choix difficiles, mais nécessaires. Supporter les situations précaires et le manque de confort et d'argent. L'incertitude.

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42. bouger

Quand la vie se décide à bouger, elle se bouge pas à peu près. Alors je fonce et je décide moi aussi. Je bouge. Heureusement qu'il y a encore des bonnes fées qui veillent.

Tout ça pour dire que j'ai finalement choisi de garder ma dacha, et pour cela j'ai accepté un mandat qui m'est tombé tout droit du ciel jusque dans les mains ce matin. Il vaut toujours mieux garder les mains ouvertes, au cas où. J'ai donc accepté de faire ce travail à quatre jours par semaine, à Montréal, pour trois mois, avec possibilité de prolongation. Ils ont besoin de quelqu'un pour plus longtemps, mais je préfère ne pas m'engager trop loin devant. Tout ça grâce à une bonne fée qui a lu ce journal et qui a parlé de moi à sa patronne. La dame a dit : dis-lui qu'elle me téléphone aujourd'hui, ce que j'ai fait et une demi-heure plus tard, j'avais du boulot. Je commence officiellement le 2 avril. Ouf.

J'ai rédigé les modalités de mon contrat en fin de matinée, ce n'est qu'une proposition d'entente, un point de départ. Et j'ai posté le tout avec mon cv. Je devrai me rendre à Montréal la semaine prochaine pour les signatures et tout, et aussi pour louer un petit studio où je pourrai dormir la semaine et j'espère être capable de revenir ici les week-ends. Enfin, le plus souvent possible. J'ai réservé mes vendredis, que je garde pour moi, car je ne veux pas abandonner mon bénévolat à la bibliothèque ni l'animation du cercle de lecture (mes 5 à 7 littéraires du vendredi soir, deux fois par mois).

Tous ces allers et retours seront peut-être un peu fatigants, mais payants, et c'est le principal. L'idée, c'est de continuer d'avancer avec courage. Et avancer c'est retrouver la sécurité dont j'ai besoin pour écrire.

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