55. gros plans sur...

...ce que sont devenus mes champignons de samedi matin :

Celui qui était tout rond, le plus brillant, s'est métamorphosé en grosse crêpe,

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l'autre, on dirait un bon biscuit moelleux, une meringue,

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et ces deux-là ont l'air pensifs, en tout cas penchés.

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En vérité, ils sont bien droit sous le soleil, c'est moi qui étais penchée.

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54. j'ai pour toi un étang

Ce matin était plus silencieux qu'hier. D'un grand calme, en fait. À sept heures, quand je suis arrivée dans le jardin avec mon bol de café, il n'y avait personne d'autre que les corneilles au loin. Toutes les autres jacasseries des volatiles s'étaient tues et j'étais seule dans la rosée. Ce fut bref, et long en même temps parce que j'ai savouré. J'ai installé des treillis et des cordes et j'ai attaché les roses trémières qui ont été jetées au sol lors des dernières grosses pluies. Et puis les bruits sont revenus, les voitures ont recommencé à circuler, les abeilles à butiner et le bal des tondeuses à bourdonner.

Hier, j'ai eu une folle idée. Depuis que je vis ici, je rêvais d'aménager un ruisseau, ou un étang, un tout petit lac. J'en parlais, je cherchais le meilleur endroit. L'autre jour, je me suis même informée au centre de jardinage, pour connaître le prix des pompes et des toiles qu'ils vendent pour mettre au fond des étangs dits naturels. Hors de prix. Compliqué. J'ai abandonné le projet, pour cette année du moins.

Mais très tôt, depuis que je vis ici, j'avais découvert un espace sous les arbres, un grand espace arrondi où l'eau affleurait par-dessus les brins d'herbe. Quand je marchais là-dedans, j'enfonçais un peu, c'était bien spongieux et toujours mouillé, même par temps sec. Alors je suis montée là-bas après le souper et j'ai commencé à creuser.

J'ai creusé avec une pelle ronde coupante, j'ai enlevé de la terre, et des gros cailloux, des racines. Mon étang [en fin de compte il ne s'agit pour le moment que d'un simple trou d'eau] mesure environ un mètre de diamètre sur 20 centimètres de profondeur. Je lui ai demandé de prendre la pose hier soir. Ça tourbillonnait déjà en surface et l'eau était toute brune. Mais ce n'est pas grave, je l'imagine tel qu'il sera dans quelques semaines, l'an prochain, et il me plaît déjà.

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L'idée, c'est qu'il y a de l'eau. Que j'ai trouvé un point d'eau naturel. Je vais redonner la vie à un cour d'eau et dans pas longtemps, toute une petite faune sauvage viendra s'y installer, et en profiter. N'est-ce pas follement excitant, la vie ? J'ai lu quelque part que les corneilles aiment beaucoup les points d'eau. Aurai-je des crapauds et des grenouilles ? Menoum.

Je vais creuser encore, il faut que j'atteigne au moins 50 cm. en profondeur, sinon davantage. Et en superficie, j'aimerais bien obtenir la forme d'un gros haricot, de deux ou trois mètres. Une fois que j'aurai fini de creuser, j'aménagerai le contour avec des buches, des grosses pierres, et aussi du sable blanc ou du schiste concassé d'un beau gris pâle.

L'eau stagnante amène les moustiques ? J'y ai pensé : pour éviter que mon étang ne devienne un vivier à moustiques, il me faudra mettre quelques poissons dans l'eau, ils vont les manger. Et pour aider les poissons à garder l'eau propre et bien filtrée, je planterai des lis d'eau, des nénuphars et autres plantes aquatiques. Et puis tout autour, je mettrai des arbustes et de la fougère. Un banc pour lire. Ça va être mon coin zen, mon petit jardin japonais à l'extrémité sud-est de mon coin sauvage en montagne.

J'avais planté un bambou rustique, l'an dernier, à côté de la maison, et il a eu la bonne idée de repousser ce printemps... j'attends l'automne et je le transporterai au bord de mon étang, il sera plus beau là-bas.

Ce matin, surprise, l'eau était toute claire, déjà. Et bien froide. La vase s'était déposée au fond. Bonheur. Et plein d'insectes qui n'étaient même pas là hier. J'ai repris la pelle et j'ai creusé encore. Il faut maintenant que j'entre dans l'eau pour ramasser les grosses pierre qui sont au fond, j'ai de l'eau à mi-mollets et mes travaux avancent plus vite que prévu. Mais il y a un léger problème, que vais-je bien pouvoir faire de toute cette terre qui s'accumule à côté de mon trou d'eau ?

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53. jolis champignons, madame

Impossible de les manquer. Dès les premiers rayons du soleil, ils se sont allumés sur l'herbe mouillée, aussi ronds et laqués que des lanternes chinoises dans un vacarme épouvantable fait de gazouillis d'oiseaux et tout le reste : comme tous les samedis et dimanches matin, le petit-fils de la vieille dame, ma voisine, coupe le gazon autour de sa maison, assis sur un petit tracteur-tondeuse, il maintient la surface aussi rase, fournie et verdoyante qu'un terrain de golf.

champignon rond du samedi 21 juillet 2007, le matin

Chez-moi, l'herbe pousse un peu n'importe comment, j'ai semé des fleurs sauvages et du trèfle blanc et ça forme des couvre-sol courants partout et des petits tapis fleuris qu'il n'est pas nécessaire de couper aussi souvent, et qui sont plus doux pour le corps lorsque je sors marcher nu-pieds dans la rosée.

C. me regarde photographier mes champignons, sous le grand sapin. Il salue. Il rit. Sont-ce des amanites tue-mouches ? S'imagine-t-il que je vais les cueillir et les manger ?

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Je ne connais rien aux champignons. En tout cas, je suis certaines que ce ne sont pas des bolets, ni des chanterelles. Probablement une sorte d'amanites. Même s'ils étaient comestibles, et sûrement très bons et délicieux, je n'y toucherais pas. Sont trop beaux.

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52. amour, ahabah, love, éros, philia, agapè et quoi encore

La voilà qui recommence à parler d'amour. Et puis soudain ce fut l'été. Le bel été de l'éternel balbutiement. Il pleut souvent, presque tous les jours. J'écris beaucoup et je prends soin du potager, des arbres, de mes belles fleurs.

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Les premières roses trémières [altération de rose d'outremer, attesté dès 1500 selon Petit Robert, aussi appelées bâtons de Jacob, primeroses, passe-roses. En espagnol ce sont des malvarrosas, et en latin : Alcea rosea] ont commencé à fleurir, fières et dignes. Mais elles ne sont pas roses, ni rouges. Non. Mes roses de trémière sont rouge pourpre, très foncées. Rouge vin violacé, en fait. Presque noires. Ce sont des Alcea rosea nigra. Pas ça qui était écrit sur l'étiquette. Jamais vu de pareilles nulle part, mais je les ai photographiées sous la pluie, à l'instant, pour vos beaux yeux. Babillages de Babel. Elle ouvre le grand Dictionnaire Hébreu sur ahabah, hbh). Écoute l'épellation phonétique. Un, deux, trois. Divins plaisirs du corps plein l'oreille.

Elle, qui ne croit plus en Lui, cherche Ses mots, juste pour le plaisir de s'entendre intérieurement prononcer les sons ronds Search God's Word. Ils ont cherché les occurences du mot ahabah (love) dans la bible. En ont compté une quarantaine ou moins, selon les versions. Citations à l'appui, plus bas. Ils ont aussi une définition de Love, que je recopie :

Love =

1. human love for human object
- of man toward man
- of man toward himself
- between man and woman
- sexual desire

2. God's love to His people

Que je traduis librement sans consulter les lexiques qui en savent plus long que moi sur le sujet :

Love =

1. Amour humain pour un objet humain
- d'un homme pour un homme
- d'un homme pour lui-même
- entre un homme et une femme
- désir sexuel

2. Amour de Dieu pour Son monde.

Aurais-je pu traduire people par peuple ? ça me tente même pas d'y penser...

Hosea 3:1

Then said the LORD unto me, Go yet, love a woman beloved of her friend, yet an adulteress, according to the love of the LORD toward the children of Israel, who look to other gods, and love flagons of wine.

Et ceci dans la petite Bible en français de mon fils :

Osée 3:1

Le Seigneur me dit : «Eh bien ! Une fois encore aime cette femme qui a un amant et vit dans l'adultère. Aime-la comme moi, le Seigneur, j'aime les gens d'Israël, bien qu'ils se tournent vers d'autres dieux et raffolent des gâteaux de raisins. »

Héhé, voilà que d'une langue à l'autre, les bouteilles de vin se changent en gâteaux, sinon en pains aux raisin. Faut croire aux miracles. Et aussi à la multiplication des pains, des pins, des pinotes, des pin-ups et des bobby pins.

Tout un chacun sait bien que les premiers traducteurs de la Bible, écrite en Araméen sur des vieilles pierres toutes effritées (j'imagine, parce que l'on était encore loin des presses de sieur Gutenberg), l'ont traduite en hébreu, puis de l'hébreu au grec. La chose s'est corsée et le choix ne fut pas une mince affaire quand il s'est agi de traduire les mots hébreux désignant l'amour : ahabah et hesed. Encore un autre ? Eh oui, et ce n'est pas le seul. Si le mot ahabah désigne toutes les formes d'amour, que l'on précise selon le contexte, le mot hesed est plus complexe, il est utilisé pour les notions de fidélité et d'attachement.

Les choses n'étaient pas simples, en effet, car les anciens grecs avaient trois mots pour désigner l'amour : eros, philia et agapè. Mais pourquoi diable, en français, on n'a que le mot amour, et en plus, plus personne ne sait ce que ça veut dire. Et encore moins écrire un mot pareil. J'aime love, comme dans make love c'est si bon, ou dans love affair, ou bien make love, not war, sauf que c'est de l'anglais. « Well do you love me (I can really move). Well do you love me (I'm in the groove). Ah do you love me. Now that I can dance. Watch me now, oh. »

Eros, donc. Et pour en revenir à nos grecs, eros nomme le désir, pour tout objet digne d'attachement. Philia signifie amour désintéressé, cet amour qui prend soin de l'autre, de l'ami, de la patrie, en qui la volonté et la noblesse de coeur ont maîtrisé les passions humaines. Agapè, le mot, a parfois le sens d'eros, mais plus souvent le sens de philia. Source : perdue, mais je vais la retrouver... et continuer un autre jour.

Vous trouvez que ça commence raide après une absence de plusieurs semaines, que j'aurais pu trouver un sujet plus facile ? Mais c'est que je ne suis pas là pour faire la conversation. Pas pour communiquer un précieux message, ni même pour partager et susciter des réflexions profondes. Ni même pour donner de mes nouvelles mais j'en donne pareil, cherchez l'erreur, c'est bien ça le piège de tenir un journal en ligne, on fait comme dans « Allo allo Jos, quelles nouvelles ? – Tout va très bien, tout va très bien. » Même pas. Aujourd'hui, j'écris une page dans ce journal, juste pour écrire. Ou me rappeler un jour que le 20 juillet 2007, il pleuvait et ventait, que je suis sortie photographier les roses trémières qui ont l'air des fleurs de sorcières, et puis que j'ai fait de la soupe au poulet et riz, un feu de cheminée. Mangé des bagels grillés avec du beurre. Faut pas chercher plus loin. J'ai personne à convertir, je n'enseigne rien, ne prêche sur aucune montagne. «Pourtant, que la montagne est belle, comment peut-on s'imaginer, en voyant un vol d'hirondelles, que l'automne vient d'arriver ? » Je donne peut-être l'impression de me détacher du journal, de vous filer entre les pattes. Mais non, je ne boude pas. Je bouge. Je suis là. Simplement devenue incapable de poursuivre. Muette mouette. Mutique. Mutante. Mouvante. Mais non, je n'abandonne pas mon cher journal qu'est pas un blog, sauf pour la technologie blog qui sert à le publier, puis à l'archiver et tout. Mais, me direz-vous, what the hell does flagon mean ? Des "flagons of wine", comme dans la Bible, ça ressemble à ça. On peut cliquer dessus pour accéder au Thesaurus où j'ai déniché/emprunté l'image. Merci.

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