10 septembre 2001

Dear Script,

Hier, j'ai vu la lumière par la fenêtre de la Golden Box. J'étais accoudé à la rembarde d'un vieux chalet Autrichien, sans eau ni électricité. Je rêvais du puits qui me narguait au loin, commodité contraignante. Alors il a bien fallu que je me résolve à aller chercher de l'eau plutôt que de rester là à ne rien faire. Pas tout à fait à ne rien faire, puisque ne rien faire du tout c'est très difficile, je m'y entraîne souvent à mes moments perdus mais ça ne tient jamais longtemps. Plus tard, devant ma soupe au cresson, tu as ouvert le couvercle de la Golden Box laissant pénétrer la lumière.

On a pas idée, tu sais, de laisser s'échapper la fumée à l'odeur de Cresson dans la pièce ou l'on débat de théologie, de physique quantique et de bien d'autres choses encore. La fumée au cresson se développe et embaume les ustensiles de la table, ma barbe drue et tes mains un peu froides. Ça gèle ici. La vapeur se voit, palpable. Je me demande si nous allons sortir faire un bonhomme de neige tout à l'heure. Fera t-il nuit ? Tu déposes des petits croutons dans un plat en argent, près de la Golden Box qui fait la moue, un peu fière. J'aurais dû les faire griller moi-même, les croutons, j'ai manqué ce plaisir. Au lieu de rêvasser le long de la rembarde, j'aurais mieux fait d'attraper la poêle et d'étudier la transmission de la chaleur bleue du gaz aux petits croutons qui crient en gesticulant à droite, à gauche.

La lumière, la lumière. J'ai plus vraiment le temps de réfléchir en silence. C'est fini ce temps-là, toi, tu ranges, tu pousses et la rembarde, tu la déplaces. Alors si je tombe cul par dessus tête dans la neige du soir, je suis où ? J'émerge, tout froid glacé. Ça coule dans mon cou, et te voilà qui ris. Tu me dis de venir manger, que la soupe est chaude. Où ai-je passé toutes ces minutes ? Et les croutons, sont-ils grillés ? Tu me dis que oui et que je vais prendre froid, assis dans le blanc et l'eau glacée. C'est exact.

Les croutons, c'est toi qui les a grillés et finalement, moi, ai-je besoin de savoir ce que ça fait ? Puisque toi tu le sais. Tu me feras la synthèse, entre deux gorgées au cresson de ce que l'on éprouve, de ce que l'on ressent et si ça brule tu ne manqueras pas d'échafauder les mots qu'il faut pour découvrir pourquoi ça fait mal, parfois, quand on est dans la lune. Je crois que tu as ouvert la boite pour me donner un crouton, debout sur le bord de la soupière, on the edge of our world, en quelques sortes, ce soir. Un grand crouton à la main, plus gros qu'un rocher, à la façon d'Alice dans son pays des malices. Youhou ? T'es en dessous ? Tu me criais... Oui ! Lance, je te dis, lance, je rêve encore le long de la rembarde...

Pourquoi as-tu sauté ? Tu chutes vers moi ? Garde bien le petit bout de pain grillé dans tes bras, c'est le plus important, ta bouée, avant que l'on ne plonge dans la soupe au cresson.

Jack


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