16. bouger la vie

C'est fait. J'ai déménagé le journal une autre fois, cette fois sur un vds [serveur dédié virtuel]. Ne me demandez pas ce que ça mange en hiver pour être beau de même, je l'ignore. Après moult taponages, erreurs, essais et gossages de toutes sortes, aux petites heures du matin et tard le soir, j'ai fini par faire pointer les dns [serveurs de nom] au bon endroit, puis à entrer dans mon nouvel espace web tout neuf à moi et à y installer WordPress, ensuite je l'ai reconfiguré, francisé et j'ai importé les pages et commentaires de mon petit bébé blog.

Que d'aventures chère voisine. Quoi qu'il en soit, je suis extrêmement fatiguée et un peu beaucoup désorientée. Il n'y a pas que le journal qui doit se caser quelque part pour être visible. Je ferai la même chose bientôt moi aussi : je dois redéménager.

La vie ici, tout aussi belle et douce qu'elle puisse apparaitre du dehors ne sera plus possible. Je n'ai plus de travail. Pas d'espoir ni d'envie ni d'intérêt ni d'énergie pour en trouver.

J'ai épuisé presque toutes mes économies. Mal planifié les quelques années sabbatiques que je voulais consacrer à 100% [ou presque] à mes projets de création littéraire. Je ne fais jamais assez attention avec l'argent.

Ensuite l'impôt s'en est mêlé. Ils me réclament des sommes folles. De plus, je m'ennuie à mourir de mes enfants. Je sais, ce sont des adultes maintenant, mais ils seront toujours mes petits et je ne les vois pas assez souvent [« voir » au sens de toucher, contempler, discuter, partager les bons et mauvais moments, encourager, consoler, serrer dans mes bras, partager un repas tous ensemble plus souvent qu'aux anniversaires et à Noël]. Bilan négatif sur toute la ligne. Je suis peinturée dans un coin au pied du mur, obligée de vendre la maison. Déménager again, pour la santé du coeur et du porte-monnaie.

Je n'ai pas trop envie de ce déménagement. Je ne sais toujours pas où aller. Ni à quel endroit précis j'aimerais vivre. Personne ne m'attend nulle part [je voyais tout en noir quand j'ai écrit ça : les jeunes aimeraient beaucoup que je revienne à Mtl.] Je pourrais réunir quelques affaires dans un sac à dos et partir en voyage, loin, mais comme je me connais, je voudrais rentrer au bout de trois semaines. Ou louer un tout petit chalet au fond d'une forêt, ou encore un appartement à Montréal et m'y installer.

J'ai l'impression d'être tombée un jour dans les eaux tourbillonnantes d'un torrent. Chaque fois que j'attrape une branche et que je tente de m'y accrocher, je suis pleine d'espoir et je me débats pour sortir de la rivière. Chaque fois, la branche casse et je retombe dans l'eau plooouf.

La dernière branche que je tenais a cassé hier. Je n'abandonne pas, mais je sais que j'en sortirai autrement. Cette fois je me laisserai emporter par le courant. Sans lutter, sans m'agripper, sans me débattre. Je ne veux plus de ces branches pourries qui se brisent et m'abandonnent.

Par contre, si je m'abandonne à leurs mouvements, les flots enragés me déposeront sur la berge. Ainsi, je ne perds pas l'espoir, je le déplace. Ce n'est pas à moi de bouger et de m'agiter, c'est la vie que je dois bouger.

Quelqu'un saurait-il comment on fait pour secouer sa vie comme un prunier ?

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15. la 5e question

Mon serveur n'étant pas prêt. La température étant toujours belle et néanmoins gelée. La neige ne tombant pas, avec du soleil en masse, je décidai donc en ce lumineux lundi matin de janvier de passer à la question suivante durant ma pause-café.

– C'est quoi la question m'dame ?

La question du jour, sélectionnée de façon totalement aléatoire - comme tout le reste - était « qu'est-ce que tu lis ». Et pour y répondre, je pigeai le troisième livre de la pile rapportée hier de la bibliothèque, en comptant de bas en haut. Je l'ouvris n'importe où et commençai à composer une petite dérive sur la page 376 :

Je lis accrochée à un portemanteau, dans un coin de la pièce. Je me retrouve debout au milieu de la chambre et je lis, dans ma combinaison jaune. Je m'efforce de rester calme. Le livre défait la bande qui retient ma combinaison. Je tente de l'en empêcher en gênant ses mouvements, mais il repousse mes bras. J'ai un mauvais pressentiment. Quand il retire la ceinture en tissu, il glisse ses mains sous ma combinaison et s'attaque à mon koshimaki. Cela m'affole. Mais au lieu d'ouvrir ma combinaison, il la referme et me dit de m'allonger sur les tatamis.

Le livre s'agenouille à côté de moi. Après s'être excusé, il écarte les pans de ma combinaison pour exposer mes jambes. [...] Il les écarte, glisse une main entre mes cuisses – une main longue et douce comme celle de x. Je me sens humiliée, ainsi exhibée ! Je mets mes mains sur mon visage. Je veux refermer les cuisses mais je m'en abstiens. En effet, je risque de prolonger ce contact en rendant la tâche difficile au livre. Aussi je reste allongée, retenant ma respiration. [...] À un moment donné le livre met ses deux mains entre mes jambes. Il finit par les retirer, referme ma combinaison. Quand j'ouvre les yeux, il s'essuie les mains sur une serviette.

Je lis Geisha. Hier j'ai lu le premier livre de Marc Levy. Et mis à jour la liste de mes lectures de janvier. Dans la page lectures.

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14. modèle pour une liste ordonnée <ol>

Une autre liste. Ordonnée, cette fois : Be A Kid Again, in Mesozoic. J'essaie d'en faire une traduction libre et fantaisiste, peut-être bourrée d'anglicismes. So what ? Le dictionnaire en est plein. Alors bourrons-nous.

Redeviens un enfant :


  1. Fais la roue.

  2. Chante dans ta brosse à cheveux.

  3. Marche nu-pieds dans l'herbe mouillée.

  4. Écoute une chanson que tu aimes vraiment à plein volume, en boucle.

  5. Dessine des émoticones dans les points de tes « i ».

  6. Lis les bandes dessinées comiques. Jette le reste du journal.

  7. Trempe tes biscuits dans ton thé.

  8. Joue à un jeu dont tu inventes les règles à mesure.

  9. Marche méticuleusement en évitant les fentes des trottoirs.

  10. Change de vêtements, mets du linge pour jouer.

  11. Convaincs quelqu'un d'échanger son sandwich avec toi, pour un bien meilleur.

  12. Mange de la crème glacée au petit-déjeuner.

  13. Embrasse une grenouille, au cas où.

  14. Souffle dans le papier d'emballage d'une paille.

  15. Fais-toi lire une histoire.

  16. Trouve quelques jolis cailloux et garde-les.

  17. Porte ta chemise préférée avec ton pantalon préféré même s'ils ne vont pas ensemble.

  18. Prends ta course et saute par-dessus une grande flaque d'eau.

  19. Demande que l'on t'achète quelque chose dont tu n'as vraiment pas besoin.

  20. Cache tes légumes sous ta serviette de table.

  21. Couche-toi plus tard que l'heure de se coucher.

  22. Mange ton dessert en premier.

  23. Embête-toi un peu, puis fais un petit somme.

  24. Porte des baskets rouges.

  25. Mets trop de sucre dans tes céréales.

  26. Fais des sons de pneus qui crissent chaque fois que tu tournes un coin.

  27. Ris bêtement, sans aucune raison.

  28. Donne-toi une étoile dorée pour chaque chose que tu as fait aujourd'hui.


Je ne comprends pas trop les origines de cette liste, Ancient wisdom I just made up. . . Okay, Father Luke [via]. Mais inutile de suivre ce lien, il ne mène nulle part... ah, les enfants !

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13. modèle pour une liste non ordonnée <ul>

Aucune interruption « de service » n'est prévue pour aujourd'hui. Demain peut-être, puisque l'espace web que j'ai commandé sur un nouveau serveur [sivit.fr] ne peut être préparé durant le week-end.

En attendant, dans mes temps libres, je m'amuse à tester l'immense univers des habillages [thèmes] disponibles dans WordPress.

J'ai trouvé des listes types qui sont utilisées par les « dévelopeurs ». En anglais, bien sûr, et que je me suis permis de traduire à ma façon :

Une liste d'intelligence


  • 2 poulets

  • 4 poissons

  • 3 chevaux

  • 8 vaches

  • 7 moutons

  • 13 anguilles

  • 4 corneilles

  • 9 hommes


Et pas un seul n'avait faim...

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12. de retour bientôt

Panne majeure cet après-midi. Trois heures en tout. J'aimerais mieux afficher autre chose que des messages d'erreur et des pages vides. Je dois être aux prises avec un vilain karma masqué avec une fourche et des longues mains griffues impliquant la disparition d'un être cher. Pourtant, la mise à niveau de WP avait bien fonctionné. Le blog sera probablement hors ligne encore quelques heures ou quelques jours car je dois changer la formule de l'hébergement. Toujours le manque de sous.

C'est ainsi que j'avais trouvé une solution plus économique [l'héberg. mutualisé sur iweb] et cette histoire-là est tellement débile à gérer que je laisse tomber avant de manger mes bas jusqu'au talon.

Une autre migration s'annonce : je magasine un nouveau serveur et plein de bande passante, et avec le moins de pannes possible, incluant plein de Mo pour que je puisse remettre tout le journal en ligne depuis le début.

Un peu moins tripant que de magasiner des parfums qui puent et des dessous affriolants, j'en conviens. Cherche aussi argent pas cher pour payer factures. Back soon.

Je garderai néanmoins la belle Ella [WP 2.1], coup de foudre oblige.

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11. ella

La version 2.1 de WordPress est déjà disponible. Coudonc, me semble que je viens tout juste de faire la mise à niveau pour la v.2.0.7. Savoir que je n'ai rien contre le développement, alors je ne m'en plaindrai surtout pas. La petite nouvelle s'appelle Ella et sent bon le jazz et le chocolat des lapins de Pâques qu'ils ont cachés dedans. Et ce qu'elle fait de mieux que ses prédécesseurs est noté sur la page de présentation.

Moi qui n'ai juré, pendant des années, que sur Movable Type, voilà que je suis une mordue de WP, un vrai beau jouet qui me permet de faire tout ce que je veux, et même plus. J'ai installé cette plateforme de publication sur le nouveau serveur avant d'ouvrir ce blog. C'était le 9 janvier 2007. Et je n'ai même pas encore fini de l'explorer, et puis de fouiner dans le codex des thèmes et des plugins, qu'elle s'est améliorée deux fois... Hier j'ai installé le filtre antispam [joliment baptisé Askimet] sur les commentaires : un tigre.

Je ferai la mise à niveau ce matin. Alors il se pourrait que quelques bizarreries apparaissent dans mes pages. J'espère ne pas perdre tous les billets, les pages, ou nos si nombreux commentaires. Ça m'est déjà arrivé plus d'une fois, maintenant je suis prudente. Sinon méfiante.

Mais si jamais je perds tout ça, c'est pas bien grave. Je continuerai ailleurs. Autrement. Et vous serez là, avec moi. Mes chers. Mes plus que chers lecteurs.

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10. petit tour en raquettes

sentier sous les sapins

sentier vierge sous les sapins [mais pas pour longtemps]

pistes fraîches

pistes fraîches : un cerf ou alors un prince à qui on a jeté un mauvais sort

fleurs d'hiver

rien à manger sauf ces quelques graminées

canot oublié

la chasse-galerie est passée par ici ?

c'est ça le bonheur

c'est ça le bonheur

comme promis, le fleuve...

et comme promis, le fleuve sous une neige fine vers 15h30 le 25 janvier 2007

[avant le coucher du soleil, on voir toujours apparaître du rose dans le ciel]

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9. et la melonette

ma dernière courge melonette Jaspée de Vendée, le 24 janvier 2007

Jour mémorable. J'ai découvert la dernière courge de mon jardin, la belle « Melonette Jaspée de Vendée », qui s'ennuyait dans la dépense. Viens ma chérie, aujourd'hui on va te manger. J'en ferai un potage, des beignets [la melonette est excellente dans la tempura], et s'il en reste un peu, une purée ou encore des flans.

En principe, cette variété de courges devrait se conserver jusqu'en mars... mais celle-ci commence à montrer des signes évidents de fruit trop mûr. Elle aura eu trop chaud, peut-être. J'essaierai d'en semer davantage l'été prochain car ces melonettes sont délicieuses, mais après celle-là, il ne m'en restera déjà plus. Snif.

Radio du matin : Vole Ta Vie, une chanson magnifique, par Romane Serda :

C'est pour tes beaux yeux noirs de mélancolie
Que j'écris cette histoire que j'ai sauvée du vent
Je me souviens d'une fille nommée Sally
Qui voulait traverser à cheval l'océan
Elle savait lire mais juste au creux des mains
L'aventure sans lendemain

Dans l'herbe bleue qui lui servait de lit
Sally chantait des comptines d'antan
Le soir venu arrivait son ami
Le gipsy qui volait des couverts en argent

Il lui offrait de la menthe et du thym
Elle lui jouait du tambourin
Il écrivait sur les pierres du chemin
Les mots qui chassent le chagrin

Vole ta vie sur l'océan
Laisse-toi soulever par le vent
Vole ta vie, le ciel t'attend
Les nuages aiment les cerfs-volants

Un jour d'hiver et de neige et de pluie
On pendit le gipsy pour ses crimes d'enfant
Sally pleura de quoi remplir un puits
Puis elle pria tous les dieux des étangs

Emmenez-moi là où le ciel s'éteint
Là où l'amour est certain
Sur son cheval au son du tambourin
Elle survola son chagrin

Vole ta vie sur l'océan
Laisse-toi soulever par le vent
Vole ta vie, le ciel t'attend
Les nuages aiment les cerfs-volants

Vole ta vie sur l'océan
Laisse-toi soulever par le vent
Vole ta vie, le ciel t'attend
Les nuages aiment les cerfs-volants

C'est pour tes beaux yeux noirs de mélancolie
Que j'écris cette histoire que j'ai sauvée du vent


(Je remercie Lyricsmania, pour les paroles)

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8. applaudissamainencore

Ça n'a pas été trop difficile de mettre la main sur le Finnegans Wake en français. Il était juste à côté de l'autre. Mais je n'avais pas envie de remonter le chercher. J'ai de ces moments de paresse, ou de grande fatigue. Ça m'angoisse.

Pour fin d'éclairer les lanternes, je dois ajouter que, cet hiver, je travaille en bas, à un bout de la longue table en merisier, dans un coin salle à manger, à droite du foyer. C'est plus pratique pour le fournir en bois. Quand je travaillais en haut, j'oubliais de descendre et le feu mourait, la maison gelait. Tout cela pour dire que tous mes livres, sauf ceux sur lesquels je travaille, sont au deuxième, dans mon bureau. Je comprends que ce n'est pas facile à suivre, ce que j'écris ici. Je ferai un effort pour mieux, disons, situer l'action et les personnages.

Le paragraphe en anglais lu [savoir aussi que dans ce blog je ne cite pas, je fais la lecture...] hier avait l'air plein de fautes de frappe, n'est-ce pas ? Eh bien non, il a été écrit comme ça par le grand James Joyce. Et ce qui fait le merveilleux de ce texte c'est qu'un sens s'en dégage, un sens qui flotte et qui ne saurait s'expliquer de manière rationnelle. Et c'est tant mieux. D'où la difficulté et le défi énorme de la traduction :

Et Babel n'habitera-t-il pas avec Lebab ? Et il en fut ainsi. Et il ouvrira la bouche pour répondre : Entends, O Ismaël, le seigneur notre dieu est le seul dieu. Si Nekulon tombe sûrement que Makal gagnera le ciel à bon port. Va, exalte Makal, oui, excelle-le. Par ce que bien que fus étranger couché sur ton passeport parmi les brebis de la bergerie, mon excellence surpasse celle d'Ismaël. Grand est celui qui surpasse Ismaël car il sera Roi de Mak Nakulon. Et il en fut ainsi.

Applaudissamainencore !


Voilà pour la version française de l'extrait d'hier, la traduction est de Philippe Lavergne. J'adore l'applaudissamainencore. Hier je préférais l'uplouderamainagain. Puis-je préférer les deux ?

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7. des mots dans la gorge

Qu'est-ce que tu dis ? Je ne dis rien. Pas un mot à personne depuis vendredi, jour de bibliothèque. Je ne parle pas. Le téléphone ne sonne pas. Je n'y ai pas touché. Je reste seule dans la maison et j'écris à côté d'un grand feu que j'entretiens rouge et dense dans la cheminée. La langue enfermée dans la bouche. Ne pas tricher. Jouer au jeu du livre découvert et ouvert au hasard. Du premier mot qui tombe sous le doigt. Pas de chance, ou excès de. J'ai pigé Babbitt, de Sinclair Lewis, et mon cher vieux Finnegans Wake. Tir au sort. Joyce a gagné. En anglais my dear, oh comme c'est surprenant et amusant. N'y aurait-il que moi que ce jeu amuse, j'y jouerais sans me fatiguer. Or donc, à la page 258, je dis : And shall not Babel be with Lebab ? And he war. And he shall open his mouth end answer : I hear, O Ismael, how they laud is only as my loud is one. If Nekulon shall be havonfalled surely Makal haven hevens. Go to, let us extell Makal, yea, let us exceedingly extell. Though you have lien amung your posspots my excellency is over Ismael. Great is him whom is over Ismael ans he shall mekanek of Mak Nakulon. And he deed. J'ai longtemps été incapable de lire Joyce. Maintenant je ne saurais m'en passer bien longtemps. Alors je dis les mots pris dans la tour de Babel avec l'envie d'écrire et de parler à l'envers, peut-être que ça serait plus clair. Je dis tout bas juste pour moi Uplouderamainagain ! Et puis je dis visur vatnsenda-rosu en chantant dans la gorge avec Björk sans comprendre les mots de la tour avec Babel qui couche avec Lebab. Je dis à haute voix une page de James Joyce. Puis deux. Puis dix. Je dois avoir le Finnegans Wake en version française. Quelque part, mais où ?

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6. café noir

café noir du matin, le 19 janvier 2007

Si on me demande comment tu vas, je respecte le pacte et je laisse le hasard décider. Je suis ce que je tiens entre les mains. Le livre. Le café noir du matin. Je suis noire. Brûlante. Sucrée et amère. Je suis collante et je caresse la gorge. Je parcours le corps à l'envers jusqu'au ventre et fais palpiter le coeur. Je me réveille. Avec à la surface des petites bulles de saveur.

Je suis parfum. Volatile. Je sens bon : la vanilline et le gaïacol, les phénoliques et les épicés. J'arôme et goûte le beurre, le terreux, la pomme de terre et le sucré. Je suis le café noir. Je suis noisette, noix, caramel, champignon, et viande.

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5. des pages fantômes

Pas fait d'images. Même pas mis le nez dehors. Pas fait les pages que je voulais faire non plus. Il s'agissait de mes nouvelles rubriques de pages, toujours en chantier, mais ça cogite.

Alors vu que les pages ne sont pas écrites, je pigerai une deuxième fois dans Lector in fabula, pour répondre à la question du : qu'est-ce que tu fais.

J'ouvre le livre n'importe où, et cette fois je tombe à la page 268, en haut il y a un nouveau chapitre, le 11.6., intitulé : "Promenades inférentielles et chapitres fantômes".

J'ai bien failli m'étouffer. Alors qu'est-ce que je fais ? Je fais une fabula. Entre midi et 15 heures, cinq pages. Puis j'ai commencé à embouteiller le vin. Mais j'y ai d'abord goûté. Pas mal, mais il a besoin de vieillir encore.

Je fais la fabula. Un événement succède à un autre dans le temps. Je fais avancer le lecteur dans ses prévisions. Je fabrique de toutes pièces des disjonctions de probabilité. Je fictionne des petits chemins que les futurs lecteurs écriront tout seul comme des chapitres fantômes.

Je fais comme dans les films :

Un homme et une femme s'embrassent, l'éphéméride est effeuillée en accéléré et on voit un bébé dans un berceau. Que s'est-il passé entre temps ? Le texte, mécanisme très paresseux, a laissé au lecteur le soin d'accomplir une partie de son travail et il est persuadé que le lecteur a fait ce qu'il devait faire.

Je ne fais pas une fabula très simple. Je ne situe pas tout le temps les événements dans une succession temporelle gentiment ordonnée. Je fais des anticipations. Je fais attendre. Je fais des retards. Je me fais la lecture de la fabula et je relis et relis et je vois si je laisse assez de vides à remplir.

Je fais une fabula. Je fabrique des fantômes.

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4. ma chère neige

la neige du 17 janvier 2007

Elle se laisse désirer. S'économise. La nuit, le vent joue avec et s'amuse à défaire les sentiers, à créer de nouvelles figures.

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3. je bois de l'eau

à la question du jour : comment tu vas, la réponse ne saurait s'inscrire ailleurs que dans le jeu. les modalités ainsi que les multiples détails, tenants et aboutissants seront décrits dans une page, bientôt.

donc. je plonge les deux mains dans la bibliothèque, sans regarder, et je tire deux livres au hasard, un dans chaque main. résultat ? main gauche : Lector in fabula, de Umberto Eco ; main droite : les Contes de Grimm.

la main gauche a gagné, elle gagnera toujours. j'ouvre le bouquin au hasard, là où deux feuillets veulent bien s'écartiller pour me bassement séduire. et puis que vois-je, sur la page de gauche [172] ?

S'il s'agit de vivre, tout simplement, alors vivons dans notre monde sans se laisser emporter par des doutes métaphysiques.

...ce qui nous renseigne sur comment je vais. je vais. parfois mal. parfois bien. je vis. ce qui veut dire que moi, je vis. et moi qui écris, je suis vivante. je vis dans le seul monde que je connaisse et la sensation d'être vivante n'est qu'une intuition. je peux vivre dans plusieurs mondes et modes narratifs. on pourra les qualifier, les comparer. s'en faire une idée.

Eco écrit : c'est comme quand je bois de l'eau. comment tu vas ? je vis, vivante. je suis une goutte d'eau. je suis douce. incolore. coulante, lisse, insipide, fraîche. et polluée, sale. chaude ou gazeuse. pure. je bois [de l'eau], tout simplement.

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2. et alors ?

et alors on voudra savoir comment tu vas. ce que tu fais. ce que tu dis, mange, lis, regarde. et tu répondras à toute les questions. tu diras même les détails du qui je suis, tout. et tu diras aussi où tu vas, si et comment tu le fais et avec qui. ça fait beaucoup de questions et il est déjà tard. disons que je vais dormir maintenant et me lever tôt demain matin et que je répondrai. avec des mots. et avec des images. d'autres photos avec de la neige dessus et j'écrirai un blog, comme tout le monde. avec des commentaires tout plein. pas tout de suite. on se méfiera, on n'osera pas. des fois qu'elle nous effacerait nos mots dans la face. mais non. n'allez pas croire que. après tout, on a encore le droit de jouer, de jouir. alors demain je réponds à la première question. on verra, et j'en répondrai à une par jour. patience, et à bien d'autres. il y aura des questions pour tout. et des réponses, des centaines de milliers de réponses. et dix, quinze billets sur la même page, pourquoi se priver, pourquoi lésiner avec la braoule* : quand on la tient bien dans la main, autant s'en servir généreusement.

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* braoule : québécisme d'un goût douteux ~ nom savant désignant la cuillère spécialement destinée à brasser de la marde.

| | courrier


1. pour une interruption temporaire d'un silencieux départ

le journal s'est arrêté de vivre parce que je ne savais pas continuer. le journal s'est brisé, plié en deux comme une lettre, il était peut-être blessé, démembré. que sais-je. rien. de moi il ne reste plus grand chose d'humainement respirable et je voudrais rester pour jamais loin de l'indifférence générale, des jugements mesquins et des assassins. chacun des souffles qui me retiennent à la vie me déchire, la moindre remembrance de ce que je suis m'est souffrance. et le journal s'éloigne, opposant la solitude et le silence à la bruyance ambiante, accueillant la brillance des larmes apaisantes entrecoupées des obsédants cris de colère qui résonnent longtemps dans la tête. pendant que tout le monde fêtait noël, j'ai été agressée, attaquée dans mon être. je n'ai pas su mettre fin à la violence par la violence, pas su gifler, ni frapper, ce qui aurait peut-être pu marquer au moins l'espace de mon corps physique. je n'ai pas su me défendre, pas su seulement sauver ma peau. au lieu de cela je me suis laissé démolir avant de me sauver, avant de me réfugier dans les bois, et c'est là dans le silence nocturne des sapins noirs, là que j'ai senti quelque chose se mourir en dedans, là que j'ai su que j'étais déjà et que je serais incapable de me libérer de cette mort-là avant longtemps, incapable de raconter les moindres détails, et les faits tels qu'ils étaient advenus. et que cette incapacité, cette interdiction de la parole m'enfermeraient l'âme et le coeur. à quoi bon l'écrire, si dans mon journal je ne sais pas tout dire ?

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