33. et puis ce fut l'arbre aux mouchoirs

Autant l'annoncer publiquement, c'est peut-être la fin des mouchoirs. La fin des larmes. Et, comme chacun sait qu'il n'y a pas de hasard, j'ai par le plus grand des hasards découvert l'arbre aux mouchoirs. J'étais tellement ravie de ma trouvaille que j'ai faili en faire un conte de fées des temps modernes.
Mais, pour causes d'éternels bidouillages, j'ai bricolé une image pour vous montrer l'arbre en question et ensuite continué ma patiente déconstruction des designs préfabriqués, fermement décidée une fois de plus à construire mon antre à mon image et à ma ressemblance.
Point de départ, puisque la logique et une saine cohérence recommandent de toujours commencer en haut de la page pour descendre vers le bas, j'ai dessiné mon cent huit millième logo. Le dernier.
J'en ai assez de tous ces changements de décors. Autant que vous tous j'en ai assez. Alors je me fais la promesse, sinon la menace, suivante : lorsque si un jour la nouvelle apparence du journal qui commence à prendre forme – et qui sera la plus jolie et la plus fonctionnelle à ce jour n'en doutons pas – me tape sur les nerfs et que je n'en veux plus, je mettrai le plus final des points finals à ce journal.
J'y mettrai donc le temps qu'il faudra, mais cette fois je construirai pour ce journal une présentation qui me plaît et je promets de la garder pour le reste de mes jours, comme un gentil chéri légitime.
Toujours est-il que j'ignorais totalement l'existence du Davidia involucrata, aussi appelé arbre aux fantômes ou arbre aux pochettes. Quand il fleurit, les fleurs jaunes sont entourées de brachtées blanches et soyeuses qui ont l'apparence de mouchoirs ou de petits fantômes. En anglais, on parle du Dove tree.
Cet arbre, appartenant à la famille des Nyssacées, serait originaire de Chine où il fut découvert par le missionnaire et naturaliste français Armand David, en 1869. J'ai lu que le tout premier Davidia du père David qui fut transplanté en France l'a été à l'arboretum des Barres, au Sud de Paris.
L'arbre aux mouchoirs peut atteindre 20 mètres de haut et il ressemble à un tilleul. Ses fruits en forme de boules vertes restent sur l'arbre durant l'hiver. Si vous plantez un Davidia involucrata, il vaut mieux ne pas trop avoir envie de pleurer car l'arbre ne fleurira que dix ou douze ans plus tard.
J'ai enfin trouvé le moyen d'écrire des notes marginales à même les pages, notes qui seront beaucoup plus lisibles que les notes en bas de page. Mais, cherchez l'erreur, elles ne sont pas accessibles si on navigue avec internet s'explorer.
inutile d'essayer, cet arbre ne poussera pas au québec. trop froid par ici.
image : lespaysagistes.com
32. les fleurs sur les murs

Ça change beaucoup par ici. Si ça continue, personne ne va plus s'y retrouver. Hier, j'avais trop mal à la tête pour écrire et je me suis promenée entre le lit et ma table de travail. Je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de m'amuser à défaire les looks, designs et autres fioritures, bref, j'ai décroché les différentes présentations que j'ai expérimentées depuis la reprise du journal.
Effets de la fièvre, sans doute. J'ai recommencé à m'ennuyer de mes pages blanches du temps de Script et de Voyelle, avec le minimum d'éléments « décoratifs ».
Après tout, les lecteurs qui passent ici doivent bien ouvrir le journal pour le lire. Pas pour regarder les fleurs sur les murs.
Ça devrait encore changer. Sans savoir où tout cela va me conduire, j'épure. Pareil pour le roman en chantier. Depuis mon réveil ce matin, je m'y suis replongée et j'ai relu les quelques trente premières pages, ce qui sera le premier chapitre, en changeant des petites choses ici et là.
Dans ma toute première version, j'avais raconté l'histoire à la troisième personne et c'était compliqué car je sentais bien que c'était uniquement la première personne qui donnait son point de vue, qui parlait là-dedans, alors à un moment donné j'ai tout réécrit au « je ». J'ai continué sur plusieurs pages.
Et finalement, c'était samedi ou dimanche, j'ai repris tout le texte et je l'ai réécrit à la troisième personne en laissant la première personne sur un banc. Non, pas sur le banc des accusées, non. Je l'ai installée sur un long banc avec les autres témoins, uniquement des femmes libres et fières d'aujourd'hui et des suffragettes et féministes courageuses des autres siècles avec leurs ridicules et si jolis chapeaux à voiles.
J'en avais parlé à une amie qui écrit aussi et que j'aime. Parce que je trouvais fort étrange qu'en écrivant au je, je songeais à la protagoniste à la troisième personne. Elle m'a alors dit que pour elle c'était le contraire. Ça ma trotté dans la tête longtemps. Comment on peut déplacer les personnes qui parlent comme ça et qu'au final, c'est toujours soi. Mais je me suis demandé comment faire pour laisser s'exprimer librement chacune de ces personnes en moi.
Par la suite, en réécrivant à la troisième personne, je m'attendais à voir réapparaître mes pensées à la première personne et elles n'ont pas changé, cette femme à la troisième personne est restée. Je pense à elle, je vois le temps passer en elle, je la vois faire des enfants et se déplacer dans les maisons, prendre l'avion, danser, aimer et parler. Vivre.
Ce curieux déplacement m'a fait retomber dans une autofiction qui s'est mise en place à mon insu. Quand j'écrivais à la première personne, je me présentais comme le seul témoin de ce que je racontais.
Mais en écrivant à la troisième personne, je reconnais l'existence d'autres témoins valables pouvant corriger ou compléter ce que j'ai à dire sur la vie de mes personnages. Dont moi des années plus tard. Le je et le moi de maintenant.
Écrire à la troisième personne serait reconnaître ma décantation historique terminée, et la version que j'en donne comme définitive. Je récuserais ainsi par avance tout autre témoignage et, comme c'est bien moi la première personne qui se cache sous la troisième, non seulement je le récuserais mais je l'interdirais. C'est un pensez-y bien.
31. va où il te porte
Lus, en exergue du chapitre 24 de Seras-tu là, ces mots de Susanna Tamaro :
« Quand plusieurs routes s'offriront à toi et que tu ne sauras pas laquelle choisir, n'en prends pas une au hasard, mais assieds-toi et attends. Attends encore et encore. Ne bouge pas, tais-toi et écoute ton coeur. Puis, quand il te parlera, lève-toi et va où il te porte. »
C'est exactement ce que je fais. Attendre. J'attends. Et mon coeur ne parle pas. J'écoute. Ou peut-être je n'écoute pas. Pour écouter il faut se taire ? Mais pour se taire complètement et écouter, faut-il aussi arrêter d'écrire ?
Je crois que j'écoute mais il y a trop de routes et de chemins et de maisons et de villes. Et moi je dois être devenue tout à fait invisible.
Parfois le soir je lis à haute voix, toute seule dans la maison, je suis assise dans mon lit et je lis à haute voix les plus beaux passages des livres. J'entends et j'écoute ma seule voix meubler le silence lumineux de la nuit, je lis le coeur muet.
Je ne sais pas si ce sont les effets du virus, mais je me sens très accablée et comme abattue, et la tête trop lourde. Je prends des comprimés contre la fièvre et les céphalées et je sors. Je ne me sens pas assez forte pour chausser mes raquettes et partir dans les bois, mais je m'habille chaudement et je m'installe au volant de la voiture, l'après-midi, je mets de la musique et je roule sur les petites routes de campagne. Il m'arrive souvent de pleurer d'un seul coup quand je conduis. Je ne m'en rends pas toujours compte que des larmes chaudes roulent sur mes joues. Quelques sanglots longs et profonds et puis ça passe. Tout à l'heure je suis allée jusqu'à Saint-Pascal et Saint-Philippe-de-Néri, et puis en revenant j'ai vu une aurore boréale. Et le soleil brillant sur la neige, on aurait dit un lac de feu craché par un dragon dévorant le ventre de la plaine gelée. Ensuite à la radio la frêle et amoureuse voix de Chloé Sainte-Marie chantait la poésie de Gaston Miron : parle-moi parle-moi de toi parle-moi de nous j'ai le dos large je t'emporterai dans mes bras j'ai compris beaucoup de choses dans cette époque les visages et les chagrins dans l'éloignement la peur et l'angoisse et les périls de l'esprit je te parlerai de nous de moi des camarades et tu m'emporteras comblée dans le don de toi jusque dans le bas-côté des choses dans l'ombre la plus perdue à la frange dans l'ordinaire rumeur de nos pas à pas lorsque je rage butor de mauvaise foi lorsque ton silence me cravache farouche dans de grandes lévitations de bonheur et dans quelques grandes déchirures ainsi sommes-nous un couple toi s'échappant de moi moi s'échappant de toi pour à nouveau nous confondre d'attirance ainsi nous sommes ce couple ininterrompu tour à tour désassemblé et réuni à jamais. Tant de beauté en même temps, sur le coup j'en suis morte. C'était peut-être trop.
30. hors d'état de nuire
Je n'écris pas, je suis malade. Quelque chose comme une mauvaise grippe s'étant rajoutée aux soucis d'ordre matériel, le tout par-dessus une grosse peine, je me retrouve totalement hors d'état de nuire. Je prends donc le partie d'en rire, et parfois d'en pleurer. Que puis-je faire d'autre sinon attendre que la douleur passe, et que les nuages noirs s'éloignent.
J'ai beaucoup lu ces dernières semaines. Pris le temps de noter les titres dans ma liste de lectures, fort pratique pour garder une trace. Je me dis toujours : prends donc le temps de noter quelques mots, ce que tu retiens, apprends, aime ou n'aime pas de ces livres et puis je ne le fais pas, car je passe tout de suite à d'autres lectures, dans d'autres mondes.
Sauf pour certains livres, surtout s'ils sont à moi et qu'ils peuvent vivre avec moi quelques temps, je les relis et alors je note. Il y a cette biographie de Indira Gandhi. Paroles fort touchantes.
Quelque part dans ce livre, elle mentionne que les vêtements anciens étaient infiniment plus beaux que les costumes modernes. Elle ajoute que la jeune fille indienne passait des années entières à broder la jupe de son mariage. Jupe qu'elle finissait par porter pour le reste de ses jours, ou presque. Parce que le tissu était solide et la confection superbe, la jupe pouvait durer. Je dois être une incorrigible rêveuse pour en arriver à me laisser charmer par des choses pareilles. J'ai même trouvé des images de ce que j'imagine être ces fameuses jupe [dans Rien(s) à voir]
Pourtant, j'ai aimé m'approcher un peu des idées de cette femme, ce qu'elle pensait de la liberté et de l'indépendance des pays et des personnes, de la démocratie, du féminisme, de l'égalité des sexes, de l'éducation, de l'analphabétisme, des livres, de la violence, de la guerre, de la pauvreté, des religions et de la paix, et même de la méditation.
Madame Gandhi, dans ce livre, ce n'est pas quelqu'un qui prêche, c'est quelqu'un de bien. Pas seulement un chef d'état mais quelqu'un qui est, très simplement et avec une grande sincérité, soi-même.
De ce livre dont le titre est Ma vérité, je conserverai aussi ce paragraphe extrait d'un discours qu'elle a prononcé à l'université de Roorkee, le 18 novembre 1967 :
« La science combat la superstition. Le respect inconditionnel de tout ce qui est ancien est une superstition. L'idée que certaines races, religions ou castes sont supérieures à d'autres est une superstition. Croire qu'un système idéologique particulier à un moment de l'histoire a une valeur universelle est une autre superstition. La science en revanche va de pair avec le changement. Pour diverses raisons, la superstition affermit ses positions et trouve de nouveaux adeptes. Sans l'aide de la science, je pense qu'il y a peu d'espoir de vaincre ce virus qu'est la haine religieuse. Les savants et les hommes de science devraient se donner pour mission de répandre l'esprit scientifique afin que notre marche en avant ne soit pas entravée par la superstition. »
J'ai retenu également quelques réflexions issues de ses entretiens avec Tagore, notamment que la vraie liberté n'est « pas seulement la liberté au sens politique mais la liberté face à l'ignorance, la superstition, la bigoterie et la mesquinerie. »
29. histoire de larmes, de morve et de mouchoirs
Lundi matin, entre huit heures et huit heures et demie. Assise à un bout de la table de la salle à manger, un bol de café noir bien sucré à ma droite, je mets à jour ma liste de lectures.
Par la fenêtre qui s'ouvre sur ma gauche, quand je déplace les yeux hors de l'écran, je vois la route et les rares voitures qui passent. En voilà une qui ralentit, je vois la tête d'une femme, jolie, posée sur un mince cou qui se dévisse, et qui regarde la maison.
La voiture est bleue marine. Je regarde la femme dans la voiture qui regarde ma maison. Je suis assise devant mon portable, à quelques mètres de cette fenêtre, et je la vois. Je pense qu'elle me voit aussi. Une armée de larmes lourdes et chaudes me sort des yeux. Deux minutes avant je n'étais même pas triste.
La femme immobilise sa voiture sur le bas-côté et elle regarde encore puis elle note l'adresse ou ce qui est écrit sur la pancarte rouge et bleue. Elle regarde encore comme si elle venait de trouver la maison de ses rêves [avec une femme assise dedans et qui écrit].
Ensuite elle repart, elle se rend chez mon voisin, s'engage dans son entrée puis elle fait marche arrière et ensuite elle repasse devant la maison en roulant à une vitesse de tortue. Enfin elle s'en va. Je l'imagine qui jette un dernier coup d'oeil par le rétroviseur, se voyant déjà dans la maison, assise derrière cette fenêtre en face d'un écran. Si elle savait que ce n'est pas un rêve qui se vit ici mais la fin de presque tous les miens, elle s'enfuirait bien vite. En moi, c'est le déluge, la mer de pleurs.
Je veux me reprendre, me ressaisir. Ce qu'il y a de bien avec la solitude, c'est d'apprendre à se consoler toute seule. N'avoir personne à qui cacher ses larmes, personne qui te dira de ne pas pleurer, personne qui ne supportera pas de te voir pleurer, personne pour s'inquiéter.
Je récupère ce qu'il me reste de bon sens et attrape une boîte de papiers-mouchoirs. N'est-ce pas ce qu'aurait fait la meilleure des psy., me donner des kleenex ? Non, ce ne sont pas des kleenex mais des scotties supreme, mouchoirs blancs, super épais, super doux, à trois épaisseurs, et bilingues. C'est doux ça madame, il suffisait de lire, il faut toujours lire ce qui est marqué sur les boîtes, il y a ça aussi juste en bas de la marque : « Fiers partisans de la Fondation canadienne du cancer du sein ». C'est bon la lecture, ça vous distrait de vos malheurs et ça rassure, tout le temps. Alors me voilà rassurée. Et en plus je viens d'apprendre que je pleure au moins pour une bonne cause, wow.
Je me lève, éponge la morve et l'eau salée. Me mouche dans les mouchoirs en papier super épais, super doux. Mmmm. Il reste du café ? Ce matin je le bois noir, il n'y a plus une goutte de lait dans cette maison depuis hier, j'ai mis le reste dans la béchamel de mon plat d'endives au jambon. Mais qu'est-ce qui me prend de vous raconter ma vie ?
28. les canons de la beauté
Autre look, autres moeurs. Et si tout cela n'était qu'un jeu ?
J'ai adoré le dernier gros roman [604 pages] que j'ai lu presque tout d'une traite : Ensemble, c'est tout, de Anna Gavalda. Du petit lait. De l'eau de rose. J'y ai déniché cet extrait d'un livre de poche [bizarre, aucune mention du titre ni de l'auteur], au sujet de Diane de Poitiers :
— Toute la cour – sauf Mme d'Étampes, bien entendu – était d'accord pur la trouver admirablement belle. On copiait sa démarche, ses gestes, ses coiffures. Elle servit, d'ailleurs, à établir les canons de la beauté, dont toutes les femmes, pendant cent ans, cherchèrent furieusement à se rapprocher :
- Trois choses blanches : la peau, les dents, les mains.
- Trois noires : les yeux, les sourcils, les paupières.
- Trois rouges : les lèvres, les joues, les ongles.
- Trois longues : les corps, les cheveux, les mains.
- Trois courtes : les dents, les oreilles, les pieds.
- Trois étroites : la bouche, la taille, l'entrée du pied.
- Trois grosses : les bras, les cuisses, le gros de la jambe.
- Trois petites : le tétin, le nez, la tête.
N'est-ce pas savoureux et fort joliment tourné ?
Cela dit, je me sens un peu plus légère grâce à ce livre, mais je ne joue pas. Ma colère s'est encore une fois adressée au journal, et je sais bien que ce n'est pas de sa faute ni de la faute aux blogs de la blogonatmosphère bigarrée tout entière si la maison est à vendre et si je n'aurai plus mon fleuve sous les yeux en me levant le matin. J'arrive à peu près à y penser et à me calmer. L'envie de monter au grenier et de balancer le portable par la fenêtre de la lucarne s'atténue. On va s'en sortir, une fois de plus.
27. notes
Matinée à butiner dans la paperasse ici et là. À fouiller dans les notes. Les petits mots scribouillés partout où ils n'ont pas leur place.
Je fais le tri. Ces phrases-là s'infiltreront dans le roman, chapitre en cours. Des calculs. Des nom et prénom inspirants sortis de nulle part pour un futur personnage [Geneviève Singer], je les garde.
Cette autre enfilade de lettres et de points c'est une adresse email. Classée avec les autres. Les pruneaux et la cire pour les skis de fond seront inscrits sur la liste des courses à faire [encore].
Et ceci sur le coin d'une serviette de table en papier : Si je n'écrivais pas, je deviendrais si légère, le vent m'emporterait. C'est de moi ? Me souviens plus.
Et il y a une feuille blanche. Au milieu c'est écrit : Geisha, pp. 441, 472. Relire ce qu'il y a là que je voulais noter. D'abord cet extrait de lapage 441 :
– Je ne cherche jamais à vaincre mon adversaire, mais à saper sa confiance, dit-il. Un esprit envahi par le doute ne peut se concentrer sur le meilleur moyen de gagner. Deux hommes sont égaux tant qu'ils ont la même confiance en eux-mêmes.
Et maintenant celui de la page 472 :
Ce jour-là, je compris qu'il est dangereux de se focaliser sur ce qui n'est pas. Et si je passais ma vie à attendre un homme qui n'allait jamais venir, pour me dire à la fin, que je n'avais profité de rien ! Tout cela pour avoir songé au président, même dans les pires moments ? Mais si je m'arrachais à sa pensée, comment survivrais-je ? J'aurais l'impression d'être une danseuse qui répétait un ballet depuis toujours, pour ne jamais se produire en public.
Le reste de ces notes ne sert à rien : recyclage. Une vraie furie, ce vent. Enfin l'hiver est là avec ses gros froids coupants comme je les aime, et de la poudrerie. Mais trop peu de neige.
26. le look
Je n'aime pas la nouvelle décoration. Après avoir tant hésité avant de l'élire parmi des centaines d'autres, je la voyais comme la meilleure et la plus belle alors j'ai passé des heures et des heures à la transformer, bout de code par bout de code, pièce de puzzle après pièce de puzzle, afin de la « franciser » et d'ajouter les liens vers ce qui manquait de mon propre contenu dans cet espace noir en bas. Sur la première page, l'index, il y avait deux débuts de billets, celui du jour et celui de la veille. J'ai viré le deuxième. C'était à peu près à mon goût mais voilà que le petit rose s'est mis à m'énerver.
Quand je n'aime plus la présentation de mes pages, normalement, je la quitte assez vite avant que le dégoût ne me monte à la gorge comme la dernière bouchée en trop d'un souper trop bien arrosé. Sauf que cette fois, je n'aime pas le décor et je le garde. J'endure. Je prends le mal en patience. J'apprends à différer mes impatiences.
J'ai même cherché un dessin parmi mes images, quelque chose pour remplacer la petite branche de cerisier avec des fleurs roses et un papillon dessus, qui flotte toute seule comme une idiote dans le coin de la page en haut à gauche. J'aurais aimé trouver quelque chose comme un petit, tout petit capteur de rêves. J'en ai plusieurs, dont un qui aurait été fabuleux, mais il est trop gros et il m'est impossible de l'insérer dans la page. J'ai tout essayé ; s'il apparaît au complet, le texte est repoussé vers le bas et je n'aime pas ça, si je réduis la taille de l'image, il prend l'allure d'une insignifiance minuscule dans son coin, très moche. Autant remplacer la branche par un gif qui tourne, clignote et saute partout. Ou un smiley grivois.
Je n'aime plus l'apparence actuelle des pages de mon journal. Je n'aime pas celles que j'ai dessinées avant, soit à partir de rien, soit en adaptant des modèles existants.
Je ne changeais pas pour rien, je veux dire : je ne perdais pas tout ce temps à me tremper les deux mains dans les codes jusqu'au coude par pur caprice, juste pour changer de look ou de style. Tout le temps j'aurais aimé trouver une mise en page qui « représente » et serve le journal, quelque chose qui ferait qu'on ne le confonde plus avec ses voisins, par exemple. Une présentation qui le distingue, en fasse un objet différent de tout le reste.
Je n'ai plus envie de chercher un nouveau design. Au bout du compte, ils sont tous pareils. Des fringues vulgaires et bon marché confectionnées en série avec des marques de commerce collées dessus en plus. Tout cela me dégoute.
25. que du vent
Une autre semaine achève de se découdre du grand calendrier. J'ai fini hier soir les livres commencés vendredi et dimanche et que j'avais soigneusement inscrits d'avance sur la liste de lectures. Les deux je les ai aimés, et pour des raisons fort différentes. J'ai laissé les deux exercer leur pouvoir de me transporter dans des mondes situés aux antipodes de ce qu'a été et de ce que sera toujours le mien.
La maison est à vendre et ça fait même pas mal. Une seule visite lundi : aucune suite. Et si ma belle casa avec sa vue sur le fleuve, les arbres et les fleurs n'intéressaient aucun acheteur, et qu'elle ne se vendait pas ? On m'a dit que cela pouvait être long. Qu'une maison à la campagne ce n'est pas comme une maison à la ville : moins de gens, moins de visites, moins de cash. On m'a dit aussi que la louer ne serait pas une solution valable et un paquet de problèmes, alors je n'y pense pas. Je ne cherche pas de travail. Je ne cherche pas d'appartement ni une autre maison, ni une autre ville. Rien, je ne cherche rien. Aucun projet concret de départ. Je ne bouge pas. Toujours pas de grand amour non plus, celui qui vous saute dessus quand on s'y attend le moins, d'après la légende. Urbaine. J'ai beau le lire dans les livres et avoir l'impression que c'est vrai, je suis au bord de ne plus y croire. Possible que je n'y croie plus du tout. L'amour que l'on dit avec un grand a serait une invention de l'esprit, un jeu cruel et dépassé qui ne mène nulle part ailleurs qu'à la perte du meilleur de soi, et l'autre. Quelque chose comme une publicité mensongère. Un tas d'illusions. Du vent.
Je nourris le feu, le seul et le vrai, celui de la cheminée pour éviter que la glace ne s'infiltre sous les portes et autour des fenêtres, et pour le réconfort que les chaudes flammes m'apportent en tout temps, parfois même au milieu de la nuit quand je me lève toute endormie pour boire un grand verre d'eau. J'aimerais nourrir mes amitiés mais je suis gauche et maladroite, je ne sais pas. J'ai parlé toute une nuit au téléphone avec une amie à l'autre bout du monde. Je n'ai pas grand chose à dire, qu'est-ce qu'elle va penser de moi.
Je ne suis pas triste et abattue par ce qui m'arrive. J'ai eu de la peine la semaine dernière, et j'avais choisi de vivre toutes les émotions pénibles qui venaient avec cette énième rupture. Mais elles n'ont pas duré longtemps. Et les jours après, je n'ai pas refusé d'y croire – et je sais que ce n'est pas un rêve, il y a une pancarte avec du rouge et du bleu devant la maison. Quand je la regarde, je ne ressens rien. Et à chaque fois que je vois l'idée de mon déménagement traverser mon esprit, elle est remplacée immédiatement par une autre plus intéressante, ce qui fait que je réussis toujours sans aucun effort à penser à autre chose.
J'ai même consenti à envisager froidement la solution ultime qui me permettrait de garder la maison : arrêter d'écrire et trouver du travail. Travailler. Ça n'a pas fait mal ça non plus. Mais je ne réussis pas à y penser très longtemps. Comme si j'étais devenue incapable d'approfondir quoi que ce soit qui appartienne à la réalité dure et froide. Comme si tout ce qui aurait le pouvoir de me faire mal s'était logé quelque part dans une petite maison au fond de mon esprit et que mon coeur serait vite venu poser un cadenas sur la porte.
24. ce journal n'est pas un blog
En décembre, je fermais mon journal publié dans l'Internet depuis presque sept ans, et je retirais toutes les pages regroupées sous sept volumes avec autant de titres et quelques pseudos, reliquats de mes premières années où j'imaginais l'anonymat indispensable voire même nécessaire à la survie du projet, et j'étais loin de me tromper.
Le geste de tout balancer faisait suite à une remise en question et au fait de rencontrer en même temps plusieurs difficultés, qui sur le moment m'apparaissaient insolubles : le doute, la pression, l'impossibilité de tout dire, le poids sur moi de tous ces écrits dont je ne garde aucune mémoire, la confusion, la crise, et une peine folle pour des évènements plutôt violents survenus dans ma vie personnelle, le tout assaisonné d'une certaine tendance à l'autodestruction.
Le seul point positif dans tout cela c'est que lorsque tout va mal, ce n'est pas moi que je suicide, c'est ce maudit journal. Jamais mon journal papier. Jamais le et les manuscrits en chantier non plus.
En fermant le journal donc, je me sauve. De qui ? De quoi ? Pourquoi ? Si je savais la réponse à cette torturante interrogation, lecteur, je ne serais pas ici en train d'écrire cela. Le geste de tout arrêter au lieu de m'éloigner simplement pour une pause de quelques jours, semaines, mois ou années, pourrait être interprété de bien des façons. J'en ferai l'analyse en temps et lieu.
Ma situation actuelle n'est pas des plus faciles et ce n'est pas aujourd'hui que je dévoilerai ce que tout lecteur a toujours voulu savoir sur moi sans jamais avoir osé le demander.
Je ne me mettrai surtout pas à jouer à ces jeux que l'on se relaie de blog en blog. Je n'ai pas de temps pour ça. Je n'appartiens pas au monde des blogs.
Cependant j'aime tenir un journal en ligne et je ne vois pas pourquoi je devrais le faire disparaître. Ce journal est celui d'une femme qui écrit des romans qualifiés de trop littéraires. Que les éditeurs sollicités ont tous refusé de publier à ce jour. Et en même temps, paradoxe, ce journal n'est jamais, jamais inscrit dans les liens avec les sites dits littéraires et qui ne sont pour plusieurs d'entre eux que des écrivains déguisés en boutiquiers avec des vitrines pour se vendre et vendre leurs livres en se faisant mousser l'égo.
Mon journal, même s'il a voulu se montrer raisonnable et entrer dans le jeu du blog, est et restera donc en marge de la littérature tant et aussi longtemps que tout le monde s'imaginera que si tu n'as pas publié un livre en papier tu n'es pas un écrivain. Ce qui ne m'empêchera pas pour autant d'écrire, et d'être fière et respectueuse de mon travail.
Par ailleurs, ce que je comprenais à retardement, après la fin de mes délires de fermeture, c'est que la disparition du journal du web signifiait également la disparition de mon expérimentation avec une forme d'écriture qui est nouvelle [moins de dix ans, c'est très jeune] et toujours en train de se définir et de se redéfinir. Mes fermetures et réouvertures étaient en fait des signes de ruptures et des mutations. Des crises de croissance ?
Et cette expérience de « sortir » du papier et des sentiers battus de l'écriture et de la littérature, j'ai envie de la poursuivre. C'est plus fort que moi. Ce désir de la vivre jusqu'au bout. Même si c'est fou. Sonder ses limites, tracer ses contours que je veux mouvants plutôt que statiques et débilitants. Je sais maintenant que je ne suis pas toute seule ni la seule à vivre quelque chose de semblable dans ma relation avec ce journal, et avec son lectorat.
Quoi qu'il en soit, j'y suis, j'y reste. Pour le plus grand malheur de ceux et celles qui ne souffrent pas la compétition, de ceux qui ne vivent que dans le but de se comparer, d'envier, de désirer ce que l'autre semble posséder et qu'ils n'ont pas. Et pour le grand bonheur de mes amis, et des amis de cette aventure.
Il reste que cette fois j'avais tenté une transformation complète du journal en un vrai blog, et j'appelais de tous mes voeux une véritable métamorphose ainsi que tout ce qui vient avec : un ton plus léger et ludique, les dix ou quinze billets sur la même page, un échange nourri et riche de commentaires, des liens, beaucoup de liens, des notifications, etc., bref tout le mode d'emploi, croyant ainsi avoir trouvé un remède efficace. Faire comme tout le monde serait-il enfin la solution ?
Ce fut une grave erreur. Comme les petites tortues qui retournent à la mer, j'ai peu à peu et à mon insu glissé vers la forme, et surtout vers le choix renouvelé d'un genre que d'autres avant moi ont défini comme étant « la maladie du journal ».
Et que ce journal soit intime ou pas est sans importance aucune. Je sais que ce que j'écris est un « journal » et non pas un « blog » ni un « carnet ». Je l'ai toujours su [je parle de la période avant janvier 2007]. Cela me suffit. Et que les des lecteurs n'y voient aucune différence, ce n'est pas mon problème.
J'ai une connaissance, que je peux qualifer d'interne, de ce que signifie l'acte de tenir un journal personnel, puisque j'écris un journal papier depuis que j'ai appris à tenir un crayon et à relier entre elles les lettres de l'alphabet pour en faire des mots.
Accompagner, jumeler ce journal privé d'un journal public, ouvert à tous, je crois savoir également tout à fait intimement de ce que c'est puisque j'en ai fait l'expérience depuis l'an deux mille. Journal public auquel j'ai mis un point final un nombre incalculable de fois de manière tout à fait impulsive et que je croyais mûrement réfléchie. Cela ne signifiait pas un arrêt de l'écriture. Écrire, je n'ai jamais cessé. Ralenti, réfléchi et mûri, décanté oui, mais le processus une fois déclenché en moi ne saurait s'interrompre.
Le mot même de « journal » serait-il devenu tabou ? Choisirait-on la voie du « blog " pour appartenir à l'hypothétique « blogosphère » ? Écrire un journal, dans ma tête et dans mon coeur est pour moi un acte indépendant du besoin d'appartenance. Écrire dans le seul but de satisfaire au besoin d'appartenir est une activité dangereuse qui risque de contaminer sinon de saboter ma liberté d'expression. Cela pourrait être une négation ou un éloignement de ma propre identité et de mon noyau créateur.
Cela dit, refuser d'affirmer que les écrits que l'on publie dans Internet relèvent de la littérature personnelle et sont donc un journal dissimule fort probablement une bonne dose d'ignorance, de la peur, ou l'incapacité de s'affirmer, et peut-être d'une forme de mépris du « journal » en faveur du « blog ». Je n'ignore pas la grande confusion qui règne dans le monde des blogs, c'est devenu tout et n'importe quoi, incluant la récupération économique, politique et médiatique.
Ce que je tente d'expliquer n'est pas nouveau. C'est l'affirmation et la réaffirmation que cette chose, à laquelle je ne renonce pas, et que vous devez aimer lire puisque vous ne l'abandonnez pas, est la suivante : ce journal n'est pas un blog
23. est-ce que ça va ?
Comme tu vois, je ne sais pas répondre à la question. J'ai longtemps cherché une image qui témoignerait, juste pour toi, exactement et le mieux possible, de la difficile traversée d'une vie qui ne me fait plus beaucoup danser, aimer, chanter, sourire. Il y a ce film de Mikio Naruse, When a woman ascends the stairs.

C'est ça. La réponse au comment tu vas du quatre février de l'an deux mille sept à neuf heures vingt-huit et quarante-trois secondes du matin le lendemain.
22. des qualités indéniables
Samedi. Deuxième billet de la journée. Comme si je me repliais sur le journal, ultime refuge. Le seul lieu qui soit bien à moi.
Le titre de mon billet du matin m'aura porté malheur : déception. J'ai reçu tout à l'heure un courriel disant ceci :
Mme Strohem,
Nous nous excusons du délai à vous répondre, mais les différentes étapes des comités de lecture et éditorial prennent un certain temps, surtout lorsque des projets intéressants se présentent. Votre manuscrit possède en effet des qualités indéniables qui ont su plaire à nos lecteurs. Cependant, comme vous le savez peut-être, Les Éditions [...] sont une petite maison d'édition qui publie très peu d'oeuvres de poésie et de nouvelles. Notre calendrier est déjà bien rempli et nous ne pouvons donc pas donner suite à la publication de votre recueil. [...]
Pfft. On ne me fera pas croire ça. Ce recueil devait être pourri à l'os. Et ce paragraphe extrait du courriel doit être recopié à des centaines d'exemplaires.
Je ne l'avais pas écrit dans ce journal, mais j'avais envoyé un recueil de poésies à huit maisons d'édition en mars 2006. Toutes avaient refusé mon recueil sauf deux. Voilà, vous savez tout.
Annie collectionne les lettres de refus. Annie joue aux échecs avec des qualités indéniables, peut-être, mais pas un éditeur ne s'intéresse à son travail.
Tant pis. Je continue. J'ai ouvert le roman en chantier et j'ai écrit. J'ai allumé le feu, mis un filet de porc piqué d'ail au four.
J'écris ce billet et ensuite je retourne au manuscrit pour une belle soirée d'écriture sous la pleine lune, qui veillera sur moi comme une mère aimante.
21. déception littéraire
Un deuxième matin où je me réveille et je me dis que ça ne va pas si mal. Je me dis que je pourrais être malade, folle, sans logis ou pire, complètement morte. Mais je vis. J'ai une santé que l'on dit de fer.
L'observation des êtres humains m'a permis de constater que les personnes très fortement constituées, autant sur le plan physique que mental, deviennent parfois autodestructrices.
Comme s'il fallait absolument avoir des carences ou des faiblesses, sinon des maladies, pour apprendre à se construire ou à se reconstruire, ou plus simplement à se maintenir en santé. Et je ne pense pas seulement au corps.
En après-midi, j'ai fait mes trois heures de bénévolat à la bibliothèque municipale. J'étais affectée au classement. J'ai de moins en moins de difficulté à m'y retrouver dans la littérature jeunesse. Ensuite ce fut la réunion avec la directrice pour la planification du cercle de lecture. Ce projet me tient à coeur et je me suis engagée à continuer, ce qui fut accepté, malgré le fait que je partirai probablement dans les prochains mois. Je suis contente. Le plus gros du travail préparatoire est fait et nous avons déterminé la date et le lieu des rencontres, il me reste seulement à téléphoner aux douze personnes inscrites pour les inviter à la première rencontre, le 23 février. Par la suite, après mon déménagement, je reviendrai pour faire l'animation, tout le reste peut se faire à distance [échanges par téléphone ou par courriel, recherches et commandes de livres, lectures, analyses, comptes rendus, etc.]
Avant hier j'avais arrêté de lire Salomé [de Weyergans] au tiers du livre. Hier soir je me suis indignée de mon manque de persévérance [ou d'ouverture?] et mon ingratitude, moi qui ai tant aimé Franz et François, et aussi Trois jours chez ma mère.
Alors je suis montée dans ma chambre très tôt avec un verre de vin rouge et Salomé, et ensuite je me suis glissée sous deux épaisses couettes et j'ai repris ma lecture en buvant une petite gorgée de vin de temps en temps.
Mais à un moment donné, un peu passé dix heures et demie, j'en ai eu assez de rencontrer le mot Salomé dix ou vingt fois sur la même page, et des bites et des glands qui se prennent pour des avions ou n'importe quoi. Mais ce n'est pas ça le pire, je reconnaissais ici et là de nombreux passages déjà lus dans les autres livres du même auteur, ou ailleurs. Ces gens prennent vraiment les lecteurs pour des imbéciles. Ok. Je suis peut-être une imbécile pour vrai. Mais ce narrateur qui a l'air de vouloir se déguiser et changer de personnage, et qui demeure toujours aussi vide de substance, mais imbu de son pénis et de son sperme qu'il exhibe partout autour de lui, même sur les écrans de cinéma, il ne m'intéresse pas. Il n'a pas réussi à m'intéresser à son discours. Je le trouve moche et même pas pervers. Même pas obscène. Horriblement complaisant. Surtout ennuyant à mourir.
J'ai refermé le livre à la page 178, en faisant toutefois l'effort d'aller voir un peu plus loin, un petit saut toutes les dix pages pour lire quelques paragraphes, juste au cas où le roman commencerait avant la page 299, la dernière. Eh bien non. Rien. Je n'ai pas trouvé de roman dans ce livre. Un récit autobiographique décousu et fantasmatique, oui, mais pas un roman.
Notez bien que je ne suggère à personne de ne pas le lire, au contraire. Je dis seulement ma déception, et quelque colère, de ne pas avoir été charmée par cette Salomé, moi qui l'ai admirée dans la Bible et ensuite adorée sinon adulée grâce à Oscar Wilde et à Flaubert. Vite, un exorcisme : relire Wilde. Relire Flaubert. Et la Bible.
Avec tout ça, j'ai changé encore une fois la présentation du blog que j'appelle toujours « mon journal on line ». J'ai trouvé ce design assez minimaliste mais très compliqué à traduire, modifier et mettre à ma sauce. On verra. On peut toujours revenir au cahier à reliure spirale si on se lasse de la branche de cerisier en fleur.
20. et cette marmotte ?
Eh bien, il semblerait qu'elle soit retournée dans son ombre sans avoir vu son trou...
19. apologies
Je regrette un peu de m'être laissé aller à vous tartiner mes lamentables états d'âmes des derniers jours. Je reconnais humblement que cela m'a fait un bien fou, mais en même temps je me dis que je n'avais pas à vous infliger cette chose-là. Alors je remercie tous et chacun de la compassion, de la tendresse et des mots d'encouragements exprimés ou pas.
Je suis à peu près retombée sur mes pattes ce matin, j'ai pris un bon déjeuner et l'humeur est bonne. Autant apprécier et profiter des jours et des semaines qui me restent à vivre dans cette belle maison, en plein milieu d'un hiver trop chaud et avare de neige. Je suis sortie marcher sous le clair de lune hier soir. Ne jamais oublier que les clairs de lune ont le pouvoir de lécher certaines plaies que je qualifierais d'inéluctable.
En mangeant mes toasts et mes confitures, un petit air me trottait dans la tête. Le voici. Ça changera le mal de place, comme on dit par chez-nous :
18. le point
Faire le point. Mettre de l'ordre en moi et autour de moi. Hier j'écrivais que je voulais m'abandonner aux mouvements de ma vie. Comme pour mieux me glisser dans un futur que j'ignore. On aime à penser qu'il sera meilleur que le présent.
En choisissant de vivre les émotions telles qu'elles se présentent, j'ai commencé par le plus difficile : traverser la peine. On dit aussi tristesse, chagrin, douleur, déception. Et bien d'autres synonymes pourraient s'appliquer. Vivre là-dedans sans savoir combien de temps cela durera, ni si je saurai le surmonter, et le dépasser. OK.
Hier et aujourd'hui, ce fut lourd. Pesant. Au moins, j'ai fait l'effort de préparer la maison pour les visiteurs éventuels en faisant du ménage, j'ai fouillé les petites annonces sur Montréal. Moi qui ai toujours préféré vivre en hauteur, je cherche maintenant un rez-de-chaussée avec un petit jardin, une corde à linge, des arbres. Une simple location pour un an et après, je verrai. Si possible en face d'un parc, ou pas trop loin.
C'est dur de quitter la campagne. Mais j'accepte. J'ai eu du bon temps, j'ai appris beaucoup. Malgré tout, je n'y étais pas à ma place. Une petite voix me souffle : y a-t-il une place pour toi quelque part en ce monde ? Et sans hésiter, je réponds oui. Je ne veux pas en douter : ma place se trouve auprès des personnes que j'aime.
17. ann.orexique
J'aimerais dire que ça va mieux ce matin, mais non. En me levant, je me suis retrouvée dans le 58e sous-sol, côté nord. Il ventait, et ça sentait bizarre. J'essaie de remonter. Le vieil ascenseur avec des portes en grillage toutes piquées par la rouille doit être en panne.
Je n'arrive pas à me faire à l'idée que je vais vraiment partir d'ici. Quand je pense à ça, les neurones ne se connectent pas, ça donne des erreurs 500 ou 404, comme quand on ne peut accéder aux pages du journal. Pourtant, le train est en marche et je ne reviendrai pas en arrière. Reste à trouver comment avancer par en avant.
Je deviens insomniaque : je lis jusqu'à l'aube, je dors une heure et quelque, et puis je me lève à l'aube. C'est ben l'fun. Je n'arrive plus à avaler plus que deux ou trois bouchers [sic. beau lapsus, lire "bouchées"...] J'ai déjà perdu sept kilos. Serais-je anorexique, garde ?
Je relis ce que j'écris et je constate que j'ai l'air de quelqu'un qui cherche absolument à faire pitié. Jouer à la victime diront-ils aimablement. Tant pis. J'étale ma triste réalité. Ma tartine de vérité.
Ne devrais-je pas plutôt me draper dans ma dignité et faire comme si tout allait bien aller ? Reste que j'ai la nausée. Que je ne mange pas et que je ne dors pas, en tout cas pas assez. Et que cette crainte d'être devenue anorexique n'est peut-être rien d'autre que les relents de ma vieille hypocondrie juvénile. Rien d'autre que de l'angoisse. Arrêter au plus vite avant qu'il me pousse des boutons. Et pas d'autoanalyse en ligne, please, ça doit être quelque chose comme l'enfer du transfert. Le piège à bobos mentaux.
Quoi qu'il en soit, l'anorexie se définit comme la perte ou la diminution de l'appétit, in le Petit Robert 2007. On y mentionne que l'anorexie mentale serait un refus de s'alimenter lié à un état mental particulier. Son contraire étant la boulimie. Alors on fait quoi après qu'on a dit ça ? On installe une sonde gastrique à demeure ? Avec perfusion aux quatre heures. Désinfections. Antibiotiques à titre préventif.
Pas question. Je ne suis pas anorexique puisque j'ai faim. C'est la nourriture qui ne passe pas quand j'essaie de l'avaler. Et ce n'est pas de l'anorexie mentale non plus car je ne refuse pas de manger ou d'avaler, j'en suis incapable. Mais ça va passer. Le corps réagit. Normal.
Pas de quoi fouetter un chat. Quelle locution cruelle !