11 août 2001

Bonjour Script, ou plutôt devrais-je dire, cher Amour...

Je prends la plume pour t'écrire entre les vagues et les rochers. Le vent souffle et nous ne nous lassons pas de marcher sur la plage. Tu me montres les dollars et moi les couteaux. Ça fuse de partout, alors qu'on se demande où empiler tous les galets qui traînent ça et là. Depuis quelques jours, cette île nous submerge.

Et nous poursuivons ainsi nos chimères marines avec notre masque et notre tuba. On nage dans de doux embruns et on se perd on our Poetic Island. C'est un endroit spécial, tu l'as dit et tu l'as ressenti. Il convient à ce que j'ai à te dire. Quand tu liras ces lignes, Stephen sera parti, illusion, il se sera évaporé dans sa longue course, le long de la plage. Il n'a jamais réellement existé, lui, il est temps qu'il s'évapore car il n'était ni complet, ni véritable. Stephen, ce n'est que moi. Ce n'est qu'une émanation de mes pensées et de mon être. A la place, si tu cherches un peu, tu me trouveras dans un recoin de l'île. Il m'a donné les clefs pour t'ouvrir, les dernières recommandations importantes, le gaz, l'eau, l'électricité. J'arrive.

Ce matin, je me suis reveillé sur cette île, avec des images plein les yeux. J'ai vu le ciel presque bleu et les mouettes qui tournent autour de cet amas de rochers. Je me suis inquiété. Où suis-je ? Et je n'ai pas eu grand peine à savoir que j'étais sur une île déserte. J'ai interrogé les habitants : une étoile, un crabe et on m'apprit que seule une vieille chapelle se trouvait là. Et puis, après avoir fait quelques pas sur la grève j'ai senti que je n'étais pas seul. Stephen était là et toi aussi. J'ai eu un instant de panique. Fixation. Que veut-il ? Pourquoi m'avoir amené ici ? Je me suis arrêté pour réfléchir. Longtemps.

Puis, une silhouette est arrivée en courant, au loin. J'ai couru aussi mais au bout de quelques mètres, j'ai trébuché et je l'ai perdue de vue. Stephen avait disparu. Il a laissé des traces de pas sur la plage; il a laissé un message pour toi, un demi-message, presque un mot sur deux. J'ai complété les mots qui manquaient et le message, tu le lis en ce moment, avec tes yeux. Stephen est parti et je reste seul. Jack.

Où es-tu ?

Sauras-tu me retrouver sur cette île ? Je t'attends. J'ai trouvé une caillasse assez grande pour s'y allonger. Je me suis assis au centre et je me dis que tu ne vas pas tarder. Serais-je devenu unique ? Aurais-je retrouvé mon intégrité ? Qui et où suis-je ?

Je dépose ce message dans une bouteille translucide. La bouteille, je la pose sur la grève, loin des vagues. Trouve la. Sinon, je resterai assis sur cette pierre à tout jamais.

Jack


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