17 mai 2001

Chère Script,

Je rentrais chez moi, hier soir, content de ma journée. Pour une nouvelle aventure passionnante aujourd'hui. Pour moi, nos journées se déroulent de ton lever, à mon départ. C'est ainsi. Le destin ne nous a réunis que dans une fenêtre, séparés par des vitres teintées.

Je suis le JACK du Jeudi. Je suis neuf. Énergétique. Je rayonne autour de moi, comme dit le cafteur, et les ronces ne repoussent que quand je pars. Je suis Jeudi et quand j'arrive sur notre terrain de Jeu, tu dors toujours, car c'est ainsi que se déroule la coutume. Je prépare méthodiquement ton réveil, pour ton café. Mon Jeudi débute par la préparation de ton Jeudi. Mon Jeudi débute aussi à appréhender ton Mercredi, ton fantôme qui s'est envolé. Tu es morte la veille, pendant mon sommeil mais tu gravais déjà des graffitis partout, sur tes pages, dans des emails. Mon Jeudi débute par le petit déjeuner: déguster les tags et les inscriptions, avec une loupe. On peut y lire l'histoire de ton fantôme, tes aventures-mercredi. Je déjeune en rêvassant à ton toi de demain, c'est-à-dire à ton toi d'aujourd'hui Jeudi. Il faut bien prendre en compte tous les paramètres, tous les graffitis que tu laisses, comme des messages codés, cachés dans les fougères de notre terrain de jeu. Je déambule sur le terrain vague et fouille. Je prends des notes. Je m'étonne. J'ai quelques heures pour élaborer un plan de bataille. Je dissimule une réponse énergétique car j'ai la nuit derrière moi.

Cette nuit, tu as ouvert un oeil alors que je commençais mon exploration près d'un gros rocher rongé par la mousse. Comment veux tu dormir si tu m'observes ? J'étais en train de dessiner un homme qui meurt, sur une face du rocher. Juste pour signifier que la mort est là des fois, si tu te retournes sur ton côté gauche et que tu aperçois une ombre furtives qui s'éclipse, c'est elle. C'est la mort qui t'observe. Chacun a sa mort qui l'observe sur son coté gauche, un peu en retrait. Tout le temps. Si un jour, tu ne reçois plus rien, c'est que je suis mort. Cette nuit, tu as ouvert un oeil. Tu aurais pu te blesser, tu sais. Au cours de la journée, tu perds ton énergie. Tu finis sur les genoux, exténuée. A deux heures, tu es vide. Tremblante et abîmée par le Mercredi. Il faut se ressourcer. C'est un bon moment pour écrire car la fatigue aidant, les mots te violentent et tu ne peux les contenir. Mais tu ne peux pas recevoir des mots. Tu es trop faible. Tu pourrais te faire mal. Déjà qu'on pleure comme des madeleines alors si en plus on s'en prend plein la figure au plus bas de notre énergie, on va s'évanouir. Ça serait comme vouloir faire du ski de fond en ayant rien mangé depuis trois jours. Le soir, tu es fiévreuse et les mots se distordent. Tu contiens désespérément les tiens car les ayant créés, ils t'obéissent encore un peu. Si tu m'attends trop longtemps, une nuit, sur le grand terrain de jeu, tu finiras par subir une révolution de mots. Sécession.

JACK du jeudi attend ton réveil, assis sur une pierre. Je fais semblant de méditer car je travaille en fait, mais c'est pas beau. JACK du jeudi attend Script du Jeudi. Même si c'est long.

Dors... dors...

JACK


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