22. des qualités indéniables
Samedi. Deuxième billet de la journée. Comme si je me repliais sur le journal, ultime refuge. Le seul lieu qui soit bien à moi.
Le titre de mon billet du matin m'aura porté malheur : déception. J'ai reçu tout à l'heure un courriel disant ceci :
Mme Strohem,
Nous nous excusons du délai à vous répondre, mais les différentes étapes des comités de lecture et éditorial prennent un certain temps, surtout lorsque des projets intéressants se présentent. Votre manuscrit possède en effet des qualités indéniables qui ont su plaire à nos lecteurs. Cependant, comme vous le savez peut-être, Les Éditions [...] sont une petite maison d'édition qui publie très peu d'oeuvres de poésie et de nouvelles. Notre calendrier est déjà bien rempli et nous ne pouvons donc pas donner suite à la publication de votre recueil. [...]
Pfft. On ne me fera pas croire ça. Ce recueil devait être pourri à l'os. Et ce paragraphe extrait du courriel doit être recopié à des centaines d'exemplaires.
Je ne l'avais pas écrit dans ce journal, mais j'avais envoyé un recueil de poésies à huit maisons d'édition en mars 2006. Toutes avaient refusé mon recueil sauf deux. Voilà, vous savez tout.
Annie collectionne les lettres de refus. Annie joue aux échecs avec des qualités indéniables, peut-être, mais pas un éditeur ne s'intéresse à son travail.
Tant pis. Je continue. J'ai ouvert le roman en chantier et j'ai écrit. J'ai allumé le feu, mis un filet de porc piqué d'ail au four.
J'écris ce billet et ensuite je retourne au manuscrit pour une belle soirée d'écriture sous la pleine lune, qui veillera sur moi comme une mère aimante.
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